mardi 25 avril 2017

Solidarité avec les détenus palestiniens en grève de la faim

Les luttes de libération nationale ont toujours eu leurs détenus politiques, considérés comme des terroristes par la puissance coloniale, mais héros aux yeux de leurs peuples – qui souvent, une fois libérés de l’oppression, en feront des chefs d’Etat. Les grèves de la faim ont souvent été au cœur des combats de libération nationale avec, pour revendication première, la reconnaissance du statut de détenu politique, voire de prisonnier de guerre. Rappelons par exemple la grande grève des détenus irlandais à Long Kesh, en 1981, qui s’était soldée par la mort de Bobby Sand et de neuf de ses camarades.

Les détenus politiques palestiniens ont également connu leurs grandes grèves de la faim, comme celle de Naf’ha en 1981, et leurs victimes, mortes d’inanition ou des suites d’une alimentation forcée réalisée par du personnel incompétent.

A la différence des détenus irlandais, ou algériens lors de l’occupation coloniale française, les détenus palestiniens ne revendiquent pas les statuts de détenu politique ou de prisonnier de guerre, tels que reconnus par le droit international. Ils demandent les mêmes droits que ceux accordés aux prisonniers de droit commun. En effet, contrairement à ces derniers, les 6000 prisonniers politiques palestiniens n’ont pas droit à l’éducation, ni à la visite de proches qui ne sont pas parents du premier degré; les rencontres avec leurs avocats se font derrière une vitre et ils n’ont pas accès au téléphone pour parler à leurs proches. A la différence des «droit commun», ils ne bénéficient pas de permission (même après vingt ans de détention!) et n’ont pas droit à des relations sexuelles avec leurs épouses.

Pire, les quelques droits qu’ont obtenus les détenus palestiniens, grâce à leurs luttes et à de nombreuses grèves de la faim, sont considérés comme des faveurs qu’on leur retire collectivement, pour des raisons qui n’ont souvent rien à voir avec leur comportement en prison: il s’agit de «représailles», quand l’Autorité palestinienne ne s’est pas montrée suffisamment docile aux yeux du gouvernement israélien en place. Benjamin Netanyahou a largement utilisé ce moyen de pression et de fait, depuis dix ans, les droits des détenus ont été systématiquement rognés, ramenant leur situation trente ans en arrière.

Cette semaine, plus de 1200 détenus palestiniens ont décidé de cesser de s’alimenter pour exiger une amélioration de leurs conditions de détention. De jour en jour, le nombre de grévistes augmente et l’unité entre les détenus des différentes fractions – en particulier le Hamas et le Fatah – semble s’être réalisée. Cette union a été rendue possible par le dirigeant du Fatah en prison Marwan Barghouti, auteur du «Document des prisonniers», qui a été contresigné par les dirigeants de toutes les fractions qui se trouvent en prison, et qui sert de référence à une stratégie unitaire pour la lutte de libération palestinienne.

Selon les porte-paroles du gouvernement israélien et les journalistes à leurs bottes, la grève actuelle n’est qu’un moyen utilisé par Marwan Barghouti1 pour asseoir son leadership au sein du Fatah comme successeur éventuel de Mahmoud Abbas. Apparemment, ils ne savent rien de la vie des détenus politiques dans les geôles israéliennes, et à quel point il est difficile d’organiser une grève de la faim mobilisant des centaines, voire des milliers de détenus issus de différentes fractions politiques.

La grève a un objectif, partagé par tous: récupérer les droits élémentaires qu’ils avaient réussi à gagner au cours des décennies passées, et que Netanyahou et son ministre de la police Gilad Erdan leur ont retirés sous le slogan cynique «la prison n’est pas une colonie de vacances».

La situation des détenus politiques palestiniens est devenue invivable. Netanyahou devra les entendre ou se trouver confronté à une grève meurtrière, avec toutes ses implications locales et internationales. A nous de faire en sorte que le gouvernement israélien cède avant qu’il y ait des victimes.1 C’est plus que jamais l’heure de la solidarité avec les détenus politiques palestiniens en lutte.

1.a. b. L’état de santé de Marwan Barghouthi, au huitième jour de grève de la faim, s’est «dangereusement» détérioré, a annoncé lundi une ONG palestinienne (dépêche ATS).

Michel Warschawski* Militant anticolonialiste israélien, fondateur du Centre d’information alternative (Jérusalem/Bethléem).

Aucun commentaire: