jeudi 27 avril 2017

Polémique autour du soutien suisse aux ONG israéliennes

Les parlementaires suisses étaient cités en exemple en Israël après avoir adopté une motion contre les organisations «suspectes». Mais l'Etat hébreu va devoir déchanter


Le vote était passé pratiquement inaperçu en Suisse. Mais en Israël, il avait propulsé les parlementaires suisses en modèles à suivre, presque en héros. C’est une «émulation», un exemple «pour les autres pays européens», en était venu à dire le président du Congrès juif mondial Ronald Lauder en se faisant l’écho des réactions israéliennes. Depuis que, le mois dernier, le Conseil national avait adopté une motion qui mettait en question le soutien de la Confédération à toute une série d’ONG israéliennes et palestiniennes, plus rien ne semblait pouvoir arrêter le processus.

Approuvée par 111 voix contre 78 et 4 abstentions, la motion déposée par le conseiller national UDC Christian Imark s’en prenait avant tout au mouvement dit BDS – boycott, désinvestissement et sanctions – qui défend l’utilisation de ces moyens pour contraindre Israël à «se conformer au droit international» et à respecter «les droits fondamentaux de la population palestinienne en Israël/Palestine».

Le texte assimilait ce mouvement à «des actions racistes, antisémites ou d’incitation à la haine». Mais il allait plus loin puisque, dans son argumentation, il mettait aussi dans le même sac d’autres ONG, financées en partie par l’aide à la coopération suisse, dont il qualifiait les activités de «louches» et de «suspectes».
Tension diplomatique

Au nombre de ces ONG figure notamment Breaking the silence (Briser le silence), une organisation d’anciens militaires israéliens qui publie régulièrement les témoignages de soldats et d’officiers sur leur comportement à Gaza et en Cisjordanie et sur les instructions qu’ils reçoivent lors des opérations militaires israéliennes. Breaking the silence est financée par la Confédération à hauteur de quelques dizaines de milliers de francs par année. Il y a deux ans, les autorités israéliennes avaient aussi tenté de fermer une exposition à Zurich, qui recueillait certains de ces témoignages de soldats, et qui avait également été soutenue par Berne.

Les autorités israéliennes ont fait du combat contre le mouvement BDS l’une de leurs principales priorités. Le mois dernier, le Parlement a par exemple adopté une loi qui interdit l’entrée en Israël aux étrangers qui soutiennent des mesures de boycott contre le pays. Mais le Premier ministre Benjamin Netanyahou a aussi déclaré la guerre à Breaking the silence, comme vient de le prouver la vive tension diplomatique qui a surgi entre Israël et l’Allemagne. Mardi, le Premier ministre a en effet refusé de rencontrer le chef de la diplomatie allemande, Sigmar Gabriel, au motif qu’il venait précisément de rendre visite à certains membres de l’organisation israélienne.

Au même titre que la Suisse, et que plusieurs autres Etats européens, l’Allemagne a décidé de contribuer financièrement aux activités de ces vétérans israéliens. Le tonitruant ministre allemand en est venu à qualifier de «folle» la volonté israélienne de vouloir dicter la liste de ses interlocuteurs lors de sa visite dans le pays.
Promouvoir la paix

En mars, le Conseil fédéral avait demandé le rejet de la motion de Christian Imark. Il avait rappelé l’engagement de la Suisse «pour la promotion de la paix et le respect du droit international par toutes les parties au conflit». Le Conseil fédéral rappelait aussi que la Confédération n’a jamais soutenu «aucune campagne appelant au boycott de produits israéliens» et que l’aide suisse n’avait jamais bénéficié au mouvement BDS.

De fait, après avoir fait l’objet de discussions en commission parlementaire, la motion du Conseil national a été très largement revue avant son passage au Conseil des Etats, prévu lors de la prochaine session. Il n’y est plus question du mouvement BDS, ni même de la région du Proche-Orient. Le nouveau texte s’en tiendrait à des notions très vagues sur la volonté de la Confédération de promouvoir la paix au travers de sa coopération.

Cette nouvelle mouture du texte permettrait au DFAE de rester au diapason avec l’Allemagne et ses autres partenaires européens, au demeurant de plus en plus critiques envers la politique menée par le gouvernement israélien actuel. Mais ce texte, s’il est approuvé par le Conseil des Etats, risque aussi de prendre à revers tous ceux qui s’étaient bruyamment réjouis lors de l’adoption du premier texte.

«Le temps est fini où un petit groupe d’officiels suisses pouvait répartir secrètement de vastes sommes d’argent à des ONG radicales ous couvert de promouvoir la paix», s’exclamait Gerald Steinberg, dont l’organisation, NGO Monitor, s’emploie à décortiquer la destination des aides européennes en Israël, et dont le travail a servi de base à la motion adoptée par le Conseil national.

Même déception à attendre, sans doute, du côté du Congrès juif mondial qui, en saluant le vote parlementaire, y voyait notamment un «important signe en défense de la communauté juive de Suisse». Michael Thaidigsmann, son porte-parole, précise: «La communauté juive suisse, comme le reste du monde juif, est victime de l’agitation qui entoure la focalisation des critiques contre Israël. Ces ONG (incriminées par la motion suisse) sont très, très critiques envers Israël. Elles n’aident pas plus les Israéliens que les Palestiniens.»

Luis Lema

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