mercredi 26 avril 2017

L'enseignement palestinien à Jérusalem-Est sous tension


REPORTAGE CLAIRE BASTIER CORRESPONDANTE À JÉRUSALEM
Les écoles sont écartelées entre l’application de leur programme et le contrôle des autorités israéliennes. Reportage à Jérusalem.

Les Palestiniens "continuent à appeler à la destruction d’Israël, dans leurs écoles, dans les mosquées et dans leurs livres de classe. Vous devez le lire pour le croire" . Le Premier ministre israélien
Benjamin Netanyahou n’a pas mâché ses mots en février 2017, lors de sa première rencontre avec Donald Trump à Washington. Et le président américain ne l’a pas démenti, bien au contraire.

Egalement en février, le ministère de l’Education a exigé la fermeture d’une école primaire à Jérusalem-Est, la partie occupée et annexée par l’Etat hébreu, alléguant son affiliation au Hamas. L’épisode illustre la méfiance des autorités israéliennes à l’égard du système scolaire palestinien et de ses programmes scolaires.

Dans son dernier rapport publié, l’Impact-SE (Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education) signale que celui de 2016-2017 serait "de manière significative plus radical" que le précédent. Cette ONG israélienne indépendante est spécialisée dans l’analyse des programmes et des textes des livres scolaires. Le rapport cite des exemples tirés des manuels palestiniens : en mathématiques, des exercices de calcul se baseraient sur le nombre de martyrs tués lors des deux Intifadas ou sur les villages arabes détruits pendant la Nakba (ou catastrophe) en 1948.

Une hostilité de part et d’autre

"Le système éducatif actuel crée un nationalisme palestinien incompatible avec l’existence d’Israël", en conclut-il. "Parler de l’identité nationale n’est pas un problème en soi", admet Marcus Sheff, directeur général de l’ONG. "Ce qui devient dangereux, c’est lorsque les valeurs de paix et tolérance n’y sont plus. Quand la haine de l’autre ou le non-respect sont distillés dans les textes. Et c’est le cas dans les livres palestiniens." Pourtant, la réalité semble plus complexe. "Les livres israéliens sont pires" , rétorque Rassem Obeidat, membre d’une association de parents d’élèves à Jérusalem-Est. "Ils racontent que les Palestiniens sont des terroristes ou des paysans, que Jérusalem est la capitale juive ou encore que la Palestine n’a jamais existé !" Une étude américaine menée de 2009 à 2011 sur les manuels israéliens et palestiniens avait démontré que l’hostilité à l’égard du voisin ennemi se retrouvait des deux côtés. Par incitation ou par omission.

"Une occupation des esprits"

La question scolaire devient d’autant plus politique qu’à Jérusalem-Est, les établissements sont sous la juridiction du ministère israélien de l’Education et de la municipalité. Après les accords Oslo II signés en 1995, le programme scolaire jordanien fut remplacé par un palestinien. Aujourd’hui, sur les 214 établissements de Jérusalem-Est, seuls 65 s’appuient sur le programme israélien. Et depuis peu, le ministère de l’Education israélien encourage à passer à celui-ci, moyennant un apport financier supplémentaire. "Je soutiendrai tout établissement [à l’est] qui choisira ce programme", affirmait en janvier 2016 le ministre de l’Education israélien, Naftali Bennett. "Ma politique est claire, je veux faciliter le processus d’israélisation."

"C’est une occupation sur les esprits", s’insurge Rassem Obeidat. "Ils veulent introduire le narratif sioniste aux dépens de tout autre." Avant leur distribution à Jérusalem, les livres scolaires imprimés en Cisjordanie sont d’ailleurs scrupuleusement contrôlés : "Si le drapeau ou l’hymne palestiniens sont repérés, les pages sont arrachées voire réimprimées", poursuit-il. Cette "censure" systématique vise à "effacer la mémoire palestinienne".

Le problème est idéologique et structurel. Non seulement les écoles à l’est ont reçu en 2016 moins de fonds que celles, juives, à l’ouest, mais il manquerait plus de 2 000 salles de classes à Jérusalem-Est, constate l’association israélienne Ir Amim, investie dans la résolution du conflit à Jérusalem. Une raison pour laquelle le décrochage scolaire toucherait 36 % des élèves palestiniens de la ville sainte.

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