mardi 11 avril 2017

Fleury-Mérogis : les surveillants en colère bloquent la plus grande prison d'Europe


La maison d'arrêt de Fleury-Mérogis bloquée par... par leparisien

Plus de 350 surveillants pénitentiaires bloquaient lundi soir la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) pour protester contre la récente agression de six gardiens dans la plus grande prison d'Europe, minée par la surpopulation carcérale et le manque de personnels.

«Là-dedans, on est en danger.» En regardant vers les murs d’enceinte, Stéphane, surveillant à Fleury-Mérogis (Essonne) depuis cinq ans, hausse les épaules : «On n’en peut plus, notre quotidien c’est la tension et la crainte d’être débordé comme c’est arrivé jeudi dernier

Ce lundi, près de 350 agents ont complètement bloqué la plus grande prison d’Europe. Une opération coup de poing organisée après la violente attaque subie par six surveillants (lire ci-dessous). Quatre barrages installés sur la route empêchaient toutes entrées ou sorties du domaine pénitentiaire, retardant par exemple le placement en détention après une garde à vue.

Fleury-Mérogis, 10 avril 2017.

«On ne nous écoute pas, alors on est obligés d’en arriver là, indique Thibault Capelle, du syndicat SNP-FO. Nous demandons davantage d’effectifs pour faire face à la surpopulation carcérale.» Selon les chiffres des représentants du personnel, il faudrait 10 % de surveillants en plus à Fleury, où le taux d’occupation avoisine 190 %. «Quand un mec tout seul doit gérer une centaine de détenus au quotidien, il faut s’imaginer ce que ça représente», tonne Marcel Duredon, du syndicat FO.

«Il faut retirer les armes bricolées et les téléphones»

Les manifestants réclament aussi une fouille générale de la maison d’arrêt. «Pour remettre toutes les choses à plat et retirer les armes bricolées et les téléphones qui permettent de préparer des guets-apens à l’extérieur», estime Marcel Dure don. «Il faut aussi en terminer avec l’article 57, qui nous oblige à justifier une fouille. On est en état d’urgence, mais on ne peut pas fouiller quelqu’un qui revient d’un parloir par exemple», reprennent en chœur les délégués syndicaux.

«On va rester devant la prison toute la nuit, pour protester, annonce Marcel Dure don. Et il faudra venir nous déloger pour libérer la chaussée.» Vers 21h30, les surveillants commençaient à faire brûler des pneus et des palettes. Les forces de l’ordre restaient, elles, à distance.

Ce mardi matin, une deuxième action est prévue. Devant le magasin Leclerc de Viry-Châtillon, les grévistes ont prévu de distribuer des tracts à la population, pour les avertir de la «situation critique» au sein de la prison. Une «marche des oubliés de la république», comme les agents l’ont appelée, les mènera ensuite jusqu’à la maison d’arrêt. «Ce n’est qu’un début, prévient Thibault Capelle. On veut des réponses. Parce qu’on parle des droits des détenus, mais on ne s’occupe pas assez du personnel pénitentiaire qui vit dans une insécurité grandissante. Je rappelle que les djihadistes ont demandé qu’on s’en prenne à nous.»

Une agression à l’origine de la grogne

Six surveillants blessés et envoyés aux urgences, dont deux ressortiront plâtrés au bras et à la jambe. Le mouvement de protestation devant la prison de Fleury-Mérogis est la conséquence du passage à tabac ultra-violent d’une équipe d’agents de la maison d’arrêt.

Jeudi après-midi, au bâtiment D4 dévolu aux mineurs, deux détenus ont une altercation au moment de la promenade. Six surveillants sont contraints d’entrer dans la cour pour les séparer. Huit prisonniers profitent de l’occasion pour rouer de coups le personnel. Les détenus âgés de 15 à 17 ans, ont été placés pour la plupart d’entre eux au quartier disciplinaire, en attendant la suite de la procédure interne et pénale. En revanche, deux d’entre eux, âgés de moins de 16 ans, ne peuvent faire l’objet d’aucune mesure préventive. «Ils ont regagné leur cellule, peu importe la gravité des faits commis», déplore Marcel Duredon, du syndicat FO.

leparisien.fr

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