dimanche 12 mars 2017

Le Front national est-il vraiment devenu "gay friendly" ?

Avec la stratégie de normalisation initiée par Marine Le Pen, le Front national séduit de plus en plus d'électeurs homosexuels. Une évolution qui peut parfois provoquer des tensions au sein du parti d'extrême droite.

Sébastien Chenu, Florian Philippot et Marine Le Pen, lors d'une convention du
 Front national à Paris, le 8 novembre 2016. (MAXPPP)


"L'élection de Marine Le Pen serait un signal fort contre les homophobes !" s'enthousiasme Lucas. Cela ne fait que dix-huit mois que ce jeune homme a décidé de prendre sa carte au Front national, et il en est pourtant déjà convaincu : à ses yeux, le parti de Marine Le Pen serait le mieux placé pour défendre la cause des homosexuels. Une opinion qui peut surprendre, au regard du programme et de l'histoire du parti d'extrême droite, mais qui est représentative d'une évolution structurelle du Front national.

Parallèlement à la "dédiabolisation" du FN entreprise par Marine Le Pen, la communauté gay, historiquement réputée proche des partis de gauche, apparaît de plus en plus séduite par le bulletin Le Pen. Selon une étude du Cevipof publiée en février 2016, le FN a convaincu 32,45% des couples homosexuels mariés lors des élections régionales de 2015, soit un niveau comparable au vote en faveur des listes de gauche (34,66%).
"Les folles, on les envoie se faire voir ailleurs"

L'histoire du Front national n'a pourtant rien de "gay friendly". "Les homosexuels ne sont pas une communauté à laquelle le FN avait l'habitude de s'adresser", rappelle l'historienne Valérie Igounet. "Les fondateurs du parti n'étaient pas très 'réceptifs' à la question de l'homosexualité", euphémise cette spécialiste du FN, qui tient sur franceinfo.fr le blog Derrière le Front.

En attestent de nombreux propos polémiques de Jean-Marie Le Pen. En 1984, le leader d'extrême droite qualifie l'homosexualité "d'anomalie biologique et sociale". En 1995, lors d'un discours à l’université d’été du Front national, le chef historique du parti lance aux militants : "Je confesse qu’il doit y avoir des homosexuels au FN, mais il n'y a pas de folles. Les folles, on les envoie se faire voir ailleurs." En privé, Jean-Marie Le Pen n'a pourtant rien d'un homophobe, assurent ses proches, mais il se délecte des provocations qui font parler de lui. Et avec l'arrivée du jeune Florian Philippot à la vice-présidence du FN, les sorties de route du "Menhir" se multiplient. Comme en mai 2015, lorsque Jean-Marie Le Pen accuse, sur une radio, Florian Philippot de "placer ses hommes, ses mignons" à la direction du parti. Comme en mai 2016, quand il évoque sur Twitter, toujours à propos de Florian Philippot, "Don Quichotte de la Jacquetta". Ou en décembre 2016, lorsqu'il lâche, sur Facebook : "Les homosexuels, c'est comme le sel dans la soupe, s'il n'y en a pas assez c'est un peu fade, s'il y en a trop, c'est imbuvable."

De leur côté, les militants gays du FN ont la mémoire sélective. "Pour beaucoup de militants, le FN est un nouveau parti depuis 2011", observe l'historienne Valérie Igounet. "Je ne me suis jamais intéressé à l'histoire du Front national. Je la connais, mais ce n'est pas ce qui m'intéresse", dit ainsi à franceinfo David Masson-Weyl, jeune élu homosexuel du FN au conseil régional du Grand Est. "Je suis engagé au côté de Marine Le Pen, et le reste ...

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