dimanche 19 mars 2017

La vie après Guantánamo : un ancien détenu raconte sa nouvelle vie « sans papiers »

Lidia Kurasinska

Après avoir passé quatorze ans à Guantánamo, Tariq al-Sawah tente de reconstruire sa vie, mais il se retrouve coincé dans un no man’s land juridique

Tariq al-Sawah vit aujourd’hui à Sarajevo (MEE/Armin Durgut)

SARAJEVO, Bosnie-Herzégovine – En se promenant dans un lotissement en périphérie de Sarajevo, Tariq al-Sawah, un Égyptien détenu à Guantánamo sans procès pendant près de quatorze ans, arbore
un visage maussade.

« Ils ne sont même pas excusés », déplore-t-il. « Ils se sont contentés de me déposer à l’aéroport de Sarajevo après quatorze ans, et tout ce que j’avais avec moi était un tee-shirt. Je vis dans des limbes. »


« Ils ne sont même pas excusés. Ils se sont contentés de me déposer à l’aéroport de Sarajevo après quatorze ans, et tout ce que j’avais avec moi était un tee-shirt »

– Tariq al-Sawah, ancien prisonnier de Guantánamo

« Même si Sarajevo est une grande ville, je n’ai pas de papiers, je ne peux pas trouver d’emploi et prendre soin de moi », ajoute-t-il.

Lors de son séjour à Guantánamo, Sawah a rapporté qu’il était enchaîné 24 heures sur 24 et maintenu en isolement malgré sa mauvaise santé et une dépression.

« J’étais isolé dans une cellule de deux mètres sur deux et je pesais environ 136 kg à l’époque. »

L’évaluation des détenus de Guantánamo par la Joint Task Guantanamo Detainee Assessment (force militaire basée à Guantánamo Bay et en charge de la gestion du centre de détention), qui a été divulguée, a corroboré ses allégations de problèmes de santé. Le document, en date du 30 septembre 2008, indiquait : « le détenu est étroitement surveillé pour des problèmes graves et chroniques. Il présente une obésité morbide avec un cholestérol élevé, du diabète, une stéatose hépatique non alcoolique et une lombalgie chronique accompagnée de sciatique. »

Sawah a protesté pour avoir passé quatorze ans à Guantánamo sans procès, soulignant que même si les accusations portées contre lui avaient été abandonnées en 2012, il n’a été libéré que quatre ans plus tard. Il s’est félicité de l’existence d’un recours juridique pour contester sa détention à long terme, mais estime que les chances de réparation sont minces sous la nouvelle administration Trump.

Même si sept années se sont écoulées depuis que l’ancien président américain Barack Obama a signé un décret visant à fermer le camp de détention de Guantánamo à Cuba et que bon nombre de ses détenus ont été relâchés, la prison reste ouverte.

Étant donné que le président américain Donald Trump projette non seulement de maintenir le camp ouvert mais d’élargir sa portée, les 60 prisonniers restants, ainsi que ceux libérés par l’administration précédente, craignent qu’il n’y ait guère de réparation. En février 2016, lors de la campagne électorale, Trump a déclaré qu’il allait « remplir [Guantánamo] » de « mauvais garçons ».

Sawah a été libéré en janvier 2016 lorsque la Bosnie-Herzégovine, un pays dont il avait une fois eu la nationalité, a offert de le reprendre alors que les accusations de conspiration avec des membres connus d’al-Qaïda et de soutien matériel au terrorisme contre lui avaient finalement été abandonnées.

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