samedi 11 mars 2017

Fabriquées en Grande-Bretagne, testées sur les Yéménites : travailler pour les fabricants d’armes

#CommerceDesArmes Les avions saoudiens qui survolent le Yémen prennent vie dans les usines du Lancashire. Les ouvriers estiment avoir peu d’options

Un enfant est porté à l’écart des combats à Ta’izz, au Yémen (AFP)

Par Areeb Ullah

PRESTON, Royaume-Uni – Jack s’assoit avec sa pinte au Fielden Arms à Mellor Brook et songe à sa toute dernière journée à fabriquer des avions de combat Typhoon pour l’armée de l’air saoudienne.

Dévorant son steak et ses frites, le jeune homme de 25 ans parle d’emménager avec sa petite amie, de sa bonne rémunération à l’usine BAE voisine – 40 000 £ (environ 46 000 euros), soit près de deux fois la moyenne locale – et de la sécurité qu’elle procure.

Et puis, il pense aux personnes que ces avions seront envoyés tuer.

« On voit mourir de faim les enfants au Yémen au journal télévisé de 22 heures », indique-t-il à Middle East Eye. « Mais on essaie de ne pas y prêter attention et de s’y faire. »


« En gros, on construit des armes de destruction massive » – Harry, ouvrier de BAE

Son ami, Harry, lance : « C’est vraiment bizarre et indescriptible, parce que, en gros, on construit des armes de destruction massive. »

Alors pourquoi ne démissionnent-ils pas ? « Un bon salaire et la sécurité de l’emploi », répond Jack, avalant une autre gorgée de bière. « Si les contrats militaires cessent, 7 000 personnes s’en vont avec eux. »

Jack est comme les milliers d’autres qui travaillent à l’usine BAE Systems de Samlesbury, à proximité de Preston dans le Lancashire, fabricant des pièces qui seront assemblées à Warton, une ville proche, pour créer des Typhoon, les avions de chasse les plus avancés utilisés par les Saoudiens au Yémen.

Là-bas, les Saoudiens contribuent à une guerre civile avec la pire forme de violence : bombardant des civils, faisant exploser des hôpitaux et imposant un siège qui a condamné des millions de Yéménites à une lente famine et à la pauvreté.

Et la Grande-Bretagne, dans sa grande sagesse, a vendu aux Saoudiens le matériel nécessaire pour ce faire. Depuis le début de la guerre en 2015, le Royaume-Uni a approuvé les ventes d’armes à Riyad pour une valeur de plus de 3,3 milliards de dollars. Beaucoup de ces armes provenaient des usines de BAE comme celle de Samlesbury, construites par des ouvriers tels que Jack.

Cela a incité les militants contre le commerce des armes à engager un recours judiciaire en février pour mettre fin aux exportations d’armes au gouvernement saoudien jusqu’à ce qu’il cesse de commettre des atrocités contraires aux droits de l’homme au Yémen. La décision relative à ce recours doit être rendue dans les mois à venir.

La suite sur middleeasteye.net

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