mercredi 8 mars 2017

Basel al-Araj, martyr de la résistance

Basel al-Araj, par Motasem Khaleel

Ma’an News – Dans une dernière lettre écrite avant qu’il ne soit assassiné par les forces israéliennes d’occupation lors d’une fusillade, le militant et écrivain palestinien Basel al-Araj a révélé ses pensées sur sa fin qui apparaissait inéluctable.


Al-Araj, un militant âgé de 31 ans et habitant le village d’al-Walaja au sud de la Cisjordanie occupée, dans le district de Bethléem, était recherché par les autorités d’occupation depuis septembre, moment où il avait été libéré d’une prison palestinienne après avoir été détenu sans explication pendant cinq mois. Au cours de son incarcération, il s’était joint à une grève de la faim, alors qu’étaient diffusées des informations sur les tortures et les mauvais traitements subis.





La police israélienne avait accusé al-Araj, d’être le « chef d’une cellule terroriste qui planifiait des attaques contre les Israéliens et les forces de sécurité ». Après une chasse à l’homme qui a duré plusieurs mois, les forces d’occupation ont encerclé une maison à la périphérie du camp de réfugiés de Qaddura, où al-Araj était caché, tôt ce lundi, provoquant un échange de tirs durant lequel le jeune al-Araj a été tué après avoir semble-t-il épuisé ses munitions.

Cependant, certains Palestiniens ont remis en question le récit de la police israélienne selon lequel il aurait été possible à Al-Araj de retourner le feu, et ils ont souligné que le jeune homme – bien connu dans sa communauté comme intellectuel et militant – n’avait pas le profil d’un attaquant armé.

« Mes salutations au nationalisme arabe, à la patrie et à la libération, » dit la lettre, partagée sur les médias sociaux par la famille d’al-Araj. « Si vous lisez ceci, cela signifie que je suis mort et que mon âme est retournée à son créateur. Je prie Dieu que j’aille à sa rencontre avec un cœur innocent, ouvert et jamais réticent, et exempt de tout brin d’hypocrisie. »

Al-Araj a réfléchi sur la difficulté d’écrire dans ces circonstances, rédigeant un dernier testament comme de nombreux autres Palestiniens qui ont été tués par les forces israéliennes d’occupation.

« Combien il est difficile d’écrire sur votre propre volonté. Des années durant, j’ai lu et relu les testaments rédigés par les martyrs, et ces testaments m’ont toujours laissé sans voix. Ils étaient rapides, courts, sans beaucoup d’éloquence. Ils n’étanchaient pas notre soif de réponses à propos du martyre, » écrit-il.

« Maintenant, je marche à la mort qui est devant moi, convaincu que j’ai trouvé mes réponses. Combien stupide je suis ! Y a-t-il quelque chose qui est plus éloquent et plus clair que l’acte d’un martyr ? J’aurais dû écrire cela il y a plusieurs mois, mais ce qui m’en a empêché était que cette question était pour vous, les vivants, et pourquoi devrais-je répondre en votre nom ? Cherchez les réponses vous-même, et pour nous, les habitants des tombes, tout ce que nous cherchons est la miséricorde de Dieu. »

Dans un long communiqué publié lundi, le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) a parlé d’al-Araj le combattant de la liberté, l’intellectuel, et le théoricien, qui était « un des plus éminents parmi les jeunes combattants palestiniens » à résister à l’occupation israélienne et qui « a dédié son énergie à relater l’histoire de la Palestine et à faire face à toutes les tentatives de liquidation la cause palestinienne. »

L’organisation marxiste dit que le meurtre a mis à nu « un besoin urgent de faire face à toutes les formes de coordination répressive [avec Israël], les arrestations politiques et les poursuites » par l’autorité palestinienne (AP), qualifiant la « coordination de sécurité » avec Israël comme « une trahison » des principes et des valeurs de la résistance palestinienne.

L’autorité palestinienne a été largement critiquée pour sa coordination répressive avec Israël, avec sa pratique de ce que les critiques ont appelé la « politique de la porte tournante » qui consiste à envoyer les Palestiniens depuis les prisons de l’AP vers les prisons israéliennes.

Les critiques ont pris une nouvelle dimension après que les policiers de l’AP ont frappé un détenu à mort l’an dernier, tandis qu’Israël est la cible d’une vaste condamnation internationale pour les assassinats ciblés de Palestiniens au cours des ans.

« La loyauté envers le martyr Basel al-Araj requiert que soit mis un terme aux Accords d’Oslo, contre lesquels le martyr a toujours lutté, et que l’on forme une nouvelle stratégie nationale pour faire face aux défis actuels et unir les énergies du peuple palestinien pour l’Intifada et la résistance », a ajouté la déclaration du FPLP.

Un porte-parole du Fatah, le parti au pouvoir dans l’Autorité palestinienne, a également condamné l’assassinat et les blessures infligés aux « deux qui ont tenté de faire face et de prévenir le raid, » mais sans nommer le jeune homme assassiné comme étant al-Araj.

Le porte-parole de Fatah, Ziyad Khalil Abu Zayyad, a qualifié l’incident de « nouvelle escalade (par Israël) contre les Palestiniens », a dénoncé l’opération israélienne comme « illégale », la décrivant comme un « acte hideux de l’occupation » et a noté que les photos prises sur les lieux ont montré une grande quantité de balles tirées par les forces israéliennes dans ce qui était une « exécution ».

Abu Zayyad a mis en garde contre les forces israéliennes, qui cherchent à « arrêter et tuer » les Palestiniens lors de raids nocturnes à travers la Cisjordanie occupée, souvent et principalement dans les villages et les camps de réfugiés situés comme Qaddura dans la zone A, supposée être sous plein contrôle de l’AP selon les Accords d’Oslo.

6 mars 2017 – Ma’an News – Traduction : Chronique de Palestine

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