mardi 7 mars 2017

Affaire Adama Traoré: Bagui, le «frère fusionnel», victime d'un «acharnement judiciaire» aux yeux de ses proches

Le frère d’Adama Traoré a entamé une grève de la faim après sa mise en examen pour « tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’ordre public »…


La marche gare du Nord en mémoire d'Adama
 Traoré, le 30 juillet 2016 - SEVGI/SIPA


« A chaque fois qu’on a un coup de fil de nos avocats, on se dit que la situation ne peut pas être pire que ce qu’elle est déjà. En fait, si… », soupire Hawa Traoré. Son frère jumeau, Adama Traoré, est
décédé à Beaumont-sur-Oise le 19 juillet dernier, à la suite d’une interpellation par des gendarmes dont les circonstances demeurent particulièrement floues. « Ma mère pleure du matin au soir, elle ne comprend pas pourquoi on s’acharne contre nous. Elle a perdu un fils il y a sept mois et on veut lui en prendre un autre », poursuit sa sœur aînée Assa Traoré, devenue la porte-parole familiale.

« Mon frère est le principal témoin de toute l’affaire »
Le dernier appel de leur avocate remonte à dimanche matin. Quelques mots pour leur annoncer que Bagui Traoré, l’un des frères aînés d’Adama, venait d’entamer une grève de la faim depuis sa cellule de Fleury-Mérogis. Trois jours auparavant, il était mis en examen pour « tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’ordre public ». Le jeune homme de 25 ans est soupçonné d’être impliqué dans les tirs qui ont visé les policiers et les gendarmes lors des heurts qui ont suivi la mort d’Adama. Sa compagne, interpellée à Toulouse, a également été mise en examen. Un mandat de dépôt avait été requis à son encontre, mais le juge des libertés et de la détention a finalement décidé de la placer sous contrôle judiciaire. Avec interdiction d’entrer en contact avec le reste de la famille.

« Bagui est au plus mal psychologiquement, assure Hawa Traoré. Il n’a pas vu son fils de 4 ans depuis plusieurs semaines, ses visites sont réduites au strict minimum. Même les mandats qu’on lui envoie pour qu’il puisse cantiner ne lui arrivent pas. » Officiellement, ces derniers ont été refusés par le jeune homme, ce que la famille réfute.

A leurs yeux, sa mise en examen relève de l’acharnement judiciaire, voire du complot. « Mon frère est le principal témoin de toute l’affaire. Il est la dernière personne à avoir vu Adama vivant et la première à l’avoir vu mort », insiste Assa Traoré. Le soupçonner est, selon elle, une manière de discréditer son témoignage. Les proches d’Adama assurent qu’il a été victime d’une « bavure » mais, à ce stade, l’enquête n’a donné lieu à aucune mise en examen, malgré un dépaysement du dossier. Les deux autopsies n’ont pas permis d’établir de causes précises, si ce n’est la mise en évidence d’un « syndrome asphyxique ».

Adama et Bagui, « fusionnels »

Le nom et le visage de Bagui Traoré apparaissent en filigrane de toute l’affaire. Le soir de l’interpellation qui a conduit à la mort d’Adama Traoré, c’était lui que les gendarmes venaient interpeller. L’homme est loin d’être un inconnu des services de police : il a été condamné à douze reprises, la plupart du temps pour vol avec violence ou extorsion. « Il a payé sa dette à la société, il a été en prison. Mais les affaires qu’on veut lui mettre sur le dos n’ont rien à voir », s’emporte sa grande sœur, Assa. Cette fois, les gendarmes souhaitaient l’entendre dans le cadre d’une enquête ouverte pour « extorsion de fonds ».

Ce jour-là, Adama et Bagui étaient ensemble lorsque les gendarmes sont arrivés. Les deux hommes ont six mois d’écart – ils sont nés de mères différentes – et sont, aux dires d’Assa Traoré, « fusionnels ». « Adama avait une jumelle, mais ils étaient tout le temps ensemble. Depuis tout petits, ils ne se quittaient pas. » Selon la version officielle, la victime aurait cherché à s’interposer. Selon son frère, il est parti en courant parce qu’il n’avait pas ses papiers d’identité sur lui.


Le 14 décembre dernier, une nouvelle ligne est venue s’ajouter au casier de Bagui Traoré : il a été condamné à huit mois de prison ferme pour des faits de menaces, outrages et violences envers des personnes dépositaires de l’ordre public. Une peine assortie d’une interdiction de se rendre sur le territoire de Beaumont-sur-Oise, où réside une partie de sa famille, pendant deux ans. Les faits remontent à la mi-novembre : une cinquantaine de proches d’Adama Traoré sont venus perturber un conseil municipal au cours duquel la maire faisait voter la prise en charge de ses frais de justice dans une procédure en diffamation contre Assa Traoré. Son plus jeune frère a écopé de trois mois avec sursis. « Désormais, notre combat est double : rétablir la vérité autour de la mort d’Adama et faire sortir Bagui », assure la jeune femme. Et d’ajouter : « De toute façon, les deux affaires sont totalement imbriquées. »

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