mardi 28 juin 2016

Le Royaume-Uni sort de l'UE: l’économie d’Israël souffrira du Brexit.


ANALYSE – Le vote historique des Anglais provoque une onde de choc qui touchera aussi Israël : le Brexit sera négatif pour l’économie israélienne.

Le Royaume-Uni (RU) quittera l’Union européenne (UE) ; ainsi en ont décidé les Britanniques à l’issue du référendum de jeudi dernier. Les conséquences économiques négatives du Brexit (abréviation de “British Exit”) seront perceptibles aussi en Israël. Depuis une décennie, la place du Royaume-Uni dans l’économie israélienne s’est élargie : partenaire privilégié d’Israël, le RU représente 25% des débouchés israéliens en Europe. Mais les échanges bilatéraux ne se limitent pas au seul commerce de marchandises ; ils touchent aussi à la finance, aux services, aux investissements, au tourisme, etc. Autant de domaines qui souffriront d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE.

ÉCHANGES DE MARCHANDISES

En 2015, le Royaume-Uni a constitué le troisième débouché commercial d’Israël, après les États Unis et la Chine. Les Anglais ont acheté en Israël des marchandises pour un montant de 4 milliards de dollars, soit 25% des exportations israéliennes vers les vingt-huit pays de l’Union européenne. Réciproquement, le Royaume-Uni fournit 10% des importations israéliennes en provenance de l’UE (2,2 milliards de dollars en 2015).

En perdant son avantage d’appartenir à un marché unique, l’Angleterre reverra à la baisse ses échanges extérieurs : non seulement avec les pays de l’UE, mais aussi avec d’autres partenaires importants, comme Israël. Autrement dit, le coût pour Israël de la sortie du Royaume-Uni de l’UE sera particulièrement sensible pour les échanges commerciaux entre les deux pays ; et en particulier pour les entreprises israéliennes qui ont plus à perdre que leurs homologues britanniques.

Les secteurs israéliens de l’industrie qui vont encaisser l’onde de choc du Brexit sont divers : la pharmacologie, les équipements médicaux, les diamants taillés, les télécoms, les énergies renouvelables, etc. Les entreprises de ces secteurs éprouveront des difficultés à exporter vers le Royaume-Uni ; le Brexit les contraindra à renégocier leurs contrats d’exportation pour maintenir une marge de rentabilité.

LIBRE-ÉCHANGE

Certes, Israël n’est pas membre de l’Union européenne, mais il lui est lié par des accords de libre-échange et d’association qui lui sont très favorables. Or ces accords deviendront caducs vis-à-vis du RU lorsque le Brexit deviendra réalité. L’instauration de barrières douanières pour pénétrer le marché britannique constituera donc un frein pour les entreprises israéliennes ; celles-ci perdront des parts de marché, ce qui les contraindra à réduire leur production et peut-être aussi à licencier leur personnel.

Bien sûr, le Royaume-Uni pourra renégocier de nouveaux accords douaniers préférentiels avec ses partenaires européens et extra-européens, mais il est probable que ces accords seront moins avantageux que le marché unique. En attendant d’instituer un nouveau statut commercial entre Israël et le RU, les entreprises israéliennes risquent de perdre le marché anglais qui est fort de 65 millions de consommateurs, soit 13% de la population européenne.

INVESTISSEMENTS

L’accord d’association entre Israël et l’UE ne concerne pas seulement les échanges de marchandises ; il permet aussi des échanges de services et une libre-circulation des capitaux. Sur le plan des investissements aussi, un Brexit aura un impact non négligeable sur les relations bilatérales, même si le Royaume-Uni n’a jamais adopté l’euro. Les investissements des entreprises israéliennes en Angleterre, tout comme les investissements des entreprises britanniques en Israël, seront inévitablement revus à la baisse, puisque le Royaume-Uni n’aurait plus l’avantage d’appartenir au marché unique.

Depuis quelques années, le marché anglais est devenu particulièrement attractif pour les entreprises israéliennes. Pour prendre l’exemple de l’année 2015, de nombreuses sociétés israéliennes ont investi et créé des emplois en Angleterre, comme Sapiens (software), Amiad (traitement des eaux) et SPTS Technologies (semi-conducteurs). À défaut de pouvoir pénétrer facilement le reste du marché européen à partir du RU, ces entreprises israéliennes pourraient envisager une délocalisation vers un autre pays membre du marché commun.

FINANCE

Le résultat du référendum britannique a immédiatement provoqué la chute des bourses ; le vent de panique a rattrapé les principales places mondiales, Tel Aviv compris. Et encore, le pire reste à venir comme le titrait une chaîne française de télévision : « Le fort recul des marchés financiers n’est que l’écume de la vague ». En effet, c’est la City de Londres qui risque de perdre son rang de principale place financière d’Europe ; et de seconde place au monde.

En Israël aussi, le secteur financier va être handicapé par les retombées du Brexit. En effet, le Royaume-Uni rendait aussi des services financiers à des entreprises et banques israéliennes : celles-ci devront reconsidérer leurs relations avec le RU afin de préserver la rentabilité de leurs capitaux et les avantages de la fiscalité locale. L’incertitude plane pour plusieurs dizaines de sociétés israéliennes qui sont cotées à la bourse de Londres (London Stock Exchange) ou sur l’AIM, le second marché londonienne (Alternative Investment Market). Les entreprises israéliennes, qui ont levé des fonds à Londres, se trouvent principalement dans les secteurs de la technologie, de l’hôtellerie et de l’immobilier.

DEVISES

Toute crise politique se traduit irrémédiablement par des mouvements désordonnés des taux de change ; ceux-ci ont aussi des effets néfastes sur la stabilité économique et financière. Comme il était prévisible, le Brexit a tiré la livre sterling vers le bas, lui faisant perdre jusqu’à 10% en quelques heures. Certes, la Banque d’Angleterre s’est déclarée prête à débloquer 250 milliards de livres sterling pour assurer le fonctionnement des marchés.

La déprécation de la devise britannique s’est d’abord traduite par la poussée du dollar. À Tel Aviv aussi, la fin de semaine a été agitée : si le billet vert a gagné 2% face au shekel, en revanche la devise israélienne a gagné 1% face à l’euro et s’est renforcée de 6% par rapport à la livre ; autant de fluctuations qui vont handicaper les entreprises israéliennes ; les exportations vers le Royaume-Uni seront moins compétitives alors que les importations seront meilleur marché pour le consommateur israélien.

TOURISME

Les seuls Israéliens qui pourraient avoir de quoi se réjouir de la sortie du RU de l’Union européenne sont ceux qui ont programmé un voyage touristique en Angleterre cet été. Dorénavant, leurs shekels auront un change favorable en livres sterling ; ce qui leur permettra de réaliser des économies, de faire quelques emplettes supplémentaires dans les magasins londoniens, ou de prolonger leur séjour sur une des îles britanniques.

Selon un récent rapport de l’OCDE, « un Brexit serait synonyme d’incertitude économique et freinerait les flux d’investissement direct étranger et d’échanges du Royaume-Uni mais aussi de l’Union européenne, en portant atteinte à la croissance ». Pour Israël aussi, l’incertitude économique freinera ses échanges avec le Royaume-Uni et avec d’autres pays européens qui seraient touchés par la contagion du Brexit.

Certes, la sortie de l’UE exigera deux années de procédure ; un délai qui sera nécessaire à l’économie israélienne pour s’adapter à de nouvelles relations économiques, technologiques, commerciales et fiscales, avec le Royaume-Uni.

Jacques Bendelac (Jérusalem)
Israelvalley.com

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