mercredi 29 avril 2015

La famille Le Pen et les histoires d'argent

Jean-Marie le Pen et l'argent, c'est une drôle d'histoire qui s'écrit depuis 50 ans, et emprunterait de nouveau le chemin de la Suisse. Marine a-t-elle rompu avec les pratiques du patriarche ?


Jean-Marie Le Pen (POL EMILE/SIPA)

Le militant Jean-Marie Le Pen est un homme d'argent, dévoré par la passion de l'argent. Quiconque s'est un tant soi peu intéressé à son parcours, à sa biographie, à ses incartades, a découvert ce trait de caractère depuis fort longtemps. Jouant notamment des charmes de son ex-épouse Pierrette, il s'était emparé, officiellement en toute légalité, de la fortune d'un milliardaire, le foutraque Hubert Lambert.
C'est ainsi que la famille Le Pen avait pu poser ses bagages à Montretout, ce domaine qui surplombe Paris et le parc de Saint-Cloud. Les premiers compagnons de Le Pen, qui lui étaient d'une fervente fidélité, acceptaient volontiers qu'il puise autant que souhaité dans la caisse et les finances du parti. L'argent du FN, c'était l'argent de Le Pen ; les femmes du FN devaient elles aussi se tenir à sa disposition. Telle est la conception de la vie et du chef dans un parti d'extrême droite.

"Mains propres, tête haute"... De cette formule, Jean-Marie Le Pen avait fait sa signature, sa marque de fabrique, pour mieux dénoncer les élites "cosmopolites et pourries". En contradiction parfaite avec son itinéraire financier, sa voracité, sa cupidité. Les récentes révélations de Mediapart (Le Pen dissimulerait de l'argent, environ 2 millions d'euros, à l'étranger, hier en Suisse, aujourd'hui dans les îles Vierges britanniques) apportent une touche supplémentaire à ce profil tout de même particulier en politique.

Un "majordome" ayant droit du compte

Depuis de nombreuses années, Jean-Marie Le Pen dispose de "gestionnaires de fortune" en charge de ses différents pactoles, privés et "politiques", notamment l'un de ses intimes, le financier Jean-Pierre Mouchard que la presse adore raconter nimbé de mystères... Et puisque, au Front National, tout appartient au clan Le Pen, l'enquête de Mediapart révèle sans surprise que le système a été élaboré pour servir Le Pen sans qu'il puisse être mis en danger. Place donc à l'homme de paille, Gérald Gérin, officiellement "majordome" de Le Pen, par ailleurs conseiller régional en Paca. Il serait le "responsable légal" de l'ex-compte suisse transféré dans les îles et, par ailleurs, le trésorier des deux micro partis, Cotelec et Promelec, officiellement chargés de financer le FN et qui, en réalité, ont pour seule fonction d'assurer le train de vie du vieux chef. Tout se mélange, tout se confond et on en revient toujours, inexorablement, aux mêmes pratiques. Délictueuses ?

L'entourage "gudard" de Marine Le Pen

Marine Le Pen a-t-elle rompu avec les (mauvaises) habitudes de son père ? Rien n'est moins sûr. L'entourage financier de la présidente du Front National ne manque pas de laisser songeur. On y trouve notamment Frédéric Châtillon et Axel Loustau, deux anciens chefs du GUD, un groupuscule estudiantin néofasciste, reconverti dans la communication, notamment au service du dictateur syrien Bachar el Assad. Ils viennent d'être mis en examen pour avoir bidouillé les comptes de la campagne présidentielle en 2012. Une campagne Marine Le Pen... On y rencontre aussi Philippe Péninque, un ex-"gudard" lui aussi reconverti dans la finance et qui s'était déjà fait remarquer en se chargeant d'ouvrir le compte bancaire helvétique de ... Jérôme Cahuzac.

Marine Le Pen, en matière d'argent, est-elle si différente que cela de son père ? Rien ne permet encore de l'affirmer.

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