mercredi 31 décembre 2014

Une mairie contrainte de déboulonner une plaque en l’honneur d’un prisonnier palestinien



La mairie de Bezons (Val-d’Oise) a déboulonné mardi une plaque commémorative installée en l’honneur d’un prisonnier palestinien, après une décision de la justice saisie par une association juive, qui attaque par ailleurs une autre commune francilienne pour des faits comparables.

Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint mi-décembre cette municipalité du nord de Paris de retirer la plaque installée près de l’hôtel de ville en l’honneur de Majdi Ihrima Al-Rimawi. Les juges avaient également annulé sa décision de faire citoyen d’honneur ce prisonnier palestinien condamné par Israël.

Dans ce jugement, consulté par l’AFP, le tribunal considère que l’élévation de ce Palestinien au rang de citoyen d’honneur pour militer en faveur de sa libération « traduit l’expression directe d’une prise de position politique dans le domaine de la politique étrangère », ce qui est « de la compétence exclusive de l’Etat ». Le tribunal invoque également le risque de trouble « à l’ordre public » pour réclamer le retrait de la plaque commémorative.

« Nous n’allons pas faire appel, mais nous réfléchissons à déclarer symboliquement citoyens d’honneur les milliers de prisonniers palestiniens » en Israël, dans les semaines qui viennent, a réagi le maire communiste Dominique Lesparre.

Celui-ci avait été attaqué en justice par le préfet et le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), une association qui dénonce régulièrement l’élévation au rang de citoyens d’honneur de Palestiniens qu’elle considère comme « terroristes ».

Bezons avait fait citoyen d’honneur en février 2013 M. Al-Rimawi, condamné à 80 ans de prison pour sa participation à l’assassinat d’un ministre en 2001 à Jérusalem. La commune, jumelée avec West-Bani-Zaïd, en Palestine, avait expliqué son choix par un souci de « solidarité » avec les habitants de la ville, dont l’ancienne maire est l’épouse de M. Ihrima Al-Rimawi.

Le BNVCA vient par ailleurs de saisir le préfet de la Seine-Saint-Denis et la justice administrative pour faire annuler une décision de la mairie communiste d’Aubervilliers de faire citoyen d’honneur le leader palestinien Marwan Barghouti, condamné à perpétuité par Israël pour son implication dans des attaques meurtrières, et que l’association considère comme un « terroriste ».

Cette municipalité de la banlieue nord de Paris entendait saluer en cet ancien secrétaire général du Fatah, « un homme de paix et de dialogue » qui « oeuvre pour résoudre pacifiquement le conflit israélo-palestinien ».

Derrière les barreaux depuis 2002, Marwan Barghouti, l’un des leaders de la deuxième Intifada (2000-2005) est devenu pour les palestiniens l’un des symboles de la résistance à l’occupation israélienne. Plusieurs communes françaises, souvent communistes, ont décidé de le faire citoyen d’honneur.

L’association a engagé deux autres procédures en justice, dont elle attend le dénouement, concernant Creil (Oise) et Valenton (Val-de-Marne).

En juillet dernier, le tribunal administratif de Montreuil avait annulé la décision de Bagnolet (Seine-Saint-Denis) de faire citoyen d’honneur Georges Ibrahim Abdallah. Ce militant libanais, sexagénaire, est considéré comme prisonnier politique par les pro-palestiniens, mais comme un terroriste par ses détracteurs.

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