mardi 29 mai 2012

Cisjordanie : les enfants triment dans les cultures israéliennes


Publié le 28 mai 2012 sur le site infosud.org

28 mai 12 - Entre 500 et 1000 enfants palestiniens travaillent dans des conditions pénibles dans les colonies agricoles israéliennes de la vallée du Jourdain. Appauvris par l’occupation, ils n’ont pas d’autre choix que de quitter les bancs d’école pour les champs.


Vallée du Jourdain : des bulldozers détruisent un réservoir artificiel dans le cadre de la politique israélienne de restriction de la consommation en eau des Palestiniens (août 2011). Image : © EPA

Al-Fasyil en Cisjordanie, Jillian Kestler-D’Amours (IPS-InfoSud) - « C’est éreintant », lance Ibrahim*, 15 ans, le front déjà sillonné par de profondes rides. « Mais je n’ai pas d’autre option. » Cela fait déjà trois ans que l’adolescent palestinien s’active à plein temps dans la colonie israélienne voisine de Tomer, pour subvenir aux besoins des ses nombreux frères et soeurs. « Je travaille de 6 heures du matin à 13 heures. Et je suis payé 70 shekels [ndlr 17 francs] par jour. » Dans son village, Al-Fasayil, en pleine vallée du Jourdain, ils seraient comme lui plus d’une douzaine de jeunes de moins de 18 ans à être employés dans les colonies. On estime qu’entre 500 et 1000 mineurs d’autres villes et villages de Cijordanie migrent dans la région pour y travailler.
La plupart d’entre eux sont utilisés comme main d’oeuvre dans le domaine agricole. Ils cueillent, nettoient et emballent des fruits et des légumes pour un salaire quotidien qui oscille entre 50 et 70 shekels (12 et 17 francs). Ils travaillent de longues heures dans des conditions météorologiques difficiles, tout au long des mois d’hiver et d’été, et cela sans aucune indemnité ou assurance en cas d’accident du travail.

Cultures intensives

Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem, « Israël a instauré dans cette zone un régime qui exploite intensivement ses ressources et cela, dans des proportions bien plus grandes que partout ailleurs en Cisjordanie, ce qui démontre bien ses intentions : l’annexion de fait de la vallée du Jourdain et de la zone nord de la mer Morte à l’État d’Israël ». Près de 90% de la vallée est estampillée « Zone C », c’est-à-dire entièrement sous le contrôle militaire et civil israélien. Près de 65’000 Palestiniens et 9’400 colons israéliens répartis dans 37 colonies y vivent.

« Il y a si peu d’alternatives dans la vallée du Jourdain. En raison des restrictions appliquées par Israël au développement économique et agricole, il n’y a rien à faire. Les Palestiniens peuvent soit rester à la maison toute la journée, soit aller travailler dans une colonie et subvenir ainsi aux besoins de leurs familles », résume Christopher Whitman, coordinateur au Ma’an Development Centre, une organisation de développement et de renforcement de l’économie palestinienne basée à Ramallah.

Selon lui, Israël doit appliquer les mêmes lois sur le travail à la Cisjordanie, y compris la vallée du Jourdain, que celles mises en place dans l’état hébreu. Mais elle ne le fait pas. Elle ne garantit pas aux ouvriers agricoles palestiniens travaillant dans les colonies israéliennes qu’ils soient payés selon le salaire minimum israélien, ou bénéficient de soins de santé, de jours de congé maladie et autres droits liés au travail. « Si les travailleurs ont moins de 18 ans, ils ne peuvent travailler qu’un nombre d’heures restreints et sous certaines conditions. Ils ne sont pas censés faire du travail manuel. Leurs droits doivent être protégés », ajoute Christopher Whitman. « Si des enfants juifs travaillaient comme main d’oeuvre dans les colonies, cela provoquerait une vague de protestations en Israël. »

Accès à l’éducation restreint

Les restrictions imposées sur la construction des infrastructures scolaires ont eu un impact dévastateur sur le développement des enfants de la vallée du Jourdain. « Un nombre élevé d’enfants palestiniens se voient refuser leur droit élémentaire à l’éducation ou sont obligés de parcourir bien des kilomètres à pied à travers des terrains dangereux pour aller à l’école », estimait l’organisation Ma’an dans un rapport sorti cette année. On peut également y lire que près de 10’000 enfants vivant en « Zone C » ont entamé l’année scolaire 2011-2012 en suivant les cours dans des tentes, des caravanes ou des cabanes en tôle sans la moindre protection contre la chaleur ou le froid. De plus, près d’un tiers des écoles dans cette zone ne disposent pas d’eau ni d’équipements sanitaires. Sans compter qu’au moins 23 écoles qui accueillent 2’250 enfants dans cette région sont menacées par un ordre d’arrêt des cours ou une démolition.

*Prénom d’emprunt.


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