Publié le samedi 30 avril 2011 sur le site info-palestine.net par Marwan Bishara - Al Jazeera
Marwan Bishara, principal analyste politique d’Al Jazeera, analyse la domination d’Israël sur les Palestiniens au-delà de la rhétorique de la paix.
L’occupation résolue d’Israël sur les Palestiniens, non seulement dans la Palestine historique mais surtout en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza peut être considérée comme la plus ancienne quasi-dictature au Moyen-Orient, affirme Marwan Bishara [GALLO/GETTY]
Selon l’opinion communément admise - surtout dans l’Occident - Israël est la « seule démocratie » au Moyen-Orient. Et c’est le cas, mais particulièrement pour ses citoyens juifs. Pourtant, Israël a été tout sauf démocratique envers les autochtones, les Arabes Palestiniens.
Par nature et par priorité, une occupation militaire étrangère est temporaire. D’autre part, le colonialisme, plus précisément la colonisation civile, est un système socio-politique consistant à avoir un contrôle sur un autre peuple.
Le sionisme a, depuis sa création vers la fin du 19ème siècle, prôné l’autodétermination du peuple juif dans « sa » patrie. Tout compte fait, Israël a, directement ou indirectement, chassé les Palestiniens de leur pays et a confisqué leurs biens. Aussi, en dépit des résolutions de l’ONU, Israël a refusé aux Palestiniens leur droit au retour dans leur patrie et a occupé et colonisé le reste de leur pays dans les dernières quatre décennies.
Au fil des ans, les services militaires et sécuritaires israéliens ont étendus leur domination sur d’autres individus et contre leur volonté. Tout au long de cette sujétion, les Palestiniens ont été opprimés, torturés, exploités et privés de leur terre, de l’eau et du droit le plus important qui soit : leur liberté. Il faudrait alors souligner que les prisons israéliennes, contrairement à celles des pays voisins, sont celles qui comptent le plus grand nombre de prisonniers politiques.
Refusant d’assumer leur véritable situation, les dirigeants israéliens se sont réfugiés dans un illusoire excès de moralité.
Dans ce contexte, rien de plus explicite que la déclaration de feue le premier ministre israélienne Golda Meir qui, en avertissant les Arabes avaient alors dit : « Nous pouvons vous pardonner d’avoir tué nos fils, mais nous ne vous pardonnerons jamais de nous faire tuer les vôtres ».
Une belle illustration de l’impudence et du culot israélien [chutzpah].
L’occupation comme dictature coloniale
Contrairement aux autres puissances coloniales et dictatures dont l’histoire se souvient, Israël s’est emparé de tout mais n’a rien donné en retour. Les colonies, les routes de contournement et les zones industrielles construites sont exclusivement destinées aux juifs.
Ainsi, Israël et ses diverses organisations sionistes ont construit plus de 600 villes, villages et autres formes de colonies spécialement pour les Juifs et rien pour les Palestiniens, même pas pour ceux qu’Israël considère comme faisant partie de ses propres citoyens, estimés à environ le un cinquième de sa population.
Et à l’instar de beaucoup d’autres dictatures, celle-ci s’illustre par le déni du tort et du préjudice causés à la population qui est sous son contrôle et par les illusions d’une occupation qu’elle juge nécessaire, bienveillante voire même dûe par volonté divine.
C’est pourquoi, aucune autre dictature dans la région n’a été aussi longtemps indifférente et destructive à l’égard de ceux qu’elle domine, que le régime sioniste en Palestine.
En effet, Israël n’a pas hésité de faire appel à ses forces meurtrières et démesurées à l’encontre du peuple occupé. Ses derniers crimes de guerre ont été documentés et détaillés dans plusieurs rapports de l’ONU, notamment celui du juge Goldstone. Ce dernier enquêtait sur la guerre de 2008/2009 contre Gaza, ce qui a ajouté ou changé peu de choses quant à la réalité sur le terrain.
Pas très différent des autres dictatures, Israël se vante de ses sacrifices pour la paix, diabolise ses détracteurs et opposants et justifie tous ses actes répréhensibles par le souci du maintien de la sécurité, de l’ordre et de la stabilité internes.
Prétendant et prônant la démocratie, les dirigeants israéliens ont cependant toujours préféré avoir affaire aux autocraties, qu’ils soient dans le monde Arabe ou dans le grand Moyen-Orient, comme qu’en Asie et en Afrique.
Le leadership israélien avait activement soutenu le régime de Moubarak dans ses derniers jours. En outre, les dirigeants israéliens auraient exprimé leur soutien et leur volonté à apporter une assistance à Kadhafi.
L’illusion de la séparation
Six décennies : telle est la période qui témoigne de l’histoire commune d’Israël avec les Palestiniens. En dépit de toute cette durée, son leadership et ses partisans sont toujours confortés dans l’idée qu’Israël est totalement différent de ses voisins ; c’est une oasis démocratique au milieu d’une mer de totalitarisme. Ainsi, quand il lui a été donné de se battre contre ses voisins et d’imposer son contrôle sur eux, Israël prétend avoir agi contre son gré.
Mais indépendamment de la motivation et de la justification des guerres de l’après 1948 et 1967, le résultat est une réalité dont il faut tenir compte. En effet, tant sur le plan politique qu’académique, il serait malhonnête et contreproductif de parler de Palestiniens et d’Israéliens en tant que deux entités sociales et politiques séparées et dissociées.
Toute tentative visant à comprendre la nature et l’évolution politique, économique, sociale et même religieuse de l’état d’Israël sans tenir compte de sa dictature coloniale sur un autre peuple, serait au mieux futile, sinon trompeuse et destructive.
Cela va de soi pour les Palestiniens. Leur évolution nationale et politique à travers le siècle passé, notamment durant les six dernières décennies, est inextricablement liée à celle du sionisme et de la dictature israélienne.
Aujourd’hui, la distance maximum entre un israélien et un palestinien ne dépasse pas les 8 kilomètres.
Où est la révolution palestinienne ?
Il est donc tout à fait clair que la « Révolution Palestinienne » n’a pas été le fruit d’une coïncidence et ce, après avoir émergé au lendemain de l’occupation et de la guerre de 1967, date où Israël avait battu ses voisins et dirigeants post-coloniaux et leur projets nationaux, que se soit le panarabisme, le Baasisme, etc.
Ainsi, puisqu’Israël s’était allié aux puissances coloniales et impériales de l’époque, comme la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, la Révolution Palestinienne s’est, de son côté et à travers le Mouvement de Libération de la Palestine qui la représentait, inspirée des luttes anti-coloniales similaires, notamment celle du Front de Libération National Algérien (FLN) contre la dictature coloniale française sur l’Algérie.
Toutefois, la polarisation de la Guerre Froide, les divisions entre Arabes et les erreurs et bourdes commises par la « révolution Palestinienne » ont conduit à sa désintégration. En 1991, l’avènement du Processus de Paix de l’après Guerre Froide a fini par réduire le Mouvement de Libération de la Palestine à un simple outil d’adaptation avec le colonialisme israélien. Aussitôt, la domestication du Mouvement de Libération de la Palestine par le Processus de Paix a fait que des divisions internes éclatent, d’où la naissance d’un conflit armé entre les courants islamiste et laïc, à savoir le Hamas et le Fatah.
Aujourd’hui, les Palestiniens vivent sous l’emprise de la dictature militaire et de la police d’état. En effet, ils sont séparés par des centaines de checkpoints, des murs et des clôtures « de sécurité » et sont surveillés par des forces palestiniennes formées par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis et supervisées par les services militaires et sécuritaires israéliens.
Hélas, la Bande de Gaza étranglée par Israël et sous contrôle du mouvement Hamas présente une réalité guère différente.
Ainsi, au lieu de poursuivre la lutte contre la dictature, le Mouvement de Libération de la Palestine et le leadership de l’OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine) en Cisjordanie sont en train de détruire et d’éteindre la volonté palestinienne de rejoindre les luttes révolutionnaires Arabes pour renverser - dans ce cas précis - le régime.
Le leadership de l’OLP a, deux décennies durant, cherché le salut à Washington. Une fois que l’Organisation a fini par comprendre que ce projet était une pure chimère, elle a décidé de porter sa demande à l’ONU pour obtenir une reconnaissance d’un Etat Palestinien.
Le mois de septembre arrivé, l’OLP réalisera que le résultat final sera, au mieux, un état sur papier dont la véritable concrétisation requiert davantage que la diplomatie jusque là utilisée avec Israël. A condition, évidemment, que Washington n’use pas de son veto contre une telle résolution.
Cependant, quelles que soient les acrobaties diplomatiques, la paix est en fin de compte possible entre Palestiniens et Israéliens sur la base d’un seul état ou bien de deux états indépendants, séparés par les frontières de 1967.
Toutefois, il n’est ni défendable, ni moralement acceptable d’imposer aux Palestiniens un compromis ou une paix sous occupation israélienne ou sous sa dictature coloniale.
Marwan Bishara est le principal analyste politique sur le Moyen-Orient pour Al-Jazeera ; écrivain et journaliste palestinien, il est également chercheur à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris) et enseignant à l’université américaine de Paris. Il a écrit : Palestine/Israël : la paix ou l’apartheid ? paru aux Editions La Découverte.
Publié le 30 avril 2011 sur le site palestine.info par Khaled Amayreh - Al Ahram
Sous médiation de l’Egypte, des progrès rapides ont été faits vers la réconciliation, en même temps que les mouvements palestiniens s’acheminent vers une demande de reconnaissance d’un Etat devant l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre, écrit Khaled Amayreh depuis Ramallah.
Ismaïl Haniyeh et Mahmoud Abbas, au moment de l’éphémère gouvernement palestinien en 2007
En dépit de ses préoccupations internes après la révolution qui a renversé le dictateur Hosni Moubarak, l’Egypte veut réaffirmer son rôle central dans les efforts pour une réconciliation palestinienne.
La direction intérimaire égyptienne s’est réunie avec les dirigeants palestiniens représentant l’Autorité palestinienne [AP de Ramallah], le Hamas et d’autres organisations de premier plan.
L’ambassadeur de l’Egypte auprès de l’AP, Ahmed Othman a rejeté cette semaine les affirmations selon lesquelles l’Egypte était trop occupée par ses problèmes internes pour s’impliquer dans la lourde tâche de restaurer l’unité nationale palestinienne. « L’Egypte a parlé avec toutes les organisations palestiniennes et a l’intention de redoubler d’efforts pour convaincre ces organisations de mettre fin à la division une fois pour toutes », a-t-il dit.
Othman a ajouté que les résultats des efforts égyptiens reposaient en définitive sur la volonté des Palestiniens de mettre fin aux fractures actuelles et de restaurer l’unité nationale. « Ce dont nous avons besoin, c’est d’efforts concertés pour atteindre le résultat souhaité », a-t-il encore déclaré.
Selon des sources en provenance de la bande de Gaza, des préparatifs sont en cours pour une visite au Caire d’Ismail Haniyeh, le premier ministre du gouvernement [élu] dirigé par le Hamas à Gaza. Ces sources soulignent que la question n’était pas de savoir si la visite aura lieu, mais quand elle aura lieu.
« Les interdits qui empêchaient cette visite d’Haniyeh au Caire à l’époque de Moubarak n’existent plus. Le Caire ne s’oppose plus à cette visite pour une question de principe, comme ce fut le cas lorsque Moubarak était au pouvoir. Moubarak craignait de fortes réactions israéliennes et ne voulait pas déplaire aux Américains. Mais maintenant, la nouvelle direction au Caire se fout de ce qu’Israël et ses alliés pensent de ce que fait l’Égypte par rapport au Hamas », a déclaré Ahmed Youssef, ancien conseiller politique de Haniyeh.
En plus du thème principal qui est la réconciliation palestinienne, les responsables égyptiens sont disposés à discuter de la coopération en matière de sécurité avec le Hamas, de la lutte contre le terrorisme et du contrôle des frontières. Haniyeh a l’intention de soulever une foule d’autres questions avec ses interlocuteurs égyptiens, y compris les importations de carburant et d’électricité depuis l’Egypte ainsi que des possibilités de circuler à travers le passage frontalier de Rafah.
« Haniyeh veut libérer ses compatriotes de l’emprise cruelle d’Israël. Comme vous le savez, Israël a pris 1,6 million de personnes en otage à Gaza, lesquelles sont soumises à ses caprices et à sa cruauté », a déclaré un porte-parole du gouvernement islamiste à Gaza.
Il est largement admis que l’Egypte est maintenant plus réceptive aux plaintes présentées par les Palestiniens dans la bande de Gaza et dues principalement au blocus imposé depuis quatre ans sur l’enclave côtière après l’éviction de forces de l’AP par le Hamas en 2007.
Tous les efforts visant à combler les différents entre le Hamas et le Fatah ont échoué en raison d’une foule de facteurs : une méfiance réciproque, les interventions étrangères et les différences politiques et idéologiques. Les deux groupes ont également cherché à faire taire les partisans et sympathisants de l’autre groupe dans leurs zones respectives de contrôle.
Israël et les Etats-Unis ont averti à plusieurs reprises le régime basé à Ramallah qu’une réconciliation avec le Hamas aurait des conséquences négatives. L’AP dépend en effet des centaine, sans lesquels le régime de Ramallah ne sera pas en mesure de payer les salaires de dizaines de milliers de fonctionnaires et d’autres employés, notamment des membres des agences de sécurité [milices] de l’AP.
L’aide financière à l’Autorité palestinienne doit être approuvée par le Congrès américain qui est soumis à une très forte pression du lobby juif américain. Mais les révolutions dans le monde arabe, en particulier en Egypte, semblent avoir transformé le climat politique général dans la région, y compris jusqu’à Ramallah et dans la bande de Gaza.
Les observateurs dans les territoires palestiniens sous occupation israélienne affirment que le Hamas et le Fatah ne peuvent plus se comporter l’un vis-à-vis de l’autre en utilisant les anciens modes de pensée et qu’ils auront à tenir compte de ce que l’intellectuel palestinien Ahmed Sameh Al-Khalidi appelle le « zeitgeist » [littéralement : l’esprit du temps] ou nouvel esprit dans le monde arabe, car ils auraient trop à y perdre.
L’Autorité palestinienne a fait savoir qu’elle allait demander officiellement aux Nations Unies la reconnaissance d’un Etat palestinien sur les territoires occupés par Israël en 1967, ce qui inclut la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza. Par conséquent, la direction de l’AP estime qu’une réconciliation rapide avec le Hamas renforcerait considérablement sa position vis-à-vis de la communauté internationale et vis-à-vis de l’occupant israélien.
En plus de ces efforts égyptiens, des groupes civiques en Palestine occupée ont pris des initiatives marquantes pour obtenir du Hamas et le Fatah qu’ils se réconcilient. L’une des personnalités publiques qui ont été activement impliquées dans ces efforts est l’homme d’affaires palestinien Munib Masri. Il a déclaré lors d’une réunion publique à Ramallah la semaine dernière qu’une conférence sur la réconciliation politique aura lieu cet été afin de mettre un terme une fois pour toutes à la scission entre le Fatah et le Hamas.
Des dizaines d’intellectuels, de dirigeants de la société civile [responsables associatifs], de militants politiques comme de personnalités indépendantes ont assisté à cette réunion publique à Ramallah. Masri a déclaré que la réconciliation nationale était nécessaire parce qu’elle était « la mère de toutes les priorités palestinienne sans laquelle rien n’ira de l’avant ».
Selon un document distribué et approuvé par les dirigeants de la société civile, des personnalités publiques et des intellectuels impliqués dans les efforts pour une réconciliation nationale, la conférence envisagée - à laquelle toutes les factions palestiniennes prendront part - aura lieu dans « le foyer des Arabes » - une référence à Caire.
« La conférence sera faite de phases de courte durée qui commenceront au point où la discussion précédente se sera arrêtée. Elle mettra l’accent sur les questions restées litigieuses et prendra en considération les changements révolutionnaires dans le monde arabe, leurs ramifications et leurs répercussions sur la situation palestinienne. »
Le document distribué souligne la nécessité de former un gouvernement d’unité nationale sur la base d’un vaste programme politique bénéficiant de l’appui du peuple palestinien. Ce document appelle aussi à la réactivation et au plein fonctionnement du Conseil législatif palestinien jusqu’à ce que de nouvelles élections législatives et présidentielles aient eu lieu, ainsi que des élections pour le Conseil national palestinien.
Des dizaines d'égyptiens ont manifesté mercredi 27.04 près de l'ambassade sioniste au Caire, appelant à couper les relations avec l'entité sioniste et arrêter de lui exporter du gaz égyptien. Cette manifestation est survenue quelques heures après que des inconnus aient fait exploser le gazoduc égyptien qui fournit l'entité sioniste et la Jordanie pour la deuxième fois en trois mois, ce qui a conduit à la coupure de l'alimentation en gaz.
Les manifestants qui se sont rassemblés sur un pont près de l'ambassade ont répété le slogan "le peuple veut annuler la normalisation" et "le gaz doit être arrêté", en faisant référence aux exportations égyptiennes de gaz naturel à l'entité sioniste.
L'un des manifestants, le bloggeur de gauche, Hussam el-Hamalawy, a déclaré que cette manifestation a été organisée en réponse aux déclarations du président de l'entité sioniste, Shimon Pérès, qui a salué la révolution conduisant à la chute du régime du président Mohamed Hosni Moubarak, le 11 février 2011.
"Pérès a publié récemment un communiqué dans lequel il a appelé la jeunesse de l'Egypte à normaliser les relations avec l'entité sioniste et c'est la réponse de la jeunesse égyptienne", a-t-il ajouté, tout en déclarant que "tout le monde est heureux de l'explosion du gazoduc et si le gouvernement égyptien ne coupe pas l'exportation de gaz naturel à l'entité sioniste, le peuple le fera lui-même".
Slogan de la vidéo (un peu floue) ci-dessous (traduction N. Acoury)
يا فلسطين يا فلسطين مهما تمرّ سنين سنين مصر معاكِ يا فلسطين حزب الله يا حبيب دمّر دمّر تل أبيب أمّة عربيّة واحدة، حرية اشتراكية وِحدة الشعب يريد إسقاط كمب ديفيد
- Ya Flastine Ya Flastine Mahma Tmorr Snine Snine Masr Ma3aki Ya Flastine (Palestine Palestine T'inquiète bien que le Temps Passe l'Egypte est Avec Toi)
- Hezb Allah Ya Habib Dammer Dammer Tel Aviv (Hezbollah Bien Aimé Vaz-y Bombarde Tel Aviv)
- Omma 3Arabiya Wahida Houriya Ishtirakiya Wehda (Une Nation Arabe Une Indivisible, Liberté, Socialisme, Unité)
- AlSha3b Yourid Isqat Camp David (Le Peuple Veut Abolir [l'accord de] Camp David
JERUSALEM - Israël est très inquiet de la décision de l'Egypte de rouvrir de manière permanente sa frontière avec Gaza, qui pourrait avoir des conséquences stratégiques pour la sécurité de l'Etat hébreu, a déclaré à l'AFP un haut responsable israélien sous couvert de l'anonymat.
Nous sommes très inquiets de la situation dans le nord du Sinaï où le Hamas a réussi à monter une dangereuse machine militaire, en dépit des efforts de l'Egypte pour l'en empêcher, a affirmé ce responsable gouvernemental.
Des inconnus ont commis un attentat à la bombe mercredi contre un gazoduc situé dans le Sinaï, alimentant Israël et la Jordanie.
Plus généralement, le responsable a souligné qu'Israël était troublé par les développements en Egypte, par ces voix qui appellent à annuler le traité de paix (israélo-égyptien), par le rapprochement entre l'Egypte et l'Iran et par le rehaussement des relations entre l'Egypte et le Hamas.
Ces développements ont potentiellement des implications stratégiques pour la sécurité nationale d'Israël, a-t-il souligné.
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Nabil al-Arabi, a annoncé vendredi sur la chaîne de télévision Al-Jazira que son pays allait prendre des mesures importantes pour aider à alléger le blocus (de la bande de Gaza) dans les jours à venir, en rouvrant de manière permanente sa frontière avec Gaza.
M. al-Arabi a assuré que l'Egypte n'accepterait plus que le terminal frontalier de Rafah, seul point d'entrée de la bande de Gaza à ne pas être contrôlé par Israël, reste bloqué.
L'Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie, comme le mouvement islamiste Hamas qui contrôle la bande de Gaza, ont salué cette mesure.
Nous nous félicitons de ce pas de l'Egypte. Cela fait longtemps que nous faisions pression pour que soit mis fin aux souffrances de la population de Gaza, a déclaré à l'AFP le négociateur palestinien Saëb Erakat à Ramallah.
De son côté, un responsable du Hamas chargé des frontières, Hatem Ewideh, s'est réjoui de la réouverture prochaine du terminal, en soulignant l'importance de l'ouverture d'un point de passage commercial avec l'Egypte.
La fermeture de la frontière égyptienne a donné lieu à une florissante contrebande de marchandises, d'armes et d'argent via de très nombreux tunnels souterrains.
Imposé en juin 2006 à la suite de l'enlèvement du soldat israélien Gilad Shalit, le blocus de la bande de Gaza a été considérablement renforcé après la prise de contrôle du territoire en juin 2007 par le Hamas.
Israël l'a ensuite assoupli à la suite d'intenses pressions internationales après la mort de neuf Turcs dans un assaut de sa marine le 31 mai 2010 contre une flottille humanitaire qui tentait d'atteindre le territoire palestinien.
Mais il a maintenu un strict blocus maritime, l'interdiction des exportations et les très strictes restrictions à la circulation des personnes à l'entrée et à la sortie de Gaza.
Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le chef en exil du mouvement islamiste Hamas, Khaled Mechaal, signeront mercredi au Caire l'accord de réconciliation interpalestinien, a annoncé vendredi le Fatah.
"La signature de l'accord aura lieu le 4 mai quand Abbas et Mechaal ainsi que toutes les factions palestiniennes se rencontreront au siège de la Ligue arabe au Caire", a déclaré à l'AFP un haut responsable du mouvement Fatah, Azzam al-Ahmad, chargé des négociations sur la réconciliation.
Les frères ennemis palestiniens, le Fatah du président Abbas et le Hamas islamiste, sont convenus, à la surprise générale, de former un gouvernement non partisan jusqu'à des élections présidentielle et législatives d'ici un an.
Le Fatah et le Hamas, à couteaux tirés depuis la prise de contrôle de la bande de Gaza par le mouvement islamiste en juin 2007, étaient engagés depuis plus d'un an dans un processus de réconciliation jusqu'à présent infructueux.
L'accord de réconciliation, applaudi par les Palestiniens, a été vivement critiqué par les dirigeants israéliens. (belga)
Publié le vendredi 29 avril 2011 sur le site info-palestine.net par Josh Ruebner/The Electronic Intifada
On peut excuser Israël de ne pas prendre conscience des malheurs budgétaires actuels des États-Unis. Après tout, non seulement l’aide militaire des États-Unis à Israël se sort indemne du vote ce mois-ci (le 15 avril) du budget US pour 2012, mais elle atteint des sommets avec 3 milliards de dollars...
Gaza, il est probable que c’est l’un des missiles fournis par les USA, tiré par un hélicoptère fourni par les USA, qu’Israël a utilisés pour cela.
...En outre, les USA fournissent à Israël 415 millions de dollars pour l’acquisition, la recherche et le développement de projets communs Israël/USA d’antimissiles, dont 205 millions iront au financement du système Iron Dome (Dôme d’acier - système de défense aérienne mobile) récemment déployé par Israël.
Cette batterie antimissile a déjà changé de façon significative l’équilibre stratégique dans le conflit israélo-palestinien, Israël ayant réussi à abattre des roquettes tirées sur Israël depuis la bande de Gaza au début de ce mois. Avec le soutien diplomatique assuré des États-Unis pour empêcher qu’Israël n’ait de comptes à rendre à la communauté internationale pour son blocus illégal, Iron Dome va encourager Israël à resserrer son siège et à intensifier ses attaques contre la bande de Gaza occupée, ayant donné à ses citoyens une protection supplémentaire contre tout tir de représailles.
Le financement américain d’Iron Dome n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la façon dont les armes états-uniennes s’en vont vers Israël pour privilégier la domination militaire israélienne au détriment de la liberté des Palestiniens, et fournir des démotivations économiques perverses à Israël pour défier les objectifs politiques des États-Unis, tels que l’arrêt de la colonisation israélienne de la terre palestinienne, la fin des punitions collectives contre les Palestiniens dans la bande de Gaza, et une négociation en toute bonne foi d’un accord de paix durable.
Aussi longtemps que les armes américaines continueront d’affluer chez lui, Israël se sentira libre de dédaigner les flatteries douceâtres de l’administration Obama et ses tentatives mollassonnes pour l’amener à la table des négociations. Malheureusement, ce système démotivant est voué à être renforcé au cours des années à venir.
En vertu d’un engagement pris par Bush, les transferts d’armes US vers Israël sont budgétisés pour un total de 30 milliards de dollars, qui courent de 2009 à 2018, soit une augmentation annuelle moyenne de 25 % par rapport aux montants précédents. Avec ce protocole d’accord de 2007, les États-Unis consolident la position d’Israël comme premier bénéficiaire de l’aide militaire US pour cette décennie. Dans la droite ligne des augmentations inscrites dans cet accord, le Président Obama a demandé une dotation qui crève le plafond avec 3,075 milliards de dollars d’armements pour Israël dans sa demande pour le budget 2012.
Une nouvelle base de données en ligne - Combien d’armes pour Israël ? - exprime ses doutes que les USA puissent se permettre, que ce soit moralement, financièrement ou politiquement, de continuer à transférer des armes vers Israël aux frais des contribuables sans examiner les ramifications qu’entraîne cette politique.
De 2000 à 2009, les USA ont autorisé, payé et livré à Israël plus de 670 millions d’armes et d’équipements connexes, évaluées à près de 19 milliards de dollars, en utilisant trois principaux programmes de transferts d’armes (Foreing Military Sales [Ventes d’armes à l’étranger], Direct Commercial Sales [Ventes commerciales directes], et Excess Defense Articles [Articles défense en excédent]). Ces programmes de transferts d’armement ont représenté près de 80 % des plus de 24 milliards de dollars d’aide militaire affectée à Israël au cours de ces mêmes années. La majeure partie de l’argent restant a été dépensée par Israël pour sa propre industrie nationale d’armement, une dérogation exceptionnelle inscrite dans la loi au profit d’Israël. Tous les autres pays qui reçoivent de l’aide militaire US doivent dépenser le montant total de l’aide accordée à l’intérieur des États-Unis.
L’aide militaire à Israël passe par tout un éventail allant de l’absurde patent - avec un cuiseur-vapeur évalué à 2100 dollars - jusqu’au plus meurtrier - avec 93 jets de combat F-16D, pour un montant de près de 2,5 milliards. Avec près de 500 catégories d’armes transférées en Israël, les États-Unis sont, de façon omniprésente, complexe et totale, impliqués dans l’armement de l’armée israélienne.
Ces transferts d’armes font que les États-Unis sont profondément complices dans la plupart des actions engagées par l’armée d’Israël pour consolider son occupation militaire de quarante-trois ans, en toute illégalité, de la Cisjordanie avec Jérusalem-Est et de la bande de Gaza palestiniennes, comme dans la politique d’apartheid que développe la position du gouvernement israélien à l’égard des Palestiniens.
De septembre 2000 à décembre 2009, à peu près la même période durant laquelle les USA ont transféré ces 670 millions d’armes en Israël, l’armée israélienne a tué au moins 2969 Palestiniens - dont 1128 enfants - qui ne prenaient aucune part aux hostilités, d’après l’organisation israélienne des droits de l’homme, B’Tselem.
Par exemple, Israël a tué 446 Palestiniens sans armes, dont 149 enfants, avec des missiles tirés depuis ses hélicoptères. Le Pentagone classe par numéro, type et valeur les missiles transférés en Israël ; cependant, les USA ont donné à Israël près de 200 hélicoptères, de types Apache AH-64D, Sikorsky CH-53 et Cobra, depuis lesquels au moins un certain nombre de ces missiles meurtriers ont été tirés. Il est probable que c’est l’un de ces missiles fournis par les USA, tiré par un hélicoptère fourni par les USA, qu’Israël a utilisé sur le camp de réfugiés de Jabalya dans la bande de Gaza, le 29 décembre 2008, et qui a tué cinq sœurs, Jawaher 4 ans, Dina 7 ans, Samar 12 ans, Ikram 14 ans, et Tahrir Baulusha 17 ans, dans l’attaque contre une mosquée toute proche.
Le mauvais usage des armes US par Israël pour commettre de telles violations des droits humains contre des civils palestiniens devraient déclencher des sanctions contre Israël, au lieu de cela, ce sont les aides militaires qui sont augmentées. L’Arms Export Control Act (législation sur le contrôle des exportations d’armes) limite l’usage des armes américaines à la « sécurité intérieure » et la « légitime défense ». L’occupation israélienne de la Cisjordanie avec Jérusalem-Est et de la bande de Gaza palestiniennes est qualifiée par le gouvernement américain d’occupation militaire étrangère, et le meurtre de milliers de civils non armés pour maintenir une occupation militaire ne peut être justifié comme légitime, sauf à dénaturer complètement le sens même d’une légitime défense.
De plus, le Foreign Assistance Act (loi sur l’aide à l’étranger) interdit strictement aux USA d’apporter une aide à tout pays qui « se livre à une pratique régulière de violations flagrantes de droits humains internationalement reconnus ». Le rapport 2010 sur les droits de l’homme publié par le Département d’État informe amplement, si ce n’est complètement, sur les violations par Israël des droits humains des Palestiniens.
Alors que Washington envisage aujourd’hui de relever le plafond de la dette et de faire des coupes plus que drastiques dans le budget 2012, le coût moral, financier et politique de l’armement d’Israël ne peut être ignoré plus longtemps.
Si l’Administration Obama est sérieuse dans ses efforts pour résoudre le conflit israélo-palestinien, et honnête dans son engagement affiché pour l’universalité des droits humains, alors, elle doit utiliser l’important effet de levier que les États-Unis exercent sur Israël avec son programme d’aide militaire. En mettant fin à leurs transferts d’armes à Israël, au moins jusqu’à ce que Israël se conforme à ses obligations issues du droit états-unien et du droit international, qu’il mette fin à son occupation militaire illégale de la terre palestinienne et qu’il négocie en toute bonne foi une paix juste et durable avec les Palestiniens, au moins jusque-là, les USA peuvent créer une situation incitative qui leur permettrait d’atteindre leurs objectifs politiques aujourd’hui contrariés.
Josh Ruebnet est directeur juridique national de la Campagne états-unienne pour la fin de l’occupation israélienne, une coalition nationale de plus de 350 organisations qui agit pour changer la politique américaine envers Israël et les Palestiniens, pour la défense des droits de l’homme, le droit internationale et l’égalité. Il a travaillé comme analyse aux Affaires du Moyen-Orient au service Recherche du Congrès.
Publié le jeudi 28 avril 2011 sur le site blog.emceebeulogue.fr Par emcee
Ceux qui critiquent la politique d'Israël et qui défendent les droits des Palestiniens sont dans la ligne de mire de certaines associations pro-israéliennes. Avec toujours les mêmes méthodes d'intimidation: black-out médiatique, entrave à la liberté de réunion, accusations d'antisémitisme, menaces de suppression de subventions, tentatives de censurer les militants de la cause palestinienne en criminalisant leurs actions et pressions pour empêcher les débats, en particulier, en milieu universitaire. Cela se passe aux Etats-Unis, et partout dans le monde, aussi. Ici, il s'agit d'une conférence qui a eu lieu les 24-25 mars à la Faculté de Droit Hastings, qui fait partie de l'université de Californie, et qui visait à mener une réflexion sur les solutions légales et non-violentes pour faire respecter les droits des Palestiniens aux Etats-Unis et dans le monde.
Les pressions sur une conférence sur les droits des Palestiniens menacent la liberté d'expression
L'Anti-Defamation League (ADL, "Ligue antidiffamation", l'American Jewish Committee , et le Jewish Community Relations Council local (JCRC, Conseil des relations de la Communauté Juive) sont intervenus à propos d'une conférence qui a eu lieu le mois dernier, intitulée: "Faire valoir les droits de la Palestine: les tribunaux peuvent-ils garantir leurs droits aux Palestiniens?" à l'école de droit Hastings de l’Université de Californie (University of California, Hastings College of the Law). Ces organisations ont fait pression sur le conseil d'administration d'Hastings (dont aucun n'est enseignant, NDT) pour qu'il se réunisse d'urgence, et il a été décidé de "prendre toutes les mesures nécessaires pour retirer de la conférence toute mention du nom de l'école". Frank Wu, doyen et président de la faculté, s'est vu interdire de prononcer le discours de bienvenue et une fondation importante a retiré à l'école sa participation financière à la conférence. Les professeurs d'université détestent les intimidations visant leur liberté pédagogique et cette affaire ne fait pas exception à la règle. Pratiquement tous les professeurs titulaires ont signé une lettre disant que la capitulation du Conseil d'Administration face aux pressions extérieures concernant la liberté de l'enseignement risquait de "porter énormément de tort à la réputation d'Hastings". Le conseil élu des étudiants, soutenu par 30 organisations d'étudiants, a accusé le CA de "porter atteinte à la liberté de l'enseignement" et d'entraver la liberté d'expression pour les conférences universitaires futures. Ils ont raison, certes, mais il y a des questions bien plus importantes en jeu. Pourquoi un débat universitaire sur les démarches juridiques visant à garantir les droits et la liberté des Palestiniens dérangeait-il ces organisations juives traditionnelles? Peut-être est-ce parce que pour la première fois de l'histoire des Etats-Unis, il existe un fort mouvement de contestation contre un discours unilatéral qui couvre ou justifie la répression actuelle des Palestiniens par Israël et la culpabilité des Etats-Unis dans cette répression. Ce sont les universités qui sont au cœur de cette contestation, ce qui explique pourquoi ceux qui se posent traditionnellement en défenseurs inconditionnels de la politique d'Israël tentent de stigmatiser ou de réduire au silence ceux qui expriment un point de vue différent. Ici, la conférence en question portait sur la défense des droits des Palestiniens (dans les tribunaux aux Etats-Unis et dans le monde, NDT). L'organisateur principal était George Bisharat, ancien avocat commis d'office à San Francisco et professeur de droit à la faculté d'Hastings. De nombreux universitaires spécialistes de droit (venus d'autres importantes écoles de droit, NDT) et des défenseurs des droits de l'homme, parmi lesquels de nombreux Juifs des Etats-Unis et d'Israël, participaient à cette conférence. Or, cela n'a pas empêché le directeur du JCRC, Doug Kahn, de qualifier d'“anti-Israël" cette conférence qui concernait les stratégies légales non-violentes relatives au conflit israélo-palestinien. Il a raison, toutefois, si on considère que la lutte de Thurgood Marshall (juriste noir américain qui a siégé à la Cour Suprême, NDT) pour les Droits civiques des Noirs était "anti-américaine". Tammi Rossman-Benjamin, chargée de cours à la faculté de Santa Cruz (University of California), a écrit dans une lettre de protestation que l'université d'Hastings risquait de perdre les subventions fédérales si la conférence avait lieu quand même. Rossman-Benjamin, qui cherche depuis longtemps à réduire au silence les conférenciers et les universitaires qui critiquent la politique d'Israël, et dont beaucoup d'entre eux sont juifs, voire Israéliens, a récemment porté plainte pour, prétend-elle, l'antisémitisme du contenu des programmes universitaires relatifs à Israël et à la Palestine à l'Université de Santa Cruz. Le Bureau des Droits Civiques du Département de l'Education des Etats-Unis, qui est la cible depuis des années d'une campagne dirigée par Zionist Organization of America destinée à criminaliser les étudiants qui luttent pour les droits des Palestiniens, a ouvert une enquête . Ce qui est inquiétant, c'est que ces initiatives montrent que la critique légitime de la politique d'Israël est aujourd'hui assimilée à de l'antisémitisme. Si on laisse faire, alors, les débats sérieux sur les violations israéliennes dans les territoires palestiniens seront interdits. C'est une menace qui pèse non seulement sur la liberté de l'enseignement, mais également sur la liberté d'expression aux Etats-Unis et sur notre contribution à la défense les droits de tous en Israël, en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza.
''Cecilie Surasky est directrice des communications de "Jewish Voice for Peace" dont le siège se trouve à Oakland. ''
Autres infos relatives au contenu du billet:
Pour un compte-rendu plus complet, voir ici (en anglais)
Réponse de JVP aux accusations de l'Anti-defamation League (anglais)
Apparemment, la Campagne BDS fait redoubler les tentatives d'intimidation et les pressions à l'encontre les défenseurs de la paix en Palestine.
Récemment, par exemple, en France, c'est une conférence-débat à l’ENS, portant sur la criminalisation du mouvement militant en faveur du boycott d’Israël, et à laquelle Stéphane Hessel devait participer, qui a brutalement été annulée.
En 2007, c'est l'évêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, défenseur des droits humains et architecte de la commission "Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, qui était victime de la censure.
Desmond Tutu devait prendre la parole à St. Thomas University, à St. Paul, Minnesota, mais sa venue a été annulée, apparemment parce que Tutu avait émis de vives critiques à l'encontre du régime d'Israël et contre l'occupation des territoires palestiniens. Les responsables de l''université auraient expliqué que l'invitation avait été annulée parce qu'ils estimaient que les propos de Tutu pourraient froisser la communauté juive. (…) Desmond Tutu, de même que l'ancien président Jimmy Carter, a rejoint les innombrables défenseurs des droits humains qui comparent l'occupation des territoires palestiniens par Israël à la situation des non-blancs du temps de l'apartheid. Qu'on soit d'accord ou pas avec la comparaison de Tutu avec l'apartheid, il y a une question plus fondamentale que nous devons aborder franchement aux Etats-Unis: le débat critique sur Israël, la politique d'Israël et l'occupation des territoires palestiniens sont-ils interdits? La réponse, du moins parmi les anti-Palestiniens, c'est "oui", apparemment, et donc, à moins de commencer par jurer fidélité à Israël pour toujours, on ne peut pas critiquer l'état d'Israël. De plus, cette critique de l'état d'Israël est qualifiée, ipso facto, d'antisémite. A ma connaissance, il existe peu d'autres sujets qui soient tabous à ce point. Le lobby anti-Palestinien a bien réussi à intimider un grand nombre de personnes qui aimeraient pouvoir débattre de façon rationnelle du conflit israélo-palestinien et de la politique des Etats-Unis vis-à-vis du Moyen Orient. Heureusement, les choses semblent évoluer et il y a de plus en plus de gens qui sont agacés par les panneaux d'interdiction qui semblent être accrochés chaque fois qu'il y a un débat sur Israël et l'occupation. C'est pour cette raison que les forces anti-Palestiniens deviennent moins rationnelles, plus passionnées et, en fait, très inquiètes. Dans ce contexte, ceux qui souhaitent que s'instaure un débat rationnel sur le conflit israélo-palestinien ne doivent pas céder et être prêts à s'exprimer haut et fort. Il nous faut nous indigner de l'annulation du discours de Desmond Tutu, mais il faut également que nous nous indignions de l'annulation de la venue de Tutu. En d'autres termes, grâce à des campagnes diffamatoires et des insinuations, tout est en place pour dénigrer la personnalité et marginaliser des individus comme Desmond Tutu, Jimmy Carter et Nelson Mandela, sans oublier les innombrables militants inconnus qui se risquent à réclamer la justice pour les Palestiniens.
L'Egypte n'ouvrait jusqu'ici qu'exceptionnellement le terminal de Rafah pour des raisons humanitaires.
L'Egypte va rouvrir de manière permanente la frontière avec Gaza afin d'alléger le blocus imposé par Israël à ce territoire, a annoncé vendredi le ministre égyptien des Affaires étrangères, Nabil al-Arabi, sur la chaîne de télévision Al-Jazira.
L'Egypte "va prendre des mesures importantes pour aider à alléger le blocus dans les jours à venir", a-t-il dit, précisant que son pays n'acceptera plus que le terminal frontalier situé à Rafah reste bloqué.M. Arabi a qualifié de "honteuse" la décision de fermer ce terminal, seul point d'entrée de la bande de Gaza à ne pas être contrôlé par Israël.
L'Egypte n'ouvrait jusqu'ici qu'exceptionnellement le terminal de Rafah pour des raisons humanitaires, comme en février dernier notamment.
La représentante républicaine au Congrès Kay Granger (archives)
Des élus du Congrès américain voudraient que Washington « réexamine » l'aide fournie aux Palestiniens si le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, devait faire partie d'un gouvernement palestinien.
« Si un accord de partage du pouvoir avec une organisation terroriste [le Hamas] devenait une réalité dans les territoires palestiniens, les États-Unis seraient obligés de réexaminer leur aide à l'Autorité palestinienne », a déclaré dans un communiqué la républicaine texane Kay Granger.
Mme Granger est la présidente de la sous-commission de la Chambre des représentants chargée de répartir l'aide de Washington à l'étranger.
Ses propos surviennent au lendemain de la signature d'un accord de réconciliation entre le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza. Cette entente prévoit notamment la formation d'un gouvernement unique chargé d'expédier les affaires courantes jusqu'à la tenue des élections présidentielle et législative, d'ici un an.
Mercredi, la présidente des Affaires étrangères de la Chambre des représentants a estimé que la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, condamnée par Israël, mettrait un terme à l'aide américaine. « L'argent des contribuables américains ne devrait et ne doit pas être dépensé pour soutenir ceux qui menacent la sécurité des États-Unis, nos intérêts et notre allié indispensable, Israël », a affirmé Ileana Ros-Lehtinen.
Elle soutient que la loi américaine irait à l'encontre du versement de l'aide à un gouvernement regroupant Fatah et Hamas, la législation prévoyant que tout gouvernement palestinien doit reconnaître le droit à l'existence d'Israël pour obtenir cet argent.
« Les peuples israélien et palestinien veulent la paix. Mais soutenir un gouvernement de l'Autorité palestinienne de ce type ne va pas y mener », a souligné la représentante républicaine.
Le Hamas figure sur la liste des organisations terroristes des États-Unis.
Radio-Canada.ca avecAgence France Presse et Reuters
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigor Lieberman, menace l'Autorité palestinienne de sanctions au lendemain de l'accord entre le Hamas et le Fatah. Les deux mouvements envisagent de former un gouvernement d'union.
"Avec cet accord une ligne rouge a été franchie (...) nous disposons d'un vaste arsenal de mesures telles que la suppression du statut de VIP pour Abou Mazen (Mahmoud Abbas, le président palestinien) et Salam Fayyad (le Premier ministre palestinien) ce qui ne leur permettrait plus de circuler librement" en Cisjordanie, a affirmé M. Lieberman à la radio militaire.
"Nous pourrions également geler le transfert des impôts prélevés par Israël pour le compte de l'Autorité palestinienne", a ajouté le chef de la diplomatie.
Après plus d'un an et demi de discussions infructueuses, des délégations du Hamas et du Fatah réunies mercredi au Caire ont conclu un accord pour la formation d'un gouvernement transitoire d'indépendants, en vue d'élections présidentielle et législatives d'ici un an.
Réagissant à chaud, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait réaffirmé dès mercredi soir que Mahmoud Abbas devait "choisir entre la paix avec Israël et la paix avec le Hamas", qui contrôle la bande de Gaza.
Selon M. Lieberman, cet accord va se traduire par la "libération de centaines de terroristes du Hamas détenus par l'Autorité palestinienne en Judée-Samarie (Cisjordanie)".
M. Lieberman a également estimé que les élections prévues par l'accord permettraient au Hamas "de prendre le contrôle de Judée-Samarie".
"Nous espérons que toute la communauté internationale maintiendra les conditions posées par le Quartette (Etats-Unis, Union européenne, Russie, ONU) aux Palestiniens, à savoir: l'arrêt des violences, la reconnaissance d'Israël et des accords conclus dans le passé alors que le Hamas n'accepte aucune de ces conditions".
Retour sur les relations mouvementées entre les frères ennemis palestiniens
Le ministre de la Défense Ehud Barak a pour sa part affirmé à la radio que "les derniers événements ne font que renforcer la nécessité de compter uniquement sur nous-mêmes". "L'armée et les services de sécurité useront d'une main de fer pour faire face à toute menace et tout défi", a prévenu M. Barak.
En revanche Haïm Ramon, un des dirigeants de Kadima, le principal parti d'opposition centriste a appelé le Premier ministre à présenter un plan de paix. "Le statu quo est une catastrophe d'un point de vue politique et sécuritaire pour nous, si Israël ne lance pas une initiative politique, le Quartette reconnaîtra en fin de compte le Hamas".
"Israël doit proclamer qu'il va quitter les territoires (palestiniens), mais gardera les blocs de colonies (en Cisjordanie) avec comme compensation un échange de territoires. Présenter une initiative lèvera la menace d'un isolement international", a ajouté M. Ramon.
A plusieurs reprises ces derniers mois, les responsables militaires israéliens s'étaient déclarés satisfaits de la coopération des services de sécurité de l'Autorité palestinienne.
Selon un responsable du Hamas en Cisjordanie qui a requis l'anonymat, "un peu plus d'une centaine" de membres du mouvement islamiste sont actuellement détenus par l'Autorité palestinienne.
par Pierre Klochendler TEL AVIV, 27 avril (IPS) - Un petit rassemblement d'éminents intellectuels israéliens de gauche en faveur d'un Etat palestinien a relancé le débat dormant sur la moralité et la durabilité de l'occupation israélienne de plus de 43 ans. De nouvelles voix s’élèvent pour soutenir la reconnaissance de la Palestine.
Un rassemblement de la société civile a eu lieu pendant les célébrations du Pessah, cette fête qui marque le passage biblique du peuple d'Israël de l'esclavage à la liberté dans la Terre Promise. A l’occasion de ce rassemblement, les militants ont signé une déclaration d'indépendance palestinienne à la sortie d’Independence Hall soit là où, le 14 mai 1948, le dirigeant juif David Ben Gourion avait proclamé la création de l'État d'Israël.
« Nous appelons tous les défenseurs de la paix et de la liberté à encourager les citoyens des deux Etats à maintenir une paix fondée sur les frontières de 1967. La fin complète de l'occupation est une condition fondamentale pour la liberté des deux peuples », précise le communiqué de presse.
L'invitation à signer ce document présentée aux passants a provoqué la fureur des militants de droite qui n’ont pas hésité à perturbé l’événement. « Au lieu d'être le premier pays à soutenir l'indépendance palestinienne, Israël se met à dos la communauté internationale. C'est un désastre moral. Nous risquons d’être isolés comme l’était le régime d'apartheid en Afrique du Sud », affirme Sefi Rachlevsky, un des organisateurs.
Le ministre israélien de la Défense prédit un « tsunami diplomatique » lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies en septembre avec des conséquences désastreuses pour Israël. C’est là que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas tentera d’obtenir un maximum de soutien pour la reconnaissance du nouvel Etat palestinien. Plus de 110 pays l’ont déjà reconnu et une trentaine d’autres se prépare à faire de même. Pour être membre de l’ONU, il faut avoir l’accord du Conseil de sécurité ainsi que deux tiers des voix (soit 128 pays appuyant la demande) à l’Assemblée générale. Le soutien massif à la Palestine sera proportionnel à l'isolement diplomatique d'Israël.
Netanyahu Les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens avaient repris en septembre 2010 sous la houlette des Américains mais elles se sont soldés par un échec suite au refus d’Israël de prolonger le gel de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a insisté sur le fait que de nouvelles discussions ne pouvaient se tenir que sans conditions préalables. Les précédentes colonisations n'ont pas empêché les négociations, a-t-il rappelé. En cas de reconnaissance en qualité d'Etat membre de l’ONU, la Palestine pourra vraiment mener une action internationale en demandant des sanctions contre Israël pour sa politique de colonisation et plus se contenter de simples condamnations. Les prochaines négociations devront également se tenir avec deux Etats égaux et non plus entre un Etat israélien superpuissant et une entité palestinienne faible aux territoires non définies. Autour de la table on aura un nouvel Etat palestinien disposant d’une légitimité en hausse face à un Etat israélien en baisse de légitimité. Mais la question risque aussi de se limiter à une différence sémantique car l’indépendance ne signifie pas automatiquement une pleine souveraineté. Mais il est difficile d’imaginer qu’Israël puisse continuer sa politique de colonisation dans un Etat voisin reconnu internationalement, le monde entier soutiendra l’intégrité territoriale du pays agressé.
L’éditorialiste Ari Shavit invite Netanyahu à déclarer qu’ « Israël ne dirigera pas les Palestiniens et qu’elle finira par se retirer aux frontières de 1967. Il ne s’agit pas de faire la paix mais de mettre fin au conflit en évitant une défaite ».
Veto américain
Si les Etats-Unis utilisent leur droit de veto au Conseil de sécurité, les Palestiniens pourront encore défendre leur cause devant les membres de l’Assemblée générale des Nations Unies où il n’existe pas de droit de veto mais les résolutions ne sont pas non plus contraignantes. Les Israéliens bénéficient également du même droit pour se défendre.
Plus de soixante ans auparavant, l’Assemblée générale a adopté la fameuse résolution 181 prévoyant un « plan de partage » de la Palestine sous mandat colonial britannique entre deux Etats : un Etat juif et un Etat arabe. Cette résolution 181 a été acceptée par Ben Gourion mais rejeté par les pays arabes qui ont mené sans succès une guerre contre le nouvel Etat d’Israël.
Yossi Sarid, ex-ministre israélien de gauche, déclare que « même Ben Gourion aurait peut-être signé pour l’indépendance de la Palestine s’il avait pu voir la manière dont ses successeurs refusent de reconnaître le plan de partage des territoires ». « Au lieu d’avoir peur de l’Etat palestinien, Israël ferait mieux de le reconnaître », écrit Zvi Baril dans les colonnes du quotidien Haaretz. « L’Assemblée générale ne devrait pas être une arène pour gladiateurs où un seul peut survivre ». Sans une réelle initiative de paix, Netanyahu risque d’être le seul gladiateur qui entrera dans l'arène en septembre prochain alors que les Palestiniens et la communauté internationale iront s'asseoir dans les gradins pour lever le pouce d’approbation en faveur de la Palestine.
Publié le 28 avril 2011 sur le site palestine.info
Gaza – CPI
Le mouvement palestinien "al-Ahrar" a appelé le gouvernement égyptien à travailler sur la fourniture d'électricité à la Bande de Gaza et à l'ouverture du passage de Rafah, afin de mettre fin à la souffrance du peuple palestinien assiégé pour la 5ème année consécutive.
Dans un communiqué publié mercredi soir, le mouvement a déclaré : "la souffrance de notre peuple se détériore jour après jour à cause du sévère blocus sioniste et l'arrêt de 36 lignes éléctriques à l'intérieur de la Palestine occupée en 1948 et le refus de l'occupation de les réparer a aggravé la crise dans le secteur".
Il a ajouté : "Nous avons espoir que le gouvernement égyptien, dont nous mesurons l'ampleur du fardeau et des responsabilités qui lui sont assignées d'autant plus que nos frères égyptiens traversent dans une phase délicate de leur histoire après la révolution, considére la souffrance de notre peuple, travaille à l'approvisionnement en électricité de la Bande de Gaza assiégée, et ouvre le passage de Rafah normalement afin de permettre aux Gazaouis de voyager".
Dans une brève déclaration mercredi soir, Haniyeh a déclaré apprécier les efforts égyptiens visant à réaliser la réconciliation, rétablir l'unité palestinienne et mettre fin au blocus.
De son côté, Dr. Bahr a qualifié l'accord d'événement historique dans la vie et la marche du peuple palestinien, et marque une nouvelle ère d'unité et de réconciliation. Il inaugure également le début d'une nouvelle étape de l'action nationale commune basée sur la coopération, la solidarité et le respect mutuel.
Dans un communiqué de presse publié mercredi, Dr. Bahr a remercié tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cet accord, et en particulier les dirigeants égyptiens qui l'ont parrainé, soulignant que la nouvelle politique égyptienne a apporté le bien au peuple palestinien et à sa cause juste.
Dans le même contexte, le guide suprême des Frères musulmans en Egypte, Dr. Mohamed Badi, a contacté le Premier ministre Haniyeh pour le féliciter de la signature de l'accord de réconciliation au Caire.
Publié le vendredi 29 avril 2011 sur le site infopalestine.net par Christophe Oberlin/Silvia Cattori
Chroniques de Gaza 2001-2011, est un de ces ouvrages bouleversants dont la lecture vous laisse changé. Dans une succession de très courts chapitres, son auteur, le chirurgien français Christophe Oberlin, nous fait découvrir par petites touches, dans une langue simple et sobre, l’émouvante humanité d’un peuple et le courage avec lequel il affronte le siège cruel qui lui est imposé par l’occupant colonial israélien avec la lâche complicité de la “communauté internationale” et de nos principaux médias d’ “information”. Pas de pathos, mais une succession d’épisodes et d’expériences, au contact de gens frappés par la violence, dévoilent la terrible réalité quotidienne.
Christophe Oberlin répond ici aux questions de Silvia Cattori.
Entretien avec Christophe Oberlin
Silvia Cattori : Votre récit est très prenant(1). Il nous fait entrer dans le quotidien de ces familles assiégées, en butte à des difficultés de tous ordres, qui survivent et se reconstruisent en se tournant vers l’avenir, quoi qu’Israël leur fasse. On comprend que dès votre arrivée à Gaza, en décembre 2001, c’est avec incrédulité que vous avez vu les avions de l’armée israélienne surgir à basse altitude, passer le mur du son, déverser des bombes sur une population pacifique. Dix ans après ce premier contact avec la violence, qu’est-ce qui a changé dans votre perception ?
Christophe Oberlin : Ce qui a changé est qu’aujourd’hui je fais une corrélation entre ce que je vois sur place et ce qu’en disent nos médias et nos hommes politiques. La façon dont ils présentent les faits correspond rarement à ce que je constate sur place. Cela m’a irrité. J’ai alors cessé de m’abonner à certains journaux, j’ai cessé de lire et d’écouter les informations à la radio et à la télévision. Je privilégie une information de qualité à travers d’autres sources.
Silvia Cattori : On comprend que, très vite, le chirurgien venu à Gaza pour sauver des vies, confronté à tant de corps mutilés, a été conduit à réfléchir sur l’arrière fond politique de ces bains de sang à répétitions. Témoigner de ce que vous avez vu, rétablir une information politiquement biaisée par nos médias, n’était-ce pas pour vous une manière de rendre justice et dignité à ce peuple ?
Christophe Oberlin : C’est très clair. Et c’est la raison pour laquelle depuis des années, je réagis, j’écris de petits témoignages et j’accepte de donner des conférences. Je suis allé opérer pendant des dizaines d’années dans d’autres pays sans jamais ressentir le besoin de m’exprimer. Mais dès lors que vous découvrez que les évènements que vous avez vus, vécus, sont totalement déformés, cela vous met en colère. J’ai été invité à m’exprimer sur un plateau de France 24, après l’agression israélienne de 2008/2009. Le titre donné à l’émission était : “Y a-t-il eu des crimes de guerre à Gaza ?” Ce point d’interrogation était totalement déplacé ; comme le fait de savoir si les morts et les blessés étaient ou non des combattants. Étant sur place j’avais pu voir qu’il n’y avait quasiment que des civils, des familles entières. Dans ce contexte de désinformation on est donc forcément conduit à prendre la parole pour dire ce qui s’est réellement passé. On voit bien qu’en ce qui concerne les médias il y a une censure, une autocensure, et que ce que disent ou écrivent les rares témoins sur place ne les intéresse pas.
Silvia Cattori : Au fil des pages on découvre des personnages poignants, comme le chirurgien Fayez. On est stupéfait de voir, au travers de son parcours, que ce peuple, constamment persécuté, demeure, lui, sans haine ni ressentiment contre ses oppresseurs. Et étonnamment optimiste. À votre avis, où puise-t-il la force de maintenir cette extraordinaire vitalité et humanité ?
Christophe Oberlin : Je crois que cela fait partie du fond de l’humanité, que c’est inhérent à chaque individu. Tous ceux qui ont vécu dans ces enfers ont des récits identiques. Primo Levi en donne des exemples. Chacun d’entre nous a des capacités de résistance absolument extraordinaires qui se dévoilent dans des conditions extrêmes. Ce n’est pas particulier à Gaza. Il n’y a pas, à mon sens, des populations qui résistent mieux que d’autres. Mais il n’en est pas moins vrai que la résistance et l’endurance dont fait preuve la population de Gaza est admirable. Au sujet de Fayez, je me souviens d’un matin où il était assez abattu. “J’ai passé une mauvaise nuit. Ma belle-sœur est morte dans la nuit d’un cancer du sein. Je ne sais pas comment le dire à mon épouse,” a-t-il dit en passant. Chez nous, on a les moyens de dépister ces cancers et de sauver la plupart des patientes. Là-bas non. La simplicité avec laquelle, ces gens assiégés par l’occupant vous parlent de leur quotidien, rendu encore plus atroce par les maladies qu’ils n’ont pas les moyens de soigner, est une leçon pour chacun de nous.
Silvia Cattori : Avec quelles séquelles s’en sortent-ils ? En particulier les enfants ?
Christophe Oberlin : On peut être surpris qu’il n’y ait pas plus de gens qui perdent la raison. J’ai parlé avec Maryvonne Bargues, un médecin psychiatre qui, pendant des années a fait un travail auprès de familles vivant à l’étroit, entassées dans dix mètres carrés, et dont des enfants, des proches, avaient été gravement blessés ou tués. Son constat est étonnant. En dépit des conditions de vie épouvantables, il y a des récupérations psychologiques impressionnantes. Si vous allez vous promener aujourd’hui dans les rues de Gaza - au sortir d’une semaine de bombardements qui ont fait de nombreux tués et blessés - vous aurez l’impression d’une population qui vit en état de paix.
Silvia Cattori : Vos descriptions de personnalités du Hamas, que vous avez bien connues, sont très élogieuses. On comprend que vous avez noué des liens de confiance réciproque avec ces gens aux destins hors normes qui, malgré les drames qu’ils ont vécus, sont restés pleinement humains. Le portrait que vous faites du chirurgien et responsable politique, Mahmoud Khalid al-Zahar, par exemple, est très impressionnant. Cela contraste singulièrement avec l’image fruste, voire exécrable, qui est systématiquement véhiculée chez nous à leur sujet. En voyant la caricature qu’en ont faite des journalistes qui, comme vous, ont eu l’occasion de les rencontrer, qu’est-ce que cela vous inspirait ?
Christophe Oberlin : J’ai été et je reste scandalisé. En fait il faut savoir que les rares journalistes occidentaux qui vont à Gaza sont nécessairement accrédités par les autorités israéliennes. Pour moi le critère d’accréditation (2) semble clair : sont accrédités les journalistes dont les Israéliens sont assurés qu’ils dénigreront tout ce que fait le Hamas. Ce que j’affirme, j’ai eu l’occasion de l’observer maintes fois. Je n’ai jamais vu jusqu’à présent un journaliste, autorisé à entrer à Gaza par le passage d’Erez, écrire un article décrivant avec objectivité ce qui a été accompli sous l’administration du Hamas.
Silvia Cattori : Cela nous oblige à nous interroger sur les a priori de ces idéologues qui, au sein du mouvement de solidarité, parce qu’ils n’aiment pas les barbus, ont privilégié le camp des “laïcs”, de cette Autorités palestinienne “modérée” qu’ils considèrent comme la seule représentante légitime du peuple palestinien(3). Vous ont-ils adressé des reproches et demandé de vous expliquer sur la charte du Hamas qu’ils qualifient généralement d’antisémite(4) ?
Christophe Oberlin : Malheureusement, il y a très peu de reproches directs. Je le regrette, car il est plus intéressant d’essayer de convaincre ceux qui ne sont pas de votre avis ! Tout simplement, ceux qui ne sont pas d’accord avec ce que je dis ou écris ne m’invitent pas. Au sein du mouvement de solidarité, la façon de lutter contre ceux qui disent des choses positives sur la gestion politique du Hamas, est de les marginaliser. Finalement, à leur échelle, leur manière de se comporter n’est guère différente de celle que nous connaissons avec les médias. Toutefois je suis invité à donner régulièrement des conférences en province. Là-bas, les militants ont une certaine indépendance par rapport à Paris, le siège du mouvement. Ils me disent m’inviter parce qu’ils sont intéressés à connaître tous les points de vue, tout en sachant que leur direction ne m’apprécie guère. À travers ces rencontres avec le public, je m’aperçois que, quand vous décrivez les faits et que l’on vous sent de bonne foi, ont vous croit. Je ne raconte dans les Chroniques de Gaza que des faits rigoureusement exacts, des scènes que j’ai vécues, avec le minimum d’appréciations personnelles. Je crois que les faits parlent d’eux-mêmes, à chacun d’en tirer des conclusions.
Sur la charte du Hamas. Je n’ai pas cherché à devenir le spécialiste de la question mais il se trouve que, depuis 2001, à chaque retour de Gaza on m’a demandé de parler de ce qui se passe là-bas. D’une conférence à l’autre on vous pose des questions et cela vous oblige à approfondir vos connaissances. Cela m’a conduit à demander à mes interlocuteurs à Gaza, de s’expliquer notamment sur cette question de la charte du Hamas dont certains aspects sont considéré à juste titre chez nous comme inacceptables. Il m’a été répondu que cette charte, datant de 1988, a été écrite par quelques personnes. Que le Hamas était devenu depuis un parti politique et que, depuis 2006, à chaque échéance électorale il y avait un programme clair que l’on pouvait consulter et qui était la référence. Et que, par conséquent, cette charte n’avait plus cours.
Cela dit j’aimerais élargir un peu le débat. Cette manière de toujours s’appuyer sur l’accusation d’antisémitisme qui permet de jeter instantanément l’anathème sur tout ce qui a trait à la Palestine dès lors qu’il y a une phrase, un mot qui dérange ; c’est quand même un procédé extrêmement déloyal si on prend en compte le fait que les Palestiniens, dont des familles entières ont été décimées par des juifs, et chassées hors de chez elles en 1948, ont tout perdu. En Occident, dès que l’on prononce le mot “juif”, il y a des oreilles qui se dressent (5). Mais c’est quand même au nom du judaïsme, de la conscience juive, qu’un État juif a été créé. Et c’est au nom d’un État qui se proclame juif que les autorités israéliennes persécutent tout ce qui n’est pas juif. Donc, demander à des Palestiniens qui ont été frappés dans leur chair, de ne pas dire qu’ils n’aiment pas leurs oppresseurs juifs, c’est quand même un peu fort. Qu’il puisse même y avoir ce que nous considérons comme des « dérapages » est quelque chose, à mon avis, de tout-à-fait véniel, au regard du sort qui leur est fait. Il est insensé de reprocher à ce peuple qui est opprimé au nom de l’État juif d’appeler “juif” son oppresseur. Ce délit d’antisémitisme que l’on recherche derrière tout propos, est quelque chose de profondément déloyal.
Silvia Cattori : Vous décrivez avec une rare objectivité dans quelles circonstances le Hamas a été conduit, en juin 2007, à intervenir contre les mercenaires du Fatah - financés et armés par les États-Unis en accord avec Israël - pour déjouer le plan secret qui devait aboutir à sa liquidation. Là aussi il y a un fossé entre ce que vous avez observé sur place, et ce que les “envoyés spéciaux” accrédités par Israël, ou les partisans du Fatah, en ont rapporté(6). Toutes les preuves avaient été mises sur la table mais les journalistes de l’establishment continuent de les ignorer. Les entendre imputer les violences aux forces du Hamas, et non pas au plan criminel du Fatah, devait mettre la grande majorité de Palestiniens qui ne collaborent pas avec l’occupant, dans une grande colère. À quoi ces mensonges devaient-ils servir, sinon à légitimer la continuation des offensives de l’armée israélienne contre le Hamas et le maintien au pouvoir de l’Autorité palestinienne ?
Christophe Oberlin : C’est une histoire affligeante. Mais c’est aussi une histoire qui se répète. Concernant la guerre d’indépendance algérienne par exemple, la résistance a reçu un fort soutien de la part d’une partie de la gauche, et des communistes notamment ; et, à partir du moment où il est apparu que l’Algérie indépendante n’allait pas basculer dans le camp socialiste, il y a eu un certain nombre de défections. Toujours en Algérie, en 1992, ce sont les mêmes qui ont soutenu ce qui est appelé pudiquement “l’interruption du processus électoral,” en réalité un coup d’Etat militaire soutenu par les occidentaux, dont la conséquence a été une guerre avec 100 000 morts. À la victoire électorale du Hamas, on a vu instantanément le même phénomène se reproduire. Je me souviens d’une tribune libre écrite par un sioniste notoire intitulée Hamas, L’ennemi commun. À la dernière fête de l’Humanité, j’ai été approché par un militant qui soutenait une petite activité associative sur Gaza, “à condition que cela reste dans un cadre laïc.”
Prétendre aller parler de laïcité dans un pays où 95% de la population a des sentiments religieux, c’est tout de même complètement décalé. Il faut savoir si l’on veut aider une cause parce qu’elle en vaut la peine, ou imposer un “modèle.” Il est arrivé que des militants qui voulaient m’inviter à parler de mon livre s’affrontent au sein de leur comité avec des “laïcs” qui ne veulent en fait pas entendre parler du Hamas. Mépriser le Hamas, c’est mépriser la population qui l’a élu ! Gaza aujourd’hui est indissociable du vote Hamas. Et se limiter à parler de la Cisjordanie, c’est aller dans le sens américano-israélien de soutien indéfectible à “l’Autorité Palestinienne”... alors que l’on sait que des élections libres aujourd’hui en Cisjordanie donneraient vraisemblablement la victoire au Hamas.
Silvia Cattori : Le chapitre de votre livre intitulé Sara est très fort. On en demeure pantois. Réunis par la veillée funèbre d’une vieille dame qui s’avère être la mère de Mohammed Dahlan(7), des cadres du Hamas argumentent courtoisement avec des partisans du Fatah. Ce genre de surprenant épisode, cette absence d’animosité de la part de ces cadres du Hamas, dont les militants sont torturés et jetés en prison en Cisjordanie par les forces de sécurité du Fatah, laissent-ils augurer que, demain, malgré les trahisons, une réconciliation soit possible ?
Christophe Oberlin : J’ai assisté bien souvent à des scènes de cet ordre. Il m’est arrivé de me trouver dans une famille où étaient réunis à la même table des membres du Hamas et un de leurs cousins médecin qui était payé par la direction du Fatah, à condition qu’il n’aille pas travailler (8). J’étais stupéfait du climat qui régnait. Il n’y avait que de petites piques, rien de méchant. Tout se disait sur le mode humoristique. Cette fraternité entre Palestiniens, je l’avais observée avant le scrutin qui a porté le Hamas au pouvoir. Cela continue aujourd’hui. Je crois qu’une réconciliation est possible. Il n’y a pas de revendications de haine entre le Fatah et le Hamas. C’est une querelle de chefs. L’Autorité palestinienne ne représente même plus la base du Fatah. C’est une fausse querelle. Au niveau des électeurs, il n’y a pas d’animosité entre Hamas et Fatah. Si des élections étaient organisées dans des conditions électorales normales, cela se déroulerait de manière aussi paisible qu’en 2006.
Silvia Cattori : Encore une fois, on ne peut s’empêcher de penser qu’Israël n’aurait pu aller si loin dans l’horreur si les idéologues qui dictent la ligne politique au sein du mouvement de solidarité, au lieu de soutenir le camp du Fatah et de ceux qui ont opté pour la collaboration avec l’occupant, avaient clairement soutenu le camp des forces qui, comme le Hamas, ont refusé cette voie là et continué à revendiquer le droit des Palestiniens à résister à l’occupation. Par ce genre d’étrange mésalliance, n’ont-ils pas rendu la tâche plus facile à Israël et prolongé les souffrances du peuple palestinien ?
Christophe Oberlin : Bien entendu ils ont rendu la tâche plus facile à Israël. Cela dit, je ne crois pas qu’on aurait pu contenir l’escalade de violence à laquelle on assiste. Quand on voit ce qui est en train de se passer aujourd’hui, qui va, tout le laisse supposer, jusqu’à l’assassinat délibéré d’internationaux (9), quand on met ces faits en parallèle avec ce que les Palestiniens subissent depuis le début de la colonisation juive en Palestine, je crois malheureusement que le projet sioniste devait nécessairement passer par cette violence-là ; par toujours plus de violence.
Silvia Cattori : En somme, l’élection du Hamas en 2006 fut, à maints égards, un moment de vérité qui a permis de dévoiler des compromissions contre nature, aussi en ce qui concerne les ONG. Vous racontez avoir été exclu par deux grandes ONG françaises qui ne protestent jamais publiquement quand leurs équipes médicales sont exposées aux humiliations et aux harcèlements des autorités israéliennes. Peut-on connaître le nom de ces ONG et quels prétextes elles ont invoqué pour vous priver de leur financement ?
Christophe Oberlin : Il s’agit d’ONG qui font par ailleurs du bon travail : Médecins du monde et Aide Médicale Internationale. Ce sont des grosses organisations, au moins pour la première, qui comportent des administrations énormes. Il y a là des enjeux de pouvoir importants. Pour accéder à la présidence, à des hauts postes, les candidats sont prêts à se plier à toutes sortes de compromissions. Leurs responsables ne veulent pas que leurs équipes s’expriment. Je respecte cette position mais, concernant la Palestine, où les équipes médicales subissent régulièrement harcèlements et humiliations de la part des autorités israéliennes, je n’accepte pas de me taire. Il y a des cas où il est impératif de réagir.
Il y a eu des incidents dûment documentés et notifiés mais Médecins du Monde a refusé de protester. Le cas par exemple où l’un de mes collègues, qui se trouvait dans une ambulance avec un blessé, a été l’objet de tirs israéliens à un check-point, alors qu’il avait reçu juste avant l’autorisation de passer. Autre exemple, lorsque la police des frontières nous a confisqué à notre arrivée à l’aéroport Ben Gourion le matériel médical très coûteux et indispensable que nous apportions avec nous à Gaza ; ou encore quand il nous a été demandé de payer la taxe sur les produits de luxe, ce qui est illégal car c’était du matériel médical humanitaire. Quand les membres de nos équipes sont humiliés, harcelés bloqués dès lors qu’ils ont un patronyme arabe. Jamais de protestation.
Silvia Cattori : Vous révélez que, dès les premières heures de l’offensive israélienne en 2008, touchés par l’étendue du carnage, des chirurgiens de divers pays arabes et musulmans, dont une soixantaine d’Égyptiens, se sont précipités à Gaza, en entrant par les tunnels, et se sont tout de suite mis à opérer. Vous dites dans votre livre avoir été très impressionné par la compétence et l’efficacité avec laquelle ils opéraient de grands blessés et le rôle remarquable que ces médecins anonymes, que vous qualifiez d’“humanitaires sans spectacle”, ont joué. Est-ce en cette solidarité discrète et sans conditions qui contraste avec la lourdeur de nos ONG, que vous mettez votre espoir ?
Christophe Oberlin : Tout à fait. Cela donnait une impression de puissance extraordinaire de voir tous ces chirurgiens hautement gradés, hautement compétents, qui étaient accourus à Gaza simplement parce que leurs collègues les avaient appelés, et qui déclaraient rester là “tant qu’on aurait besoin d’eux”. Je me souviens d’avoir pensé à l’époque que la relève à l’Égypte de Moubarak était en face de moi.
Silvia Cattori : Dans le chapitre de votre livre intitulé Haro sur l’humanitaire, vous dressez un constat très inquiétant. Vous sentez que l’étau se resserre(10). Cela laisse penser que les autorités israéliennes, en vous imposant des conditions de plus en plus contraignantes, cherchent à rendre de plus en plus difficile l’obtention de l’autorisation d’entrée en Palestine. Pensez-vous qu’elles iront jusqu’à priver la population de Gaza de toute assistance médicale(11) ? Quelle action préconisez-vous pour l’en empêcher ?
Christophe Oberlin : Les récents assassinats du militant italien Vittorio Arrigoni à Gaza et de l’acteur israélo/palestinien Juliano Mer Khamis à Hébron (12), m’ont donné un coup. On ne peut pas s’empêcher de penser à la main d’Israël derrière ces assassinats. Quelle meilleure façon, pour diaboliser les Palestiniens, pour briser le soutien de l’opinion internationale, que de faire assassiner deux figures charismatiques parmi les pacifistes ? Faire endosser à des Palestiniens manipulés un crime dont ils ne sont pas responsables ? Cela fait peur. Il y a là une escalade qui doit permettre à Israël de provoquer un sentiment d’horreur dans le monde entier vis-à-vis du Hamas. Et chacun se dit : le prochain pourrait être moi. Ce ne serait pas la première fois que la décision a été prise au plus haut niveau de l’État israélien de faire assassiner des internationaux. Il y a déjà eu des journalistes assassinés (13), d’autres ciblés comme Jacques-Marie Bourget (14). Il y a eu l’attaque de la marine israélienne contre la “Flottille de la Liberté,” en mai 2010, qui a causé la mort de 9 humanitaires. Un monument à leur mémoire vient d’être érigé sur le port de Gaza.
Je crains de voir là le signe d’un raidissement israélien qui peut aller jusqu’à organiser des assassinats ciblés pour les faire ensuite passer pour des assassinats commis par le Hamas. On peut aussi penser que c’est là une crispation ultime d’un pouvoir qui est mis sous la pression de mouvements de protestations contre lesquels il perd prise.
Silvia Cattori : Vous avez durant ces années tragiques, assisté à des scènes d’une cruauté insoutenable. Vous étiez là bas, quand des soldats israéliens ont délibérément tiré sur le corps à terre d’un jeune cameraman palestinien(15). Que ressentiez-vous quand vous vous êtes trouvé en face de ce jeune patient qui venait d’être amputé de ses deux jambes ?
Christophe Oberlin : Je supporte de voir de grands blessés dans une salle d’opération mais de voir la violence s’exercer en dehors de ce cadre, même au cinéma, est pour moi quelque chose d’insupportable. Quand j’ai vu Mohamed Ghanem à l’hôpital, je n’étais pas simplement écœuré par le sadisme du soldat qui avait ajusté une demi douzaine de tirs sur le cameraman qui était à terre (tout cela a été filmé par les médias arabes qui étaient sur place), j’étais aussi honteux, car je savais qu’il n’y aurait ni enquête, ni sanctions.
J’ai fait des gardes de grosses traumatologies durant plus de 15 ans. Spécialisé dans les réparations des traumatismes sévères, la microchirurgie des vaisseaux et des nerfs, j’ai été amené à recevoir dans les salles d’opérations des gens qui tentaient de se suicider en se jetant sous les rails du métro. Quand on voit un homme avec des blessures épouvantables en salle d’opération, on compatit bien évidemment. Mais on est occupé à réfléchir, à décider de la conduite à tenir. À stopper l’hémorragie pour sauver la vie du patient. À voir ce que l’on peut faire pour préserver la fonction. Et enfin à opérer. Les opérations sont très longues et il faut s’arrêter d’opérer parce que le patient ne va pas bien, il faut renoncer à la reconstruction ou il faut amputer. Cela fait partie de l’entraînement chirurgical. Ce sont des notions que j’ai apprises.
Quand on voit arriver ces très grands blessés, on se concentre sur leur prise en charge. J’ai vu durant l’agression israélienne en 2009, des chirurgiens palestiniens qui n’en pouvaient plus, craquer, s’effondrer, mais ceci en dehors des salles d’opérations. Dans l’urgence, tout de monde travaille bien, sans panique, et c’est aussi pour nous une leçon. Mais il y a des images, des scènes qui vous marquent de manière indélébile, comme elles marquent les Palestiniens. Ce sont elles qui construisent la résistance.
Christophe Oberlin, chirurgien spécialisé dans la microchirurgie et la chirurgie de la main. Responsable de missions de chirurgie réparatrice des paralysies auprès des blessés palestiniens depuis décembre 2001. Professeur des Universités. Une centaine de publications, deux livres traduits en anglais, et en chinois. Responsable de deux Diplômes d’Université.
Son premier livre, Survivre à Gaza, biographie de Mohamed al-Rantissi, chirurgien palestinien, frère du dirigeant historique du HAMAS assassiné par Israël, a marqué les esprits. Il permet en effet de comprendre le parcours incroyable de bon nombre de diplômés vivant dans la bande de Gaza, qui ont dû faire preuve d’un courage et d’une volonté incroyables pour parvenir à faire des études et exercer leurs compétences.
À notre avis Chroniques de Gaza 2001-2011, Survivre à Gaza, ainsi que le livre de Ziyad Clot, Il n’y aura pas d’État palestinien, (Max Milo Editions : Paris, 2010)- sont, parmi les livres écrits par des francophones, trois témoignages majeurs.
[2] La carte de presse israélienne qui facilite les déplacements en Cisjordanie est délivrée par le “Service de presse” de Jérusalem qui dépend de la Défense, des services de propagande militaire, et des services de renseignements israéliens. L’autorisation qui permet d’entrer à Gaza n’est délivrée qu’au compte gouttes. En juin 2006, durant l’offensive militaire, qui a fait cent mort et des centaines de blessés dans le nord de Gaza, les officiers du Service de presse, nous ont refusé le permis d’entrée à Gaza, alors que nous avons vu le même jour, qu’il le délivrait à des journalistes attachés à des médias dont le biais en faveur d’Israël était garanti.
[3] A l’issue des élections de janvier 2006 le Hamas a remporté la majorité absolue des sièges au Conseil législatif palestinien. L’Autorité Palestinienne à Ramallah - c’est-à-dire le Fatah qui a perdu le scrutin - n’a pas quitté le pouvoir en dépit du fait qu’elle n’avait plus de mandat. Elle a continué de prendre ses ordres d’Israël et des États-Unis. Le président Mahmoud Abbas n’a plus aucune légitimité depuis 2009. L’Union européenne continue néanmoins à porter à bout de bras cette Autorité illégitime et corrompue, à lui verser un demi-milliard par an, et à ne traiter qu’avec elle. Les conférences et négociations dites de paix auxquelles celle-ci a pris part avaient comme objectif, en collusion Israël et les États-Unis, de financer et programmer la mise hors-la-loi du Hamas.
[4] Après l’élection du Hamas en 2006 les dirigeants du mouvement de solidarité ont eux aussi contribué à renforcer l’a priori que la charte du Hamas est “antisémite”. La propagande des gouvernements israéliens successifs, se servant de la charte du Hamas pour le criminaliser, est malheureusement exploitée par tous ceux qui privilégient les “laïcs” pour discréditer ce mouvement politique et religieux palestinien qui se revendique de la résistance. Cette propagande a largement perverti et ralenti l’action du mouvement de solidarité.
[5] Les ressortissants de l’État juif d’Israël sont de citoyenneté israélienne mais - bien des gens l’ignorent - la nationalité israélienne n’existe pas sur leurs documents. Sur la carte d’identité d’un citoyen israélien de confession juive la nationalité indiquée est “Juive”. Tandis que la nationalité des citoyens non-Juifs, est définie comme Arabe, Druze, Russe, Turque, etc. Quand les Palestiniens disent les “juifs”, c’est donc en conformité avec la citoyenneté juive des Israéliens ; et nullement le signe d’une “hostilité envers les juifs”, d’un “antisémitisme”, comme on le leur reproche sans cesse pour des raisons de propagande.
[6] Ce plan secret, établi par les États-Unis et Israël en collusion avec la direction de Ramallah, avait du reste été révélé par un journaliste fort bien renseigné, David Rose, en mars 2008.
En janvier 2011, Al-Jazeera a publié des documents palestiniens confidentiels (The Palestine Papers). Ils ont confirmé, en plus effrayant, tout ce que disait David Rose sur les complicités criminelles de l’Autorité Palestinienne avec Israël, et ce que nos interlocuteurs nous disaient dès 2006, dans divers entretiens restés ignorés également par les organes de ces associations dominantes de soutien à la Palestine. On a ainsi appris que l’Autorité palestinienne est allée au delà de toute imagination dans sa collusion avec Israël. On s’attendait à ce qu’elle annonce sa démission, la dissolution de l’Autorité Palestinienne. Elle est au contraire partie à l’attaque contre Al-Jazeera.
[7] Mohammed Dahlan, hier l’homme fort du Fatah à Gaza, est honni par la population. Réputé pour sa collaboration étroite avec le Mossad et les services de renseignements occidentaux, il a tout tenté - avec leur financement - pour liquider le mouvement du Hamas. Quand, en 2007, le Hamas a réussi à mettre en déroute les forces répressives de Dahlan, ce fut un soulagement pour la population.
[8] Après la reprise en main de l’administration de Gaza par le Hamas, le Fatah resté illégitimement au pouvoir à Ramallah a annoncé aux 77’000 fonctionnaires de Gaza qu’il leur serait versé un salaire s’ils refusaient d’aller travailler tant que le Hamas était au pouvoir. Par contre les fonctionnaires qui eux sont allés travailler et font fonctionner l’administration et les services public dirigés par le Hamas, ne reçoivent plus aucun salaire de l’Autorité palestinienne.
[9] Christophe Oberlin fait allusion aux assassinats de deux militants de la solidarité avec la Palestine : Juliano Mer Khamis et Vittorio Arrigoni.
[10] Les humanitaires qui se rendent à Gaza doivent demander leur accréditation au COGAT, le service de l’armée israélienne qui délivre le permis d’entrer à Gaza.
[11] Pour entrer en Cisjordanie et Gaza, qui sont des prisons sous le contrôle de l’occupant, il y a l’obligation de passer par le territoire israélien. Les autorités israéliennes s’octroient le droit de mettre un véto à l’entrée en Israël de gens qui, eux, veulent uniquement se rendre dans les territoires occupés, et dont elles redoutent la critique. Elles dressent des listes de militants ou journalistes prétendument “hostiles à Israël”, qui leur sont signalés dans chaque pays par des personnes de confession juive dont la loyauté envers Israël prime.
[12] Voir note (9).
[13] - Raffaele Ciriello, journaliste italien a été délibérément tué par l’armée israélienne à Ramallah le 13 mars 2002.
James Miller, 34 ans, journaliste et producteur britannique portait un gilet pare-balles marqué “PRESS” et un drapeau blanc quand il a été tué intentionnellement à Rafah le 2 mai 2003, par un soldat israélien alors qu’il filmait un documentaire intitulé La mort à Gaza, au dire des journalistes témoins. Par ailleurs, de nombreux journalistes Palestiniens et Arabes ont été tué par l’armée israélienne.
[14] Le journaliste Jacques-Marie Bourget a été grièvement blessé au poumon et au bras, le 21 octobre 2000 à Ramallah, par une balle tirée par un soldat israélien.
Nous tenons à rappeler à nos lecteurs que de nombreux articles que nous publions ne traduisent pas - très loin s'en faut - notre pensée sur la question palestinienne; nous utilisons ces derniers uniquement en tant que supports pour exploiter une information que nous avons à cœur de vous présenter puisque notre volonté première sur ce blog, est que vous soyez chaque jour témoin de la réalité de l'incroyable pnibilité de l'existence menée quotidiennement par les Palestiniens, en Palestine sur LEUR terre occupée. Il est en effet indispensable de contrecarrer, autant que possible, avec les moyens qui sont à notre disposition, l'ultra propagande sioniste vectrice de tant de mensonges éhontés! Et cette vision globale de la situation en Palestine occupée passe de notre point de vue, par la meilleure connaissance possible de ce qui se passe sur le terrain politique, militaire, économique,religieux, culturel etc... Il n'y a en effet pas un aspect de la vie des Palestiniens qui ne p
arle pas et ne traduit pas ce que représente la réalité de lexistence sous occupation sioniste!
Nous espérons que ce qui nous caractérise le mieux, c'est notre goût pour la justice. Nous estimons que celle-ci devrait s'appliquer à tous les hommes où qu'ils se trouvent dans le monde.C'est d'ailleurs cette volonté de voir la justice s'appliquer en Palestine qui a toujours motivé notre engagement à côté des Palestiniens. Nous pensons qu'il n'y a pas de pire tragédie pour un peuple que de vivre sous occupation, que de voir sa terre spoliée jour après jour depuis plus de soixante ans et de voir son peuple exterminé avec la complicité du monde entier!
La tragédie palestinienne mérite plus que n’importe quelle autre qu’on s’y intéresse tant elle témoigne à elle seule de toutes les terrifiantes dérives de ce monde et à la fois de ce que peuvent être les nobles valeurs des hommes quand ils résistent avec tant de bravoure et de détermination à l’occupant!
LA PALESTINE EST SANS AUCUN DOUTE LA PLUS GRANDE DES ECOLES DE VIE!