En vue de ce rassemblement de samedi nous republions ce jour, une partie du texte écrit il y a quelques jours par Mr Robert Bibeau; sa réflexion est de notre point de vue, celle qui aborde le mieux et plus justement l'ensemble des éléments passés et présents à prendre en considération sur la question palestinienne!
Nous saluons à nouveau cette analyse de Mr Bibeau!
La NR/ Vous êtes de ceux qui ont soutenu l’idée qu’il y aura un État palestinien souverain ? Comment voyez-vous la réalisation d’un tel objectif, nonobstant l’état actuel de la tragédie palestinienne ?
Robert Bibeau : Les individus et les gouvernements qui aiment la Palestine doivent s’opposer farouchement à la résolution de trahison nationale, pilotée par la bande de traîtres de l’Autorité palestinienne à l’ONU. Le peuple palestinien ne résiste pas et ne verse pas son sang depuis soixante-quatre ans (Résolution 181 illégale et illégitime de l’ONU en 1947) pour récupérer 20% de sa terre nationale sans Al Qods et sans retour des réfugiés, sans libération des 11 000 prisonniers politiques, sans démolition du mur de la honte israélien en Cisjordanie, etc. Cette résolution de trahison nationale ne vise qu’à officialiser avec le soi-disant accord palestinien l’arnaque perpétrée en 1947 à l’ONU. Un héros de la résistance arabe disait récemment à Beyrouth, au Liban : «Le peuple palestinien et les peuples arabes n’ont jamais mandaté quiconque pour renoncer à 80% de la terre palestinienne et arabe à Al Qods et au droit de retour de tous les réfugiés palestiniens de la diaspora.».
Robert Bibeau : Le drame palestinien se résoudra un jour, et à la satisfaction du peuple palestinien. Quand les puissances impérialistes décadentes seront en bouleversement interne complet avec des révolutions populaires sur les bras, la crise économique s’approfondissant sous les coups de boutoir de leurs concurrents de l’alliance de Shanghai (Russie, Iran, Syrie, États de l’ancienne Union soviétique, possiblement l’Inde) sous la gouverne de la nouvelle puissance impérialiste chinoise, la destinée d’une bande de paumés emmurée et encerclée au milieu de plus de quatre cents millions d’Arabes qui en auront assez de leur arrogance et de leurs crimes contre l’humanité, ces misérables réchappés national-socialistes-sionistes vomissant leur racisme sont à la veille de ravaler leur crachat grossier. Noam Chomsky, qui aime bien ces sionistes, les a récemment avertis : à vouloir tout prendre de la terre palestinienne (refus de la résolution Abbas à l’ONU), «vous sionistes risquez de tout perdre». Comme ces paroles sont prophétiques, monsieur Chomsky !
La NR/ Quels moyens de lutte, d’après vous, pour atteindre un tel but, sachant qu’Israël est soutenu par les puissances occidentales alors que le soutien arabe à cette cause ne se limite qu’à des déclarations, comme on l’a vu dans la plupart des cas ?
Robert Bibeau : Je viens de l’expliquer, et Gilad Atzmon (2), jazzman réputé et anti-sioniste conséquent, l’a bien expliqué dans un texte récent. Le jour où les impérialistes ont cessé d’appuyer les Afrikaners impérialistes s’en fut fait du pouvoir d’apartheid en Afrique du Sud. Dans ce cas, l’impérialisme occidental, alors triomphant, passa le témoin à une bande de collaborateurs fiables, noirs et blancs, sous la gouverne de l’icône de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela.
Je ne suis pas assuré que cette fois les impérialistes prendront la peine de trouver une icône anti-apartheid palestinienne crédible et sereine. Je crois plutôt que les centaines de milliers d’Israéliens sionistes riches possédant le double passeport s’enfuiront et abandonneront la chair à canon israélienne, les ashkénazes pauvres et les sépharades pauvres sur le terrain. J’ai absolument confiance que le grand peuple palestinien victorieux traitera avec la plus grande clémence son bourreau d’hier et trouvera avec ceux qui restent un terrain d’entente juste et équitable, comme il en fut pendant des siècles sur cette terre de passage avant l’intrusion du sionisme meurtrier.
La NR/ Pour vous, la première injustice commise à l’encontre des Palestiniens fut le 29 novembre 1947, avec le vote de la résolution 181 pour le partage de la Palestine. Résolution que vous qualifiez d’illégitime. Pourquoi ? Quelle aurait été la procédure à tenir par la SDN face à la situation ?
Robert Bibeau : La Société de nations (SDN) ou l’ONU n’avait aucun droit d’intervenir en Palestine sous mandat britannique. Le territoire de la Palestine, découpage arbitraire conclu entre la France et la Grande-Bretagne au lendemain de la première guerre mondiale, avait été fixé unilatéralement par les puissances impérialistes. Une fois ce découpage réalisé, il appartenait aux peuples résidant sur ces territoires de décider de leurs sorts respectifs à l’occasion de ce grand mouvement de décolonisation amorcé suite à la fin de la Seconde guerre mondiale. Jamais aucun référendum n’a été tenu dans ce territoire sous protectorat britannique, et vous savez pourquoi ?
Parce que à l’évidence, la nation palestinienne en cours de constitution sur ce territoire de la Palestine du mandat Britannique aurait rejeté toute décision inique, injuste, illégitime et illégale de partage de sa terre ancestrale pour en céder une parcelle, si petite soit-elle, à une coterie religieuse venue d’Europe où les occidentaux de diverses origines leur avait fait un bien mauvais sort. L’ONU n’avait pas à réparer un tort contre une minorité religieuse persécutée en Europe en créant un préjudice encore plus grand contre un peuple qui n’avait rien, absolument rien à voir avec ces persécutions religieuses. La question juive est une question de persécution religieuse et en aucun cas une question nationale. Dieu – Yahweh n’est pas un agent immobilier et il n’a jamais garanti l’usufruit d’une terre ou d’une propriété à quelque peuple que ce soit. Les radotages de la Thorah n’ont pas à être considérés par la communauté internationale ou par l’ONU.
La NR/ Vous êtes l’un des rares analystes qui croient que cette demande d’adhésion risque de piéger les Palestiniens eux-mêmes, puisque dans ce cas, ils doivent «renoncer à 80% de la terre de la Palestine de 1947, renoncer à Al Qods (Jérusalem) et renoncer définitivement au droit de retour sur leur terre pour les millions de réfugiés de 1948, 1967 et 1973». Vu le rapport de force actuel, dans quelle mesure cela serait-il réalisable ?
Robert Bibeau L’un des grands problèmes de notre temps agité, excité, rapide et frustré, c’est l’égocentrisme, l’égoïsme et le narcissisme. Mêmes les analystes politiques se comportent comme si un événement historique (un conflit entre un peuple autochtone et une communauté religieuse expatriée et exfiltrée) devait se régler du temps de leur vivant. L’histoire de l’humanité n’est pas soumise aux contraintes de notre narcissisme petit-bourgeois. L’histoire arabe au Levant date de siècles et de siècles et le rapport de force actuel entre la quatrième armée du monde défaite dans tous ses conflits depuis l’an 2000 et le peuple palestinien emprisonné, massacré et spolié depuis 1947 n’est qu’un court instant dans l’historicité arabe.
Robert Bibeau : Voyez-vous monsieur, un jour, les forces mauresques ont occupé l’Espagne chrétienne et cette occupation a duré 800 ans avant que le dernier calife de Grenade l’éblouissante ne soit chassé de la terre espagnole qu’il occupait. Qui aurait dit huit cent ans auparavant qu’un jour Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille expulseraient le dernier sultan mauresque de la terre ibérique, puis que l’Inquisition chasserait ensuite tous les juifs pratiquants de la terre chrétienne d’Espagne ? La Palestine dans dix, quarante ou cent ans redeviendra terre des palestiniens car les palestiniens résistent et ne veulent pas disparaître, et tant que ce peuple ne voudra pas disparaître, il ne disparaîtra pas.
La NR/ Vous êtes de ceux qui soutiennent le boycott comme moyen de pression sur Israël. En France, des activistes de la campagne BDS ont été jugés pour actes antisémites, alors qu’actuellement, on amorce une nouvelle campagne, celle de l’islamophobie. N’assiste-t-on pas à la judaïsation de la société française ?
Robert Bibeau : La judaïsation de la société française est un mythe. Le peuple français est parmi les peuples les plus athées de la terre. Ils ne sont pas du tout en train de se convertir au judaïsme. De plus, le peuple français dans sa grande majorité désapprouve les sévices que les israéliens sionistes font subir aux palestiniens. Mais le peuple français vit sous la dictature des riches qui lui imposent leur politique de soutien à leurs amis impérialistes israéliens avec lesquels ils font du commerce, du blanchiment d’argent, de la recherche sur les armes de destruction massive, armes que les israéliens testent ensuite sur le peuple palestinien (rappelez-vous les bombes au phosphore blanc et les armes à sous munitions avec résidus d’uranium appauvri lors du massacre de Gaza en 2008-2009) etc.
Robert Bibeau : Quand vous demandez, comme vous le faites, si je veux faire pression sur Israël, c’est qu’au départ, vous me coincez dans un dilemme que je refuse absolument. Votre question présuppose que l’État sioniste – la main sanglante de l’impérialisme au Proche-Orient – est incontournable, éternel, imbattable, qu’Israël est là pour rester et dominer et que donc la résistance palestinienne doit implorer les thuriféraires des impérialistes américains de céder un peu de terrain, un peu de droits, que la résistance doit «faire pression» sur la «grande puissance impérialiste» israélienne pour lui arracher quelques concessions. Tout cela est faux. C’est une façon de laisser croire, comme le fait Mahmoud Abbas, que la résistance veut 20% de la terre palestinienne. C’est faux, la vraie résistance arabe veut 100% de la terre palestinienne pour les palestiniens. La puissance impérialiste israélienne doit être totalement éradiquée du Proche-Orient, détruite dans ses fondements comme quelque chose de mauvais dont on ne peut récupérer ne serait-ce qu’une parcelle.
Aucun compromis n’est possible avec cette puissance impérialiste ; tant qu’elle survivra, elle fera ce pourquoi elle a été créée, c’est-à-dire occupée, spoliée, tuée, dominée, exploitée. La contradiction fondamentale entre le peuple palestinien et le sionisme, qui est l’idéologie de l’impérialisme israélien, est de nature antagoniste. Ou bien la nation palestinienne opprimée disparaît ou l’impérialisme et l’État impérialiste israélien disparaissent. Les deux entités ne peuvent survivre sur le même sol national palestinien.
Robert Bibeau : Alors, non, je ne soutiens pas le boycott comme moyen de pression sur Israël, pas du tout. On ne peut faire «pression» sur un État pour qu’il se fasse hara-kiri et disparaisse. Je soutiens le boycott strictement comme moyen d’interpeller et de sensibiliser la population des pays occidentaux sur l’agression sioniste contre le peuple palestinien, sur la cause palestinienne, sur les souffrances et la résistance du peuple palestinien, etc. Le BDS est une vaste campagne de propagande pour la juste cause palestinienne. Voyez-vous, chaque fois que nous tenons une ligne de piquetage pour le Boycott – BDS, nous devons apporter de l’information, des tracts pour dire aux gens ce que nous faisons là. Chaque fois que l’on présente une résolution pour qu’une assemblée syndicale adopte une mesure de rétorsion ou de boycott ou de retrait des investissements, nous devons expliquer, justifier notre proposition et de la sorte, nous sensibilisons notre auditoire à cette injustice qu’est l’accaparement de la terre palestinienne par des religieux hystériques à la solde d’impérialistes véreux et mafieux, rien de plus.
Le peuple palestinien ne sera jamais libéré par le boycott et par le BDS. À la fin, s’il est payant pour les grands et les petits capitalistes d’investir dans l’entité israélienne, l’intérêt capitaliste prévaudra si bien que vous aurez rapidement atteint la limite de l’efficacité de ce mouvement BDS.
D’ailleurs, le peuple d’Afrique du Sud n’a pas été libéré par le boycott, c’est la petite bourgeoisie opportuniste et réformiste qui fait circuler ce mythe. L’impérialisme international comprenant sa branche canadienne avec Brian Mulroney, ex-Premier ministre réactionnaire, est arrivé à la conclusion un certain jour qu’il était préférable de démanteler la colonie de peuplement traditionnelle du Cap et de donner à la bourgeoisie noire locale le rôle de jouer, comme dans toutes les autres néo-colonies d’Afrique, au portefaix de l’impérialisme auprès du prolétariat national sud africain. La chose a été plus longue et plus pénible en Afrique du Sud qu’ailleurs en Afrique, à cause de l’importante minorité blanche raciste, voilà tout.
Robert Bibeau : La contradiction qui persiste au sein du camp impérialiste en ce moment à propos de la question palestinienne est celle entre une faction (l’Europe occidentale par exemple) qui pense qu’il est temps d’accorder un bantoustan au peuple palestinien et de laisser la bourgeoisie compradore palestinienne (l’Autorité palestinienne sans autorité et l’OLP) jouer son rôle fantoche d’entremetteur local pour la gestion et l’exploitation du prolétariat palestinien. L’autre faction plus intransigeante (sioniste israélien et USA) pense que ce temps n’est pas encore venu et que d’autres spoliations sont encore possibles, une faction sioniste complètement hystérique pense même que le génocide total du peuple palestinien est envisageable et réalisable, ce qui résoudrait définitivement la question palestinienne, ne pensez-vous pas ?
Voyez-vous, la plupart des groupes occidentaux de «soutien au peuple palestinien» voudraient enfermer leurs adhérents dans ce dilemme : «Quelle faction impérialiste supportez-vous?» les «conciliants gentils» qui veulent en finir et redonner «rapidement» 20% de leurs terres aux palestiniens (ceux-là ne comprennent pas qu’Israël refuse ce deal plus qu’avantageux pour lui), ou la faction «négociatrice» des supporteurs du peuple palestinien qui envisage une négociation éventuelle pour rétrocéder quelque chose comme 10 ou 12% des terres palestiniennes à leurs ayant droits. Les deux groupes sont des suppôts de la théorie de faire «pression» sur Israël. Je ne fais partie ni de l’une ni de l’autre de ces factions de «soutien au peuple palestinien».
J’ai écouté le peuple palestinien et les peuples arabes, et ce qu’ils veulent, c’est toute la terre spoliée, tout l’espace colonisé depuis 1947, avant la résolution de l’ONU. Alors, en bon militant d’une organisation de soutien, j’adhère aux revendications du peuple que je soutiens. Je ne me donne pas le droit de dicter au peuple palestinien ce que doit être sa lutte et ce qui lui revient de droit ou non, ou s’il devrait s’imposer des restrictions dans ses revendications. Ils ont droit à toute la terre et ils veulent toute la terre. Je veux toute la terre palestinienne pour les Palestiniens. Comme les choses sont simples quand on ne s’évertue pas à les rendre compliquées (4).
Robert Bibeau : Les individus et les gouvernements qui aiment la Palestine doivent s’opposer farouchement à la résolution de trahison nationale, pilotée par la bande de traîtres de l’Autorité palestinienne à l’ONU. Le peuple palestinien ne résiste pas et ne verse pas son sang depuis soixante-quatre ans (Résolution 181 illégale et illégitime de l’ONU en 1947) pour récupérer 20% de sa terre nationale sans Al Qods et sans retour des réfugiés, sans libération des 11 000 prisonniers politiques, sans démolition du mur de la honte israélien en Cisjordanie, etc. Cette résolution de trahison nationale ne vise qu’à officialiser avec le soi-disant accord palestinien l’arnaque perpétrée en 1947 à l’ONU. Un héros de la résistance arabe disait récemment à Beyrouth, au Liban : «Le peuple palestinien et les peuples arabes n’ont jamais mandaté quiconque pour renoncer à 80% de la terre palestinienne et arabe à Al Qods et au droit de retour de tous les réfugiés palestiniens de la diaspora.».
Robert Bibeau : Le drame palestinien se résoudra un jour, et à la satisfaction du peuple palestinien. Quand les puissances impérialistes décadentes seront en bouleversement interne complet avec des révolutions populaires sur les bras, la crise économique s’approfondissant sous les coups de boutoir de leurs concurrents de l’alliance de Shanghai (Russie, Iran, Syrie, États de l’ancienne Union soviétique, possiblement l’Inde) sous la gouverne de la nouvelle puissance impérialiste chinoise, la destinée d’une bande de paumés emmurée et encerclée au milieu de plus de quatre cents millions d’Arabes qui en auront assez de leur arrogance et de leurs crimes contre l’humanité, ces misérables réchappés national-socialistes-sionistes vomissant leur racisme sont à la veille de ravaler leur crachat grossier. Noam Chomsky, qui aime bien ces sionistes, les a récemment avertis : à vouloir tout prendre de la terre palestinienne (refus de la résolution Abbas à l’ONU), «vous sionistes risquez de tout perdre». Comme ces paroles sont prophétiques, monsieur Chomsky !
La NR/ Quels moyens de lutte, d’après vous, pour atteindre un tel but, sachant qu’Israël est soutenu par les puissances occidentales alors que le soutien arabe à cette cause ne se limite qu’à des déclarations, comme on l’a vu dans la plupart des cas ?
Robert Bibeau : Je viens de l’expliquer, et Gilad Atzmon (2), jazzman réputé et anti-sioniste conséquent, l’a bien expliqué dans un texte récent. Le jour où les impérialistes ont cessé d’appuyer les Afrikaners impérialistes s’en fut fait du pouvoir d’apartheid en Afrique du Sud. Dans ce cas, l’impérialisme occidental, alors triomphant, passa le témoin à une bande de collaborateurs fiables, noirs et blancs, sous la gouverne de l’icône de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela.
Je ne suis pas assuré que cette fois les impérialistes prendront la peine de trouver une icône anti-apartheid palestinienne crédible et sereine. Je crois plutôt que les centaines de milliers d’Israéliens sionistes riches possédant le double passeport s’enfuiront et abandonneront la chair à canon israélienne, les ashkénazes pauvres et les sépharades pauvres sur le terrain. J’ai absolument confiance que le grand peuple palestinien victorieux traitera avec la plus grande clémence son bourreau d’hier et trouvera avec ceux qui restent un terrain d’entente juste et équitable, comme il en fut pendant des siècles sur cette terre de passage avant l’intrusion du sionisme meurtrier.
La NR/ Pour vous, la première injustice commise à l’encontre des Palestiniens fut le 29 novembre 1947, avec le vote de la résolution 181 pour le partage de la Palestine. Résolution que vous qualifiez d’illégitime. Pourquoi ? Quelle aurait été la procédure à tenir par la SDN face à la situation ?
Robert Bibeau : La Société de nations (SDN) ou l’ONU n’avait aucun droit d’intervenir en Palestine sous mandat britannique. Le territoire de la Palestine, découpage arbitraire conclu entre la France et la Grande-Bretagne au lendemain de la première guerre mondiale, avait été fixé unilatéralement par les puissances impérialistes. Une fois ce découpage réalisé, il appartenait aux peuples résidant sur ces territoires de décider de leurs sorts respectifs à l’occasion de ce grand mouvement de décolonisation amorcé suite à la fin de la Seconde guerre mondiale. Jamais aucun référendum n’a été tenu dans ce territoire sous protectorat britannique, et vous savez pourquoi ?
Parce que à l’évidence, la nation palestinienne en cours de constitution sur ce territoire de la Palestine du mandat Britannique aurait rejeté toute décision inique, injuste, illégitime et illégale de partage de sa terre ancestrale pour en céder une parcelle, si petite soit-elle, à une coterie religieuse venue d’Europe où les occidentaux de diverses origines leur avait fait un bien mauvais sort. L’ONU n’avait pas à réparer un tort contre une minorité religieuse persécutée en Europe en créant un préjudice encore plus grand contre un peuple qui n’avait rien, absolument rien à voir avec ces persécutions religieuses. La question juive est une question de persécution religieuse et en aucun cas une question nationale. Dieu – Yahweh n’est pas un agent immobilier et il n’a jamais garanti l’usufruit d’une terre ou d’une propriété à quelque peuple que ce soit. Les radotages de la Thorah n’ont pas à être considérés par la communauté internationale ou par l’ONU.
La NR/ Vous êtes l’un des rares analystes qui croient que cette demande d’adhésion risque de piéger les Palestiniens eux-mêmes, puisque dans ce cas, ils doivent «renoncer à 80% de la terre de la Palestine de 1947, renoncer à Al Qods (Jérusalem) et renoncer définitivement au droit de retour sur leur terre pour les millions de réfugiés de 1948, 1967 et 1973». Vu le rapport de force actuel, dans quelle mesure cela serait-il réalisable ?
Robert Bibeau L’un des grands problèmes de notre temps agité, excité, rapide et frustré, c’est l’égocentrisme, l’égoïsme et le narcissisme. Mêmes les analystes politiques se comportent comme si un événement historique (un conflit entre un peuple autochtone et une communauté religieuse expatriée et exfiltrée) devait se régler du temps de leur vivant. L’histoire de l’humanité n’est pas soumise aux contraintes de notre narcissisme petit-bourgeois. L’histoire arabe au Levant date de siècles et de siècles et le rapport de force actuel entre la quatrième armée du monde défaite dans tous ses conflits depuis l’an 2000 et le peuple palestinien emprisonné, massacré et spolié depuis 1947 n’est qu’un court instant dans l’historicité arabe.
Robert Bibeau : Voyez-vous monsieur, un jour, les forces mauresques ont occupé l’Espagne chrétienne et cette occupation a duré 800 ans avant que le dernier calife de Grenade l’éblouissante ne soit chassé de la terre espagnole qu’il occupait. Qui aurait dit huit cent ans auparavant qu’un jour Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille expulseraient le dernier sultan mauresque de la terre ibérique, puis que l’Inquisition chasserait ensuite tous les juifs pratiquants de la terre chrétienne d’Espagne ? La Palestine dans dix, quarante ou cent ans redeviendra terre des palestiniens car les palestiniens résistent et ne veulent pas disparaître, et tant que ce peuple ne voudra pas disparaître, il ne disparaîtra pas.
La NR/ Vous êtes de ceux qui soutiennent le boycott comme moyen de pression sur Israël. En France, des activistes de la campagne BDS ont été jugés pour actes antisémites, alors qu’actuellement, on amorce une nouvelle campagne, celle de l’islamophobie. N’assiste-t-on pas à la judaïsation de la société française ?
Robert Bibeau : La judaïsation de la société française est un mythe. Le peuple français est parmi les peuples les plus athées de la terre. Ils ne sont pas du tout en train de se convertir au judaïsme. De plus, le peuple français dans sa grande majorité désapprouve les sévices que les israéliens sionistes font subir aux palestiniens. Mais le peuple français vit sous la dictature des riches qui lui imposent leur politique de soutien à leurs amis impérialistes israéliens avec lesquels ils font du commerce, du blanchiment d’argent, de la recherche sur les armes de destruction massive, armes que les israéliens testent ensuite sur le peuple palestinien (rappelez-vous les bombes au phosphore blanc et les armes à sous munitions avec résidus d’uranium appauvri lors du massacre de Gaza en 2008-2009) etc.
Robert Bibeau : Quand vous demandez, comme vous le faites, si je veux faire pression sur Israël, c’est qu’au départ, vous me coincez dans un dilemme que je refuse absolument. Votre question présuppose que l’État sioniste – la main sanglante de l’impérialisme au Proche-Orient – est incontournable, éternel, imbattable, qu’Israël est là pour rester et dominer et que donc la résistance palestinienne doit implorer les thuriféraires des impérialistes américains de céder un peu de terrain, un peu de droits, que la résistance doit «faire pression» sur la «grande puissance impérialiste» israélienne pour lui arracher quelques concessions. Tout cela est faux. C’est une façon de laisser croire, comme le fait Mahmoud Abbas, que la résistance veut 20% de la terre palestinienne. C’est faux, la vraie résistance arabe veut 100% de la terre palestinienne pour les palestiniens. La puissance impérialiste israélienne doit être totalement éradiquée du Proche-Orient, détruite dans ses fondements comme quelque chose de mauvais dont on ne peut récupérer ne serait-ce qu’une parcelle.
Aucun compromis n’est possible avec cette puissance impérialiste ; tant qu’elle survivra, elle fera ce pourquoi elle a été créée, c’est-à-dire occupée, spoliée, tuée, dominée, exploitée. La contradiction fondamentale entre le peuple palestinien et le sionisme, qui est l’idéologie de l’impérialisme israélien, est de nature antagoniste. Ou bien la nation palestinienne opprimée disparaît ou l’impérialisme et l’État impérialiste israélien disparaissent. Les deux entités ne peuvent survivre sur le même sol national palestinien.
Robert Bibeau : Alors, non, je ne soutiens pas le boycott comme moyen de pression sur Israël, pas du tout. On ne peut faire «pression» sur un État pour qu’il se fasse hara-kiri et disparaisse. Je soutiens le boycott strictement comme moyen d’interpeller et de sensibiliser la population des pays occidentaux sur l’agression sioniste contre le peuple palestinien, sur la cause palestinienne, sur les souffrances et la résistance du peuple palestinien, etc. Le BDS est une vaste campagne de propagande pour la juste cause palestinienne. Voyez-vous, chaque fois que nous tenons une ligne de piquetage pour le Boycott – BDS, nous devons apporter de l’information, des tracts pour dire aux gens ce que nous faisons là. Chaque fois que l’on présente une résolution pour qu’une assemblée syndicale adopte une mesure de rétorsion ou de boycott ou de retrait des investissements, nous devons expliquer, justifier notre proposition et de la sorte, nous sensibilisons notre auditoire à cette injustice qu’est l’accaparement de la terre palestinienne par des religieux hystériques à la solde d’impérialistes véreux et mafieux, rien de plus.
Le peuple palestinien ne sera jamais libéré par le boycott et par le BDS. À la fin, s’il est payant pour les grands et les petits capitalistes d’investir dans l’entité israélienne, l’intérêt capitaliste prévaudra si bien que vous aurez rapidement atteint la limite de l’efficacité de ce mouvement BDS.
D’ailleurs, le peuple d’Afrique du Sud n’a pas été libéré par le boycott, c’est la petite bourgeoisie opportuniste et réformiste qui fait circuler ce mythe. L’impérialisme international comprenant sa branche canadienne avec Brian Mulroney, ex-Premier ministre réactionnaire, est arrivé à la conclusion un certain jour qu’il était préférable de démanteler la colonie de peuplement traditionnelle du Cap et de donner à la bourgeoisie noire locale le rôle de jouer, comme dans toutes les autres néo-colonies d’Afrique, au portefaix de l’impérialisme auprès du prolétariat national sud africain. La chose a été plus longue et plus pénible en Afrique du Sud qu’ailleurs en Afrique, à cause de l’importante minorité blanche raciste, voilà tout.
Robert Bibeau : La contradiction qui persiste au sein du camp impérialiste en ce moment à propos de la question palestinienne est celle entre une faction (l’Europe occidentale par exemple) qui pense qu’il est temps d’accorder un bantoustan au peuple palestinien et de laisser la bourgeoisie compradore palestinienne (l’Autorité palestinienne sans autorité et l’OLP) jouer son rôle fantoche d’entremetteur local pour la gestion et l’exploitation du prolétariat palestinien. L’autre faction plus intransigeante (sioniste israélien et USA) pense que ce temps n’est pas encore venu et que d’autres spoliations sont encore possibles, une faction sioniste complètement hystérique pense même que le génocide total du peuple palestinien est envisageable et réalisable, ce qui résoudrait définitivement la question palestinienne, ne pensez-vous pas ?
Voyez-vous, la plupart des groupes occidentaux de «soutien au peuple palestinien» voudraient enfermer leurs adhérents dans ce dilemme : «Quelle faction impérialiste supportez-vous?» les «conciliants gentils» qui veulent en finir et redonner «rapidement» 20% de leurs terres aux palestiniens (ceux-là ne comprennent pas qu’Israël refuse ce deal plus qu’avantageux pour lui), ou la faction «négociatrice» des supporteurs du peuple palestinien qui envisage une négociation éventuelle pour rétrocéder quelque chose comme 10 ou 12% des terres palestiniennes à leurs ayant droits. Les deux groupes sont des suppôts de la théorie de faire «pression» sur Israël. Je ne fais partie ni de l’une ni de l’autre de ces factions de «soutien au peuple palestinien».
J’ai écouté le peuple palestinien et les peuples arabes, et ce qu’ils veulent, c’est toute la terre spoliée, tout l’espace colonisé depuis 1947, avant la résolution de l’ONU. Alors, en bon militant d’une organisation de soutien, j’adhère aux revendications du peuple que je soutiens. Je ne me donne pas le droit de dicter au peuple palestinien ce que doit être sa lutte et ce qui lui revient de droit ou non, ou s’il devrait s’imposer des restrictions dans ses revendications. Ils ont droit à toute la terre et ils veulent toute la terre. Je veux toute la terre palestinienne pour les Palestiniens. Comme les choses sont simples quand on ne s’évertue pas à les rendre compliquées (4).
Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm. Copie PDF du numéro de La Nouvelle République (Pp. 11, 12, 13) http://www.lnr-dz.com/pdf/journal/journal_du_2011-10-12/lnr.pdf
Robert Bibeau : Un expert canadien en politique internationale ayant occupé plusieurs responsabilités : enseignant en histoire, géographie et économie, coordonnateur membre de la web-éducation en matière de programme informatique éducatif avec différents ministères, membre d’une douzaine de jurys nationaux et internationaux dans le secteur du multimédia, auteur et conférencier recherché, journaliste QUI PUBLIE SUR une dizaine de magazines Web.
(2) http://www.centpapiers.com/la-rasque-francaise-en-libye/83440 et http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article5320
(3) http://www.gilad.co.uk/writings/gilad-atzmon-obama-the-palestinian-state-zionist-schizophren.html
(4) http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=24891 aussi http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/il-y-aura-un-jour-un-etat-101530
URL du billet: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=27170
1 commentaires:
Enfin un vrai discours, arrêtons de manipuler l'opinion de la population national, comme tous ces mercantilistes de la cause palestinienne (europalestine, generation palestine, etc...)
La Palestine aux Palestiniens, c'est la seul revendication qui à un sens !
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