par Saleh Al-Naami - Al Ahram Weekly
Nous remercions le site info-palestine
pour ce précieux travail de traduction qui permet au plus grand nombre de
pouvoir accéder à la réalité du drame palestinien. Merci à vous.
Les Palestiniens disent toujours lorsqu’on a
la chance de leur parler, qu’on ne peut imaginer à quel point le soutien qu’ils
reçoivent dans la lutte légitime qui est la leur, est nécessaire ; combien
il est important pour eux ! Sans
doute n’avons-nous pas toujours conscience nous-mêmes de l’impact de ce soutien
sur leur moral !...
C’est bien tous ensemble, en travaillant sincèrement au
service des revendications de la résistance palestinienne que l’on pourra prétendre
apporter notre pierre au processus de libération totale de la Palestine occupée.
Pour certains l’absence de Moubarak a supprimé un obstacle
à la libération de Shalit ; pour d’autres, la libération de Shalit supprime un
obstacle à l’attaque de l’Iran par Israël. Saleh Al-Naami, depuis Gaza.

Le retour des prisonniers a donné lieu à des
scènes profondément émouvantes - Photo : Lazar Simeonov/Al Jazeera
Un habitant de la ville de Gaza m’a dit qu’il ne pouvait en croire
ses yeux. La famille Yamen, dont les membres appartiennent tous au Fatah, vient
juste de mettre un drapeau vert du Hamas sur le toit de sa maison. La décision
de changer le drapeau a été prise à l’unanimité par tous les membres de la
famille à l’instant où ils ont appris que le jeune Mohamed Yamen, qui servait
une peine de prison à vie dans une prison israélienne pour avoir tué un soldat
de l’occupation lors d’une confrontation armée, serait parmi les prisonniers qui
devaient être libérés selon l’accord d’échange de prisonniers conclu entre le
Hamas et Israël.
C’est la mère de Mohamed qui a suggéré de faire flotter le drapeau
du Hamas ; elle a expliqué qu’en capturant le soldat Gilad Shalit, le Hamas
avait réussi à faire ce que le Fatah n’avait pas réussi à faire pendant 16
années de négociations "inutiles". "Nous avons l’impression d’être redevenu un
peuple dont les membres se soucient à nouveau les uns des autres. Sans cet
accord, mon fils serait mort en prison et son père et moi serions morts sans
avoir pu le serrer dans nos bras une dernière fois."
La famille Yamen n’a pas été la seule a mettre un drapeau vert ;
de nombreuses familles dont les membres appartiennent à d’autres organisations
similaires ont montré leur gratitude pour le Hamas de la même manière. Il règne
une atmosphère de fête dans les rues de Gaza. Dans les rues et les contre-allées
on rencontre beaucoup des groupes de gens qui vont féliciter les familles dont
les fils sont sur la liste des prisonniers qui vont être libérés. Des groupes de
jeunes gens installent des décorations dans les rues.
Des enfants distribuent des bonbons aux passants. Des voitures
équipées de porte voix diffusent des chants populaires et patriotiques. Les
familles et les amis consacrent tout leur temps à préparer le retour à la maison
de ceux qu’ils aiment. Salah Ayyad a refusé de prendre une seconde de repos
samedi avant d’avoir réussi à convaincre une équipe de peintres d’abandonner
temporairement son chantier pour venir remettre à neuf l’appartement de son
frère dans le village de Zuweida au coeur de la bande de Gaza. Son frère Hamed
fait partie des centaines de prisonniers qui doivent être libérés au milieu de
la semaine prochaine. Il avait été condamné à la prison à vie et a déjà passé 14
ans dans la prison israélienne de Shatta. Il a aujourd’hui 36 ans. Sa famille
espère qu’il va maintenant pouvoir se marier et élever une famille.
Beaucoup de membres des familles des prisonniers qui habitent à
l’étranger ont décidé de revenir à Gaza pour participer aux célébrations de
bienvenue, une décision facilitée par la réouverture du passage de Rafah. Des
familles ont repoussé des événements pour attendre le retour des prisonniers. Un
des fils de la famille Muslih devait se marier jeudi dernier mais le mariage a
été repoussé d’une semaine pour que Ahmed Muslih —qui doit être libéré— puisse y
participer.
Il y a des Gazaouis pour qui l’échange de prisonniers a une
signification particulière. Parmi les prisonniers qui vont être libérés, le plus
important est peut-être Yehia Al-Sinwar, un homme de 51 condamné à quatre peines
de prison à vie. La veille de la première Intifada, Al-Sinwar a créé l’appareil
de sécurité du Hamas qu’il a appelé Majd (la gloire). En 1989, il a été condamné
par un tribunal militaire israélien pour le meurtre de trois soldats israéliens
et un agent des services secrets. Du côté israélien comme palestinien on
reconnaît qu’il était un leader très charismatique doué d’une autorité
naturelle. En prison il était le leader des prisonniers du Hamas et même s’il
passait de longues périodes à l’isolement, il continuait à avoir de l’influence
sur les prisonniers politiques.
Sa force de caractères est aussi attestée par le fait qu’il a été
cité par des responsables successifs des services secrets israéliens comme étant
un des Palestiniens qui leur avait fait la plus forte impression tant par ses
activités opérationnelles que par son comportement pendant les interrogatoires
et sa détention. Une des raisons pour lesquelles le vice-premier ministre
israélien Moshe Yaalon n’était pas d’accord avec l’accord d’échange de
prisonniers quant il a été présenté au cabinet mardi, était que la liste
incluait Al-Sinwar qui était pour lui "le plus dangereux esprit" de la
résistance.
Le gouvernement de Gaza dirigé par Ismail Haniyeh, a annoncé la
formation d’un comité pour préparer le retour des prisonniers, veiller aux
conditions de leur libération et les loger. Le vice-premier ministre, Mohammed
Awad, a dit dans une conférence de presse que le comité se préoccupait
particulièrement des prisonniers dont les familles vivaient en Cisjordanie.
"Nous ne voulons pas qu’un prisonnier libéré trouve à Gaza des conditions de vie
différentes de celles qu’il aurait chez lui," a-t-il dit. Il a ajouté qu’il y
aurait deux étapes dans le processus d’accueil. D’abord on hébergera ceux qui
reviennent dans des hôtels ou des établissements de ce genre. Puis dans la
seconde étape, on leur donnera une résidence définitive. Gaza doit recevoir 165
prisonniers qui sont originaires de Cisjordanie. On pense que leurs familles
pourront les rejoindre plus tard. Awad a ajouté que son gouvernement avait
préparé les sommes nécessaires pour que ceux qui reviennent soient
confortablement installés.
Mais qu’est-ce qui a rendu possible l’échange de prisonniers étant
donné le fossé apparemment infranchissable qui séparait encore dernièrement les
deux camps ? Les observateurs en Israël pensent que le fait que les Israéliens
aient échoué à libérer Shalit par des moyens militaires a forcé le premier
ministre Binyamin Netanyahou à revenir sur son refus originel de relâcher des
prisonniers condamnés pour avoir tué des soldats et des colons israéliens. Cette
hypothèse est confirmée par Yoram Cohen, le chef du Shin Bet (sécurité
générale), qui a dit qu’Israël n’avait pas réussi à obtenir des renseignements
qui auraient permis de libérer Shalit, et d’ailleurs, selon des officiels
militaires fiables, aucune information n’aurait pu garantir que Shalit soit
libéré vivant.
Selon le ministre des services secrets, Dan Meridor, les
dirigeants israéliens craignaient que les changements rapides au sein du monde
arabe dus à la vague des révolutions démocratiques ne rendent impossible la
libération de Shalit. Il a ajouté qu’Israël avait compris que l’Egypte était le
pivot de l’accord et avait des incertitudes sur la longévité du gouvernement
actuel. Tel Aviv craint que, suite aux élections législatives et présidentielles
qui vont avoir lieu en Egypte, un gouvernement ouvertement hostile à Israël ne
soit formé, gouvernement qui n’aurait aucun intérêt à négocier avec le Hamas la
libération de Shalit.
Amnun Abramovitch, le commentateur de la chaîne 2 israélienne, a
une analyse très différente. La fin de l’ère Moubarak a favorisé la libération
de Shalit, selon lui. Citant des leaders de l’armée et des services secrets à
l’appui, il explique que le régime de Moubarak, représenté par l’ancien chef des
services secrets, Omar Suleiman, n’était pas enclin à négocier un accord parce
qu’il pensait qu’un tel accord renforcerait le Hamas, ce que le régime de
Moubarak voulait à tous prix éviter. Par ailleurs, toujours selon lui, les
officiels israéliens savaient que Shalit et sa famille bénéficiaient de la
sympathie du public israélien et ils craignaient que si la captivité du soldat
perdurait indéfiniment, cela ne démotive les jeunes israéliens de s’engager dans
les unités de combat israéliennes.
D’un autre côté, un certain nombre d’analystes sont convaincus que
l’enthousiasme de Netanyahou et Ehud Barak pour l’échange est dû principalement
à leur désir d’attaquer l’Iran. Pour cela il est nécessaire de régler les
problèmes en suspens, le cas de Shalit n’étant pas un des moindres car une
attaque israélienne de l’Iran rendrait sa libération plus improbable que
jamais.
L’objection à l’accord sur l’échange des prisonniers la plus
fréquente en Israël était que cet accord augmenterait la popularité du Hamas et
causerait du tort au président palestinien Mahmoud Abbas. Les commentateurs
israéliens soulignent que, en dépit du timing, l’approbation du cabinet
israélien de l’accord d’échange n’était pas une vengeance contre Abbas pour
avoir sollicité auprès de l’ONU la reconnaissance de l’état palestinien. Selon
eux ce n’est pas dans l’intérêt d’Israël de nuire à Abbas étant donné qu’il est
opposé à la résistance armée et même à la résistance populaire qui constitue une
menace pour Israël.
Plusieurs suggestions ont été faites en Israël pour remédier au
dommage que l’accord causerait au président palestinien. Une d’entre elles était
de relâcher un autre contingent de prisonniers palestiniens de telle manière que
cela donne du prestige à Abbas. Cependant, bien que cette suggestion ait été
soutenue par des personnalités médiatiques et par des généraux, il ne semble pas
qu’elle ait été retenue par les officiels du gouvernement israélien.
L’échange arabe-israélien
L’accord pour échanger 1027 prisonniers palestiniens contre le
soldat israélien capturé Gilad Shalit n’était pas le premier et ne sera pas le
dernier.
Après la guerre de 1948, un échange de prisonniers a été conclu
entre l’Egypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban d’un côté et Israël de
l’autre.
En 1954, les forces syriennes ont capturé cinq soldats israéliens
qui étaient en mission secrète sur le plateau du Golan. Le corps de l’un d’entre
eux a été rendu à Israël en 1955 et les quatre autres ont été rendus l’année
suivante en échange de 41 prisonniers syriens.
En 1957, un accord important a été conclu entre l’Egypte et Israël
grâce auquel 5500 Egyptiens et 4 soldats israéliens ont été libérés.
En 1968, un accord a été conclu entre l’Organisation de Libération
de la Palestine et Israël par l’intermédiaire de la Croix Rouge après que des
combattants du Front Populaire de Libération de la Palestine aient détourné un
avion israélien et l’aient forcé à atterrir en Algérie. L’accord a permis de
libérer 100 passagers en échange de 37 prisonniers palestiniens.
En 1983, Israël a libéré 4600 Arabes en échange de 6 soldats
israéliens retenus au Liban.
En juin 1984, Israël a échangé 291 Syriens capturés au combat et
les restes de 72 Syriens contre 6 Israéliens et 5 corps. Israël a aussi libéré
20 civils arabes arrêtés pour espionnage et délits contre la sécurité.
En mai 1985, Israël a relâché 1150 prisonniers arabes en échange
de 3 soldats israéliens retenus par le Commandement Général du Front Populaire
de Libération de la Palestine au Liban. Les négociations en vue de cet accord
ont duré presque neuf mois.
En Juin juillet 1985, Israël a libéré 331 détenus libanais
shiites. Les leaders shiites ont dit que leur liberté avait été obtenue en
échange du retour des 39 passagers étrangers d’un avion de la compagnie
américaine TWA détourné verts Beyrouth. Israël a nié qu’il y ait une
connexion.
En juillet 1996, le Hizbollah et Israël ont conclu un accord
négocié par l’Allemagne aux termes duquel les corps de 123 guérilleros ont été
rendus au Liban en échange des restes de deux soldats israéliens.
Le Hizbollah a aussi libéré 17 combattants des milices du sud
Liban soutenues par Israël qui en échange ont libéré 46 captifs libanais.
En janvier 2004, Israël a relâché 436 prisonniers palestiniens et
libanais aux termes d’un accord conclu avec le Hizbollah en échange de Elhanan
Tannenbaum, un homme d’affaire israélien et de trois soldats israéliens morts
qui avaient été capturés alors qu’ils patrouillaient à la frontière en 2000.
En juillet 2008, en échange de cinq hommes, Israël a récupéré les
corps de deux soldats capturés par le Hizbollah dans un raid aux frontières en
2006 qui a déclenché une guerre de 34 jours ave le groupe.
En octobre 2011, Israël a conclu un accord avec le Hamas aux
termes duquel 1027 prisonniers palestiniens seraient échangés contre le soldat
israélien Shalit qui a été capturé en juin 2006.
20 octobre 2011 - Al Ahram Weekly - Vous pouvez consulter cet article à :
http://weekly.ahram.org.eg/2011/106...
Traduction : Dominique Muselet
http://weekly.ahram.org.eg/2011/106...
Traduction : Dominique Muselet
URL du billet: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11375
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