par Gilad Atzmon
Suite à notre publication d’une interview de Gilad Atzmon traitant de son dernier ouvrage The Wandering Who, nous avons été sommés de retirer l’article en question, et Gilad Atzmon a été traité de raciste et d’antisémite.
Refusant de nous laisser entraîner dans une polémique stérile et sans fin qui ne peut que nous écarter de notre objectif fondamental qui est notre soutien à la cause palestinienne, nous avons retiré l’article en question, alors que les questions soulevées ne justifiaient en rien les accusations proférées de façon tout à fait incantatoire contre l’auteur du livre.
Refusant de nous laisser entraîner dans une polémique stérile et sans fin qui ne peut que nous écarter de notre objectif fondamental qui est notre soutien à la cause palestinienne, nous avons retiré l’article en question, alors que les questions soulevées ne justifiaient en rien les accusations proférées de façon tout à fait incantatoire contre l’auteur du livre.
Informé des accusations dont il était l’objet, Gilad Atzmon a souhaité réagir par ce premier courrier, que nous avons traduit et mettons en ligne ici.
Nous considérons que les questions soulevées par G. Atzmon méritent discussion, et non pas simple dénonciation. A croire qu’il ait mis le doigt là où cela fait vraiment mal... Il est légitime de questionner l’engagement anti-sioniste de n’importe quelle composante du mouvement de solidarité avec la Palestine, et c’est par un argumentaire qu’il faut répondre et non pas par des anathèmes.
Gilad Atzmon a souhaité que nous lui donnions la parole, et c’est ce que nous décidons de faire car la censure ne fait pas partie de nos méthodes. Mais nous considérons aussi que pour notre site, la question est à présent close.
Nous nous permettons de regretter une dernière fois que certaines composantes du mouvement de solidarité s’arrogent un droit de censure et lancent des accusations sans fondement plutôt que de faire le choix du débat. Les arguments d’autorité, dont nous avons tous trop souvent souffert dans la vie politique, ne génèrent que des rancoeurs et des unanimismes de façade...
A bon entendeur !...
La rédaction d’info-Palestine.net

Gilad Atzmon est né en Israël en 1963 et il a suivi une formation musicale à l’Académie de musique Rubin de Jérusalem (Composition et Jazz). En tant que multi-instrumentiste, il joue du saxo soprano, alto, ténor et baryton, de la clarinette et de la flûte. Son album Exil a été couronné par la BBC « l’album de jazz de l’année » en 2003. Ses albums - il en a enregistré neuf à ce jour - explorent souvent des thèmes politiques et la musique du Moyen-Orient. Gilad Atzmon est aussi un écrivain prolifique, très souvent traduit en de nombreuses langues. Son dernier ouvrage The Wandering Who traitant de l’identité politique juive est en cours de publication.
Courrier de Gilad Atzmon, daté du 22 octobre 2011
Il est plutôt triste que les « « deux cellules politiques » (UJFP et IJAN) persistent à m’attribuer certaines idées « antisémites » ou « racistes ». Je suppose que chacun est en mesure de constater que toutes les citations qu’ils reprennent (dans la lettre de l’UJFP) se réfèrent à la culture juive et non au peuple juif. Dans l’intégralité de mes travaux, il n’y a aucune référence aux Juifs en tant que peuple, race ou ethnie. Ce que je critique, ce sont la politique, la politique identitaire et la culture juives.
Voici une liste des gens qui apprécient mon livre. Comme vous pouvez le voir, dans cette liste, vous trouvez les plus grands humanistes de notre temps. Seraient-ils tous des fous, des racistes, des antisémites ? Je ne le pense pas...
Les promoteurs du livre :
« Gilad Atzmon a décidé d’ouvrir la boîte de Pandore, et il lance un débat qui, depuis trop longtemps, est resté désespérément en sommeil. Ses expériences sont plus authentiques, ses opinions sont sans concession, et, parfois, provocatrices. Il doit être lu et débattu. » Ramzy Baroud, Palestine Chronicle
« Une histoire transformatrice racontée avec une intégrité à toute épreuve que tous ceux (spécialement les Juifs) qui se préoccupent d’une paix véritable, de même que de leur identité propre, ne devraient pas seulement lire, mais y réfléchir et en débattre largement. » Professeur Richard Falk.
« Fascinant et provocateur. » Professeur John J. Mearsheimer
« L’idée d’Atzmon sur l’organisme créé par le mouvement sioniste est explosive. » Professeur William A. Cook
« Un travail de pionnier qui mérite d’être lu et Gilad Atzmon est courageux d’avoir écrit ce livre ! » Dr Samir Abed-Rabbo
« L’évasion de Gilad d’une claustrophobie spirituelle vers un humanitarisme libre et ouvert est sans peur. » Robert Wyatt
« Dans son style imperturbable inimitable, Atzmon diagnostique l’abcès dans la dent de sagesse juive - le tribalisme de l’exil - et l’incise. Ouch ! » Eric Walberg, Al Ahram Weekly
« C’est plus qu’un exercice universitaire, c’est une révélation ! » Lauren Booth, Press TV
« Une analyse brillante qui montre que ce qui semble être des contradictions dans l’identité juive est basé sur un comportement politique non seulement intelligible mais prévisible. » Jeff Blankfort
« Atzmon possède le courage - si profondément absent chez les intellectuels occidentaux. » Professeur James Petras
« Après avoir connu Gilad pendant 25 ans, j’ai lu le livre en anglais, je l’ai entendu en hébreu et j’y ai réfléchi en arabe. Gilad Atzmon est d’un courage incroyable. » Dr Makram Khoury-Machool
« Une réalisation fascinante. » Dr Oren Ben Dor
« Gilad Atzmon est quelqu’un qui comprend ce que veut dire être intellectuel. » Kim Petersen, Dissident Voice
« Gilad Atzmon est le Moïse de notre temps, qui nous appelle tous à sortir de l’Égypte de nos nationalismes, racismes, exceptionnalismes et peuple-choisismes absurdes pour aller vers une forme d’universalisme humaniste. » Dr Kevin Barrett
« Peut-être que seul un musicien pouvait écrire cette complainte sensible, pertinente, sur la façon dont tant de Juifs qui croient faire "ce qui est bon pour les Juifs", ont réussi à extraire le cœur de la nation palestinienne et faire que cette tragédie soit considérée comme dans l’ordre naturel des choses. » Kathleen Christison
« The Wandering Who ? (L’Errance de qui ?) de Gilad aurait enchanté Albert Einstein de même qu’il sera un ennemi horripilant pour les idéologues d’Abe Foxman (directeur de la Ligue anti-diffamation américaine). » Dr Paul Balles
« Un livre qui va en secouer quelques-uns... » Gordon Duff
« Stimulant, provocateur et persuasif. » Jeff Gates
« Quand vous aurez fini de lire ce livre, vous verrez probablement un autre visage dans le miroir. » Professeur Garrison Fewell
« The Wandering Who déconstruit l’identité politique unique qui façonne la réalité de la nation juive et les crimes commis en son nom. En tant que non-juif, je l’ai trouvé éclairant ! » Sameh Habeeb, Palestine Telegraph
« Gilad Atzmon explore les dilemmes que le sionisme a créés chez ses membres. » Neil Berry, Arab News
« C’est un témoignage très touchant qui devrait être lu par tout le monde. » Silvia Cattori
« Le dernier prophète juif. » Professeur William T. Hathaway
« Atzmon est un iconoclaste. » Dr Paul Larudee
« Une brillante, courageuse étude de même qu’une réflexion critique sur l’ethnocentrisme juif. » Rainlore’s World of Music
« Comme les vrais conteurs de valeur, Atzmon peut s’attendre au courroux des pouvoirs en place et de leurs sous-fifres, en récompense de ce qu’il révèle. Les gens comme Atzmon auront joué un rôle crucial dans notre libération de nous-mêmes si effectivement nous réussissons à survivre. Amour et respect à mon frère Gilad Atzmon. » Ken O’Keefe
« Le cadeau magique et pourtant extrêmement subtil que Gilad Atzmon offre à travers ses cheminements personnels dans The Wandering Who ? est la sagesse de la désillusion. » Shahram Vahdany, MWC News
« L’écriture d’Atzmon ne respecte pas les vaches sacrées. Son esprit est mordant, son idée et sa logique indiscutables. » Richard A. Siegel
« Parfois, ce qu’il faut, c’est un provocateur bravache, abrasif comme catalyseur pour un véritable débat. » Sunny Singh
« C’est un livre très perspicace et instructif. » Roy Ratclifffe
« L’appréciation la plus exacte à ce jour sur l’identité et la conduite politique juives. » Today’s Jewsih Heroes
(Appréciations également sur : http://www.gilad.co.uk/the-wanderin...)
22 octobre 2011 - Communiqué par l’auteur - Traduction : JPP
URL du billet: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11349
URL du billet: http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11349
A lire ou à relire!
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Pendant plusieurs jours, une interview de Gilad Atzmon par Silvia Cattori a figuré sur le site Info-Palestine. Voici la réponse commune de l'Ujfp et de l'IJAN.
Le 14 octobre, Info-Palestine a publié une publié une interview de Gilad Atzmon par Silvia Cattori à propos de son livre « The Wandering Who ».
Les propos de Gilad Atzmon que vous avez publiés, ressortent du racisme le plus classique, et dans le cas présent de l'antisémitisme, pour ce simple fait qu'il étend à tout un groupe humain des critères à charge, en vue de le déconsidérer.
Si Atzmon n'était pas israélien et juif d'origine la chose serait patente. Mais les personnes un tant soit peu disposées à l'entendre d'une oreille favorable se laissent prendre à cette idée que, venant du groupe incriminé, il dirait vrai.
Pour Gilad Atzmon comme pour Israël Shamir, le rouleau compresseur colonialiste que subissent les Palestiniens ne vient pas du sionisme, mais des Juifs. Il s'en prend aussi bien aux Juifs antisionistes qu'aux Juifs religieux en des termes qui sentent fort le racisme.
Alors qu'il attribue à l'islam des vertus intrinsèques anti-impérialistes, il dénonce toute prise de position, y compris antisioniste, venant d'un groupe juif comme relevant de ce seul fait d'une politique juive, et toute politique juive comme devant être combattue.
-- « J'essaye d'expliquer pourquoi le lobbying est inhérent à la politique et à la culture juives. »
-- « Je cherche (...) à saisir l'attitude profondément raciste et anti-goy qui est intrinsèque à toute forme de politique identitaire juive laïque »
-- « Lutter contre Israël pour ce qu'il est - c'est-à-dire l'État juif - signifie tout simplement un conflit ouvert avec le plus grand pouvoir de lobbying existant au monde. D'une part on se confronte à des institutions sionistes puissamment financées. Et d'autre part on est pris en chasse par le réseau juif soi-disant « progressiste » qui est en fait principalement engagé à contrôler le discours. Il faut comprendre que, contrairement aux sionistes qui agissent ouvertement, les Juifs antisionistes travaillent aux mêmes buts mais de façon clandestine. »
Ainsi, l'antisioniste juif est comme le sioniste, parce qu'il est juif.
À l'Union Juive Française pour la Paix et dans IJAN, des Juifs sont engagés pour dénoncer les crimes commis par l'Etat d'Israël et pour soutenir les droits du peuple palestinien. Nous rejetons clairement toutes les confusions malveillantes faites entre juif, sioniste, israélite, israélien.
Gilad Atzmon assume explicitement la fonction classique dans tous les procès antisémites des temps anciens.
Nous considérons Info-Palestine comme un site ami qui nous a souvent publiés. Sachez donc que ce texte nous heurte bien sûr, il nous semble fondamentalement erroné. Bien évidemment, il nous paraît aussi totalement contreproductif dans le soutien à la cause palestinienne.
Quel est l'intérêt d'expliquer que les Juifs, sionistes ou antisionistes, laïques ou religieux, sont tous à mettre dans un même sac d'opprobre ?
Cette publication nous semble d'autant plus dommageable que Silvia Cattori qui interroge Gilad Atzmon manifeste son accord avec ses propos avec enthousiasme.
-- « Gilad Atzmon parvient à s'exprimer de manière originale, et à mettre en question des idées reçues en faisant abstraction de tous les tabous, dans un style novateur, frais, et toujours bien informé. C'est avec grand intérêt que nous avons lu son dernier livre The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity (*) [« L'errance de qui ? Une étude de l'identité juive »]. C’est un récit très émouvant et éclairant que chacun devrait lire. »
-- "The Wandering Who" est un témoignage très impressionnant. Il ne pourra pas être ignoré, y compris de vos adversaires. Je crois pouvoir dire sans me tromper qu'avant vous, personne n'a explicité certains aspects critiques de la question israélo-palestinienne de manière aussi franche. Votre analyse est importante pour quiconque cherche à comprendre ce que certains s'attachent à cacher, et pourquoi. Et elle devrait conduire les gens qui ont été délibérément maintenus dans le noir et la confusion, à y voir plus clair. Cela inclut bien évidemment les milieux « progressistes ». »
-- « Cette formidable remise à plat n'est-t-elle pas motivée par le désir d'encourager l'humanité à résister à ce que vous considérez être le réel danger, à savoir l'idéologie juive ? »
Ainsi, Pour Silvia Cattori comme pour Gilad Atzmon, il y a une idéologie juive et une seule.
Les écrits antérieurs de Silvia Cattori ne nous permettent pas d'imaginer qu'elle a rejoint les YES MEN et que ses questions sont une tactique pour faire proférer par Atzmon ces déclarations d'un racisme décomplexé.
UNION JUIVE FRANCAISE POUR LA PAIX (UJFP)
IJAN-FRANCE (International Jewish Antizionist Network)
URL du billet: http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=991
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Gilad Atzmon parle de son dernier livre « The Wandering Who ? »
par Gilad Atzmon et Silvia Cattori Mondialisation.ca

Le 27 septembre 2011Gilad Atzmon parle de son dernier livre « The Wandering Who ? »
Gilad Atzmon parvient à s’exprimer de manière originale, et à
mettre en question des idées reçues en faisant abstraction de tous les tabous,
dans un style novateur, frais, et toujours bien informé. C’est avec grand
intérêt que nous avons lu son dernier livre « The Wandering Who ?
A Study of Jewish Identity » (*) [« L’errance de qui ? Une
étude de l’identité juive »]. C’est un récit très émouvant et éclairant que
chacun devrait lire.

Silvia Cattori : « The Wandering Who ? » [« L’errance de qui ? »] — Que recouvre ce titre provocateur ?

Silvia Cattori : « The Wandering Who ? » [« L’errance de qui ? »] — Que recouvre ce titre provocateur ?
Gilad Atzmon : Mon livre
« The Wandering Who ? » s’efforce d’atteindre à une
compréhension plus profonde de la culture juive et de la politique identitaire
juive. Il cherche à aborder certaines questions que la plupart d’entre nous
préfèrent éviter. Il y a trois ans, l’historien israélien Shlomo Sand publiait
son ouvrage révolutionnaire démantelant le récit fantasmatique de l’histoire
juive.
Dans mon livre, j’essaye de pousser la recherche de
Sand un pas plus loin ; d’examiner la très problématique attitude juive envers
l’histoire, le passé, et la temporalité en général. Il y a cinq ans, les
universitaires états-uniens Mearsheimer et Walt ont publié une très précieuse
étude sur le lobby israélien aux États-Unis [1]. Là aussi, je m’efforce de
reprendre leur recherche au point où ils se sont arrêtés. J’essaye d’expliquer
pourquoi le lobbying est inhérent à la politique et à la culture juives.
Il y a deux décennies qu’Israel Shahak a publié son
étude d’une importance cruciale sur le Talmud et, dans mon ouvrage, je cherche à
la prolonger et à saisir l’attitude profondément raciste et anti-goy [2] qui est intrinsèque à toute forme de politique
identitaire juive laïque, qu’il s’agisse du sionisme, du socialisme juif, et
même de l’antisionisme juif. Dans « The Wandering Who ? »
j’essaye de passer au crible toutes les perceptions reçues concernant la
politique identitaire juive.
Silvia Cattori : « The
Wandering Who ? » est un témoignage très impressionnant. Il ne
pourra pas être ignoré, y compris de vos adversaires. Je crois pouvoir dire sans
me tromper qu’avant vous, personne n’a explicité certains aspects critiques de
la question israélo-palestinienne de manière aussi franche. Votre analyse est
importante pour quiconque cherche à comprendre ce que certains s’attachent à
cacher, et pourquoi. Et elle devrait conduire les gens qui ont été délibérément
maintenus dans le noir et la confusion, à y voir plus clair. Cela inclut bien
évidemment les milieux « progressistes ».
Gilad Atzmon : Merci
pour votre soutien et vos compliments.
Silvia Cattori : Cependant, vous marchez sur un terrain miné. On se demande du reste
si vous n’exposez pas vos idées et vos points de vue avec une telle force, parce
que, en tant qu’ex-Israélien, vous éprouvez de la honte ?
Gilad Atzmon : C’est une
bonne question. Je suppose qu’à un certain moment, dans le passé, il est exact
de dire que j’ai commencé à ressentir de la honte et de la culpabilité.
Cependant j’ai réalisé, il y a déjà plusieurs années, que la culpabilité ne
devient un sentiment qui a un sens qu’à partir du moment où il se transforme en
responsabilité. Contrairement à certains juifs antisionistes qui déclarent
joyeusement et vertueusement « pas en mon nom », je sais très
bien que chaque crime israélien est en effet commis en mon nom, en dépit du fait
que je ne vis plus là-bas depuis de nombreuses années. J’en suis très
troublé.
Silvia Cattori : Est-ce à dire que l’écriture de « The Wandering Who ? » a été pour vous une manière de régler un contentieux personnel avec
la « tribu » ?
Gilad Atzmon : Pour être
plus précis, ce n’est pas tellement « la tribu » que je
critique, mais le sentiment racialement orienté du « tribalisme » qui est au cœur de toute forme de politique
identitaire juive.
Silvia Cattori : Cette formidable remise à plat n’est-t-elle pas motivée par le désir
d’encourager l’humanité à résister à ce que vous considérez être le réel danger,
à savoir l’idéologie juive ?
Gilad Atzmon : Je suis
en effet principalement préoccupé par l’idéologie. Je soutiens aussi que ce ne
sont pas seulement les Palestiniens qui sont concernés. Je suis très alarmé par
le lobbying juif acharné et sa puissance globale de déstabilisation. Le fait que
l’AJC (American Jewish Committee) prône la guerre contre
l’Iran est très inquiétant. Mais je surveille également de près l’activisme juif
de gauche ; et je suis très troublé par ce que je découvre.
Silvia Cattori : Ce livre est-il aussi une tentative d’expliquer à vos lecteurs
pourquoi il est si difficile de lutter contre la politique israélienne ?
Gilad Atzmon : Lutter
contre Israël pour ce qu’il est – c’est-à-dire l’État juif – signifie tout
simplement un conflit ouvert avec le plus grand pouvoir de lobbying existant au
monde. D’une part on se confronte à des institutions sionistes puissamment
financées. Et d’autre part on est pris en chasse par le réseau juif soi-disant
« progressiste » qui est en fait principalement engagé à
contrôler le discours. Il faut comprendre que, contrairement aux sionistes qui
agissent ouvertement, les juifs antisionistes travaillent aux mêmes buts mais de
façon clandestine.
Silvia Cattori : Vous dites qu’il convient de mettre au centre du problème le
« pouvoir juif ». Et qu’en même temps il convient de s’opposer au
discours de certains « antisionistes », que vous considérez
comme trompeur. Quand vous écrivez : « Le sionisme n’est pas un mouvement
colonial ayant un intérêt dans la Palestine, comme le suggèrent certains
chercheurs. Le sionisme est en fait un mouvement mondial qui est alimenté par la
solidarité tribale unique d’une tierce partie… », vous mettez en
question ceux qui caractérisent Israël comme un simple fait « colonial ». C’est en effet un point crucial. En quoi serait-il si difficile
d’affirmer que ce n’est pas simplement du colonialisme ?
Gilad Atzmon : En effet,
je suis troublé par le manque d’intégrité intellectuelle et de cohérence dans le
débat et au-delà. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que des années
d’hégémonie juive (intellectuelle) au sein du discours de la solidarité avec la
Palestine a conduit à une situation absurde dans laquelle la critique de l’État
juif est principalement façonnée par des sensibilités juives.
Essayez, par exemple, d’imaginer une situation dans
laquelle notre critique du capitalisme serait formulée délibérément d’une
manière excessivement prudente – juste pour s’assurer que les riches ne soient
pas offensés. De même, essayez d’imaginer une autre situation tout aussi
absurde, dans laquelle notre critique de l’idéologie nazie aurait à prendre en
compte les sensibilités des tenants du déterminisme biologique et des
antisémites. Il semble tout aussi absurde que nous nous trouvions dans une
situation où nous devons prendre garde soigneusement à ce que nous disons au
sujet des droits palestiniens– de manière à ne pas offenser les juifs.
Et, oui, je le dis ouvertement. Le sionisme n’est
pas un mouvement colonial et n’en a jamais été un. Le colonialisme établit une
relation claire entre une mère-patrie et un État colonial ; alors que le
sionisme n’a jamais eu une mère-patrie. Il est vrai qu’Israël présente quelques
symptômes coloniaux, mais il se limite à ça. Le sionisme est entraîné par
l’esprit de la suprématie juive et une notion fantasmatique de « retour chez soi ».
Le trompeur paradigme colonial a été introduit par
quelques penseurs « progressistes » juste pour s’assurer que
Marx n’est pas laissé en-dehors du discours. À tout le moins intellectuellement,
ce que nous voyons là est seulement amusant.
Cependant, il est important de mentionner ici que le
seul aspect véritablement colonial dans la réalité sioniste est la relation
entre l’État israélien et les colonies : là, les échanges indiquent clairement
qui est la « mère-patrie » et qui est le « colon ».
Silvia Cattori : Je voudrais comprendre pourquoi des défenseurs des droits des
Palestiniens, devraient s’abstenir de désigner Israël pour ce qu’il est
véritablement ? Quelle est selon vous la véritable raison de leur refus de
traiter du « pouvoir juif » et de son impact politique
désastreux ?
Gilad Atzmon : Je pense
que, quand il s’agit d’Israël et du « pouvoir juif », tout
humaniste - moi y compris - a un conflit à gérer. Je le formulerais ainsi : « Comment puis-je dire la vérité sur Israël, le lobby, et le sionisme,
tout en maintenant ma position en tant qu’humaniste ? » Il m’a fallu de très
nombreuses années pour apprendre à faire la différence entre le grain et la
paille. J’ai appris à distinguer entre les juifs (les gens), le judaïsme (la
religion) et la judéité (l’idéologie). Cette différenciation n’est pas exempte
de problèmes, parce que, comme nous le savons, la plupart des juifs eux-mêmes ne
savent pas où ils se situent dans ces trois registres. La plupart des juifs ne
savent pas où le judaïsme finit et où la judéité commence.
De même, la plupart des juifs antisionistes ne
parviennent pas à admettre qu’ils fonctionnent en fait dans des cellules
politiques exclusivement juives. Nous avons affaire, en effet, à une identité
politique très particulière. Elle est racialement orientée et profondément
raciste. Elle est suprématiste, mais imprégnée de victimisation. Cette identité
véhicule une image universelle mais, en réalité, elle est nourrie par des
intérêts tribaux.
Toutefois, dans mes écrits, je me limite à des
questions concernant l’idéologie (judéité). J’essaye de saisir le sens unique de
« peuple élu » et d’observer comment il entre en jeu dans la
politique, la culture et la pratique. Il est évident que, pour le moment, il n’y
a pas d’outils intellectuels pour limiter la critique de l’idéologie. Et cela
signifie vraiment que mes détracteurs se trouvent dans une situation désespérée.
Ils n’ont pas les moyens intellectuels pour me réduire au silence, moi ou ma
critique, alors ils se rabattent sur des campagnes de diffamation : ils me
qualifient d’« antisémite », de « néo-nazi », de « raciste » etc. Assez
tragiquement pour eux, personne en-dehors du circuit politique juif ne prend
plus au sérieux aucune de ces accusations gratuites.
Je voudrais aussi signaler que la notion de « pouvoir juif » pourrait prêter à confusion ou induire en erreur :
elle doit être précisée. Quand je parle de pouvoir juif, je me réfère
strictement à la capacité des groupes d’intérêt juifs à exercer une pression
politique. Et il est très important de comprendre ici, et je dois le souligner,
que le pouvoir juif n’est pas du tout une conspiration. Il est affirmé – très
ouvertement – au travers d’organisations mises en place pour exercer une
pression et servir les intérêts juifs. Parmi ces groupes, on peut mentionner
l’AIPAC [3], l’AJC [4], le CFI [5], le LFI [6], etc. Les sionistes sont fiers de
leurs pouvoirs de lobbying et en parlent ouvertement. Ils s’en vantent – ils se
réjouissent de voir les membres du Congrès des États-Unis se mettre docilement
debout pour ovationner le Premier Ministre Netanyahou.
Silvia Cattori : Il est facile de vous suivre sur ce point et d’être d’accord avec
vous quand vous dites qu’Israël et le sionisme représentent un projet unique
dans l’histoire [7] et que la relation entre Israël et le lobby juif est
également unique. Mais, comme vous l’expliquez fort bien, quand vous et d’autres
suggérez que c’est le « pouvoir juif » qui doit être affronté,
la « gauche juive », « l’intelligentsia juive », les
associations juives pour la paix, vont se dresser pour vous stopper. Est-ce à
dire que ces groupes font, eux aussi, clairement partie de ce que vous appelez
le « pouvoir juif » ?
Gilad Atzmon :
Absolument ! Ou, au moins, elles font partie du problème. Dans mon livre,
j’explique très clairement qu’il y a une continuité idéologique complète entre
le sionisme et le soi-disant « anti »-sionisme ou la gauche
juive en général.
Je fais une distinction entre l’ « antisionisme juif » qui est le plus souvent motivé par le
tribalisme juif et se préoccupe principalement des juifs, et « les
antisionistes qui se trouvent être juifs ». Ces derniers représentent une
catégorie complètement innocente. Inutile de dire que beaucoup de mes partisans
se trouvent appartenir à ce dernier groupe.
L’antisionisme juif est là pour donner une apparence
de pluralisme au discours de la diaspora juive. Pour quelque raison vous verrez
vingt juifs antisionistes venir perturber un concert philarmonique juif, mais
vous ne verrez pas ces mêmes activistes venir soutenir un concert palestinien
une semaine plus tard. En résumé, leur antisionisme n’est guère plus qu’une
affaire interne juive.
Silvia Cattori : Cette question du lobbying est absente du livre « Gaza en crise »
de Chomsky et Pappé [8]. Est-ce une surprise pour vous ?
Gilad Atzmon : Pas
vraiment. Comme nous le savons, Chomsky s’est montré très critique à l’égard de
l’étude de Mearsheimer et Walt sur le lobby juif [9] Je ne connais pas le point
de vue de Pappé sur la question. Autant que je sache, il s’abstient de tout
commentaire sur le lobby. Je pense que l’on ne peut pas s’attendre à ce que
chacun fasse tout le temps des commentaires sur tous les sujets.
Silvia Cattori : Compte tenu de son influence et de sa capacité à orienter les
positions du mouvement de solidarité avec les Palestiniens, cette « gauche
juive » doit représenter un casse-tête pour une personne comme
vous.
Gilad Atzmon : Je ne
dirais pas que c’est un grand casse-tête. C’est une chose légèrement bruyante à
l’arrière-plan ; c’est comme d’avoir une mouche dans la salle. C’est une
nuisance, mais qui ne va pas vous tuer. Cependant, il y a deux manières de la
traiter : l’écraser avec un vieux numéro du Guardian, ou
ouvrir la fenêtre pour la laisser partir. Je préfère la seconde option. Elle est
certainement bien plus humaniste. Il devient de plus en plus évident que ces
éléments au sein de la gauche, dominés par l’idéologie juive, se sont rendus
eux-mêmes non pertinents dans ce conflit et dans le discours.
La gauche, qui a échoué à saisir l’impact
anti-impérialiste de l’Islam, est de toute évidence complètement coupée des
affaires actuelles du monde. Ce n’est pas un secret que la gauche juive s’est
opposée au Hamas, et s’y oppose toujours. Ce n’est pas un secret que la gauche
occidentale est dans la confusion au sujet de l’Islam. La gauche
anglo-américaine est aux prises avec une crise d’identité et d’autres formes de
lutte pour la justice sociale. Pour ma part, je suis très attiré par l’attitude
espagnole et latino-américaine envers la Palestine et l’Islam.
Silvia Cattori : Quand vous évoquez le « pouvoir juif », vous
touchez un nerf très sensible. N’êtes-vous pas préoccupé par le fait que cela
peut faire venir à l’esprit la question des « Protocoles des sages de
Sion » ? Ne jouez-vous pas avec le feu ?
Gilad Atzmon : Pour
commencer, il est évidemment clair que je navigue au plus près du vent.
Toutefois, vu l’état instable de notre monde, quelqu’un doit le faire, et il se
trouve que c’est moi. En fait, au fil des années, j’ai beaucoup écrit sur les
« Protocoles des sages de Sion », et j’ai maintes fois soutenu
que les questions relatives à l’authenticité des Protocoles sont, en réalité,
complètement hors de propos : le triste panorama que nous dévoile l’AIPAC, ou
Haim Saban, - qui se proposent ouvertement de transformer la politique
états-unienne par l’intermédiaire du lobbying, des donations et du contrôle des
médias - parle de lui-même. Sans parler de Lord Levy qui est le collecteur de
fonds numéro un du parti travailliste britannique, au moment où le pays lance
une guerre illégale contre un État arabe !
Il est parfaitement clair qu’il n’y a pas ici de
complot, et qu’il n’y en a jamais eu : les lobbies juifs agissent - ouvertement
– pour promouvoir ce qu’ils croient être les intérêts juifs. L’explication de
tout cela est très simple : les sionistes et les Israéliens se sont rendus
compte, il y a déjà de nombreuses années, qu’il est beaucoup moins coûteux
d’acheter un politicien occidental que d’acheter un tank.
Silvia Cattori : Un chapitre de votre livre est consacré au statut de l’Holocauste.
Pouvez-vous développer ?
Gilad Atzmon : Il ne
fait aucun doute dans mon esprit que le maintien au premier plan de l’Holocauste
sert à maintenir la primauté de la souffrance juive au centre de tout débat
politique. Avec ce lourd nuage au-dessus de notre tête, nous n’allons pas être
en mesure de répondre correctement (éthiquement) aux crimes commis par Israël au
nom du peuple juif. Par conséquent, je crois vraiment que l’Holocauste doit être
dépouillé de son statut religieux ou, de façon générale, de sa primauté. Il doit
être discuté ouvertement et traité comme un chapitre historique. Je pense que
cela arrivera bientôt et je suis très fier d’être parmi ceux qui poussent dans
cette direction.
Et, une fois encore, mes principaux détracteurs sur
ce front là ne sont pas les sionistes, mais en réalité les soi-disant juifs « anti »-sionistes. Cette semaine, nous organisons une conférence à
Freiburg, en Allemagne, au cours de laquelle nous nous proposons de discuter la
question de la liberté d’expression concernant l’Allemagne, Israël et la
Palestine. Comme on pouvait s’y attendre, les juifs « anti »-sionistes on mené une vaine bataille pour saboter la
conférence : ils ont fait pression sur les orateurs et les organisateurs.
Silvia Cattori : Peut-on connaître leurs noms ?
Gilad Atzmon : Parmi ces
détracteurs on trouve l’« anti »-sioniste américain Jeff Halper (qui habite en
Palestine occupée et s’oppose également à la démolition de maisons) ; Sarah
Kershnar ; Mich Levy du Réseau juif antisioniste ; (réseau qui cherche
désespérément à me stopper) ; Naomi Idrissi Wimborne (elle exploite ouvertement
la pression montante de la campagne Boycott Disvestissement,
Sanctions, en cherchant à démanteler la liberté d’expression) ; le (peu
actif) journaliste israélien Shraga Elam [10] ; l’infâme et très actif Tony
Greenstein ; et d’autres.
Ils ont tous opéré exactement comme on pouvait s’y
attendre : ils ont sali, diffamé, étiqueté, ils ont fait pression, mais ils ont
été complètement ignorés. Chose intéressante, les sionistes, eux, ont agi avec
plus de dignité, en lançant une contre-conférence, le même jour, à Fribourg.
Chose également intéressante, un des fondateurs de l’International
Solidarity Movement m’a dit qu’il préférait de beaucoup se battre contre un
soldat israélien à un barrage routier que de se battre contre nos détracteurs
juifs « anti »-sionistes. Je n’aurais pas pu être plus
d’accord.
C’est une vraie honte : ces gens auraient pu
apporter une grande contribution au débat au lieu de se réduire à un cliché
d’activisme tribal. Inutile de dire que nous avons ouvertement invité tous nos
détracteurs à venir à notre conférence et à y exposer leur opposition à la
liberté d’expression. Mais, comme vous pouvez l’imaginer, ils se sont bien
gardés de répondre positivement.
Silvia Cattori : Le sionisme est souvent présenté, même à gauche, comme étant à
l’origine une bonne chose. Du reste certains sionistes, comme Uri Avnery, sont
considérés également par les progressistes comme une bonne référence. Vous
soutenez que le sionisme, présenté à l’origine comme un projet laïc, n’avait
rien de plaisant...
Gilad Atzmon : Au début,
le sionisme n’était pas du tout un mouvement monolithique ; il avait plus d’un
visage et d’une voix. Nous connaissons tous la dispute entre le sionisme de
gauche et les révisionnistes, mais il y a quelques autres variantes du sionisme
qui ont disparu au fil des années. Cependant, il est difficile d’interpréter
l’action israélienne dans le cadre d’un modèle sioniste parce qu’Israël n’est
plus guidé par le sionisme. Si le sionisme a été créé pour résoudre la question
juive, Israël a introduit une série de nouvelles questions qui ont trait à
l’identité juive, au tribalisme, à la suprématie, etc.
De plus en plus, dans mes écrits, je fais une
distinction entre Israël et le sionisme. Le sionisme ne signifie plus grand
chose pour les Israéliens. Le sionisme s’est largement réduit à un discours de
la diaspora juive. Le sionisme n’est là que pour faire une distinction entre la
grande majorité des juifs dans le monde et une demi-douzaine de juifs laïcs qui
se présentent comme « anti »-sionistes.
Vous avez mentionné Uri Avnery. Je me rends compte
que certaines personnes dans ce mouvement sont critiques à l’égard d’Avnery
qu’ils considèrent comme un sioniste. En fait, j’ai beaucoup de respect pour
l’homme ; je pense qu’il est un écrivain incroyable et prolifique. Nous devons
apprécier où il vit et ce qu’il essaye de faire. Je ne suis évidemment pas
d’accord avec Avnery sur certaines questions mais je n’ai aucun doute qu’il se
prêterait à un débat ouvert avec moi et d’autres, et c’est une qualité qui
manque vraiment dans notre débat.
Silvia Cattori : La gauche israélienne et la plupart des voix juives dissidentes
soutiennent clairement le « droit d’Israël à exister ». Et
vous ?
Gilad Atzmon : Je ne
suis pas en position de déterminer qui a, et qui n’a pas le droit d’exister.
Mais je suis qualifié pour prétendre qu’on ne devrait pas célébrer sa propre
existence au détriment de celle des autres. Je trouve qu’il est difficile de
traiter avec la gauche israélienne, mais ne vous méprenez pas ; il y a certains
éléments au sein de la dissidence israélienne qui ont un courage au-delà de
toute expression. Ces gens prennent un risque personnel très réel en soutenant
la justice. J’ai beaucoup de respect pour leur action.
Silvia Cattori :On se demande en lisant « The Wandering Who ? » si
ce n’est-ce pas un comportement un peu judéo-centrique d’attacher autant
d’attention à l’identité juive ?
Gilad Atzmon : Je le
reconnais ; j’ai passé beaucoup de temps à traiter de ces questions. Parvenu à
la trentaine, j’ai commencé à comprendre que j’étais profondément impliqué dans
un crime à grande échelle. J’ai quitté Israël parce que je voulais croire que ce
serait suffisant pour me libérer, et pour débarrasser les Palestiniens de ma
présence.
Mais ensuite j’ai rapidement pris conscience de ce
que sont le lobby sioniste et les opérations du sionisme à l’échelle mondiale.
Et puis il ne m’a pas fallu longtemps pour commencer à saisir la nature
trompeuse de certains éléments au sein du réseau juif de gauche. Je n’ai jamais
été impliqué dans aucune activité politique. Je n’ai jamais été membre d’un
parti ; mais cette question de la politique juive m’a intrigué, à la fois sur le
plan intellectuel et sur le plan éthique. J’ai commencé à lire à ce sujet. J’ai
commence à suivre leur activité. Et, à un certain moment, j’ai commencé à écrire
sur ce sujet. Je me suis fait très vite quelques ennemis qui, en fait, m’ont
fourni une compréhension plus profonde du discours politique juif. Et nous y
voilà : j’ai écrit « The Wandering Who ? » Ce sont mes
réflexions sur la politique identitaire juive.
Silvia Cattori : En vous lisant attentivement on en vient parfois à se demander si
vous évitez de parler de la religion juive juste pour « protéger » la religion en général ?
Gilad Atzmon : En effet,
c’est une observation très subtile. Je ne suis pas un gauchiste, et je suis loin
d’être un athée. Je suis un musicien, et je suppose que cela fait de moi une
personne religieuse, ou au moins une personne ouverte au spirituel. Quand je
joue, je ne sais vraiment pas d’où viennent les notes. Pour moi, la beauté est
divine, et, de ce fait, j’ai beaucoup de respect pour les croyants et pour les
gens ouverts au spirituel.
J’ai beaucoup d’admiration pour les musulmans. Mais
je pense aussi que les seuls juifs antisionistes cohérents et authentiques sont
en fait les Torah Jews [une secte juive ultra-orthodoxe, les
Naturei Karta qui ne compte que très peu de membres. Ndt]. Je
comprends leur position. Et, comme chacun peut le voir, ils n’essayent pas de
diriger le mouvement de solidarité. Ils font, au contraire, tout ce qu’ils
peuvent pour soutenir les Palestiniens. Et ils sont remarquablement humbles et
modestes. Je les aime beaucoup.
Silvia Cattori : Mais, à votre avis, le judaïsme n’est-il pas tout aussi
« tribal » que l’identité politique juive ?
Gilad Atzmon : Le
judaïsme est en effet une religion tribale, nationale, et racialement orientée.
Et pourtant, le judaïsme a sa manière de contenir tout cela. Assez tragiquement,
quelque chose s’est terriblement mal passé dans le processus de la
sécularisation juive et dans l’émergence du discours politique juif.
Les juifs peuvent avoir laissé tomber leur Dieu,
mais ils ont conservé la haine du « goy » et les idéologies
racistes qui sont au cœur de leur nouvelle identité politique laïque. Ceci
explique pourquoi certains éléments talmudiques de haine du goy se sont
transformés en pratiques génocidaires dans le discours sioniste.
Silvia Cattori : Selon vous, comment le nationalisme entre-t-il en jeu dans d’autres
religions, comme l’Islam ou le christianisme ? Est-il différent du nationalisme
juif ?
Gilad Atzmon :
Contrairement au judaïsme, qui est tribalement orienté, l’Islam et le
christianisme sont des préceptes universels. Ces derniers tentent d’apporter une
réponse à l’ensemble de l’humanité, plutôt que de favoriser une tribu aux dépens
des autres.
Silvia Cattori : Cela m’a amusée de lire sous votre plume : « À cette époque déjà,
j’aspirais à devenir un goy ou au moins à être entouré par des goys. » Qu’entendez-vous par là ?
Gilad Atzmon : C’est
assez simple ; pour devenir un ex-juif, il faut arrêter de se sentir « élu ». Ce n’est pas une tâche facile ; je dois encore la
pratiquer quotidiennement.
Silvia Cattori : Lorsqu’on visite Israël, on se demande sans cesse comment ces colons
venus de l’étrangers peuvent-ils prétendre être chez eux sur des terres volées
simplement parce qu’ils sont de confession juive ? Qu’en pensez-vous ?
Gilad Atzmon : Je suis
né là-bas. J’ai adoré cet endroit. J’ai eu une enfance très heureuse et une
carrière réussie en tant que jeune adulte. Il m’a en effet fallu plusieurs
années pour comprendre que quelque chose n’allait pas. J’ai ressenti quelque
chose pendant la première guerre du Liban (1981). Au Liban, j’ai commencé à me
demander d’où venaient tous ces réfugiés. Puis, lors de la première Intifada
(1987) j’ai cru comprendre que certains, là-bas (en Palestine occupée), étaient
extrêmement malheureux. Au début des années 1990, je travaillais avec de
nombreux Palestiniens de Gaza. J’ai alors réalisé que mon existence dans la
région était mêlée à un crime insupportable.
En 1994, j’ai quitté Israël pour de bon. Et depuis
1996 je n’y suis plus retourné. Mais vous devez comprendre que les Israéliens ne
voient ni les Palestiniens ni leur sort. Être « élu » est une
forme de cécité. Israël ne peut que se voir lui-même. Et cela pourrait bien
signifier qu’il n’y a pas de remède à ce conflit.
Silvia Cattori : Ce qui est fascinant en vous lisant est de voir que vous semblez
presque heureux d’avoir été ostracisé et accusé d’antisémitisme. Ne
craignez-vous pas la prochaine campagne visant à discréditer « The Wandering
Who ? » et à vous étiqueter antisémite ?
Gilad Atzmon : Les
choses étant ce qu’elles sont, je crois que ceux qui distribuent l’étiquette
d’antisémite ne font qu’exposer leur profonde affiliation au sionisme et au
judéo-centrisme.
La campagne contre mon livre a déjà commencé. Mais
j’ai aussi reçu beaucoup de soutien. J’accepte que ce soit là mon karma. À présent, je sais que, aussi longtemps que l’on
m’attaque, cela veut dire que je fais ce qu’il faut faire. Je suppose que, plus
on s’oppose à moi, mieux les gens peuvent comprendre ma position.
Comme vous l’avez sans doute remarqué, autrefois les
antisémites étaient ceux qui n’aimaient pas les juifs. Aujourd’hui, les
antisémites sont ceux que les juifs n’aiment pas. Certains juifs, là-bas,
n’apprécient vraiment pas mes efforts. Mais la bonne nouvelle est que personne
ne prend plus garde à l’accusation d’antisémitisme. Elle a été trop
exploitée.
Silvia Cattori : Vous avez écrit que les jours d’Israël sont comptés. Comment
l’envisagez-vous exactement ?
Gilad Atzmon :
Indépendamment de la lutte des Palestiniens, Israël ne pourra plus tenir. C’est
une société morbide mue par une avidité implacable. Elle est sur le point
d’imploser. L’État juif a amplifié la question juive plutôt que de l’éliminer.
Et je crois que le temps est venu d’admettre qu’il n’y a peut-être pas de
réponse collective à la question. Je suppose que si, avec le temps, les
Israéliens apprennent à aimer leurs voisins, la paix pourrait l’emporter.
Toutefois, si cela arrive, ils pourraient bien avoir cessé de se considérer
comme des élus. Ils seront devenus des gens ordinaires.
Silvia Cattori : Merci Gilad Atzmon. S’entretenir avec vous est un vrai régal.
Gilad Atzmon : Merci
beaucoup pour votre attention et votre engagement. C’est toujours aussi un grand
plaisir de parler avec vous.
Silvia Cattori
(*) Gilad Atzmon : « The Wandering Who ? A Study of
Jewish Identity Politics ». [« L’errance de qui ? Une étude de
l’identité juive »], Zero Books 2011.
L’identité juive est liée à certaines des questions les plus difficiles et les plus controversées d’aujourd’hui. Le but de ce livre est d’ouvrir nombre de ces questions à la discussion. Depuis qu’Israël se définit lui-même ouvertement comme l’« État juif », nous devrions nous demander ce que recouvrent les notions de « judaïsme », « judéité », « culture juive » et « idéologie juive ». Gilad examine les aspects tribaux intégrés dans le discours laïc juif, aussi bien sioniste qu’antisioniste ; la « religion de l’Holocauste » ; le sens des mots « histoire » et « temps » dans le discours politique juif ; les idéologies anti-goys entremêlées aux différentes formes du discours politique juif laïc, et même au sein de la gauche juive. Il s’interroge sur ce qui conduit les juifs de la diaspora à s’identifier à Israël et à s’aligner sur sa politique. L’état désastreux de la situation mondiale suscite la demande pressante d’un changement conceptuel dans notre attitude intellectuelle et philosophique envers la politique, la politique identitaire, et l’histoire.
Vous pouvez commander le livre sur Amazon.com ou Amazon.co.uk
L’identité juive est liée à certaines des questions les plus difficiles et les plus controversées d’aujourd’hui. Le but de ce livre est d’ouvrir nombre de ces questions à la discussion. Depuis qu’Israël se définit lui-même ouvertement comme l’« État juif », nous devrions nous demander ce que recouvrent les notions de « judaïsme », « judéité », « culture juive » et « idéologie juive ». Gilad examine les aspects tribaux intégrés dans le discours laïc juif, aussi bien sioniste qu’antisioniste ; la « religion de l’Holocauste » ; le sens des mots « histoire » et « temps » dans le discours politique juif ; les idéologies anti-goys entremêlées aux différentes formes du discours politique juif laïc, et même au sein de la gauche juive. Il s’interroge sur ce qui conduit les juifs de la diaspora à s’identifier à Israël et à s’aligner sur sa politique. L’état désastreux de la situation mondiale suscite la demande pressante d’un changement conceptuel dans notre attitude intellectuelle et philosophique envers la politique, la politique identitaire, et l’histoire.
Vous pouvez commander le livre sur Amazon.com ou Amazon.co.uk
Traduit de l’anglais par JPH.
Texte original en anglais :
http://www.silviacattori.net/article2070.html
http://www.silviacattori.net/article2070.html
Premières réactions à ce livre, voir :
“Tearing
the Veil From Israel’s Civility”, par William A. Cook, Counterpunch, 17-18 septembre 2011.[traduction de cet article en
français : “Arracher le
voile de la civilité israélienne”]
“London
JC launched an attack on Prof’ John Mearsheimer”, par Gilad Atzmon, gilad.co.uk, 22 septembre 2011.
“Mearsheimer
responds to Goldberg’s latest smear”, par John Mearsheimer (et publié par
Stephen M. Walt), walt.foreignpolicy.com, 26 septembre
2011.
[1] « The
Israel Lobby and U.S. Foreign Policy », John J. Mearsheimer and Stephen
M. Walt. (Farrar, Straus & Giroux)
[2] Le terme de goy (pluriel : des goys) désigne les non-Juifs. On lui attribue une connotation
négative
[3] American Israel Public Affairs
Committee (AIPAC), un groupe de pression né aux États-Unis après la création
de l’Etat d’Israël visant à soutenir Israël et à faire la promotion de
l’idéologie sioniste
[4] L’AJC : http://www.ajc.org/
[6] Labour Friends of Israel : http://www.imemc.org/article/60469
[7] Voir : « Israël et le sionisme : Un
projet unique dans l’histoire – Entretien avec Gilad Atzmon », par Silvia
Cattori, 2 mars 2011.
[8] « Gaza
in Crisis : Reflections on Israel’s War Against the Palestinians », Noam
Chomsky and Ilan Pappe. (Frank Barat Editor)
[9] Voir note (1).
[10] Il réside à Zurich (Ndt
URL du billet: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=2681
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