dimanche 11 septembre 2011

On ne se moquera pas deux fois de l’Islam / 4 ème partie

Mohammed BOUBAKEUR parle….
A lire ou à relire

LES STATUTS ET LEURS MYSTERES
(4ème et dernière partie)



Dans cet article qui clôt la série qu’il a publiée sur notre site, Mohammed Boubakeur nous dévoile les conditions dans lesquelles ont été rédigés les statuts de la mosquée de Paris.

A ce jour, ce processus n’avait jamais été élucidé.

Nos lecteurs jugeront des impératifs auxquels ces documents devaient répondre.

Mohammed Boubakeur évoque également le souvenir d’une individualité trouble qui a hanté les galeries de la mosquée de Paris pendant cette période.

Nous avons attentivement relu ce travail et nous y avons relevé des expressions pour le moins hardies. Nous avons vérifié que ces termes étaient directement issus des lignes écrites par des auteurs français très classiques ou de traductions qui font autorité auprès de spécialistes reconnus. S’agissant d’évocation de personnalités particulièrement détestables, nous les avons donc laissées telles qu’elles sont venues dans le texte qui nous a été proposé.



4ème partie: LA CLEF DU MYSTERE

Dans les précédents chapitres de notre étude sur l’élaboration des statuts de la mosquée de Paris, nous avions vu que certains documents révélaient de graves incohérences dans la logique des faits. Aussi bien dans l’espace que dans le temps. Il s’agissait de lettres datées et signées à Paris par mon père, concomitantes d’assemblées générales portant sur les statuts de la mosquée de Paris tenues à Alger le 15 décembre 1957 et les 25 et 26 janvier 1958.

A ce titre, nous avions émis des doutes sur la réalité de ces réunions et nous avions décliné les identités et le profil de leurs participants qui étaient pour la plupart, de vieux amis de mon père, tous vivants dans un Sahara lointain, musulmans sincères, mais qui ne devaient pas même savoir qu’une mosquée existait à Paris.

Nous avions également montré, documents référencés à l’appui que l’administration parisienne avait été délibérément évacuée de ce travail en décembre 1958, quand elle se hasarda à proposer ses idées à propos de statuts qu’elle croyait toujours en élaboration alors qu’ils étaient enregistrés depuis des mois à la préfecture d’Alger. Nous avions dit qu’elle s’était faite proprement « doublée » comme dans un film de gangsters.

Rappelons les questions posées en conclusion de notre précédent article :

A ce stade de notre étude nous nous trouvons face à de nombreuses questions :

- Pour quelle raison, comme on le pressent, ces réunions n’ont jamais eu lieu ?

- Qu’en est-il alors des signatures figurant sur les procès verbaux ?

- Pourquoi avoir déposé les nouveaux statuts à la Préfecture d'Alger en septembre 1958, HUIT mois après avoir, (apparemment) réuni en urgence des assemblées fondatrices, en décembre 1957 et janvier 1958 ?

- Pour quelle raison, en décembre 1958, avoir évacué sans ménagement l’administration parisienne du projet relatif aux nouveaux statuts de la mosquée de Paris et pourquoi l’avoir "doublée" dans la gestion de la mosquée de Paris ?

- A quelle nécessité répond la Société des Habous et Lieux Saints de l’Islam qui est cachée à l’administration parisienne ?

- Pour quelle raison les statuts de la mosquée de Paris reproduisent-t-ils aussi servilement ceux d’une autre association : le " Comité de gestion des Ouleds Sidi Cheikh" ?

- Quel a été le rôle du Gouvernement général de l’Algérie dans cette affaire ?

- Pour quelle raison, faut-il considérer, Ahmed Ben Ghabrit comme la cause première, mais non directe, des statuts actuels de la mosquée de Paris ?

Tant d’agitation en un temps aussi bref oblige à supposer une seule et même cause en un moment précis

En effet, à toutes ces énigmes correspond une seule et même réponse. Elle est simple et c’est la cause initiale des statuts élaborés en 1958. C’est en raison même de sa simplicité qu’elle a échappé à tous les chercheurs.

LA REPONSE

C'est que le recours introduit le 5 juillet 1957 par Ahmed Ben Ghabrit contre la nomination de mon père n'a été connu du ministre de l'Intérieur et donc du nouveau directeur de la mosquée de Paris par ordonnance de "soit communiqué" que le
6 mars 1958. .

L'annonce de ce recours a surpris tellement l'Administration poursuivie que sa première réaction a été d'affirmer que le plaignant était forclos (lettre SAMAS/AM n° 21-538, en date du 5 juin 1958, signée R. Séverie, directeur du cabinet du ministre). Cette lettre reproduit, "à titre subsidiaire" l'essentiel de l'argumentation de mon père, "dans le cas ou le président du tribunal en raison d'éléments encore inconnus [du ministère] conclurait à la recevabilité de la requête".

L’argumentation de mon père date du 7 mai 1958 (lettre Institut Musulman de la Mosquée de Paris n° FDD. 7a/HB/JB).
Elle est adressée au Préfet Blanchard, Chef du Service des Affaires Sociales Musulmanes en Métropole) et figure au dossier "Recours pour excès de pouvoir de M. Ahmed Ben Ghabrit" portant le n° 3. Il s'agit d'une argumentation embrouillée faite pour gagner du temps mais qui ne contient aucun élément de droit. Mon père évoque le rôle diplomatique de la mosquée de Paris et le souvenir du Colonel Bremond avec sa mission à la Mecque. Toutes choses qui n’ont rien à voir avec l’affaire engagée. Six mois de délai sont demandés pour effectuer les traductions qui doivent éclairer l'affaire. Ceci traduit le désarroi du défendeur d'une cause perdue.

L'examen attentif des innombrables arguments présentés montre qu'à aucun moment il n'est fait état de la nouvelle société des Habous qui aurait "régularisé" l'agrément du nouveau directeur précisément attaqué. Selon les données actuellement admises, elles avaient eu lieu (théoriquement) 4 mois auparavant (les 25 et 26 janvier 1958).
La seule explication possible de l'omission de cet argument fort, celui qui permettra au nouveau directeur de l’emporter et de rester en place pendant 26 ans, est qu'au moment de la rédaction de ce premier mémoire en défense, ces statuts n'existaient pas encore.
Dès lors, il faut admettre que le nouveau directeur, issu de l'enseignement, en cette fin septembre 1957, quand il entre pleinement dans ses fonctions à la mosquée de Paris, s'installe dans son bureau sans inquiétude aucune. Comme le proviseur d'un lycée qui rejoint son poste dans un établissement où il a été nouvellement promu. Le décret du Président du Conseil qui l'a investi dans ses nouvelles fonctions atteste la solidité de sa situation. Un procès verbal d'installation a été établi, comme pour tout agent de l'Etat qui rejoint une nouvelle affectation. Il ne peut venir à l'idée du fonctionnaire, qu'il est depuis 25 ans, que sa situation puisse être contestée.Le nouvel arrivant, comme la hiérarchie qui l'a mis en place. En outre, tous les délais semblent passés.

A cet instant, nul ne sait que Ahmed Ben Ghabrit a déposé, le 5 juillet 1957, un recours devant le tribunal administratif. Le nouvel arrivant, comme la hiérarchie qui l'a mis en place. En outre, tous les délais semblent passés.

C'est au mois d'avril 1958 que, prenant connaissance de cette requête, le nouveau directeur s'inquiète d'une affaire face à laquelle il ne dispose d'aucun moyen de défense. Il doit se créer des droits autres que ceux qui découlent de la décision attaquée et qui est indéfendable.

Il fabriquera des statuts qui lui permettront de légaliser sa présence à la tête de la mosquée de Paris. Il les antidatera pour les rendre antérieurs à la notification de la requête, leur enlever tout caractère de circonstance et leur donner du poids.
Il ne les déposera à la préfecture d'Alger qu'au mois de septembre 1958 : c'était le temps nécessaire pour réfléchir à la question et préparer les textes.

A défaut d’être honnête, reconnaissons qu’un pareil montage n’était pas à la portée du premier venu….

Comment expliquer le silence de l'associé Zouaï après qu’il ait déserté l’entourage de mon père pour rejoindre le camp du gouvernement Algérien en 1962 dans ses intentions de s’approprier la mosquée de Paris ? Par son expérience des affaires et du fonctionnement des sociétés, Zouaï était en mesure de se rendre compte du caractère factice des statuts attaqués. Cependant rien ne montre qu'il ait pu en comprendre le mécanisme intime. Dans tous les cas, l'intelligence lui commandait de taire l’appui qu'il avait apporté à ce stratagème.

Ce qu'en homme avisé il ne manqua pas d'observer.

Fort de ces nouveaux statuts, le successeur de Ahmed Ben Ghabrit, c’est à dire
Hamza Boubakeur, se présentera désormais comme un ancien membre de la Société des Habous, régulièrement élu par ses pairs (requête en tierce opposition auprès du Tribunal Administratif de Paris enregistrée au greffe le 26 avril 1963 - page 2 - chapitre II et qu'il développe abondamment page 7 paragraphe VII de la même requête).

Ce raisonnement est confirmé par la présentation de cet argument, ainsi que le prouve l'arrêt du Conseil d'Etat en sa séance du 17 mars 1964 (page 3 - 2e considérant) qui l'analyse après avoir jugé positivement de sa recevabilité.

Dans cette urgence, ces statuts ont repris servilement les termes de l'association relative à la confrérie des Ouleds Sidi Cheikh, puisqu'il les avait sous la main.
Tels sont les résultats de mes recherches sur la réalité de ces réunions qui sont peu vraisemblables et dont le mobile de leur invention est ici établi.
Elles sont corroborées par une lettre signée Roger Frey, ministre de l'Intérieur au Préfet de la Seine, en date du 26 octobre 1966 et référencée 75.040.301 (882), lorsqu'une issue légale semble avoir été enfin trouvée pour régler l'épineux problème de la mosquée de Paris. Cette opération resta sans suite en raison de l’opposition de Michel Debré, ministre de l’Economie qui devait prendre en charge la mosquée de Paris au titre des Domaines, mais qui se souvenait aussi de l’engagement à ses côtés de Hamza Boubakeur en faveur d’un Sahara français.

Cette lettre de Roger FREY, datée du 26 octobre 1966 est d’un caractère très particulier. Elle donne les dernières directives en vue d'expulser Hamza Boubakeur alors dans une totale disgrâce après quelques débordements caractériels mettant en cause les intérêts diplomatiques français (notamment la mise à la porte de l’ambassadeur du Maroc venu à la mosquée commémorer la mort de Mohammed V accompagné d’une centaine de personnes). Il est alors considéré par son ministre comme un homme perdu, puisque les arrêtés relatifs à cette opération sont déjà rédigés.
Pour justifier cette expulsion, le ministre affirme : "Depuis cette date [la mort de Si Kaddour ben Ghabrit en juin 1954] les immeubles de l'association sont des biens vacants et sans maître, la personne morale qui en était juridiquement propriétaire s'étant évanouie, les réunions de "l'assemblée générale" prétendument tenues, sur convocation de Monsieur Boubakeur les 15 décembre 1957 et 25 janvier 1958, n'ont pu avoir pour effet de faire revivre un groupement disparu depuis plus de trois ans...".
On peut s'autoriser à penser que le ministre de l'Intérieur ait eu, en la circonstance, la maîtrise de son expression.

UN INDICE GRAVE
La suspicion qui entoure ces statuts est renforcée par la vérification des signatures qui présente une anomalie flagrante pour ce qui concerne celle du bachaga Cheikh (document 1).
Pour valider ces statuts, les signatures de deux de ses membres sont requises.

L’un des meilleurs éléments des Ouleds Sidi Cheikh, intéressé par mes recherches, m’a remis un document de grande valeur prouvant matériellement le caractère fictif de ces réunions.
Il s’agit d’un document datant de 1967 légalisant ("certification matérielle") la signature du bachaga Cheikh qui figure par ailleurs en bas des procès verbaux originaux qui refondent la Société des Habous (document 2).


On constatera que ces deux signatures sont tout à fait différentes, ce qui démontre que ce n’est pas le bachaga Cheikh (document 1) qui a signé au bas des procès verbaux qui officialisent les statuts de la mosquée de Paris (document 3, document 4 et document 5).
On ne peut opposer à cette preuve matérielle l’intervalle de temps (9 ans) qui séparent les 2 signatures. En effet, eu égard aux fonctions élevées et à l’importance administrative (bachaga, maire et sénateur) du signataire on doit écarter toute modification de sa signature qui devait être déposée. De surcroît, sa signature était engagée depuis 1959 auprès du Sénat. En 1967, l’ancien sénateur, réduit à l’état de refugié, avait toutes les raisons de garder une même signature en raison des aides qu’il pouvait espérer de cette assemblée (allocations diverses, couverture sociale et retraite).

Et puis, ce n’est pas à l’âge de 56 ans qu’on modifie aussi radicalement sa signature quand on a eu des fonctions aussi importantes.

Ainsi l’apposition de la signature du bachaga Cheikh n’est pas un acte de complaisance. Il s’agit d’un acte matériel s’apparentant de très près à celui pour lequel Hamza Boubakeur a été sévèrement condamné en 1983 et qui l’a obligé à quitter la mosquée de Paris, tel que le relate Monsieur Boyer dans son ouvrage "L’institut Musulman de la Mosquée de Paris". Dans ces conditions, les musulmans de France comprendront aisément la réprobation qu’appellent les statuts qui régissent la mosquée de Paris.


document 1

document 2

document 3


document 4

Document 5

QUE FAUT-IL PENSER DES STATUTS DONNES A LA MOSQUEE DE PARIS ?
Il convient de souligner que le Tribunal Administratif tout entier était acquis à la cause du ministère de l’Intérieur pour avoir retardé aussi longtemps qu'il put l'examen du dossier ainsi qu’en témoigne une lettre manuscrite du Vice-président du Tribunal Administratif de Paris, Albert Husson, au ministre de l'Intérieur, datée du 3 janvier 1961.
Dans ce courrier, le magistrat donne au ministre de l’Intérieur l'assurance de la mise en instance "sine die" du dossier 1060/57 et qui demande de l'aviser si "par accident le greffe oublierait les consignes données". Dans l'espoir d'un désistement Ahmed Ben Ghabrit.

Sur les protestations de l’avocat de Ahmed Ghabrit, la décision du Tribunal Administratif sera enfin rendue le 12 février 1963 (après 5 ans et demi d’attente). Elle posera la Société des Habous comme indépendante de l'Exécutif et donnera tort au gouvernement de s’être immiscé dans les affaires de la mosquée de Paris en imposant un directeur à sa convenance.

Appel fut fait devant le Conseil d’Etat.

L’arrêt du Conseil d’Etat confirme le jugement du Tribunal Administratif mais prend en compte l'existence de la nouvelle société des Habous en la recevant dans ses arguments. Certes le Conseil d'Etat n'avait pas à se prononcer sur cette question, mais ce faisant, il la reconnaît judiciairement dans ses considérants. Le Conseil d'Etat affirme que l’élection de Hamza Boubakeur par la nouvelle société des Habous avalise une désignation illégale, ce qui la rend sans valeur et c’est ce qui conduit la juridiction suprême à rejeter l'élection. Mais pas l'association qui, de ce fait, se trouve implicitement authentifiée.
Par ce considérant, la légalité de la nouvelle société qui n'a pas été mise en doute par le Conseil d'Etat, acquiert toute sa force. Avec ces deux jugements, la Société des Habous des Lieux Saints de l'Islam devient une association de droit privé authentifiée par le Conseil d'Etat et déliée de toute attache gouvernementale.
C'est ce considérant du Conseil d'Etat qui donne à la mosquée de Paris un statut juridique dans des structures de droit français.
Malgré les apparences (l'annulation du décret du mois de mai 1957, nommant Hamza Boubakeur à la tête de la mosquée de Paris), il s'agit d'un avantage décisif pour le nouveau directeur qui ne s'y trompera pas. Il se trouvera désormais dans la position d’un grand joueur d’échecs bénéficiant d’un coup d’avance face à tous ses adversaires ligués dans une même partie.

Cet avantage, il se gardera de ne jamais le perdre. Il ne cessera de répéter que le jugement du Tribunal Administratif et surtout l'arrêt du Conseil d'Etat lui ont rendu les plus grands services.

Cette analyse est confirmée par Monsieur J. Saunier, Préfet, chef de service au Ministère de l'intérieur qui affirme dans une note au Directeur général des affaires politiques et de l'administration du territoire, en date du 3 janvier 1966 référencée SLPM n° 21-1 (page 2, 3e alinéa) : " La situation de Monsieur Boubakeur, en tant que président de la Société des Habous et Lieux Saints de l'Islam et selon les statuts, de directeur de l'Institut Musulman, ne saurait être mis en cause dans la mesure où on ne dénie pas à la nouvelle Association des droits sur la Mosquée. Il a été normalement désigné pour occuper ces fonctions, par les membres d'une association française régulièrement constituée et fonctionnant sous le régime de la loi de 1901 ".

Au final, le Tribunal Administratif a détaché la mosquée de Paris de l'Etat et le Conseil d'Etat a avalisé ses statuts. Le gros de la tempête est donc passé. Mais il s'en est fallu d'un fil. La suite des événements confirmera la solidité du navire aux détriments de tous ceux qui attaqueront ces textes (notamment l’association "Boutaleb" condamnée aux dépens en 1967).

A défaut de l'authenticité, ces statuts ont le mérite de la solidité. Voici plus de cinquante ans qu'ils ont été rédigés et ils assurent à la mosquée de Paris une direction monolithique qui n'accepte aucune contradiction. D'où la stabilité de ces actes qui se perpétuent d'eux-mêmes, puisque la seule personne habilitée à les desserrer se dessaisirait aussitôt d'une partie de ses prérogatives dans un environnement qui n'est pas toujours favorable.

En dehors de la nécessité de répondre à une urgence (le recours en justice formé par Ahmed Ben Ghabrit), quel intérêt présentait ces statuts pour les forces qui avaient choisi Hamza Boubakeur ? Car les objectifs de sa mission devaient bien être définis comme dans toute attribution de fonction. C'est ce qu'il réaffirme dans ses lettres. Par ailleurs, les statuts autoritaires qu'il met en place devaient bien prendre en compte les objectifs visés.

Je n'en vois qu'un : investir le directeur de la mosquée de Paris d'une autorité si forte qu'il continue à apparaître comme le représentant légitime sinon légal des populations musulmanes en France. Une sorte "d’Agence des affaires musulmanes" pour le pays, destinée à relayer l’exécutif en relayant ses initiatives relatives à l'Islam.

A ce point de vue, on doit reconnaître que les forces qui avaient imposé le nouveau directeur et donné leur aval aux nouveaux statuts œuvraient dans le très long terme. Dans cette intention, elles avaient parfaitement rectifié la trajectoire de l'établissement afin de servir au mieux les intérêts français pour les décennies à venir.

L'examen du dossier dans sa globalité montre que ces statuts sont ceux qui ont été voulus par le Gouvernement Général de l'Algérie, c'est à dire issus d'un pouvoir colonialiste contre ceux qui auraient été souhaités par Paris et qui répondaient à des motivations plus élevées.
En effet, ainsi que je l'ai mentionné plus haut, il existe dans les dossiers des archives concernant Hamza Boubakeur, un autre projet d'inspiration parisienne, de nature collégiale et qui faisait appel au concours de plusieurs administrations. La mosquée de Paris aurait eu alors les statuts d'une fondation.

Ils ont été proposés au nouveau directeur en novembre 1958 et ont été refusés par ce dernier, par lettre du 2 décembre 1958, comme contraires à la mission qui lui a été fixée. Ayant en poche des statuts conformes à ses idées et qui lui apportent quelques moyens de défense dans une cause désespérée, il rejettera sans ménagement ce projet qui nécessitait encore maintes palabres.

Ce rejet se comprend aisément en raison de l'incompatibilité totale du projet parisien avec les textes déposés à Alger au mois de septembre précédent. Le nouveau directeur, de volonté délibérée, n'en dit pas un mot à l’administration ministérielle en charge de la mosquée de Paris. Il les lui cache. Ce qui explique pourquoi leur existence ne sera mise en avant que bien des années plus tard, au niveau de l'appel devant le Conseil d'Etat.

Rejetant le projet de statut souhaité par l'administration parisienne, le nouveau directeur, dans sa réponse du 2 décembre 1958, fait mention d'une correspondance secrète référencée PC/CS/CD du Président du Conseil au Ministre de l'Intérieur qui définissait sa mission comme "essentiellement politique".

Cette même lettre fait référence à un rapport rédigé par le nouveau directeur en date du 16 août 1957 (page 2 du même courrier) dont on ne retrouve nulle trace dans les archives que j’ai pu consulter. S’agit-il du rapport secret que j'ai aperçu sur son bureau à Alger en cette même période immédiatement après son pèlerinage à la Mecque (cf. mes précédents articles) ? Aucun élément autre que la date avancée ne permet de l'affirmer.

L’examen de ces documents qui, en raison de leur nature, ne peuvent avoir été détruits, infirmeront ou confirmeront mes dires.
La similitude de fond et de forme entre le texte fondateur de la nouvelle société des Habous et celui de la Confrérie des Ouleds Sidi Cheikh révèle des conceptions administratives et des préoccupations absolument identiques. Les pouvoirs excessifs donnés au secrétaire général les situent en marge du droit des associations. Cette ressemblance donne à penser que ces deux textes, en raison de leur incidence au niveau de l'ordre public, avaient reçu l'aval d'une même autorité. Dès lors on comprend mieux le soutien mesuré que l'administration parisienne réservera par la suite à un texte qui n'était pas le sien, et qui porte indéniablement les deux marques de la politique française à l’égard de l’Islam en cette fin des années 1950 : celles de l'imposture et du mépris.

LES CONSEQUENCES ACTUELLES DE CES STATUTS

La mosquée de Paris a donc été créée par ses deux premiers directeurs reconnus. Le premier dans ses structures immobilières, le suivant dans ses structures juridiques. Chacun dans sa partie a fait preuve de qualités extraordinaires pour mener à bien ces deux tours de force. Leurs successeurs ne seront jamais que des gestionnaires dont l'activité fonctionnelle ne peut en aucun cas être comparée à celle, organique, de ces deux hommes.

Dans quels buts Abdelkader Ben Ghabrit et Hamza Boubakeur ont-ils œuvré ? Par idéal ? Certes non : ils n'étaient pas français à part entière. Ils ne s'en sont jamais cachés et l’affichaient en ne portant rien d'autre que des vêtements traditionnels. Trop conscients des réalités coloniales pour n'avoir connu que tardivement les fastes de la renommée, ils n'ont jamais oublié qu'ils étaient arabes, partis de rien et issus de l'indigénat. En régime colonial, l’indigène, citoyen de seconde zone par essence, ne peut avoir d'idéal politique face au mépris de la puissance occupante. Sauf à se mépriser soi-même, hypothèse bien improbable quand on est doué de capacités hors du commun.

Ces deux hommes ont donc agi selon leur intelligence. Ils ont servi objectivement le colonisateur, mais ont servi avant tout leur intérêt personnel, le seul pour lequel ils pouvaient raisonnablement œuvrer dans l’environnement institutionnel de leur temps.

Comme le laissent entendre les rares auteurs qui se sont intéressés à Abdelkader Ben Ghabrit, il s'agissait pour cet homme de mettre la religion en phase avec le pouvoir colonial dans sa gestion de populations combatives et précieuses à l'heure des grands affrontements, ce qui s’est vérifié de façon dramatique lors de la 2e guerre mondiale. Abdelkader Ben Ghabrit en recueillera des avantages considérables. Avec l’éveil politique de ces populations, la mission de Hamza Boubakeur était de rénover ce dispositif, en passant d’une gestion quelque peu dépassée de ces questions à une gouvernance beaucoup plus administrative. Il en tirera moins de profits que son prédécesseur, malgré un bon début (de mai 1957 à juillet 1962). Chacun a œuvré selon des dispositions qui étaient plus qu’exceptionnelles. Au final, tous les deux se sont parfaitement complétés dans leur action.

La mosquée est-elle, comme on l’a dit, un témoignage de gratitude envers les musulmans tombés dans les guerres faites par la nation protectrice ? Si l'on veut… Mais la nature de ce témoignage a été principalement d’intérêt politique. Car, malgré les sépultures concédées par l’Etat aux musulmans morts pour la France, ce sont les fusillades, l’ingratitude puis l’oubli qui, jusqu’à nos jours, ont récompensé leurs camarades survivants (rappelons la "cristallisation " des pensions).

Les chefs historiques du FLN, pour une part significative d’entre eux, étaient d’anciens soldats de l'armée française révoltés par le mépris dans lequel les tenait un pays dont les propres nationaux s'étaient montrés défaillants au moment des combats.

A la lumière des deux conflits mondiaux et de la tuerie de Sétif qui eut lieu un jour de victoire, il apparaît qu'en certaines circonstances, le bon arabe, celui qui mérite estime et considération, c'est l'arabe qui part pour une guerre qui n'est pas la sienne et qui n'en revient pas. Pour que sa veuve de guerre se substitue à celle d'un soldat français, aurait dit un général. C'est là une vérité démontrée par l’Histoire. On ne peut la dissocier des raisons pour lesquelles en 1926, un si beau monument leur a été dédié sur le sol de Paris.

Infatigablement, les dirigeants successifs de la mosquée de Paris rappellent le sacrifice des musulmans abattus pour la France. Cependant, je ne crois pas qu'un seul parmi eux ait un seul jour goûté aux gaîtés du plus petit de ses escadrons. Et notre conscience collective, en raison d'un sang inutilement versé et inapaisé à jamais, nous fera regarder le sol sur lequel est bâtie la mosquée de Paris, pensifs, avec les yeux du jeune français musulman qui observe la terre de sa banlieue.

Une des missions premières des responsables de la mosquée de Paris est d'apporter leur soutien aux forces qui les ont mis en place et qui les financent. Pour autant, les plus récents d’entre eux n’ont pas hérité des capacités des deux premiers directeurs qui ont donné à cet établissement ses fondements matériels et moraux. C'est ce qui les rend, en comparaison, insignifiants. Reste que leur intérêt personnel trouvera toujours son compte dans un domaine très lucratif - la religion - où il est facile d’exceller puisqu'on a le droit d’y affirmer n’importe quoi.

Dans cet exercice, ils bénéficieront de la faveur des médias. Le responsable du moment pourra agrémenter ses déclarations de lieux communs mille fois répétés (essentiellement le combattant musulman offrant sa vie à la mère patrie) : elles seront toujours du meilleur effet. Au sens médiatique du terme. Car sous l’apparence d’une haute autorité musulmane, la mosquée de Paris est aussi un outil de la communication. Il s’agit d’un culte qui se plait en cet endroit avec ses grandes perspectives et sa salle d’honneur aux espaces larges pour les photographes et les caméras. C’est aussi pour cela que la mosquée de Paris est très différente d’une mosquée où les fidèles vont seulement remplir leurs obligations religieuses. Ces derniers n'y apparaissent qu'à titre de figurants, tels des hallebardiers sur la scène d'un théâtre.

Par son architecture inspirée des palais andalous, la mosquée de Paris se doit également de répondre à l'imaginaire français. Elle a été bâtie avec ses galeries, ses patios, ses jets d'eau, ses cascades, son marbre, ses mosaïques et son cèdre du Liban afin de présenter les questions musulmanes de façon rassurante et flatteuse pour le pays tout entier. Là se situe l'accroche.

Ce procédé est inséparable du paternalisme et de la condescendance, en un mot du colonialisme qui a conçu ce monument. Son but n'a jamais changé depuis sa création : s'approprier la représentation de la communauté musulmane du moment et s'exprimer à sa place.

Et cette communauté, pour se faire reconnaître, s'épuisera toujours dans sa lutte contre cette institution.
Ainsi, ce bâtiment qui fut dans la première moitié du siècle passé, d'inspiration coloniale, fera oublier plus tard, par sa somptuosité, l'indécence des lieux où les musulmans de France étaient réduits pour pratiquer leur culte. De nos jours, la mosquée de Paris est un moyen de suggestion de première importance pour se faire entendre.

Parce que la machine a conservé toute son efficacité et qu'elle répond à des besoins de communication sans cesse grandissants. Cet outil de communication ne peut laisser indifférents les puissants de ce monde, de tous temps soucieux de l'effet médiatique attaché à leurs actes. Tout naturellement, ils considèrent que la vocation première de la mosquée de Paris est de faciliter leur approche de la communauté musulmane de France. Et l'actualité montre combien cette analyse est loin d'être erronée.

Aucune association en France, autre que celle qui dirige la mosquée de Paris, ne bénéficie de prérogatives aussi surprenantes. En droit, l'institution est, autant que je le sache, minoritaire dans toutes les élections et ne peut se réclamer que d'une petite fraction de la population musulmane de France. Dans les faits, son président, parce qu'il se montre dans des locaux avantageux, s'exprime dans une légitimité curieuse, comme s'il était le représentant désigné de 5 millions d'êtres humains. En réalité, cette légitimité, qu'il tient surtout des locaux dans lesquels il pérore, est aussi artificielle que celle du plâtre et du ciment de la mosquée de Paris, s'ils se mettaient à parler.

Pas une mosquée au monde n’a des missions aussi singulières. Par la préséance que lui est automatiquement accordée, ses messages sont préférentiellement diffusés depuis 85 ans et font toujours illusion. Cependant, malgré leur fort pouvoir de suggestion, ils n’ont rien qui puisse exprimer les pensées de la communauté musulmane de France. Celle ci, dans son ensemble, s’est toujours défiée de cet établissement.

Telle a été l'œuvre commune d'Abdelkader Ben Ghabrit et de Hamza Boubakeur. Ils ne se sont jamais connus ni même rencontrés. La communauté musulmane de France saura leur être gré du fardeau transmis.

LA TROISIEME TOUR DE NOTRE DAME

Ainsi se termine mon étude sur les statuts qui règlent le fonctionnement de la mosquée de Paris. Elle confirme le mépris dans lequel est historiquement tenue la religion musulmane en ce pays.

Cette réalité s’impose quotidiennement à ceux qui se reconnaissent en cette communauté, quel que soit le sort que la providence a bien voulu leur réserver. Sauf à quelques renégats qui prétendent nous représenter, tous bachagas fossiles et derniers yaouleds des trottoirs d’Alger mais aussi ramasseurs des mégots du colonialisme et alliés empressés des ennemis de l’Islam.

Tout ceci doit être replacé dans le cadre tragique des méfaits de la colonisation franco-chrétienne envers l’Islam : en terre sainte, il y a quelques siècles, en Afrique du Nord, il y a quelques décennies et qui se perpétuent à travers la mosquée de Paris, inventée pour appuyer ce dessein.
Dans ce contexte, la colonisation n’apparait pas comme une phase de l’histoire au cours de laquelle les effets positifs et négatifs devraient être mis en balance comme l’ont affirmé certains politiciens français aujourd’hui au rancart.

Au contraire, toute colonisation est une lutte sans merci entre deux groupes humains où l’agresseur ne s’assouvit que dans l’extermination physique, culturelle et spirituelle de sa victime. Quelques exemples flagrants nous sont donnés par la pénétration européenne et chrétienne dans les deux Amériques et en Australie.

Mais la preuve la plus accablante en ce domaine reste la guerre d’Algérie avec ses atrocités commises en toute sérénité par des criminels se réclamant du Christ et qui ne prirent fin que dans la fuite éperdue de ces malfaiteurs, à la seule idée de vivre aux côtés de leurs victimes.

En dépit des fables entourant les missionnaires, tous vils prosélytes, dont le seul but était de détourner les musulmans de leur foi, la domination chrétienne ne s’est imposée en ce pays que par la corruption et par le sang. Dans cette logique, elle s’y prolongera par des tortures dont la frénésie ne s’explique que dans des transports sexuels et pervers, consubstantiels à la religion chrétienne, comme le montre la débauche multiséculaire de ses prêtres.

"Nous sommes de nouveaux croisés" dira l’un de ces tortionnaires parmi les plus féroces et assurément le plus retors, bien connu pour ses "crevettes". Il aura été adulé en ce pays jusqu’à ce que, munie des sacrements de l’Eglise, son âme s’exhale par son cul et rejoigne les profondeurs de l’enfer.

Ce dispositif criminel a été mis en place avec l’aval des plus hautes autorités. Farouchement nié contre toutes les évidences - car inavouable - il a été codifié en des formes doctrinales (exemples : position en "soleil" des suppliciés, préconisée par les DOP ; mise à nu indispensable après les avoir sauvagement frappés en vue de les briser mentalement ; procédures spéciales pour violer les femmes enceintes).

Des aumôniers chrétiens l’ont religieusement justifié et théorisé (référence à "saint" Thomas d’Aquin) dans le sentiment de l’accomplissement d’un devoir millénaire en imitation de la "sainte" inquisition. Car dans le christianisme, la torture est une activité sanctifiante pour le bourreau pour peu qu’il agisse au nom de la chrétienté. Selon ces théologiens, notamment les dominicains, historiquement chargés de cette besogne, cette activité est "rédemptrice" (sic) pour la victime. C’est pourquoi la théologie chrétienne la tient pour une "peine médicinale" (sic et par opposition à la "peine vindicative"). Ainsi, la torture perpétrée au nom du Christ s’effectue au grand bien du supplicié. Comme les bûchers purifiaient les âmes des incrédules aux salmigondis de l’Eglise.

Il faut donc comprendre que la chrétienté se délecte de sa haine et de sa violence malgré sa passion simulée du martyr dans des récits évangéliques qui, pour être miraculeux et dogmatiques, n’en sont pas moins bidons. La régression du chrétien à l’état de zombis face aux volontés d’une église de tous temps portée à la débauche pourrait s’expliquer (en partie) par l’usage de la confession, pratique inconnue dans les autres cultes et qui permet à ce clergé d’accéder au subconscient de ses affidés pour y insuffler ses instincts meurtriers.

C’est pourquoi le français a l’intime conviction des bienfaits de sa colonisation malgré le code de l’indigénat, les bureaux arabes, les travaux et les tributs forcés, les exactions en tous genres, les exécutions sommaires, les tueries et les conscriptions forcées dans des conflits dont les victimes n’avaient que faire. Quant au racisme, s’il est abominable lorsqu’il est pratiqué par les allemands, on entend qu’il est bon enfant et affectueux quand il est d’origine française.

Ces abominations, par leurs dimensions industrielle et sexuelle, ne peuvent être comparées qu’à celles des allemands face à la "question" juive.
A ceux qui doutent de ces propos, nous les renvoyons à un écrit, pris au hasard parmi des milliers d’autres (document 6 dont on lira avec intérêt le paragraphe « La torture industrielle »

Document 6
document 7
Document 8

Nous pouvons également les inviter à lire les déclarations de Bastien-Thiry qui affirmait avoir reçu l’absolution de son confesseur pour l’attentat qu’il s’apprêtait à commettre.
Nos lecteurs pourront consulter l’excellente étude diffusée par WIKIPEDIA d’où est extrait l’essentiel des présentes lignes, notamment sur la signification évangélique de ces atrocités défendue de façon hallucinante par leurs auteurs, ceci renforcé par une abondante bibliographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Torture_pendant_la_guerre_d'Alg%C3%A9rie.
Enfin, on pourra prendre connaissance des remarquables travaux publiés par Madame Raphaëlle Branche qui, la première, a mis en évidence la composante sexuelle des crimes commis en Algérie.
Au titre de l’objectivité et de la retenue de mes propos, on remarquera qu’aucun auteur de ces écrits n’est de confession musulmane.
Car il y a bien une "question" musulmane en ce pays. A ceci près, que l’Allemagne n’a jamais fait appel spécifiquement aux juifs pour qu’ils lui viennent en aide dans ses affaires belliqueuses.

Face à cette "question", l’Islam se heurtera toujours à un pays pour qui reconnaitre une quelconque dignité aux musulmans est aussi insensé qu’admettre que 2 et 2 font 3. Et dans ce raisonnement, regarde la religion musulmane comme une infamie.

Ce pays qui se dit porteur de grandes idées mais qui s’en affranchit et se considère depuis 1789 comme une nouvelle Athènes, dépositaire et comptable de toutes les valeurs de l’humanité. Sans se rendre compte que ces idées ont été conçues par d’autres, qu’il a perpétué l’esclavage et qu’il est ridicule aux yeux du monde quand s’enflamment ses banlieues.

Les droits de l’homme (article 5) lui font condamner la torture chez les autres pour mieux s’en réserver le recours pendant des décennies, absoudre les tortionnaires et faire ministre le pire de ces salauds.

Il se donnera le droit de désigner les civilisations du sang et du couteau après qu’il eut inventé la guillotine et abreuvé tous les sillons d’Europe d’un sang forcément impur, puisqu’il n’était pas le sien. Sur cette terre fertilisée par ses œuvres guerrières, il sèmera les germes de toutes les haines qui ont embrasés le monde jusqu’en 1945. Après qu’il eut été, à son tour, mis à genoux dans une Europe jetée dans la guerre par ses erreurs et des trahisons que les pays de l’Est Européen n’ont pas oubliées. A ses libérateurs, venus à ses suppliques, de rives Atlantiques et Méditerranéennes très éloignées des siennes, il réservera aux premiers les railleries les plus avilissantes et aux seconds les exactions les plus sanglantes.

Tel est le sort de l’Islam en un pays indissolublement lié à un christianisme inconsolable de n’avoir pu le détruire.

Après que cette machination religieuse faite d’absurdités trinitaires, d’escamotages eucharistiques et d’attouchements pédophiles, ait réduit à néant la civilisation romaine, la civilisation grecque, la civilisation égyptienne, les civilisations amérindiennes et bien d’autres, pour la plus grande gloire du Christ.

Un des larbins dévoués à cette cause faisait partie du personnel de la mosquée de Paris, embauché comme surveillant au début de 1963 jusqu’en septembre 1965. C’était un ancien tortionnaire arabe de l'armée française qui disait avoir fait partie des "détachements opérationnels de protection" (les DOP). Cet organe militaire de renseignements, créé fin 1956 et devenu opérationnel l'année suivante avait pour mission de démanteler les réseaux du FLN, par "tous les moyens", c'est-à-dire par la torture d'abord.

L'individu se croyait un surhomme pour avoir torturé pendant des années ses coreligionnaires. Arrogant, bagarreur et volontiers obscène, il avait le profil parfait d’un indicateur de police et se vantait de ses crimes en toute occasion.

Il croyait impressionner son entourage par ses récits ignobles. Cet excrément de la terre avait été conduit à cette activité en servant tout d'abord d'interprète lors des séances de torture. Puis il s’était mis directement à la besogne.

Il avait le physique, l'habillement et la démarche de ses infamies : son corps était trapu, sa tête avait des contours grossiers, son visage était sombre. Sa chevelure, à la fois rase et drue, était clairsemée par plaques, comme pelée. Pour faire l'intéressant, il se couvrait les yeux de lunettes de soleil. Malodorant, il portait un petit pantalon bleu vif, trop court et indécemment serré. C’était toujours le même avec une veste à carreaux. Ses bras, un peu longs pour son corps bouffi, semblaient se balancer ensembles vers la droite puis vers la gauche au rythme d’une démarche qui se voulait très à l’aise.

Il se plaisait à raconter en arabe : "je saisissais mon prisonnier et je le ligotais sur une planche que je faisais plonger dans un grand bassin". (Il était donc adepte des tortures en position couchée par opposition aux tenants de la position debout dite "en soleil", suspendu par les bras à un anneau, deux écoles de tortures qui s'opposaient dans les DOP). "Alors, disait-il de gros bouillonnements agitaient l’eau". Il en imitait le bruit et ses mains criminelles montraient les formes qui montaient du fond du bassin.

Il poursuivait : "le corps de l’homme se débattait si fort que je n’ai jamais pu attacher quelqu’un assez solidement pour que sa tête ne puisse se dégager et sortir de l’eau". Alors, finissait-il, l’homme sortait sa tête de l’eau et haletait : "je ne veux pas mourir ! Je ne veux pas mourir !"

D’autres fois, il décrivait, les soubresauts de ses victimes sous les décharges électriques et des mouvements saccadés de son corps accompagnaient ses paroles. Ses mots étaient choisis et leur débit réglé, le timbre de sa voix bien clair pour avoir maintes fois rapporté ses crimes. Ses histoires, il ne les racontait que dans sa langue maternelle. Pour répondre à la profondeur de ses dérèglements : la satisfaction d’avoir donné libre cours à ses tendances criminelles sous protection française. Il imitait fort bien les paroles haletantes de ses victimes comme preuve de ce qu’il affirmait. Il racontait aussi sa fuite d’Algérie dans une 403 Peugeot, par peur du sort qui lui était justement réservé.

J’avais alors 16 ans et je voyais en cet individu, le visage de la France qui torturait en Algérie. Plusieurs membres de la famille de ma mère avait été tués pendant cette guerre dans des conditions abominables. Des liens de profonde affection me liaient avec un garçon d’à peine 20 ans qui vivait à Médéa. Il s’appelait Fodil. Sa dépouille avait été rendue aux siens, jetée depuis la benne d’un camion militaire chargé de cadavres et qui faisait la tournée des familles. J’avais entendu le récit des exécutions des Degueldre, Dovecar et Piegt dans une certaine indifférence, sans doute n’étaient-ils que des voyous. Mais à l’annonce, un matin de mars 1963, de celle de Bastien-Thiry, figure emblématique de l’OAS et tenant obstiné de cette métaphysique criminelle, je me souviens du sentiment intense de justice que j’avais éprouvé tant les récits du tortionnaire m’avaient indigné.

Pour expliquer l’embauche de cet individu, son employeur affirmait qu’il était l’un de ses anciens élèves mais il était si vulgaire qu’on doutait qu’il n’ait jamais reçu la moindre éducation. En fait, l’excrément de la terre avait du être recommandé par un militaire sous les ordres duquel il avait torturé. Il s’appelait A-M… B… son figure dans une note référencé IMMP 6501/HB/ME/FD15, en date du 16 avril 1963 et du 6 juillet 1965 référencé 7972/HB/ME, lui confiant certaines responsabilités.

Sanguinaire par essence, agressive par tradition et vicieuse dans ses mœurs, la religion chrétienne est la base commune des atteintes faites à notre conscience comme elle l’est de toutes les croyances, de toutes les philosophies, de toutes les sciences et de toute pensée humaine pour peu qu’elles se situent hors du champ de sa cupidité.

Seul l’Islam manque à son tableau de chasse. Un Islam intolérable à ses yeux parce qu’il résiste à son venin et parce qu’il a enlevé à sa fièvre destructrice la pensée grecque qui a sauvé le monde de son obscurantisme et qui l’éclaire toujours.

C’est par des églises construites dans des mosquées profanées que la chrétienté exalte les coups les plus violents qu’elle a porté à l’Islam. Parce que les créateurs de la mosquée de paris, Abdelkader Ben Ghabrit et Hamza Boubakeur, tous deux issus des services de renseignements coloniaux, savaient mieux que quiconque la haine portée une religion qui était la leur, la mosquée
de Paris doit être regardée comme une église habillée en mosquée.

On y prie pour la plus grande gloire de la chrétienté.
Les tours de Notre Dame ne seront point jalouses du minaret de la mosquée de Paris disait Lyautey. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il pourrait en être la troisième ?
NOTRE PROCHAIN ARTICLE

L’approche de la société française vis-à-vis de l’Islam m’oblige à publier le rapport établi au sujet de mon père par les Renseignements Généraux, en 1966, peu après qu’il ait servi de toutes ses forces et de toute son âme les intérêts français à la mosquée de Paris et dans le Sahara. Non seulement pour lui assurer le contrôle l’Islam en métropole mais aussi pour lui donner avec le Sahara, comme le projetait Michel Debré, les dimensions d’une superpuissance par les étendues, les réserves stratégiques et les avantages militaires qui y étaient attachés.

On verra avec effarement dans quel mépris mon père était tenu par ceux qu’il croyait ses amis.

Ainsi vont les français quand ils sont entre eux et quand ils parlent de leurs serviteurs les plus zélés, pour peu qu’ils soient de "souche musulmane".

Rappelons que mon père était titulaire des plus hautes décorations françaises ;

- Comme son demi-frère, le bachaga Cheikh, qui fut fait sénateur alors qu’il savait à peine lire et écrire. Réfugié en France à partir de 1965, il vécut quelques années à Montereau - Surville dans un état de grande nécessité. Pour retourner en Algérie, au bout de ce temps et y finir ses jours, préférant le mépris de son pays natal à celui des français ;

- Comme mon grand père à Paris, en 1930, "invité" à défiler pour le centenaire de l’Algérie et qui faillit être jeté en prison pour avoir réagi à un officier français qui l’avait insulté ;

- Et comme les soldats coloniaux qui furent massacrés à coups de fusils une fois la guerre finie, pour ne pas les payer (Félicien Challaye : Un livre noir du colonialisme, éditions Les Nuits rouges, 2005, pages 197-200).- http://www.groupemarat.com/pdf/marat-texte_Deroo.pdf -.

Bachagas fossiles et derniers yaouleds des trottoirs d’Alger, ramasseurs des mégots du colonialisme et alliés empressés des ennemis de l’Islam, vous vous croyez malins à hausser du faux col devant une chrétienté à vos yeux à jamais supérieure. Lisez la triste épitaphe dédiée à l’un des vôtres et qui vous est réservée par ceux que vous servez !

Ce prochain article sera intitulé :

"De son bureau préfectoral, le kollabo fustige l’arabe qui ne s'est pas battu pour la libération de la France".

Mohammed BOUBAKEUR



Ce texte ne peut être reproduit qu'en mentionnant explicitement le lien ci-dessous
http://soutien-palestine.blogspot.com/2011/09/on-ne-se-moquera-pas-deux-fois-de.html

24 commentaires:

Anti_Illusion a dit…

Encore une fois des révélations chocs qui n'ont besoins d'aucun qualificatif pour désigner la saleté de ce que prévaut les coupables! LA QUESTION est de se demander pourquoi les articles de Mr Mohamed Boubakeur ne sont pas diffusé sur d'autres sites ou blogs!!!

Oumm Balqis a dit…

C'est sidérant!! C'est article devraient être à la portée de tous les musulmans de France.
De qui se moque t-on!!

Siwene a dit…

C'est à la lueur de ses textes que l'on voit clairement que les imposteurs comme le CCIF sont bien loin du vrai massacre qu'il ya contre l'islam.
Que devons-nous faire? Qu'attendons-nous??

juste a dit…

A travers ces articles inédits de M. Mohamed BOUBAKEUR, à travers les innombrables témoignages de gens qui rapportent plusieurs cas explicites de menaces physiques, à travers les relations douteuses entretenues avec les ennemis de l'Islam, et à travers même les postures et décisions prises par les dirigeants et qui s'avèrent contre les intérêts des fidèles qu'ils sont censés représenter et défendre, nous avons maintenant la certitude, que la GMP est une organisation mafieuse avec le vrai sens du terme.
La question posée est comment nettoyer ce lieu des impies puants qui le salissent et que faire pour lui redonner son rôle spirituel et organisationnel en faveur des fidèles et pas contre eux?

Salman Farsi a dit…

Comment es ce que des musulmans peuvent encore entrer dans cette maison close qu'ils osent appelée "Mosquée"....???

Anonyme a dit…

Une vrai enquète pour une vrai affaire. Impressionnant pour des personnes n'ayant aucune idée de ce qu'est le projet de la France.

Anonyme a dit…

Nous pouvons remercier Mr Mohamed Boubakeur pour le courage qu'il lui a fallut pour dénoncer les magouilles entreprise par son père et que son frère à repris !
Comment assurer son avenir de serpillere de la ripoublique, entretenue par son macro étatique !
Musulmans de France, voilà les preuves de la manipulation dont nous sommes tous victime, voilà pourquoi nous avons tant de mal à nous regrouper et à former une vrai communauter, ils nous monte les uns contre les autres marocain contre algerien etc... mettent des pantins pour nous représenter et signer des accord en notre nom !!!

Anonyme a dit…

Tout le monde n'est pas au courant, malheureusement les musulmans ne s'informent pas ...

Zakky a dit…

C'est scandaleux ! A quand la prochaine action du collectif cheikh yassine devant cette mosquée d'hypocrites ? !

Ibn Islam a dit…

On arrive a parler des heures de pas mal de choses parfois qui ne nous concernent même pas mais là les musulmans de France ne sont même pas au courant ou ne s'en souci pas c'est grave que les affaires aussi importante reste dans l'ombre.

Wassila Khris a dit…

Merci infiniment M. Boubakeur, ça ne doit pas être évident d'être seul face à cette mafia. Et c'est une grâce du Tout Puissant que vous êtes sorti indemne de ce marécage puant.

Je vous soutient et je suis derrière vous. La communauté doit se reveiller et se prendre en main.

Soundou a dit…

L'autorité palestinienne qui veut vendre le restant de la Palestine à l'ONU
Moshé Ahmedinejad et l'imposture chiite qui ne rate pas une occasion d'aller devant l'ONU pour chanter les fausses menaces dictés par Israël lui même (3fois cette année)
Le CCIF (ces ploucs ) qui est fière de son adhésion à l'ONU
David Boubakeur qui oeuvre matin et soir pour mettre en place son "islam de France " avec son moulin rouge qu'il ose appelè "mosquée"

Le bal des bouffons fait son show...

Anonyme a dit…

Ces révélations sont très choquantes !

safia a dit…

Il faut absolument continuer à sensibiliser les musulmans du danger que représente L'islam de France.
Un grand merci à M.Mohammed Boubakeur de nous avoir éclairé sur le rôle de la "mosquée" de paris dans le projet de domestication des musulmans de France.

Assia a dit…

Les musulmans doivent prendre conscience de la gravité de la situation et réagir rapidement avant que cette tumeur cancéreuse que représente l’islam de France ne gangrène toute la communauté.

Khalid a dit…

Ces révélations sont très importantes pour comprendre les méthodes misent en place pour dénaturer l’Islam.
On constate, encore une fois, qu’il n’y a jamais eu de séparation de la mosquée et de l’Etat.

Yassine a dit…

Pas si étonnant que ça !
Toutes ces révalations viennent confirmer ce qu'on pouvait imaginer sur ce lieu.

Anonyme a dit…

Il faut absolument que les musulmans se réveillent avant que le mal s'installe complétement.

linda a dit…

Articles très très intéressants
à lire et à relire.
Hallucinant de voir ces gens mépriser et manipuler à ce point, une si belle religion que représente l'Islam.

Amine a dit…

Toutes ces tentatives destinées à dénaturer l'Islam sont voués à l'échec.
Ces articles permettent de mettre la lumière sur les dessous de ces institutions qui prétendent oeuvrer pour les musulmans.
Un grand merci à son auteur.

Amine le parisien a dit…

Pourquoi tant d'acharnement contre l'Islam ?

Safia a dit…

Si on s'acharne tant contre l'Islam
c'est que cette religion est une lumière et qu'elle éblouissante lorsqu'on se trouve dans l'obscurité.
Louange à Allah de nous avoir envoyé cette si belle religion et qu'Allah punisse les falsificateurs et les hypocrites.

indigné a dit…

La dignité et le courage de M.Mohammed Boubakeur sont proportionnels à l'hypocrisie et la lâcheté du recteur de "la mosquée" de paris.

Mehdi a dit…

Oui en effet, il y a de quoi être indigné.