lundi 29 août 2011

Introduction aux textes de l'automne 2011

Publié le 28 août 2011 sur le site dieguez-philosophe.com
par Manuel de Diéguez

Il y a maintenant cinquante trois ans que le Général de Gaulle a démontré l'évidence que le politique commande les sciences défricheuses de l'économie et de la monnaie; mais ni les classes dirigeantes des démocraties, ni les économistes dressés sur le piédestal de leur spécialité n'ont encore compris que leur savoir se trompe de quartier général. Comment élargir le champ du regard d'une discipline au-delà de son campement, comment étendre les compétences d'une science aux arpents attenants à son territoire? Chacun s'aveugle à cultiver ses lopins.

Les évènements de l'été, et notamment les conditions grotesques du quatre-vingt seizième relèvement du plafond de la dette américaine ne sont pas près de faire débarquer la logique d'Euclide dans les têtes rebelles à la démonstration du théorème de Pythagore. Mais quand bien même le Congrès et le Sénat du Nouveau Monde auraient augmenté un peu les impôts et diminué les dépenses publiques de quelques centaines de milliards, ces deux homéopathies conjuguées n'en rendraient pas moins inexorable le déclin de l'empire américain, parce que jamais aucune puissance politique ne sera de taille à soutenir indéfiniment les dépenses qu'entraîne l'entretien de mille cent gigantesques bases militaires sur notre astéroïde.

Le son du clairon fait cortège au naufrage du dollar depuis 1944; mais le tocsin sonne maintenant à toute volée. Nos beffrois annoncent à toute la terre que la chute du mur de Berlin a ébranlé davantage les fondements du capitalisme que cent ans de la catéchèse marxiste, parce que les cloches de la religion du profit ont fait croire à tout le monde que ce système économique serait le meilleur, comme si l'universalité de sa folie démontrait sa validité. Jamais la peste ne sera guérie en raison de l'échec des sorciers à remédier au fléau. Les magiciens qui entendaient couper la tête au capitalisme ayant échoué à remettre le guillotiné sur pied, nous sommes à court de trousse aux sortilèges.

La classe dirigeante s'est spécialisée dans la pharmacopée mondiale de se prêter à elle-même une monnaie chimérique. Mais elle ne dispose tout simplement en rien d'une boîte aux utopies de rechange. Et puis, les désastres politiques et économiques sont liés à l'effondrement de la santé même du jugement. Une anthropologie critique sera-t-elle en mesure de faire comprendre à la géopolitique de demain la fatalité qui élèvera Israël au rang de fossoyeur de l'éthique mondiale?

Des centaines de millions de rêveurs ont jugé que le bienfait éternel de l'abolition du capitalisme, donc l'avènement du paradis prolétarien sur la terre valait bien le prix de l'enfer des goulags. Ils se sont trompés: le goulag a tué le communisme et prolongé la survie de l'horreur capitaliste. Et maintenant la Chine et la Russie ne voient pas que le sceptre de l'éthique mondiale retombera entre les mains de l'Amérique s'ils soutiennent Kadhafi et Assad ; et maintenant, la démocratie mondiale ne voit pas que si elle soutient l'asservissement de la Palestine aux ambitions territoriales d'Israël, la planète entière aura sacrifié la liberté sur l'autel de la déraison politique.

C'est pourquoi on demande à l'islam de la pensée et à l'Occident de forger en commun le glaive d'une philosophie de l'esprit. Si la civilisation musulmane ne frappait pas le fer de l'intelligence à venir, jamais Allah n'endossera l'armure d'une théologie de la Liberté, jamais la Palestine ne lancera au Coran et à nous-mêmes les nouveaux défis de la pensée rationnelle.

Les huit textes que je mettrai en ligne jusqu'en octobre tenteront d'illustrer les distanciations nouvelles de l'esprit critique que notre siècle attend de la géopolitique et de la science historique. Mais il ne s'agit que de modestes suggestions à la religion du prophète : que son génie s'ouvre à des entretiens respirants avec la pensée mondiale de demain.

Les cinquante neuf "Lettres persanes" parues sur ce site entre le 3 avril 2007 et le 14 juillet 2007 annonçaient les évènements que 2011 a fait débarquer à grands frais sur la scène internationale. Colletons-nous maintenant avec le récit des progrès que la simianthropologie a accomplis de 2010 à 2050 sous la houlette de l'Ecole de Paris. Il y faut un bref exposé des relations que le "printemps arabe" entretiendra avec le destin de la démocratie.

Le 21 août 2011

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