La première intifada avait éclaté en 1987, la deuxième en septembre 2000. D'après certains observateurs, les troubles de ces derniers jours pourraient être annonciateurs d'un nouveau conflit.
Sélectionné et édité par Hélène Decommer
Si le printemps arabe rayonne, l’été palestinien s’annonce orageux.

En effet, l’auguste marche vers la démocratie dans laquelle se sont engagés les peuples arabes, aussi longue et ardue soit-elle, porte en son sein un véritable espoir : celui de ne plus être soumis à des régimes autoritaires, celui de ne plus avoir à respecter des lois illégitimes établies par des dirigeants corrompus, en somme, celui de contempler un horizon plus dégagé, où liberté et développement économique deviendraient réalité.
Il y a moins de six mois, cette perspective n’était qu’un mirage ; aujourd’hui, bien que le processus de transition démocratique soit heurté, il est de plus en plus tangible. Pour les Palestiniens, rien ne laisse présager d’une telle amélioration de leur situation. Ils risquent, malheureusement, de continuer à vivre à l’ombre des Lumières.
Les récents développements et déclarations sur le conflit israélo-palestinien ne sont pas de nature à soulever l’optimisme … Premièrement, les Etats-Unis, qui détiennent en grande partie les clefs de la paix, se perdent dans leurs contradictions, à l’image du Président Obama qui chancelle sur les chemins de la colombe. Prix Nobel de la paix en 2009, il s’était engagé à résoudre ce conflit, affichant un soutien sans faille à une solution juste et équitable, indépendamment des considérations électorales afférentes à la scène politique américaine. Deux ans plus tard, son discours n’est plus aussi limpide ; au contraire, il devient même abscons, comme en témoignent ses dernières déclarations.
Après avoir mis la pression sur le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, en affirmant clairement son soutien à la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, il a fait machine arrière.
Lors de son discours prononcé devant l’AIPAC, le lobby juif américain le plus influent, il a souligné qu’"Israël et l’Autorité palestinienne négocieront une frontière différente de celle qui existait le 4 juin 1967". Concrètement, cela signifie qu’il devra y avoir échange de territoires entre les deux protagonistes afin de tenir compte de l’évolution démographique. notamment Si, au premier abord, cette idée peut apparaître de bons sens, elle permet surtout à Barack Obama de se positionner pour l’élection présidentielle de 2012.
Rappelons que l’attachement aux frontières de 1967 n’est pas anodin. A l'instar des problématiques relatives au statut de Jérusalem et au droit au retour des réfugiés palestiniens, il s'agit d'une des constantes des différents plans de paix jusqu’à présent élaborés - accords d’Oslo, de Wye Plantation, d’Annapolis etc.
Expliquer qu’il est impossible, dans les faits, de revenir aux frontières de 1967, signifie implicitement que la reconnaissance de la colonisation israélienne est légitime. Or, toute paix durable entre Israël et la Palestine - et plus globalement avec le monde arabe - ne peut être fondée sur un tel postulat.
A cet égard, plusieurs projets de résolution contre la colonisation israélienne ont vu le jour à l’ONU, avant d’être étouffés par le veto américain.

Ainsi, en remettant indirectement en cause les frontières de 1967 comme base de négociation, l'administration Obama pourrait ouvrir la boîte de Pandore ; partant, les discussions sur Jérusalem Est, où les projets de colonisation israélienne se multiplient, et celles sur le droit au retour des réfugiés palestiniens pourraient être progressivement oblitérées.
Dans de telles conditions, obtenir la paix deviendrait illusoire. Par conséquent, il est primordial que le Président Obama marque un soutien infaillible aux frontières de 1967, d’autant plus que l’herméticité du gouvernement israélien ne pousse ni aux compromis ni aux concessions.
En effet, la coalition Likoud-Israël Beytenou arbore une ligne conservatrice d’une dureté rarement égalée. Faut-il rappeler que le ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, est affilié à l’extrême-droite ? D’ailleurs, ses propos trahissent souvent sa volonté de coloniser la Palestine et ne laissent que peu de doutes quant à son "engagement fantôme" pour la paix avec son voisin arabe. Ses aspirations rejoignent en partie celles de M. Netanyahou, dont le soutien à la résolution du conflit est souvent questionné, y compris en Israël.
A cet égard, son discours devant le Congrès américain reflète parfaitement l'hypocrisie du Premier ministre israélien ; après avoir martelé son désir d'établir une paix durable avec la Palestine, il a énoncé une litanie de pré-conditions, dont la plus éminente est son refus de revenir "aux lignes indéfendables de 1967", qui rend, de facto, toute négociation impossible.
En s'enfonçant autant dans les abîmes de la mauvaise foi, il aurait pu aller jusqu'à demander à Mahmoud Abbas d'amener un Snickers à la table des négociations ... En comparaison de ses autres doléances, cette condition aurait semblé presque sérieuse...
Autrement dit, tout compromis avec le gouvernement israélien actuel sera difficile. Il faudra probablement patienter jusqu'en 2013, date des prochaines élections israéliennes, pour éventuellement relancer les négociations de paix.
En attendant, que peut faire l’Autorité palestinienne ? Désormais, la réponse est en partie connue : s’unir et faire cavalier seul. L’accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah, les deux principaux partis, dont le premier est considéré comme un mouvement terroriste par les Etats-Unis et l’Union Européenne, consacre la première étape.

Par ailleurs, comme Israël et la communauté internationale ne peuvent offrir le salut à la Palestine, alors elle ne peut le chercher que par elle-même. Ce raisonnement explique l’activité diplomatique de Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne, depuis plus d’un an : il souhaite la reconnaissance de l'Etat palestinien à l'ONU, en septembre prochain.
Après avoir obtenu le soutien des pays d’Amérique du Sud, de nombreux Etats, dont la France, pourraient donner leur aval. Cependant, il est quasiment acquis que les Etats-Unis s'opposeront à cette reconnaissance, faisant de nouveau jouer leur droit de veto.
Si le refus américain peut se comprendre, de par son habitude à protéger son allié historique israélien et sa volonté de parvenir à un compromis durable plutôt qu'à une solution transitoire unilatérale, il n'en reste pas moins potentiellement dangereux. Aujourd'hui, l'Autorité palestinienne concentre tous ses efforts sur la reconnaissance de l'Etat palestinien à l'ONU. Elle est soutenue par la rue qui y voit le moyen d'améliorer ses conditions de vie, au demeurant déplorables, notamment à Gaza.
Or, cette action de l'Autorité palestinienne devant l'ONU apparaît, dans une large mesure, comme la dernière chance. Un nouveau camouflet se traduirait probablement par une révolte massive des Palestiniens, ce qui pourrait marquer le début d'une nouvelle intifada.
Il convient de souligner que sa déflagration et ses incidences seraient d'autant plus fortes que les révolutions arabes ont modifié les équilibres diplomatiques et géopolitiques Proche et Moyen-Orientaux.
Solidaires de la Palestine, les peuples arabes souhaitent que leurs représentants soutiennent activement la population de Gaza et de Cisjordanie ; si cette dernière se lance dans une nouvelle intifada contre Israël, le monde arabe l'accompagnera et s'y associera pleinement.
Certains n'hésiteront pas à faire du zèle, comme l'illustre la délcaration de Mohamed El-Baradei, candidat à la future présidentielle égyptienne, qui a déclaré que si "Israël attaquait Gaza, l'Egypte riposterait". Pour autant, cette posture "nassérienne" ne rappelle aucun bon souvenir ni à la Palestine, ni aux pays arabes, ni aux partisans de la paix.
Par conséquent, si les critères pour obtenir une paix durable entre Israël et la Palestine sont connus, les paramètres politiques actuels obligent à envisager le pire scénario qui serait une violente réactivation et réarabisation du conflit.
Dans ce contexte, la reconnaissance d'un Etat palestinien à l'ONU ne semble pas être si pernicieuse ; à défaut d'être une solution viable, elle permettrait de rééquilibrer le rapport de force entre la Palestine et Israël, ce qui pourrait obliger le gouvernement israélien à engager des négociations sur des bases plus justes et équitables, et éviterait ainsi le déclenchement d'un nouveau conflit, dont l'envergure pourrait porter atteinte à la sécurité et à la paix internationales.
URL du billet: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1462;vers-une-troisieme-intifada.html
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