La CIA aurait financé "deux armées privées" en Afghanistan avec l’argent du trafic de la drogue.
La hausse des prix de l’opium en Afghanistan qui a presque triplé en 2010 préoccupe le gouvernement afghan qui craint que cela ne pousse les paysans à étendre leurs cultures illégales de la plante.
Selon une rapport annuel de l’ONU pour la Drogue et le Délit (ONUDD) l’augmentation de la valeur du pavot dans le pays est due à une épidémie qui a détruit la moitié de la production de l’année antérieure.
Le rapport explique que les dégâts causés par le champignon à la plante qui ressemble beaucoup au coquelicot a fait tomber la production de 48% pour arriver à environ 3 600 tonnes. Cette situation a causé une baisse sensible des récoltes des provinces méridionales de Helmand et Kandahar qui sont reconnues comme étant les bastions des Talibans.
La diminution des cultures de l’opium de ce pays dont les dérivés comme la morphine ou l’héroïne entre autres sont parmi les drogues qui engendrent le plus de dépendance au monde, a causé une hausse des prix de 164% en 2010. Le prix du produit est monté à 169 dollars le kilo presque trois fois plus que les 64 dollars qu’il coûtait en 2009.
Selon la ONUDD, les revenus des paysans producteurs de cette plante, dont la culture légale à l’échelle internationale est régie par la Convention Unique des Narcotiques de l’ONU et par d’autres traités et se trouve sous le contrôle individuel de chacun des pays qui en produit, ont augmenté de 36%.
Toujours selon cet organisme, l’augmentation des prix en Afghanistan n’a pas profité aux pays voisins importateurs d’opium comme l’Iran, la Pakistan et d’autres pays d’Asie centrale. Contrairement à la tendance à la réduction des terres ensemencées constatée de 2007 à 2009, la surface totale de culture du pavot a été de 123 000 hectares l’année dernière.
Selon l’estimation internationale, les pays du sud-est asiatique sont les plus importants producteurs d’opium pour l’exportation sous forme d’héroïne. L’Afghanistan fournissait les trois-quart de la récolte globale mais, à cause de la chute de la production de l’année dernière il en est venu à représenter presque 80% de la production mondiale.
Selon Pedro Blas García, le directeur de la rédaction de la revue sud américaine Asia y Oceanía, les documents de Wikileaks ainsi que des sources anonymes citées par des quotidiens comme The Washington Post montrent que c’est dans la capitale étasunienne que se prennent les décisions pour solutionner le trafic de drogues en Afghanistan.
Avant 2001, l’année de l’invasion de l’OTAN dans ce pays, la CIA a équipé méticuleusement deux seigneurs de la guerre afghans Gulbudin Hekmatyar et Abu Rasul Sayyaaf : les fonds pour leurs "armées privées" provenant du trafic de drogue ont permis de "neutraliser" toute velléité d’opposition d’une manière "massive et imprudente" selon les informations publiées dans le Washington Post.
Peter Dale Scott, qui a publié un grand article détaillé sur Tomdispatch a affirmé que "les membres du gouvernement du président Hamid Karzai ont reçu des pots de vin d’un montant supérieur à 2 500 millions de dollars" un peu moins du quart de ce que génère l’économie afghane.
Il a ajouté que "le seul capital en espèces" qui existe en Afghanistan est celui que génère la drogue par l’intermédiaire d’un réseau compliqué dans lequel la CIA a inclus entre 25 et 30 des principaux trafiquants, la plupart d’entre eux ayant des bases dans le sud du pays et contrôlant les transactions et les expéditions -en plus d’une armée de mercenaires recrutés par des entreprises privées.
Des données comme celles-ci sont publiées (en préservant l’anonymat des sources pour les protéger) par des spécialistes et des experts de la Banque Mondiale qui ont mentionné le rôle de groupes financiers comme City Group, Bank of New York et Bank of Boston dans le blanchissement de l’argent de la drogue.
La CIA et autres liens
Un frère de Hamid Karzai, Ahmed Wali et le seigneur de la guerre Abdul Rashid Dostum se trouvent dans la longue "liste des employés" de la CIA et sont considérés comme deux personnalités "de poids et d’influence" du commerce de la drogue.
L’Agence s’est ainsi substituée aux sources anciennes de l’opium et de l’héroïne établies en Birmanie, au Laos et en Thaïlande dont l’existence est attestée jusque dans le film American Gangster avec Denzell Washington et Russell Crowe et mis en scène par le célèbre Ridley Scott.
En une occasion, le porte parole même de la CIA, Paul Gimigliano, a déclaré : "Nous continuerons à payer tous ceux qui peuvent nous aider comme nous le faisons depuis 2001", et il a ajouté : "Les spéculations sur qui nous aide à le faire sont aussi dangereuses que contre productives."
Dans la confusion infernale qui règne actuellement en Afghanistan, la CIA étasunienne ne semble pas être la seule chargée de ce commerce, comme cela a été largement révélé en 2010 à une conférence internationale sur la drogue en Russie.
Selon les sources les plus diverses, y compris le gouvernement de Karzai lui-même, les services secrets du Royaume Uni ont aussi pris des mesures en collaboration avec la CIA pour "garantir la sécurité et la stabilité" (de ce commerce) en Afghanistan.
Du moins c’est ce que semble prouver les accusations qui ont été portées contre une douzaine d’officiels britanniques et un conseiller important du président Karzai, Mohamed Zia Salehi ; ils ont été jugés mais pas condamnés pour trafic de drogue et acceptation de pots de vin.
Pour consulter l’original : http://www.bolpress.com/art.php?Cod...
Traduction : D. Muselet pour LGS
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