Saber Lahma contre George Bush. Saber Lahmar, un Algérien de 42 ans, qui a passé huit ans au camp de Guantanamo à Cuba avant d'être libéré en 2009, va porter plainte contre les autorités américaines, notamment l'ancien président George W. Bush, pour détention abusive. Saber qui a quitté l'Algérie au milieu des années 1990 vivait en Bosnie avant d'être arrêté et détenu dans le camp de Guantanamo. Aujourd'hui, il réclame justice pour ses huit ans à Guantanamo.
Saber Lahmar, originaire de Constantine, a été arrêté le 18 octobre 2001, après la fouille de la maison de Sarajevo où il résidait avec sa femme bosnienne et son fils de deux ans. Il enseignait alors l'arabe dans un centre culturel islamiste financé par l'Arabie Saoudite.
« En octobre 2001, la police bosnienne a débarqué chez moi à 20 heures. Ils ont fouillé ma maison jusqu'à 2 heures du matin. Après avoir vérifié ma voiture, ils m'ont amené au commissariat, où j'ai été soumis à un long interrogatoire », a-t-il raconté au journal Sud Ouest.
A sa sortie de trois mois en détention préventive, des « voitures américaines » l'attendaient. Sans explication, il était emmené à Guantanamo.
« J'ai fait trois mois de détention préventive, raconte-t-il encore à Sud Ouest et le juge a reconnu n'avoir aucune raison de me garder. Je pensais rentrer à la maison. Mais, à la porte de la prison, des policiers bosniens et des militaires américains m'ont interpellé. J'ai été emmené à la base américaine de l'aéroport de Sarajevo. On m'a encagoulé, passé les menottes aux mains et aux pieds, et je suis resté trois jours attaché au sol et frappé par les soldats. Puis on m'a passé une combinaison orange et embarqué en hélicoptère pour la base de Tuzla, puis vers une base en Turquie. »
Suivent huit ans « d'une vie d'animal », selon lui, dans une cellule en métal de 2 X 1,5 mètre, émaillée de « tortures étudiées selon des programmes validés par les responsables politiques américains » : pauses de 18 heures sur un siège très bas sans dossier, privation de sommeil, électricité, simulation de noyade...
« J'ai été interrogé par tous les services - FBI, CIA, sécurité militaire - et ils me disaient que j'étais là pour donner des informations. Ils n'avaient pas l'air de bien savoir ce qu'ils cherchaient. Il y avait un interrogatoire tous les vingt jours », relate Saber Lahmar.
Soumis à différentes tortures, Il aurait « aimé avoir quelque chose à avouer, mais il n'avait rien, et souhaité comprendre ce qu'ils cherchaient, mais eux-mêmes ne semblaient pas le savoire. Aujourd'hui Saber « voudrait que les Américains s'appliquent à eux-mêmes le respect du droit qu'ils exigent des autres ».
Finalement, le 20 novembre 2008, le juge du district de Columbia Richard J. Leon le libère avec quatre autres hommes, faute de preuve qu'ils voulaient « se rendre en Afghanistan pour combattre les forces américaines et alliées », hypothétique projet, unique motif de leur détention. M. Lahmar reste cependant encore neuf mois, comme oublié dans le camp.
Au terme d'un accord franco-américain, M. Lahmar, qui a eu entre-temps en Bosnie une fillette qu'il n'a jamais vue, arrive à Bordeaux. Il est aujourd'hui sans travail et « complètement dans le brouillard » quant à sa situation juridique, se demandant si la France « ne s'est pas contentée de prendre l'argent des Américains » sans plus se préoccuper de lui.
Son avocat bordelais Me Pierre Blazy, qui s'occupe de la plainte, a souligné « le préjudice énorme et incontestable » subi pendant huit ans par cet homme « qui a tout perdu ».
Avec AFP et Sud Ouest
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![]() | Laura-Julie Perreault |


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