Sur une estrade, un homme crie à tue-tête. Furieux, il affirme que plus de 800 000 scientifiques et savants ont fui l'Égypte durant les dernières décennies. « Soyez fiers d'être Égyptiens, lance-t-il. Les Occidentaux sont à la pointe de la technologie, parce que nos jeunes diplômés ont fui l'Égypte et travaillent pour eux. Rendez-nous nos chercheurs et nous redeviendrons une nation digne de ce nom », s'écrie-t-il, applaudi par des centaines de manifestants attroupés devant lui.
Dans un espace vide, un jeune Égyptien est debout, solitaire, les yeux fermés. Une pancarte placée sur sa tête demande à ses compatriotes de n'acheter que des produits « made in Egypt ». « La justice est avant tout une justice sociale, explique-t-il. Il nous faut des emplois. Il faut travailler, ouvrir les usines, pour que les gens puissent gagner de l'argent et vivre dignement », ajoute-t-il.
Un peu plus loin, une centaine de manifestants islamistes scandent des slogans antiaméricains. Ils sont face à face avec des militaires qui bloquent la rue vers l'ambassade américaine au Caire. C'est la seule présence militaire durant toute la manifestation. Les jeunes eux-mêmes ont bloqué les entrées vers la place ; ils sont responsables de l'organisation et du bon déroulement de la manifestation.
Sur l'immense esplanade de la place Tahrir, la foule devient plus dense et les slogans plus agressifs. Une énorme banderole sur laquelle est écrit « Le peuple veut juger le président » donne le ton de la manifestation d'hier. Autour de l'estrade principale, les manifestants sont surchauffés. « Justice, justice, nous voulons la justice pour nos martyrs », s'écrient-ils. Ils écoutent tous un « simulacre de procès » organisé par les manifestants avec magistrats, procureurs et avocats, pour juger Hosni Moubarak, ses fils, sa femme Suzanne et d'anciens dirigeants. Les témoins montent à la « barre » à tour de rôle et accusent l'ancien président d'avoir volé son peuple, sa femme d'avoir dilapidé l'argent public, les responsables sécuritaires d'avoir ordonné de tirer sur les manifestants au début de la révolution. Les gens sont tendus, énervés. Le flux des protestataires est bloqué. Personne ne passe. Une femme, brandissant des portraits de « martyrs », se met à hurler. La foule lui répond avec des « Allah w Akbar, Dieu est Grand ! » Et puis, le verdict du peuple tombe : la peine capitale pour tous les anciens dirigeants égyptiens. Les manifestants, exaltés, commencent à crier : « À mort le despote ! À mort le despote ! »
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L'armée égyptienne a dispersé par la force vendredi soir plusieurs centaines de manifestants restés sur la place Tahrir du Caire, a rapporté un témoin. Les forces armées ont notamment tiré en l'air et fait usage de matraques.
Des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées vendredi sur cette place, épicentre de la contestation ayant abouti le 11 février au départ du président Hosni Moubarak.
Les manifestants souhaitaient ainsi exhorter l'armée, qui a pris les rênes du pays, à répondre à leurs revendications, notamment en ce qui concerne des poursuites judiciaires contre l'ancien chef de l'Etat.
Dans la soirée, les forces de sécurité égyptiennes ont encerclé la place, ont tiré en l'air, ont fait usage de pistolets paralysants et de matraques et ont procédé à des arrestations pour disperser les derniers manifestants, selon un témoin interrogé au téléphone par Reuters.
"Ils s'approchent de nous avec une force particulièrement agressive, je vois des gens courir dans toutes les directions", a déclaré Mohamed Fahmi, tandis que résonnaient derrière lui des cris et des coups de feu, tirés en l'air par la police selon ce témoin.
L'armée bénéficie d'un large soutien au sein de la population depuis qu'elle a pris directement les commandes du pays en promettant de remettre le pouvoir à un gouvernement civil issu d'élections. Elle est aussi de plus en plus contestée et il lui est surtout reproché une lenteur dans la mise en oeuvre des procédures judiciaires contre Hosni Moubarak.
L'armée a déjà dispersé par la force une précédente manifestation sur la place Tahrir après le renversement de Moubarak. Elle avait présenté des excuses le lendemain, affirmant qu'aucun ordre n'avait été donné pour cette intervention.
L'ancien président, âgé de 82 ans, et sa famille vivent dans la station balnéaire de Charm el Cheikh depuis leur départ du Caire. Il leur est interdit de quitter l'Egypte.
(ats / 09 avril 2011 05:58)

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