par Pierre Klochendler
TEL AVIV, 27 avril (IPS) - Un petit rassemblement d'éminents intellectuels israéliens de gauche en faveur d'un Etat palestinien a relancé le débat dormant sur la moralité et la durabilité de l'occupation israélienne de plus de 43 ans. De nouvelles voix s’élèvent pour soutenir la reconnaissance de la Palestine.
Un rassemblement de la société civile a eu lieu pendant les célébrations du Pessah, cette fête qui marque le passage biblique du peuple d'Israël de l'esclavage à la liberté dans la Terre Promise. A l’occasion de ce rassemblement, les militants ont signé une déclaration d'indépendance palestinienne à la sortie d’Independence Hall soit là où, le 14 mai 1948, le dirigeant juif David Ben Gourion avait proclamé la création de l'État d'Israël.
« Nous appelons tous les défenseurs de la paix et de la liberté à encourager les citoyens des deux Etats à maintenir une paix fondée sur les frontières de 1967. La fin complète de l'occupation est une condition fondamentale pour la liberté des deux peuples », précise le communiqué de presse.
L'invitation à signer ce document présentée aux passants a provoqué la fureur des militants de droite qui n’ont pas hésité à perturbé l’événement. « Au lieu d'être le premier pays à soutenir l'indépendance palestinienne, Israël se met à dos la communauté internationale. C'est un désastre moral. Nous risquons d’être isolés comme l’était le régime d'apartheid en Afrique du Sud », affirme Sefi Rachlevsky, un des organisateurs.
Le ministre israélien de la Défense prédit un « tsunami diplomatique » lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies en septembre avec des conséquences désastreuses pour Israël. C’est là que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas tentera d’obtenir un maximum de soutien pour la reconnaissance du nouvel Etat palestinien. Plus de 110 pays l’ont déjà reconnu et une trentaine d’autres se prépare à faire de même. Pour être membre de l’ONU, il faut avoir l’accord du Conseil de sécurité ainsi que deux tiers des voix (soit 128 pays appuyant la demande) à l’Assemblée générale. Le soutien massif à la Palestine sera proportionnel à l'isolement diplomatique d'Israël.
Netanyahu Les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens avaient repris en septembre 2010 sous la houlette des Américains mais elles se sont soldés par un échec suite au refus d’Israël de prolonger le gel de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a insisté sur le fait que de nouvelles discussions ne pouvaient se tenir que sans conditions préalables. Les précédentes colonisations n'ont pas empêché les négociations, a-t-il rappelé. En cas de reconnaissance en qualité d'Etat membre de l’ONU, la Palestine pourra vraiment mener une action internationale en demandant des sanctions contre Israël pour sa politique de colonisation et plus se contenter de simples condamnations. Les prochaines négociations devront également se tenir avec deux Etats égaux et non plus entre un Etat israélien superpuissant et une entité palestinienne faible aux territoires non définies. Autour de la table on aura un nouvel Etat palestinien disposant d’une légitimité en hausse face à un Etat israélien en baisse de légitimité. Mais la question risque aussi de se limiter à une différence sémantique car l’indépendance ne signifie pas automatiquement une pleine souveraineté. Mais il est difficile d’imaginer qu’Israël puisse continuer sa politique de colonisation dans un Etat voisin reconnu internationalement, le monde entier soutiendra l’intégrité territoriale du pays agressé.
L’éditorialiste Ari Shavit invite Netanyahu à déclarer qu’ « Israël ne dirigera pas les Palestiniens et qu’elle finira par se retirer aux frontières de 1967. Il ne s’agit pas de faire la paix mais de mettre fin au conflit en évitant une défaite ».
Veto américain
Si les Etats-Unis utilisent leur droit de veto au Conseil de sécurité, les Palestiniens pourront encore défendre leur cause devant les membres de l’Assemblée générale des Nations Unies où il n’existe pas de droit de veto mais les résolutions ne sont pas non plus contraignantes. Les Israéliens bénéficient également du même droit pour se défendre.
Plus de soixante ans auparavant, l’Assemblée générale a adopté la fameuse résolution 181 prévoyant un « plan de partage » de la Palestine sous mandat colonial britannique entre deux Etats : un Etat juif et un Etat arabe. Cette résolution 181 a été acceptée par Ben Gourion mais rejeté par les pays arabes qui ont mené sans succès une guerre contre le nouvel Etat d’Israël.
Yossi Sarid, ex-ministre israélien de gauche, déclare que « même Ben Gourion aurait peut-être signé pour l’indépendance de la Palestine s’il avait pu voir la manière dont ses successeurs refusent de reconnaître le plan de partage des territoires ». « Au lieu d’avoir peur de l’Etat palestinien, Israël ferait mieux de le reconnaître », écrit Zvi Baril dans les colonnes du quotidien Haaretz. « L’Assemblée générale ne devrait pas être une arène pour gladiateurs où un seul peut survivre ». Sans une réelle initiative de paix, Netanyahu risque d’être le seul gladiateur qui entrera dans l'arène en septembre prochain alors que les Palestiniens et la communauté internationale iront s'asseoir dans les gradins pour lever le pouce d’approbation en faveur de la Palestine.
(FIN/IPS/2011)
TEL AVIV, 27 avril (IPS) - Un petit rassemblement d'éminents intellectuels israéliens de gauche en faveur d'un Etat palestinien a relancé le débat dormant sur la moralité et la durabilité de l'occupation israélienne de plus de 43 ans. De nouvelles voix s’élèvent pour soutenir la reconnaissance de la Palestine.
Un rassemblement de la société civile a eu lieu pendant les célébrations du Pessah, cette fête qui marque le passage biblique du peuple d'Israël de l'esclavage à la liberté dans la Terre Promise. A l’occasion de ce rassemblement, les militants ont signé une déclaration d'indépendance palestinienne à la sortie d’Independence Hall soit là où, le 14 mai 1948, le dirigeant juif David Ben Gourion avait proclamé la création de l'État d'Israël.
« Nous appelons tous les défenseurs de la paix et de la liberté à encourager les citoyens des deux Etats à maintenir une paix fondée sur les frontières de 1967. La fin complète de l'occupation est une condition fondamentale pour la liberté des deux peuples », précise le communiqué de presse.
L'invitation à signer ce document présentée aux passants a provoqué la fureur des militants de droite qui n’ont pas hésité à perturbé l’événement. « Au lieu d'être le premier pays à soutenir l'indépendance palestinienne, Israël se met à dos la communauté internationale. C'est un désastre moral. Nous risquons d’être isolés comme l’était le régime d'apartheid en Afrique du Sud », affirme Sefi Rachlevsky, un des organisateurs.
Le ministre israélien de la Défense prédit un « tsunami diplomatique » lors de la prochaine Assemblée générale des Nations Unies en septembre avec des conséquences désastreuses pour Israël. C’est là que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas tentera d’obtenir un maximum de soutien pour la reconnaissance du nouvel Etat palestinien. Plus de 110 pays l’ont déjà reconnu et une trentaine d’autres se prépare à faire de même. Pour être membre de l’ONU, il faut avoir l’accord du Conseil de sécurité ainsi que deux tiers des voix (soit 128 pays appuyant la demande) à l’Assemblée générale. Le soutien massif à la Palestine sera proportionnel à l'isolement diplomatique d'Israël.
Netanyahu Les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens avaient repris en septembre 2010 sous la houlette des Américains mais elles se sont soldés par un échec suite au refus d’Israël de prolonger le gel de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a insisté sur le fait que de nouvelles discussions ne pouvaient se tenir que sans conditions préalables. Les précédentes colonisations n'ont pas empêché les négociations, a-t-il rappelé. En cas de reconnaissance en qualité d'Etat membre de l’ONU, la Palestine pourra vraiment mener une action internationale en demandant des sanctions contre Israël pour sa politique de colonisation et plus se contenter de simples condamnations. Les prochaines négociations devront également se tenir avec deux Etats égaux et non plus entre un Etat israélien superpuissant et une entité palestinienne faible aux territoires non définies. Autour de la table on aura un nouvel Etat palestinien disposant d’une légitimité en hausse face à un Etat israélien en baisse de légitimité. Mais la question risque aussi de se limiter à une différence sémantique car l’indépendance ne signifie pas automatiquement une pleine souveraineté. Mais il est difficile d’imaginer qu’Israël puisse continuer sa politique de colonisation dans un Etat voisin reconnu internationalement, le monde entier soutiendra l’intégrité territoriale du pays agressé.
L’éditorialiste Ari Shavit invite Netanyahu à déclarer qu’ « Israël ne dirigera pas les Palestiniens et qu’elle finira par se retirer aux frontières de 1967. Il ne s’agit pas de faire la paix mais de mettre fin au conflit en évitant une défaite ».
Veto américain
Si les Etats-Unis utilisent leur droit de veto au Conseil de sécurité, les Palestiniens pourront encore défendre leur cause devant les membres de l’Assemblée générale des Nations Unies où il n’existe pas de droit de veto mais les résolutions ne sont pas non plus contraignantes. Les Israéliens bénéficient également du même droit pour se défendre.
Plus de soixante ans auparavant, l’Assemblée générale a adopté la fameuse résolution 181 prévoyant un « plan de partage » de la Palestine sous mandat colonial britannique entre deux Etats : un Etat juif et un Etat arabe. Cette résolution 181 a été acceptée par Ben Gourion mais rejeté par les pays arabes qui ont mené sans succès une guerre contre le nouvel Etat d’Israël.
Yossi Sarid, ex-ministre israélien de gauche, déclare que « même Ben Gourion aurait peut-être signé pour l’indépendance de la Palestine s’il avait pu voir la manière dont ses successeurs refusent de reconnaître le plan de partage des territoires ». « Au lieu d’avoir peur de l’Etat palestinien, Israël ferait mieux de le reconnaître », écrit Zvi Baril dans les colonnes du quotidien Haaretz. « L’Assemblée générale ne devrait pas être une arène pour gladiateurs où un seul peut survivre ». Sans une réelle initiative de paix, Netanyahu risque d’être le seul gladiateur qui entrera dans l'arène en septembre prochain alors que les Palestiniens et la communauté internationale iront s'asseoir dans les gradins pour lever le pouce d’approbation en faveur de la Palestine.
(FIN/IPS/2011)
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