mercredi 30 mars 2011

Syrie: Assad douche les espoirs de réforme

Publié le 30 mars 2011 sur le site romandie.com

NICOSIE - Le discours prononcé par le président Bachar al-Assad mercredi douche les espoirs de réforme politique en Syrie et annonce la poursuite de la répression, a déclaré à l'AFP Haitham Maleh, un avocat militant de la cause des droits civiques en Syrie.

Le président syrien Bachar Al Assad

"Il n'a rien dit", a déclaré M. Maleh lors d'un entretien téléphonique. "Nous avons déjà entendu ce discours. Ils disent toujours qu'il faut du changement et faire quelque chose mais en fait rien n'arrive", a-t-il dit.

Bachar al-Assad n'a annoncé mercredi aucune réforme politique lors d'un discours devant le Parlement très attendu après les émeutes de ces deux dernières semaines qui ont fait 130 morts, selon des organisations des droits de l'Homme, et une trentaine selon les autorités.

Le président syrien a affirmé qu'une "conspiration" était à l'origine des émeutes mais il n'a annoncé aucune des mesures de libéralisation du régime dont l'imminence avait été pourtant annoncée par ses proches.

"Tout le monde attendait ce qu'il avait à dire, ce qu'il allait faire, mais...rien", a déploré cet avocat. Emprisonné en octobre 2009, il a été libéré la semaine dernière et a passé au total huit ans en prison.

"Le gouvernement n'est pas prêt à nous accorder des droits", a indiqué M. Maleh. "Nous avons besoin de beaucoup de choses et il n'a rien fait jusqu'à présent alors qu'onze ans sont passés", a-t-il affirmé, en référence à Bachar al-Assad, arrivé au pouvoir en 2000 en succédant à son père Hafez al-Assad.

L'un des thèmes récurrents du discours du président syrien était le thème de la "fitna" ("conspiration et chaos") et les allusions au fait que la Syrie pourrait se diviser entre sectes religieuses en raison d'une intervention étrangère, comme l'Irak voisin depuis 2003.

"Nous sommes toujours sous la pression de l'extérieur. Il y a Israël, l'Occident, les puissances étrangères. Nous entendons cette histoire depuis son père", a lancé le militant des droits de l'Homme syrien, âgé de 80 ans.

Il a averti que l'opposition syrienne allait lancer des grèves et appeler à de nouvelles manifestations à partir de vendredi, jour traditionnel de la prière et de repos dans le monde musulman.

"Les manifestations vont continuer. Nous avons demandé des changements, notre liberté, la démocratie. Rien n'a changé et maintenant nous n'avons d'autre choix que de descendre dans la rue", a-t-il dit, en ajoutant que "le tsunami du changement qui est parti de Tunis va toucher tous les pays de la région y compris la Syrie".

Les régimes tunisiens et égyptiens ont été successivement renversés sous la pression de la rue et la Libye est actuellement la proie d'une guerre civile entre le pouvoir de Mouammar Kadhafi et la rébellion.

Selon l'avocat, les manifestations pourraient devenir violentes, comme cela a été le cas dans la ville de Deraa (sud) la semaine dernière où, selon les organisations des droits de l'Homme, plus de cent personnes ont été tuées.

"Ils nous attaquent. L'ensemble du régime, de haut en bas ne veut pas du changement. Les arrestations n'ont pas arrêté depuis l'arrivée d'Assad au pouvoir. Chaque jour, chaque heure, ils arrêtent des gens. Personne ne veut nous entendre", a déploré Haitham Maleh.

Le régime syrien a libéré plusieurs militants des droits de l'Homme, dont M. Maleh, depuis le début de la contestation. Haitham Maleh a toutefois indiqué que 11 prisonniers politiques étaient toujours détenus dans la prison d'Adraa, dans la banlieue de Damas, où lui même a été prisonnier, et que 4.000 l'étaient dans l'ensemble du pays.

(©AFP / 30 mars 2011 17h22)

URL du billet: http://www.romandie.com/ats/news/110330152241.q56fdwjw.asp

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