Par Emilie Nourra

J’aurais pu vous dire avoir le cœur en berne. J’aurais pu cracher ma haine, crier mes larmes, mais je n’en ferai rien.
Aujourd’hui et plus que jamais, il faut garder la tête haute, rester digne. La chasse aux sorcières est lancée certes par les sbires de notre pin’s national : on accuse le musulman de tous les maux, qu’il soit immigré ou autochtone. On l’accuse de salir la France et sa pureté judéo-chrétienne, d’envahir les rues de ses braves riverains, d’imposer à ses citoyens d’égorger outrageusement son bétail dans des abattoirs ou dans des baignoires.
Pour certains, le musulman est mauvais, il viole vos femmes, tue vos enfants, vole votre travail et pille vos ressources. Pire encore, il tente de vous imposer son mode de vie archaïque en couvrant ses femmes et ses filles d’un accoutrement avilissant. Oui, le musulman est le Mal incarné et si nous n’entrons pas en croisade immédiatement pour remettre notre société Française dans le droit chemin de la sacro-sainte Laïcité, plus rien ne sera jamais comme avant.
Fini la baguette et le béret, l’apéro et le vieux pané. Fini le petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles. Terminés les après midis à jouer à la pétanque avec nos bons copains. Cette France là n’existera plus, elle fera place à l’obscurantisme islamiste, aux barbus et aux burqas, les talibans envahiront nos places et nous serons forcés de manger du couscous halal à tous les repas. Voilà (en gros) les peurs sur lesquelles notre chère majorité présidentielle veut construire son avenir politique (pas le couscous, entendons-nous bien, je parle plutôt de ce scénario catastrophe).
Bien entendu tout ceci m’écœure. J’ai mal de lire dans la presse ou d’entendre à la radio nos politiques nous insulter ou se taire face à l’islamophobie ambiante. Bien sûr j’ai envie de hurler ma rage et quelques larmes ont coulé. Mais quelqu’un m’a dit : « Ils ne méritent pas une seule de nos larmes. Il ne faut pas céder au désespoir, même pas une seconde. Défendons nos droits. Dignement. Fermement. ». C’est vrai.
Je ne vais donc pas pleurer.
N’en déplaise à Luc Châtel, vendredi prochain, j’irai faire de la soupe au caillou dans la classe de mon fils. Je porterai mon voile et je couperai carottes et navets avec les enfants. Je ne serai ni neutre ni prosélyte. Je serai juste moi. La neutralité n’existe pas, notre apparence tout comme notre comportement sont et font ce que nous sommes aux yeux des autres. J’irai peut être même au théâtre avec eux un autre jour, les accompagnerai lors de sorties si on a besoin de moi.
Claude Guéant peut continuer à s’agiter. Mes vêtements ne s’allègeront ni ne se raccourciront, que je flâne sur les berges de la Seine ou que je fasse mes courses, que je joue avec mes enfants dans un square ou que je reçoive des soins à l’hôpital. Je resterai celle que je suis, fière et digne.
J’ai vite séché mes larmes et les ai troquées contre un sourire. Un sourire moqueur car ils pourront toujours s’échiner à nous faire flancher et à vouloir qu’on s’assimile, rien n’y fera. Chacun de nous définit une part de l’identité française. Aucun de nous moins que les autres. Un sourire franc parce que ma seule arme, la plume est toujours mienne et qu’elle me permettra aussi longtemps que je le souhaite de clamer ce que je vis et ressens.
Un sourire sincère enfin, car bon nombre de nos citoyens ne se laissent pas berner par ces bouffons sans âme. Certains se lèvent contre leurs discours haineux et ségrégationnistes. Ainsi va la vie, je préfère de loin être du côté de ceux qui se battent face à l’injustice. Le tout est de toujours garder les yeux ouverts et de ne pas courber l’échine.
URL du billet: http://www.foulexpress.com/2011/03/29/resistance-une-femme-musulmane-releve-la-tete/
1 commentaires:
Exemple de dignité !
Voilà la richesse de la France !
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