
L’ONU pourrait donner vers 23h son feu vert à une opération militaire. En représailles, le pouvoir libyen menace de s’attaquer au trafic maritime et aérien en Méditerranée. Les forces loyalistes « arrivent » à Benghazi, a déclaré jeudi Kadhafi à la télévision.
Des raids aériens ciblés pourraient intervenir dans la nuit de jeudi à vendredi sur des positions de l’armée libyenne, dès l’obtention d’un feu vert de l’ONU à un recours à la force, a-t-on appris de sources proche du dossier et diplomatiques françaises. La France et ses partenaires se préparent à agir dès que la résolution sur la Libye sera adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU (décision prévue à 23h), a déclaré aujourd’hui le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.
Interrogé ce soir sur France 2, le premier ministre François Fillon a appuyé cette position en déclarant que la France souhaitait une action militaire dans les toutes prochaines heures en cas d’adoption de la résolution sur la Libye par le Conseil de sécurité de l’ONU.
La Libye avait mis en garde peu auparavant contre toute opération militaire étrangère sur son territoire. Le pays a menacé de s’attaquer au trafic aérien et maritime civil et militaire en Méditerranée. Un porte-parole du ministère libyen de la Défense cité par l’agence officielle Jana a précisié que « tout élément mobile civil ou militaire sera la cible d’une contre-offensive libyenne », a-t-il ajouté. « Et le bassin méditerranéen sera exposé à un grave danger non seulement à court terme mais aussi à long terme ».
Les forces pro-Kadhafi semblent de nouveau gagner du terrain en Libye. L’armée, loyale au dirigeant contesté par les insurgés, est arrivée jeudi aux portes de Benghazi, deuxième ville du pays située dans l’est et bastion de l’insurrection depuis plus d’un mois, a affirmé la télévision d’Etat libyenne. Une information aussitôt démentie par les rebelles. « La ville de Zuwaytinah est sous contrôle des forces armées qui sont aux portes de Benghazi », indiquait la chaîne al-Libya. Zuwaytinah se trouve à environ 150 km au sud de Benghazi, ville portuaire sur la Méditerranée où siège le Conseil national de transition, l’instance dirigeante mise en place par les insurgés. « La situation est calme à Benghazi », a au contraire assuré un porte-parole de la rébellion sur place. « Les forces de Kadhafi ont essayé de mener un raid aérien sur la ville, mais la défense anti-aérienne a repoussé l’offensive et a fait tomber deux avions », a-t-il ajouté.
Plus à l’ouest, la situation est tout aussi confuse à Misrata, troisième ville du pays, peuplée de 500.000 habitants. La télévision d’Etat a annoncé que l’armée a pris le contrôle de la ville « et la purge actuellement des gangs criminels armés ». Une information également démentie par un porte-parole des rebelles, qui assure que la ville est toujours aux mains des insurgés. « Nous contrôlons toujours la ville et même ses abords. Kadhafi est en train de mobiliser ses forces à quelques kilomètres de la ville », a-t-il déclaré. Selon lui, les combats auraient déjà fait 18 morts à Misrata, dont trois civils.
Mercredi soir, le colonel Kadhafi avait annoncé que ses troupes allaient livrer jeudi « une bataille décisive » pour reprendre Misrata. « Il ne faut pas laisser Misrata otage aux mains d’une poignée de cinglés », avait lancé le colonel libyen, qui a rejeté dans une interview exclusive au Figaro tout dialogue avec les rebelles.
Jeudi, les Occidentaux tentaient toujours de s’accorder sur la question de l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne en Libye. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit voter dans la journée une résolution sur le sujet. Le texte, déposé lundi par les Français, les Britanniques et les Libanais - avec l’appui de la Ligue arabe -, prévoit notamment l’instauration d’une « no fly zone » pour tenter de clouer au sol les avions du régime de Tripoli menaçant de bombarder les civils de Benghazi, où vivent un million d’habitants.
Jeudi, la France avait également envoyé en urgence son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé à New York, pour tenter de convaincre ses partenaires. « Compte tenu de l’urgence dans laquelle se trouve la population libyenne, notamment à Benghazi, Alain Juppé avait décidé de se rendre à New York afin d’obtenir, le plus rapidement possible, le vote de cette résolution », indique le ministère dans un communiqué. Le ministre a affirmé mercredi que « plusieurs pays arabes » étaient prêts à participer à une action militaire en Libye. Mais l’idée, soutenue par les Etats-Unis, suscitait encore les réticences de la Russie et de la Chine. L’Allemagne, l’Inde et l’Afrique du Sud ont également exprimé des réserves.
Le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen, avait pour sa part estimé jeudi que « plus tôt l’ONU parviendra à un accord » sur la Libye, « mieux cela vaudra », afin d’éviter une « inacceptable » victoire de Mouammar Kadhafi. Selon lui, les attaques du régime libyen contre des civils peuvent constituer des crimes contre l’humanité. « Si Kadhafi l’emporte, cela enverra le message que la violence paye. Ce qui serait inacceptable d’un point de vue humanitaire et démocratique », a-t-il également déclaré sur le réseau social Facebook. Et de répéter : « L’Otan se tient prête à agir pour protéger la population civile des attaques du régime ».
(Jeudi, 17 mars 2011 - Avec les agences de presse)
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