vendredi 25 mars 2011

Omar Mazri : L’histoire, la géographie, l'idéologie, le livre vert et le drame libyen

Envoyé par l'auteur, Omar Mazri

Autant j’avais soutenu les révolutions arabes contre les tyrans arabes y compris Kadhafi autant j’ai la bouche pâteuse et amère devant l’arrogance capitaliste qui vient au secours des peuples opprimées et la lâche naïveté de ces peuples qui ont oublié que le capitalisme est l’une des principales causes de leur oppression après l’injustice qu’ils ont commises contre eux-mêmes en s’éloignant de la justice divine :

{O vous qui devîntes croyants, acquittez avec constance vos devoirs pour l’amour d’ Allah. Soyez des témoins avec équité. Que la haine contre certaines gens ne vous pousse point à être injustes. Soyez justes, c’est plus proche de la piété. Prenez garde à Allah. Certes, Allah Est Omni-Connaissant ce que vous faites.} Al Maida 8

{Et acquittez l’engagement. Certes, l’engagement est une responsabilité. Et acquittez la mesure quand vous mesurez, et pesez avec l’équité de rectitude. Cela est un bien, et de meilleure conséquence. Et ne suis pas ce dont tu n’as aucune connaissance, car l’ouïe, la vue, le cœur, tout ceci, l’Homme en sera questionné.} Al Isra 35

Ces versets m’ont torturé l’esprit : ils interpellaient ma conscience et me disaient tu t’es permis d’écrire et de prendre position en justifiant, en condamnant, en tentant d’expliquer, en omettant des faits ou en amplifiant d’autres sans véritable connaissance. Je me suis rappelé cette sentence d’Hassan al Bassri : « O Descendant d’Adam ! Ton jour est ton invité, alors comporte-toi bien avec lui, car si tu te comporte avec lui, il partira en te remerciant ; et si tu te comportes mal avec lui, il partira en te blâmant et il en est de même pour la nuit ». Comment faire pour que ces jours d’écriture ne soient pas des souvenirs de remords ni des blâmes le jour où rien ne sera profitable « sauf celui qui viendra à Dieu avec un cœur sain » ? Tout effacer, tout nier, tout oublier ou tout recommencer ?

Comment rester loyal avec la vérité sachant que chaque jour nous sommes tenus de la chercher et de la défendre comme nous le demande notre Prophète :

« Vous n’aurez point la foi tant que vous n’aurez pas inspiré la vérité aux autres »

Comment ne pas avoir la garantie de dire la vérité ou ne pas avoir le courage de dénoncer ses propres erreurs et ses propres insuffisances quand nous entamons chaque journée par ces invocations sur lesquelles il ne peut y avoir équivoque de sens ni de responsabilité morale et religieuse :

« Allah mon Seigneur je me réfugie auprès de toi pour que je ne puisse ni m’égarer ni égarer autrui, ni trébucher dans le pêché ni y faire trébucher autrui, ni ignorer autrui ni être ignoré (dans mes droits et ma dignité), ni subir une injustice ni faire subir une injustice »

« Allah mon Seigneur montre moi la vérité comme vérité et octroie moi la compétence de la suivre, montre moi le mensonge comme mensonge et aide-moi à m’en détourner »

Plus les enjeux sont grands et les conséquences graves et étendues dans le temps, le territoire et sur les hommes et plus notre responsabilité dans la participation directe ou la prise de position indirecte est grande : « car l’ouïe, la vue, le cœur, tout ceci, l’Homme en sera questionné ».

Plus le statut social, politique et intellectuel est élevé plus la responsabilité de la perception et de l’entendement des phénomènes et en particulier ceux qui concernent la vie et l’avenir du peuple est grande. Ainsi l’élite ne peut être crédible ni légitime si elle n’est pas produite par la société comme « séparation du bon grain de l’ivraie » et non comme porte voix du pouvoir en place ou porte voie à l’ingérence étrangère. L’élite qui a le sens des responsabilités morales et religieuses est au service du peuple dans les limites de ce qui agrée Allah. Elle parle et agit au nom du peuple et non à sa place. Il est très difficile d’imaginer des dissidents du dernier quart d’heure devenir la conscience collective d’un peuple et exprimer sa voix et ses intérêts sans passer par l’épreuve et la preuve qui témoignent qu’ils sont réellement au service du peuple, de sa religion et de ses intérêts et non au service de leurs intérêts personnels ou d’un agenda étranger. Observons et méditons le réseau de sens et de situations que le Coran établit dans les relations humaines - sociales, militaires et politiques – tant au niveau stratégique qu’au niveau intime pour sauvegarder la cohésion, la vitalité et la sécurité de la communauté exposée au danger sans lui permettre des écarts sur les principes islamiques de justice et de moralité :

{Allah ne vous Interdit pas – envers ceux qui ne vous combattent pour votre religion, et ne vous chassent pas de vos demeures, – d’être bienfaisants et équitables envers eux. Certes, Allah Aime ceux qui sont équitables. Mais Allah vous Interdit de prendre comme protecteurs ceux qui vous combattent pour votre religion, qui vous chassent de vos demeures, et qui aident à vous expulser. Et quiconque les prend comme protecteurs, ceux-là alors sont les injustes. O vous qui devîntes croyants, si les croyantes viennent à vous, émigrantes, éprouvez-les. Allah Est Plus-Scient de leur foi. Si vous les trouvez croyantes, ne les retournez pas aux mécréants : ni elles ne leur sont licites, ni eux ne sont licites pour elles. Et rendez-leur ce qu’ils ont dépensé. Nulle faute ne vous incombe de les épouser si vous leur donnez leurs dots. Et ne retenez pas celles qui sont mécréantes. Réclamez ce que vous avez dépensé, et qu’ils réclament ce qu’ils ont dépensé. Tel est le jugement d’Allah : Il Juge entre vous. Allah Est Omniscient, Sage.} Al Mumtahanah 8

Comme il ne s’agit pas, en Libye d’une simple « révolution populaire » récupérée par des élites en mal d’inspiration mais d’une véritable guerre civile alimentée et récupérée par l’impérialisme avec ses morts, ses désastres humanitaires et ses conséquences colonialistes il nous faut donc être plus exigeant en matière de vérité. Sur quelle légitimité et quel sur mandat populaire l’opposition libyenne et les membres du CNT cooptés décident de prendre contact avec tel pays et non tel autre, de conclure des accords stratégiques sur l’avenir de leur pays alors que leur configuration et leur représentativité politique incertaine leur exigent de gagner la confiance du peuple en faisant la démonstration de leur compétence en gérant l’humanitaire, en apportant la logistique aux Moudjahiddines et en se faisant les porte paroles de la résistance armée. Jusqu’à ce jour nous ne savons pas si les chefs de tribus ont apporté leur soutien aux révolutionnaires menant le Jihad armé ou au CNT qui a confié à l’opposition extérieure la préparation de l’intervention étrangère commencé plus tôt comme le révèle la presse étrangère. Celui qui a vécu dans le despotisme durant 42 ans ne peut du jour au lendemain s’improviser « démocrate » et même s’il veut être libérateur, émancipateur et « progressiste » il reste encore le produit de son milieu et le produit de son imaginaire privé des notions de liberté, de dignité, de respect du peuple, de compréhension de l’Islam…

Sans passer en revue une nouvelle fois l’usage disproportionné de la force d’une coalition internationale contre un régime isolé et affaibli ni passer en revue l’hypocrisie du regard complaisant sur ce qui se passe à Gaza, au Yémen et au Bahreïn j’ai donc finalement décidé d’apporter quelques clarifications complémentaires sur ce qui se passe en Libye. J’interroge sommairement, sans être un théologien, ma culture islamique sur le sens du Jihad mené sous la conduite du CNT. Je réponds sans aucune hésitation qu’il est du droit du peuple d’exprimer librement son allégeance à l’autorité politique ou son désir de démettre ses gouvernants et qu’il est du devoir du gouvernant de répondre à la demande du peuple. Il appartient, au gouvernant, plus qu’au gouverné de trouver et de mettre en pratique une procédure démocratique (consultation populaire) qui évalue la légitimité de son mandat et celle de la volonté d’une partie du peuple qui revendique le départ de son gouvernant :

{C’est grâce à la Miséricorde d’Allah que tu es doux envers eux. Si tu étais brutal, rude de cœur, ils se seraient détachés de toi. Pardonne-leur donc, implore pour eux l’absolution, et consulte-les dans l’affaire.} Al ‘Imrane 159

Le recours à la violence est illégitime et illégal. Un peuple soumis à une oppression ou subissant une violence sécuritaire et armée et n’ayant pas d’autre recours qu’à celui de la résistance armée a le droit moral, religieux et citoyen de le faire sous réserve que son action armée soit conduite par une ingénierie sociale, politique et militaire compétente et légitime qui fixe les priorités et les limites. L’Islam ne peut tolérer que pour se libérer d’une injustice soit commise une injustice plus grande, que pour régler un problème soit généré d’autres problèmes plus complexes et plus durables, que pour contester un tyran soit généré un chaos qui conduit à l’insécurité, à l’anarchie ou au démantèlement du pays par l’émergence de seigneurs de guerre divisés ou par l’intervention étrangère. Le contexte du verset précédent qui ordonne la consultation démocratique fixe les conditions du Jihad qui ne doit pas sortir du cadre islamique c'est-à-dire accorder sa confiance totale à Allah tout en mettant en œuvre sa compétence humaine de raisonner, de comprendre, de négocier, de planifier. La confiance en Allah exclut tout recours à celui qui ne croit pas en Allah ou qui combat celui qui veut instaurer la Charia d’Allah car le polythéisme est une souillure sur le plan du monothéisme et sa proximité ou sa collaboration dans le Jihad va profaner les valeurs et les résultats de ce Jihad faisant perdre le caractère sacré et moral de la lutte qui devient une lutte d’intérêt, de prestige et de domination politique ou géostratégique sans rapport avec l’Islam et ses valeurs :

{O vous qui devîntes croyants, si vous obéissez à ceux qui devinrent mécréants, ils vous feront retourner sur vos pas, alors vous deviendrez des perdus. Sans aucun doute, Allah Est votre Protecteur et Il Est le meilleur des Défenseurs. Nous Jetterons l’épouvante dans les cœurs de ceux qui devinrent mécréants, en raison de ce qu’ils associèrent à Allah ce sur quoi Il n’A Révélé aucune preuve. Leur refuge sera le Feu, piètre demeure des injustes! Allah a effectivement Accompli Sa promesse envers vous lorsque vous les exterminiez, grâce à Son Vouloir, jusqu’à ce que vous ayez fléchi, et que vous vous êtes contestés dans l’affaire. Vous vous rebellâtes après qu’Il vous Ait Montré ce que vous souhaitiez. Il est parmi vous celui qui veut le monde, et il est parmi vous celui qui veut la vie Future. Ensuite, Il vous Détourna d’eux pour vous éprouver. Et Il vous A sûrement Pardonné. Allah Est tout Munificence envers les croyants. Lorsque vous remontiez sans rechercher personne tandis que le Messager vous rappelait sur vos arrières. Alors Il vous Rétribua souci pour souci, afin que vous ne vous affligiez point sur ce que vous avez manqué, ni sur ce qui vous a atteints. Allah Est Omni-Connaissant ce que vous faites. Ensuite, après le souci, Il Fit Descendre sur vous une sécurité : un sommeil qui enveloppa un groupe d’entre vous. Tandis qu’un autre groupe : ils se souciaient d’eux-mêmes, et pensaient d’Allah autre que la vérité : des pensées préislamiques. Ils disaient : « Sommes-nous pour quelque chose en cela ? » Dis : « Toute l’affaire dépend d’Allah ». Ils cachent en eux-mêmes ce qu’ils ne te manifestent point. Ils disent : « Si nous avions une part dans l’affaire, nous ne serions pas tués ici même ». Dis : « Eussiez-vous été dans vos maisons, ceux pour qui il a été décrété d’être tués auraient surgi sur leur couche ». Et cela, afin qu’Allah Éprouve ce qui est dans vos poitrines, et Purifie ce qui est dans vos cœurs. Allah Est Omniscient de l’essence des pensées. Certes, ceux d’entre vous qui fuirent le jour où les deux troupes s’affrontèrent, c’est Satan qui les fit chuter à cause de certains de leurs acquis. Mais Allah leur A Pardonné. Certes, Allah Est Absoluteur, Longanime. O vous qui devîntes croyants, ne soyez pas comme ceux qui devinrent mécréants et dirent à leurs confrères quand ils sont en déplacement de par la terre, ou s’ils étaient envahisseurs : « S’ils étaient chez nous, ils ne seraient pas morts, ils n’auraient pas été tués ». Puisse Allah Faire cela une angoisse dans leurs cœurs. Allah Fait vivre et Fait mourir. Et ce que vous faites, Allah l’Omni-Voit. Et si vous êtes tués pour la cause d’Allah, ou si vous mourez, c’est sûrement une absolution de la part d’Allah et une miséricorde bien meilleures que ce qu’ils amassent. Et si vous mourez ou si vous êtes tués, vous serez sûrement conduits vers Allah.} Al ‘Imrane 149 à 158

{Et si tu prends ta décision, alors fie-toi à Allah. Certes, Allah Aime ceux qui se fient à Lui. Si Allah vous Fait triompher, nul ne pourra vous vaincre. Et s’Il vous Abandonne, qui d’autre que Lui pourra vous faire triompher ? Que les croyants se fient à Allah.} Al ‘Imrane 159

{Celui qui suit l’agrément d’Allah est-il pareil à celui qui encourt le courroux d’Allah et aura la Géhenne comme refuge ? Piètre destin!} Al ‘Imrane 162

C’est le Coran et la Sunna de Mohamed qui donnent réponse à nos revendications, à nos luttes et au sens moral, stratégique et tactique de nos ingénieries dans la paix ou dans la guerre, dans l’exercice du pouvoir ou dans l’accomplissement de nos droits et de nos devoirs de gouvernés ou d’administrés. Celui qui fait reposer son destin sur l’ONU, l’OTAN et l’Occident a déjugé et trahi le Coran et la Sunna quelques soient ses justifications. Ceux qui se sont empressés d’appeler l’Occident belliqueux peuvent invoquer des justifications visant la protection de la population civile. Nous l’avons dit au début du conflit en toute transparence : dès que le peuple prend les armes, mobilise des combattants et ne reconnait plus l’autorité de l’état il a enlevé à l’autorité en place ses prérogatives et il ne reste à cette autorité qu’une des trois issues : quitter le pouvoir, lutter militairement pour reconquérir les parcelles de pouvoir ou de territoire perdues ou négocier un partage de pouvoir ou une autre forme de gouvernance.

L’Occident et la Ligue arabe vassalisée ont interdit à la Turquie, à certains pays d’Afrique et à l’Organisation de l’Unité Africaine de se rendre en Libye, de rencontrer Kadhafi de lui proposer, selon les intervenants, l’exil et l’abandon du pouvoir ou l’ouverture de négociations avec le peuple insurgé. Cette proposition bien réelle a été torpillée par l’Occident et refusé par le CNT. La logique pragmatique et religieuse veut que ou bien le CNT peut refuser de négocier quand il est sur de remporter la victoire et ce qui n’a pas été le cas ou bien accepte de négocier pour dégager sa responsabilité morale, civile et religieuse devant Allah et devant les peuples musulmans conformément à l’éthique islamique et conformément au devoir de chercher à affaiblir le tyran en gagnant plus de sympathisant en dévoilant son manque de sincérité et de loyauté. Il y a problème de logique, de crédibilité, de sincérité quand les faits témoignent que tout ce que dit le Coran et toute les propositions de bons offices ont été mises derrière le dos pour faire appel exclusif et empressé aux profanateurs :

{Ils n’observent, à l’égard du croyant, ni parenté ni pacte. Et ceux-là sont les transgresseurs. S’ils se repentent, accomplissent la prière, s’acquittent de la Zakat, alors ils seront vos frères en religion. Nous Précisons les Versets pour des gens qui savent. Et s’ils parjurent, après avoir conclu leur pacte, et s’attaquent à votre religion, alors tuez les meneurs de la mécréance, qui ne tiennent point serment, pour qu'ils cessent.} At Tawbah 10

Tous, Kadhafi, la Ligue arabe, la conférence des pays islamiques, les savants musulmans et les excités du CNT ont jeté dans l’oubli la loi de l’épreuve qui éprouve les intentions et les comportements des uns par les autres car chacun sera témoin et responsable dans ce monde et dans l’autre des conséquences de ses actes, de ses visées du cœur :

{Ou bien pensiez-vous que vous serez laissés sans qu’Allah ne Voit ceux qui ont lutté, d’entre vous, et n’ont point pris d’alliés, à l’exception d’Allah, de Son Messager et des croyants ? Allah Est Omni-Connaissant ce que vous faites. Il n’appartenait pas aux polythéistes de fréquenter les Mosquées d’Allah, témoignant de mécréance contre eux-mêmes. Ceux-là vaines ont été leurs actions, et ils s’éterniseront dans le Feu. Mais ne fréquente les Mosquées d’Allah que celui qui devint croyant en Allah et au jour Dernier, qui accomplit la prière, qui acquitte la Zakat, et qui n’a craint qu’Allah. Alors ceux-là seraient du nombre des biens guidés.} At Tawbah 16

Ce n’est que lorsque le dialogue a échoué ou que Kadhafi ait refusé d’entendre raison que le Jihad aurait été généralisé, intensifié et porté par l’ensemble du peuple sans recours à l’intervention étrangère. Non seulement on a torpillé les moyens d’éviter la guerre mais on a volé l’initiative historique au peuple qui s’est trouvé impliqué dans les enjeux des grandes puissances dont il ne peut ni comprendre l’importance, la dimension ni la portée. Se cachant derrière le peuple, œuvrant dans l’ombre des grandes nations les imposteurs se sont démasqués exactement comme le décrit le Coran en tombant dans la Fitna mais en entrainant, hélas avec eux la Lybie :

{Ceux qui croient en Allah et au jour Dernier, ne te demandent pas dispense de lutter avec leurs biens et par leurs personnes. Allah Est Omniscient de ceux qui Le craignent. Seuls, te demandent dispense, ceux qui ne croient pas en Allah et au jour Dernier, et dont leurs cœurs ont douté, c’est pourquoi ils sont indécis dans leur doute. S’ils avaient voulu la sortie en guerre, ils auraient préparé pour cela un préparatif. Mais Allah Repoussa leur élan et les Découragea. Il a été dit : « Restez avec les restants ». S’ils étaient sortis parmi vous, ils ne vous auraient ajouté que défaillance, et ils vous auraient embrouillés, vous souhaitant la sédition, et il est parmi vous ceux qui persistent à les écouter. Allah Est Omniscient des injustes. Ils ont déjà aspiré à la sédition, auparavant, et ils ont fomenté contre toi des complots, jusqu’à ce que vînt la Vérité et que la Volonté d’Allah se Manifestât, tandis qu’ils étaient répulsifs. Il est parmi eux qui dit : « Dispense-moi et ne m’éprouve point ». Mais ils tombèrent dans la sédition.} At Tawbah 44

Ceci peut sembler théologique et ne pas répondre d’une manière explicite sur la position à prendre sur les événements en Libye qui ont changé de nature et d’appréciation une fois les frappes des Mécréants colonisateurs et des néo Croisés ont commencé dans une opération nommé symboliquement « Aube de l’Odyssée » dont j’ai montré le caractère mythologique et fallacieux en commentant leur rapport et le notre à la compétence de raisonner et à comprendre le sens de l’histoire et la finalité des actes ou l’intelligence pratique sur les moyens et spéculative sur les stratégies à travers le verset suivant :

{Ils ne vous combattent en totalité que dans des Cités fortifiées, ou par derrière des murailles. Leur dissension entre eux est extrême. Tu les crois unis, mais leurs cœurs sont divers, cela du fait qu’ils sont des gens qui ne raisonnent point.} Al Hashr 14

L’Occident est fidèle à ses mythes gréco romains et judéo-chrétiens : instrumentaliser la compassion, la peur de l’autre, la négation des valeurs de l’étranger pour imposer par la violence et la guerre ses valeurs, ses convictions et sa vision ethnocentriste du monde qui n’accorde d’intérêt aux autres aires civilisationnelles que si elles sont des emplacements géostratégiques dans le partage du monde ou des localisations de ressources stratégiques à piller. Avec Zeinab Abdelaziz, en 2010, j’ai analysé les massacres des Musulmans au Nigéria comme un continuum historique de la civilisation occidentale. En Irak, en Afghanistan, en Palestine, en Somalie, au Nigéria et en Libye nous sommes face au seul et même projet mixte colonisation et croisade contre l’Islam qui se dresse comme l’ultime barrière contre le mondialisme et le satanisme international. L’Occident utilise les mêmes mythes et les mêmes procédés pour le pillage des ressources de l'Afrique qui dépassent les 40 mille milliards de dollars. C'est une aubaine. Ce qui s'est passé au Libéria se reproduit au Nigéria plus grand gisement de pétrole d'Afrique. Il va se reproduire d’une autre manière en Libye. Le temps va montrer la connivence du sionisme, de l’impérialisme et du Vatican qui ont fait de l’Islam un enjeu stratégique de démolition avant que ne se réveille les peuples et les élites musulmanes endormis par la misère sociale, le despotisme politique, l’ignorance religieuse et la paresse intellectuelle.

Là où le Vatican, le sionisme et le colonialisme mettent le pied, c'est pour éradiquer l'Islam, piller les ressources et opprimer les peuples. Les Croisades et la chute de l'Andalousie ne sont achevées que pour les esprits endormis qui sont les nôtres. Tant que le Coran est invaincu et il le sera toujours et tant que des minorités musulmanes se dressent ici et là pour refuser l’oppression le combat pour la vérité restera d’actualité avec ses alternances de victoires et de défaites. La lutte idéologique menée contre l’Islam par ses détracteurs internes et externes est de nous faire perdre le cap, la boussole, la vigie et toute carte de navigation pour ne disposer d’aucun repère stable et lisible historique et géographique.

Sénèque l’Ancien disait que « il n’y a point de vent favorable pour celui qui ne sait où aller ». L’Occident mesurant « le vent de la liberté » qui emporte les dictateurs qu’il a mis pour servir ses intérêts brouille toutes les pistes pour que les peuples et leurs élites incompétentes et paresseuses ne sachent ni d’où vient ce vent ni vers où il conduit et comme Satan il se met en embuscade comptant sur notre capacité à être leurré, dupé, illusionné, à perdre la ligne directrice entre le point de départ et le point d’arrivée, à nous faire confondre les lignes de démarcation entre les ennemis et les alliés, à nous faire embrouiller la lecture des grilles d’analyses des avantages et des inconvénients, des forces et des faiblesses, de l’essentiel du secondaire, de l’important du futile, de l’incapacité d’observer les rapports du long terme stratégique au court terme tactique, de le perte de lucidité de distinguer nos intérêts de ceux de l’impérialisme :

{Il [Satan] dit : « Comme Tu m’As Fait égarer, je les guetterai sur Ton chemin de rectitude, ensuite je les assaillirai d’entre leurs mains, de par derrière eux, de leurs droites et de leurs gauches. Et Tu ne Trouveras pas la plupart d’entre eux reconnaissants. » Il Dit : « Sors-en, méprisé, chassé, et quiconque te suivra d’entre eux, Je Remplirai sûrement la Géhenne de vous tous en totalité.} Al A’âraf 16

Nous ne pouvons qu’imputer nos malheurs, nos illusions et nos échecs à nous-mêmes car nous avons mis derrière le dos la Guidance et de la Lumière pour ne plus voir alors que Satan et ses sbires ne disposent pas de la compétence de raisonner à l’exception de celle de ruser, de tromper et de duper et que nous trouvons malin plaisir à y succomber :

{Dis : « Qui détient le royaume de toute chose ? Qui préserve et contre qui on ne peut préserver personne, si vous le savez ? » Ils diront : « Allah ». Dis : « Pourquoi alors vous laissez-vous duper ? »} Al Mouminoun 88

Nous ne faisons malheureusement pas cas de l’importance de la lutte idéologique celle menée au niveau des idées, des images, des discours, des symboles qui frappent l’imaginaire pour imprimer la vérité ou le mensonge comme image mentale indélébile qui oriente nos convictions et notre engagement pour défendre ses convictions. On veut devant les assauts de la lutte idéologique menée d’une main de fer et d’un esprit compétent en rhétorique exclure le musulman de la lutte idéologique le confinant à lire le Qur’àn sans le comprendre car l’intention n’est pas d’en faire un livre de méditation et d’action mais un livre de culte déboité de l’existence. Tous les drames en Afrique depuis les consuls et les légionnaires romains de l’antiquité jusqu’aux généraux français, anglais et américains de ce jour obéissent à la même règle : terroriser, effrayer, frapper les imaginations pour enraciner la peur et chasser la culture originelle afin d’inculquer les valeurs matérialistes et l’imaginaire mythologique sans Dieu mais avec Satan toujours présent. Quand le cœur et l’esprit sont colonisables la terre est facile à coloniser. Le Coran nous montre qu’au-delà des prétentions de l’œuvre libératrice, civilisatrice, émancipatrice, moderniste et autre slogan fallacieux, la lutte réelle est entre d’une part la foi monothéiste et d’autre le Taghut incarné par Satan, l’idolâtrie et le matérialisme:

{Satan vous promet la misère et vous ordonne l’infamie, tandis qu’Allah vous Promet une absolution de Sa part et une générosité. Allah Est Tout-Largesse, Omniscient. Il Accorde la Sagesse à qui Il Veut, et celui qui reçoit la Sagesse a sûrement reçu un bien énorme. Et ne s’en souviennent que les doués d’entendement.} al Baqara 128

{S’ils l’emportent sur vous, ils vous lapideront ou vous feront revenir à leur confession, et à ce moment-là vous ne cultiverez jamais. } Al Kahf 20

Le musulman connaissant son Dieu est tout de suite confronté à sa vocation et à ses missions : résister à l’oppresseur, nier la Jahiliya et fédérer d’autres avant-gardes jusqu’à faire émerger la communauté de foi libérée de l’oppression et de la « hamiyat al Jahiliya », le fanatisme de l’obscurantisme ante islamique. Ce ne sont pas les défis, les causes de résistances, la fondation communautaire sur le Tawhid qui manquent mais la volonté et le savoir. Ce n’est qu’une fois qu’on a fait triompher l’idée que les idoles tombent malgré leur parure, leur fardage, la surface de leur socle et la hauteur de leur mémorial. Il ne s’agit pas de reprendre à zéro mais de restaurer la foi en modifiant le système de représentation du monde : quelle est le sens de ma vie, quelle est la finalité de mon action, quel est le but de mon argent, de mes relations, de mon pouvoir et de mon intelligence, quel est le modèle de mon existence…

{Certes, Allah A Racheté des croyants leur vie et leurs biens, par le Paradis qui sera à eux. Ils combattent pour la Cause d’Allah} At Tawbah 111

Sinon défaite, paupérisation, analphabétisme, humiliation, fatalisme, maraboutisme et atteinte au monothéisme puis évangélisation sinon laïcisation de l’esclave, du dominé, de l’opprimé qui reproduit l’oppression par ses actions improvisées, sa confiance aveugle aux charlatans ou son insurrection poussée par le désespoir sans cadre religieux et sans unité d’orientation idéologique qui trace la voie et qui arbitre en cas de différents politiques pour ne pas perdre le cap ni les valeurs. Les images de missiles envoyés par les forteresses navales, sous marines et aériennes font oublier la révolution libyenne mais nous font rappeler celle de la prise de Bagdad et celle de la pendaison en direct de Saddam Hussein avec ce renvoi de l’Irak à l’âge préhistorique et aux luttes tribales.

Le sectarisme confessionnel de certains Chiites irakiens et le laxisme des Frères Musulmans irakiens ne peuvent cacher indéfiniment le message menaçant et triomphaliste de l’Occident arrogant et toujours incapables de raisonner et de comprendre qu’il est face à une nation, même démolie, qui porte et qui est portée par la Religion de Dieu l’infaillible et l’invincible. Tous ces coups vont finir par nous faire réveiller et nous pousser enfin à méditer, à réfléchir et à prendre en main notre propre destin en cultivant nos propres forces et nos propres valeurs sans le recours à des destins contraires.

{Je ne Laisse point perdre l’action de celui d’entre vous qui agit, que ce soit d’un homme ou d’une femme. Vous dépendez les uns des autres. Ceux qui ont émigré et furent expulsés de leurs demeures, qui ont souffert pour Ma cause, qui ont combattu et furent tués, J’Expierai sûrement leurs mauvaises actions et Je les Ferai Entrer dans des Paradis sous lesquels coulent les fleuves, en rétribution de la part d’Allah. Allah Possède la meilleure des rétributions. Que ne t’abuse point le déplacement de ceux qui devinrent mécréants dans le pays : jouissance éphémère, puis leur refuge sera la Géhenne, piètres couches! Mais ceux qui ont craint leur Seigneur auront des Paradis sous lesquels coulent les fleuves, ils s’y éterniseront; de vraies demeures, de la part d’Allah. Et ce qui est chez Allah est meilleur pour les Justes […] O vous qui devîntes croyants, persévérez, rivalisez de persévérance, soyez aux aguets et prenez garde à Allah, afin que vous cultiviez.} Al ‘Imrane 195 à 200

{Dis : « Le malin et le bon ne s’équivalent point, même si l’abondance de ce qui est malin te plaît ». Prenez donc garde à Allah, ô doués d’entendement, afin que vous cultiviez.} Al Maida 100

Sur ce chemin de la compréhension, j’ai donc décidé d’apporter encore d’autres clarifications sur ce qui se passe en Libye en interrogeant sommairement, sans être un spécialiste, ce qui fait le présent : l’histoire et la géographie. Il s’agit tant pour moi que pour mes lecteurs de prendre de la distance sur le subjectif et d’insister sur notre devoir de continuer à inviter à faire émerger d’une façon organisée et militante compétence qui nous fait défaut et que le Coran sublime : raisonner et comprendre :

{C’est un Livre que Nous t’Avons Révélé, béni, afin qu’ils méditent ses Versets, et afin que se rappellent les doués d’entendement.} Sad 29

La vie, les épreuves et le combat des Prophètes sont une éducation sur la finalité de l’histoire et le sens des phénomènes pour en faire une grille de lecture et une orientation des actions dans notre existence et dans notre confrontation aux forces hostiles à la voie prophétique :

{Il y a sûrement dans leurs récits une leçon pour les doués d’entendement.} Youssef 111

Les récits coraniques sur les Prophètes, les peuples anciens et les civilisations disparues nous dévoilent la Sunna d'Allah qui se manifeste au delà du temps et de l'espace pour nous rappeler notre dispostion naturelle à l'oubli, à la divergence et à la cinfusion entre la vérité et le mensonge, entre la lumière et les ténèbres. Sous forme de narration instructive le récit coranique vient nous montrer, aujourd'hui le comportement anti démocratique des Arabes et de leurs donneurs d'ordre les occidentaux alors que la reine du Yemen Balqis avait un sens moral qui la pousse à rechercher la voix des représentants de son peuple :

{Elle dit : « O Élite ! Donnez-moi votre avis en mon affaire. Je n’ai jamais tranché d’une chose sans que vous n’ayez témoigné ».} An Naml 32

La même reine énonce une règle que le CNT libyen et l'opposition laïque qui a suivi Bernard Henri Levy et Sarkozy semble ignorer et qui va non seulement leur couter cher en terme d'avenir politique dans le monde arabe et africian mais va couter cher à la Libye qui sera de nouveau humiliée, spoliée et découpée en zones tribales et en zones utiles, zones pétrolifères et zones desertiques :

{Elle dit : « Certes, quand les spoliateurs (les tyrans, les envahisseurs) s’emparent d’une Cité, ils la corrompent et rendent avilis les nobles de ses habitants. C’est ce qu’ils font toujours.} An Naml 34

Au moment donc où les frappes aériennes et les cocoricos français s’élèvent dans les cieux médiatiques propulsés par le syllogisme fallacieux du philosophe sioniste et atlantiste auprès des Musulmans de Benghazi nous avons choisi de porter un œil à ce que le français Fernand Braudel, inspiré du Musulman Ibn Khaldoun, appelle la « grammaire des civilisations » ou le bon usage du sol et du temps, l’harmonie de la géographie et de l’histoire, pour façonner une aire civilisationnelle. Il s’agissait pour lui de donner aux étudiants les clés pour comprendre le monde au-delà de la chronologie des faits. Braudel pose les marqueurs de la grammaire des civilisations :

« Les événements d'hier expliquent et n'expliquent pas, à eux seuls, l'univers actuel. En fait, à des degrés divers, l'actualité prolonge d'autres expériences beaucoup plus éloignées dans le temps. Elle se nourrit de siècles révolus, même de toute “l'évolution historique vécue par l'humanité jusqu'à nos jours”. Que le présent implique pareille dimension du temps vécu ne doit pas nous paraître absurde bien que, tous, nous ayons tendance, spontanément, à considérer le monde qui nous entoure dans la seule durée fort brève de notre propre existence et à voir son histoire comme un film rapide où tout se succède ou se bouscule guerres, batailles, entretiens au sommet, crises politiques, journées révolutionnaires, révolutions, désordres économiques, idées, modes intellectuelles, artistiques… [...]. Ainsi, un passé proche et un passé plus ou moins lointain se mêlent dans la multiplicité du temps présent : alors qu'une histoire proche court vers nous à pas précipité, une histoire lointaine nous accompagne à pas lents »

La France tente en vain d'enseigner à ses enfants de Terminale la grammaire des civilisations de Ferdinand Braudel et remplacer l'Histoire écrite par les fameux et eternels ouvrages scolaires des Isaac et des Jacob. Braudel se libère de l'événementiel pour inscrire l'histoire dans le processus civilisationnel. Il qui considère qu'à un premier niveau, une civilisation se définit par au moins quatre réalités fondamentales : « les civilisations sont des espaces [...], des sociétés [...], des économies [...], des mentalités collectives » - « les civilisations sont des continuités » - « l'ensemble de ces éléments et de leurs interactions forment une « grammaire » - « C'est, en effet, un langage, une langue plutôt, avec laquelle il importe de se familiariser ». Braudel montre la conjugaison et les interactions qui donne sens civilisationnel à un espace ou à une géographie se déployant dans des temps historiques courts ou lents, accélérés ou ralentis mais persistants dans la tendance et les germes de la civilisation : « une civilisation, ce n'est donc ni une économie donnée, ni une société donnée, mais ce qui, à travers des séries d'économies, des séries de sociétés, persistent à vivre en ne se laissant qu'à peine et peu à peu infléchir [...]. La multiplicité évidente des explications de l'histoire, leur écartèlement entre des points de vue différents, leurs contradictions mêmes s'accordent, en fait, dans une dialectique particulière à l'histoire, fondée sur la diversité des temps historiques eux-mêmes : temps rapide des événements, temps allongé des épisodes, temps ralenti et paresseux des civilisations ». A l’instar des idéologues occidentaux il s’inscrit dans la fin de l’histoire de Fukuyama : « La phase des civilisations s'achève [...] l'humanité est en train, pour son bien ou pour son mal, d'accéder à une phase nouvelle, celle en somme d'une civilisation capable de s'étendre à l'univers entier. »

Le monde anglo saxon enseigne à ses enfants la grammaire de la civilisation de Toynbee qui lui est aussi est inspiré du Musulman Ibn Khaldoun. Toynbee présente l'histoire des civilisations en termes de défis et de réponses à ces défis. Les civilisations surgissent en réponse à certains défis complexes voire vitaux. Les "minorités créatrices" conçoivent des solutions pour réorienter la société entière vers son salut, son nouveau destin dans un mouvement historique conjuguant les faits et la pensée. Les défis et les solutions peuvent être physiques (technologiques) et ou sociaux (culturels et religieux). Quand une civilisation arrive à relever des défis, elle croît. Sinon elle décline. Pour Toynbee, malgré sa vision linéaire de l’histoire, « les civilisations meurent par suicide, non par meurtre ». Le suicide est dans l’inertie et l’immobilisme. A l’intérieur d’une civilisation le choc dialectique qui réalise le mouvement vers la prospérité ou l’effondrement d’une civilisation est dans la domination ou la régression de la « religion universelle » face aux hérésies internes et aux religions extérieures des barbares attirés par la civilisation.

Nous sommes en présence d’une « civilisation » occidentale, qui produit la pensée qui justifie sa présence et sa domination et qui cherche en conséquence à comprendre les moyens et les instruments de domination idéique et physique du monde alors que nous, les Musulmans, nous sommes hors du monde ou en marge du monde et loin de la compréhension du monde malgré qu’Allah nous commande de nous inscrire dans le monde comme auteur et témoin par le savoir, la pensée, l’action et le Tamkine Dine Allah ( l’islamité ou l’islamisation du territoire dans lequel nous vivons et l’espace sur lequel nous évoluons pour qu’il soit au service de la cause d’Allah, de Sa Justice, de Sa Miséricorde et de Sa Bénédiction) :

{Nombre d’exemples, certes, ont déjà passé avant vous. Allez donc de par la terre, regardez quel ne fut le sort des négateurs! Ceci est un Manifeste pour les Hommes, une Direction infaillible et une exhortation pour les pieux. Ne perdez donc pas courage, ne vous affligez point alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes croyants.} Al Imrane 137

{N’ont-ils donc pas été de par la terre, de sorte qu’ils aient des cœurs avec lesquels ils raisonnent ou des oreilles avec lesquelles ils entendent ? En fait, ce ne sont pas les yeux qui s’aveuglent, mais ce qui s’aveugle, ce sont les cœurs qui sont dans les poitrines.} Al Hadj 46

{N’ont-ils donc pas été de par la terre afin qu’ils voient quel ne fut le sort de ceux qui étaient avant eux ?! Ils étaient plus forts qu’eux en puissance, et ils ont défriché la terre, et la peuplèrent beaucoup plus qu’eux ne l’ont peuplée, et leurs Messagers leur parvinrent avec les évidences .Il n’est pas de mise qu’Allah leur Fasse injustice, mais c’est envers eux-mêmes qu’ils étaient injustes.} Ar Roum 9

Sur le plan de nos références religieuses il ne s’agit donc pas de s’auto proclamer musulman, de réciter des versets coraniques ou des hadiths mais de raisonner, de comprendre et d’agir conformément à la Sunna d’Allah qui englobe l’histoire, la géographie, la sociologie, la psychologie, l’idéologie, la science et la technologie qui font de la conjugaison du lieu et du moment une œuvre humaine de civilisation c'est-à-dire une manifestation de ces deux trois prérogatives qu’Allah a accordé à l’homme : l’Honorificat, le Vicariat et l’Élection.

Par rapport aux normes des instances de l’ONU telles que le PNUD nous pouvons voir les chiffres qui s’expriment d’une manière objectives pour montrer la régression de l’Afghanistan à cause de guerres coloniales et de croisades sans fin et celle de l’Irak. Nous pouvons voir la position de la Libye dans le reste du monde arabe et nous interroger sur la stagnation de l’Algérie malgré ses potentialités énormes. Nous pouvons nous interroger sur l’inversion des chiffres en Libye après la destruction des infrastructures par la guerre civile fratricide et par les frappes françaises et américaines et imaginer les années de reconstruction, les sommes récupérées par l’Occident et les détournements qui seront réalisés comme en Irak « démocratisé ». Pour pouvoir interpréter les graphiques il faut garder à l’esprit que le PNUD utilise un nouvel indicateur l’indice de développement humain : IDH. L'IDH se base sur la combinaison de trois critères majeurs :

  • · La santé / l'espérance de vie pour mesurer la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l'accès à une alimentation saine, à l'eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux.
  • · Le niveau d'éducation pour mesurer la durée moyenne de scolarisation (adultes et enfants d'âge scolaire) et la satisfaction des besoins immatériels tels que la vie démocratique.
  • · le niveau de vie : Le pouvoir d'achat, la mobilité et l'accès à la culture.
Ces tableaux montrent que la Libye ne regresse pas, qu'elle se développe sans doute pas suffisament eu égard à ses revenus pétroliers mais elle se développe. Celà ne veut pas dire que Kadhafi est un bon gouvernant mais cela ne veut pas dire aussi qu'il est le monstre que ses opposants et l'Occident veulent présenter. Dans la décision du soulèvement armé il n'y a pas que la "démocratie" à l'occidentale qui entre en jeu mais beaucoup de paramètres, économiques, sociaux, éducatifs, culturels, religieux, moraux. Sur ce dernier point il semble que la société libyenne est la mieux préservée en matière de moeurs islamiques dans l'ensemble du monde arabe et musulman.

Ali Zeydan et Mansour Sayfalnasser ont été présentés, à un parterre de journalistes et d'intellectuels français, par Bernard Henri Levy comme deux membres du CNT. L'express rapporte l'entretien qui leur a accordé et qui se résume à deux points fondamentaux :

  • "Kadhafi doit partir; y-a-t-il une seule chose qu'il ait faite de bien?" ont asséné les deux représentants du CNT. Ajoutant: "Nous pouvons battre les forces de Kadhafi parce que nous en avons la détermination et que notre peuple aspire profondément à la démocratie. Nous avons les hommes pour mener le combat et reprendre les villes; mais nous manquons d'armement". Ce qui pose le problème de la 2e phase de l'opération "Aube de l'Odyssée", à savoir l'appui terrestre à apporter aux insurgés
  • "Nous n'accepterons plus jamais un régime sans démocratie, ni un système dictatorial, ni aucun pouvoir personnel, nous en avons trop souffert. De même nous voulons un Etat laïque", ont martelé les deux représentants. Avant d'exprimer leur gratitude à la France, résumée par ce slogan scandé par les jeunes dans les rues de Benghazi: "One, two, three, Sarkozy!"

Est-ce que les tableaux présentant des données réelles justifient cette haine fabriquée et mise en scène ? Le temps est comme la sincérité, il est le sabre de Dieu et il finit par trancher…

Après la lecture de ces tableaux revenons à ce devoir de Tamkine Dine Allah qui consiste à œuvrer pour promouvoir l’islamité du cœur, des esprits et du territoire dans lequel les Musulmans vivent et pour qu’ils soient des hommes honorés et libérés de la peur, de la faim, de l’insécurité, de l’ignorance, du Taghut pouvant se consacrer au témoignage du Monothéisme et au service de la cause d’Allah, de Sa Justice, de Sa Miséricorde et de Sa Bénédiction, en apportant aide et soutien aux opprimés :

{C’est Lui qui vous A Rendu la terre assujettie, parcourez-là donc en toute direction et mangez de Sa Subsistance} Al Mulk 15

L’Islam a pour vocation de parfaire et d’harmoniser ces prérogatives et de leur donner une finalité qui transcende la seule existence terrestre. Par l’Islam le sacrifice, l’espérance, l’édification, la pensée, la conviction, la représentation du monde donnent à l’homme, à sa géographie et à son histoire une dimension plus noble et plus généreuse et une portée plus sublime qui s’inscrit hors de la finitude et de l’éphémérité du ici-bas.

C’est l’Islam et sa transcendance qui nous permettent de rentrer dans l’histoire de la longue durée. Mais nous avons laissé par la culture du Wahn, de l’insouciance et du harf (déviance) les autres inscrits dans le seul présent construire les moyens idéiques, archivistiques et conceptuels de garantir leur domination civilisationnelle, historique et géographique sur le très long terme faisant de nous des marginaux, des solitaires, des fragments d’inconséquences géographiques et d’insignifiances historiques :

{Et il est parmi les Hommes celui qui adore Allah avec défiance : s’il est touché d’un bien, il s’en tranquillise, et s’il est frappé d’une épreuve, il abjure, perdant le monde et la vie Future. Cela est la grande perte évidente. Il invoque, à l’exclusion d’Allah, ce qui ne peut lui nuire et ce qui ne peut lui être utile. Cela est le profond fourvoiement. Il invoque celui dont la nuisance est plus forte que son utilité. Piètre protecteur et piètre compagnon !} Al Hadj 11

Encore une fois il ne s’agit ni de verser dans l’apologie du passé, ni de polémiquer entre nous ni de blâmer les autres, leur envier leur force ou leur reprocher leur ruse et encore moins se soumettre à leur diktat mais de nous libérer de la défiance envers Allah qui produit l’infantilisme de la foi et comme dit Malek Bennabi nous libérer des mythes de la chose impossible qui génère la soumission fataliste et de la chose facile qui génère la paresse dans la pensée et l’improvisation dans l’action. Avec un Coran miraculeux, infalsifiable et inimitable, un Prophète Ultime qui s’est offert à nous comme modèle à suivre en sa qualité de Coran incarné, 15 siècles d’histoire avec sa civilisation, sa pensée, ses espaces géographiques riches et immenses et ses grandes figures, nous n’arrivons pas à faire aboutir notre Nahda, notre Islah, notre guerre de libération, nos efforts d’édification, notre Sahwa, notre révolution populaire et notre Jihad armée, ni à leur terme finale et encore moins à ce qui agrée Allah et apporte liberté, dignité et prospérité aux peuples musulmans. Nous n’arrivons pas à comprendre, à planifier et à organiser car nous ne savons plus lire les signes divins dans le Livre divin, dans la création divine et dans la dynamique des peuples et des civilisations.

Nous ne tirons aucun profit des enseignements des spécialistes de la civilisation qui sont Ibn Khaldoun et Malek Bennabi.

Notre problème fondamental que nous refusons de voir est d’ordre civilisationnel. Par incompétence de lire, de raisonner et de comprendre nous continuons à poser les problèmes et à apporter les solutions déboités des éléments qui font la civilisation : la géographie, l’histoire, l’homme avec ses idées et ses moyens d’actions, la globalité des interactions dynamiques de tous les facteurs géographiques, historiques, ontologiques et sociologiques. Ainsi nous atomisons notre regard mental et nos actions car nous refusons d’embrasser la totalité des phénomènes, les pertinences (adéquation territoriale), les opportunités et les priorités (adéquation temporelle), l’efficacité sociale et la cohérence entre le passé et le présent dans le projet du futur ou l’harmonie entre la mémoire du passé, l’attention sur le présent et l’attente du futur qui exige un haut niveau de conscience sociale et historique.

Quand on dit que nos problèmes et nos solutions relèvent du civilisationnel cela ne veut pas dire qu’il s’agit de s’inscrire dans l’aire civilisationnelle de l’Occident ni de penser la civilisation en termes anglo saxon ou franco latins mais en termes islamiques c'est-à-dire en termes éthique et en termes de bienfaits collectifs et individuels sur tous les plans pour pouvoir se consacrer à notre vocation de Musulman : témoigner aux autres le monothéisme. Nous devons comme dit Malek Bennabi « étudier nos problèmes nous-mêmes. Ils nous sont collés. Tandis que chez Toynbee et les autres historiens ils ne sont que le fruit de leur cogitation. J’ai vécu et je vis ces problèmes. Ma définition en conséquence ne saurait être celle de Toynbee. De même que mon concept de la culture ne saurait être le même que celui de Lévi-Strauss. Nous vivons des problèmes qui ne sont que des thèmes de réflexion chez les autres ».

S’agit-il de s’échapper des conditions sociales et technologiques de Toynbee ou des espaces, des sociétés, des temps, des économies et des mentalités collectives de Braudel ? Non il s’agit de leur donner notre coloration idéologique et notre préoccupation morale et existentielle à travers ce qui donne sens et finalité à notre propre existence :

{La Religion d’Allah! Qui donc est meilleur qu’Allah pour donner une Religion ? Nous Lui sommes des adorateurs. Dis : « Allez-vous disputer d’Allah avec nous alors qu’Il Est notre Seigneur et votre Seigneur ? A nous nos actions, à vous vos actions, et nous Lui sommes dévoués.} Al Baqara 138

Dans le Coran le terme exact est Sibghat (teinture, coloration) signifiant plus que Religion, Islam, innéité primordiale de l’homme. Le sens est plus profond et plus complexe : il s’agit de la foi, de l’éthique, de l’esthétique du comportement du musulman, de ses émotions, et de son système de représentation du monde, de son rapport au savoir, à l’argent, au pouvoir, au sol, à l’histoire et à la civilisation. Dans la Sibghat Allah intervient l’idéologie, le discours de l’idée, la logique de l’idée, le mode d’expression de l’idée, son cadre, sa finalité, son sens et sa mise en résonnance harmonique avec d’autres idées. Sans unité d’orientation idéologique nous ne pouvons inscrire nos mots ni dans une même sémantique pour se comprendre, ni dans une même grammaire des civilisations pour lire l’histoire et aménager le territoire, ni construire une cohésion pour affronter les défis du temps, du sol ou de l’envahisseur. Nous restons prisonniers de débats secondaires sans liens fédérateurs. Nous posons les problèmes en termes politiques ou techniques dans une multiplicité de problèmes et de solutions car l’unité d’orientation idéologique fait défaut. L’unité idéologique confuse et l’absence de Sibghat partagée nous rendent dans l’incompétence de trouver le dénominateur commun sur l’orientation sociale du travail et du capital, sur l’esthétique et l’éthique de la culture, sur la définition stratégique et tactique des ennemis et des alliés, sur la visée unitaire des mêmes objectifs dans un même échéancier de priorités, sur la lecture de l’histoire, sur l’appartenance civilisationnelle, sur l’identité nationale ou supra nationale du musulman…

La sibghat al Korf, en Occident, même si elle est injuste et immorale, permet de trouver le consensus sur les questions stratégiques même s’il y a des divergences politiques tactiques entre la gauche et la droite, entre les démocrates et les républicains, entre les travaillistes et les conservateurs. Chez nous la confusion sur la Sibghat rend les diversités politiques et culturelles des handicaps insurmontables, les singularités des identités opposées. Comment construire une résistance nationale pacifique ou armée et un projet d’édification nationale alors que nous n’avons aucune unité idéologique sur le sens et le prix à donner à la liberté, à la dignité, à la libération, à la démocratie, à la démocratisation, à la décolonisation, au Jihad. Comment avoir une unité idéologique dans un pays musulman où la compétition ne se fait pas pour servir l’Islam et les Musulmans mais pour faire triompher l’importation du modèle occidental et éradiquer les partisans de l’Islam. Comment espérer voir émerger une minorité active au sens de Toynbee, une conscience collective dominante au sens de Braudel ou des « Rijal » au sens coranique alors que les Musulmans sont fragmentés en sectes refusant le bon conseil et la collaboration ?

Sans la Sibghat d’Allah nous devenons des fragments politiques et des ilotismes sociaux sans liant idéologique, sans destin commun. Sans la Sibghat d’Allah nous devenons du Wahn pour qui l’histoire, la géographie et la civilisation n’ont pas de signification car leur grammaire de lecture ne peut s’architecturer dans un entassement d’inconséquences, d’insenséisme, d’insignifiances, d’incohérences et d’insouciances par le refus de faire l’effort de lire, de penser et de comprendre et par l’oubli de la vocation du musulman :

{Et ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu, Il leur a fait oublier leurs propres personnes, ceux-là sont les pervers} Al Hashr 19

« Peu ne s’en faut que toutes les communautés vous tombent dessus comme les mangeurs tombent sur leur écuelle ! » Quelqu’un dit alors : Est-ce par notre faible nombre ce jour-là ? Il répondit : « Vous serez plutôt très nombreux ce jour-là, mais vous serez tels l’écume du torrent ; Dieu ôtera du cœur de vos ennemis la crainte que vous leur inspiriez et Il jettera dans vos cœurs le « Wahn ». » Quelqu’un demanda : Ô Messager de Dieu ! Qu’est-ce que le « Wahn » ? Il répondit : « L’amour de la vie d’ici-bas et l’aversion de la mort ». [Hadith]

Malek Bennabi dans la lutte idéologique a eu le courage de dire que l’impérialisme est spécialiste de la lutte idéologique et il travaille en scientifique. Il n’a y pas de place à l’improvisation. Tout est documenté, étudié, analysé, modélisé et anticipé : il connait notre mentalité et notre système de représentation du monde. Il est naturel que ses agents locaux, régionaux et internationaux agissent dans quatre directions complémentaires ainsi ils sont sûr que leurs filets font bonne prise : ils agissent en entretenant les guerres et les menaces pour nous interdire de construire et de raisonner. Ils entretiennent l’apologie de l’Islam pour nous faire rêver sur le passé et oublier de penser à notre misérable présent et encore moins d’envisager l’avenir devenu inaccessible. Ils entretiennent les caricatures et autres profanations et sacrilèges pour faire exploser notre colère mal dirigée pour faire de nos réactions convulsives un défouloir dirigé contre nous-mêmes et notre propre image. Ils entretiennent tout le surnaturel dont nous sommes friands car cette culture a le même effet que le pavot : on est plongé dans le monde des Djinns, du Charlatan, de l’Apocalypse au point de croire que c’est réellement la fin du monde et qu’on vient de découvrir le site ou l’ile ou la planète de Satan. L’imam al Khomeiny spécialiste de la lutte idéologique avait fermé dans le monde chiite toutes les spéculations, malgré qu’il soit croyant au Mahdi et à l’imam caché, en proclamant les USA comme le Grand Satan.

Après avoir vu quelques chiffres du PNUD examinons les traces de ce Wahn dans l’histoire et la géographie et transposons le même musulman dans un autre lieu et un autre moment pour constater, malheureusement, qu’il est le même Wahn ici et ailleurs, hier et aujourd’hui, face au même colonisateur qui a le double avantage d’apprendre vite et de savoir tout ce qu’on n’a pas voulu apprendre. Ainsi il continue de nous imposer le rythme, le style et le cap du changement selon sa volonté contraire à nos intérêts car nous sommes toujours dans l’incompétence de changer ou d’habiller nos tentatives de changement de la Sibghat Allah. Comme le disait Mohamed el Ghazali « l’islam est notre parure et notre armure, nous pouvons le porter long ou court, ample ou serré, immaculé ou entaché, mais nous ne pouvons vivre nu ou dénudé »

Un premier exemple concret et simple pour clarifier davantage :

Les Arabes, les Musulmans et les Libyens se sont empressés de tomber dans le piège idéologique qui consistait à présenter le modèle d’organisation sociale et politique libyen comme celui d’un fou, d’un mégalomane, d’un excentrique. Ce modèle il faut donc le raser et reconstruire à sa place un modèle similaire à l’État-nation occidental avec les mêmes institutions, le même sens de la démocratie. L’état-nation moderne est pourtant dépassé dans ce qu’on appelle la post modernité qui exige d’autre concepts, d’autres institutions et d’autres cadres pour s’exprimer comme ordre nouveau différent de l’ordre ancien. En France L'État-nation, qui a mis des siècles à se constituer après de longues guerres, aurait vocation à être dépassé en faveur de l'unité européenne puis d'une gouvernance mondiale ou en faveur d’un régionalisme qui remplace par l’identité régionale et locale l’identité nationale diluée dans la culture mondialiste américaine. Les mondes arabes et les mondes musulmans poussés à se fragmenter en États-nations satellites de l’Europe et des États-Unis réagissent, sur le plan des masses populaires et des élites musulmanes, à chercher à se fédérer en communauté de foi, en Khalifat islamique, car telle est la vocation religieuse et historique :

{Certes, celle-ci est votre Communauté, une Communauté unie, et Moi Je Suis votre Seigneur, adorez-Moi. Mais ils divergèrent entre eux. Ils seront tous ramenés vers Nous.} Al Anbiya 92

Nous limiter à faire de la vielle Europe ou de l’Amérique en déclin notre seule modèle de référence est une aliénation mentale. Qui peut apporter la preuve scientifique et la rigueur philosophique en matière ethnologique ou politique que construire une gouvernance sur un découpage tribal est une hérésie ou une régression ? Qui peut prétendre que s’ouvrir vers un modèle socio économique et socio politique construit à partir d’un conglomérat d’islamité, d’arabité et d’africanité en rupture avec la colonialité et l’indigénat inspiré du code colonial est indécent socialement et absurde intellectuellement ? L’Occident peut le dire, les pays arabes vassalisés peuvent le dire, les élites occidentalisés peuvent le dire. Les Musulmans conscients de leur destin unique et de leur vocation unique peuvent dire le contraire et se mettre à réfléchir à d’autres modèles d’organisation. Les fédéralistes européens et les marxistes internationalistes rejettent l’idée même d’état-nation fondée sur une identité nationale ou sur des frontières nationales.

L’Islam n’a pas fixé de modèle institutionnel ni de forme de gouvernance mais il a instauré des fondamentaux de justice, d’équité, de solidarité sociale, de transparence, de modestie, d’égalité différentielle, de morale, de piété qui ont accompagné sa modernité c'est-à-dire sa compétence à s’adapter au temps et à la géographie tout en conservant ses fondamentaux et sa singularité qui le distingue des autres civilisations. En vertu de la règle islamique qui veut que la sagesse soit la priorité du croyant, là où il la trouve elle est pour lui une exigence prioritaire nous devons reconnaitre à Kadhafi cette compétence imaginative distinctive et ce courage de s’ouvrir à l’Afrique. Nous pouvons le dénigrer, le juger sur les fondamentaux de l’Islam qu’il aurait transgressé mais nous ne pouvons lui reprocher son innovation et son choix stratégique de ne pas être en position de « grenouille » devant l’Occident et d’avoir tenté d’ouvrir le Maghreb arabe et musulman à l’Afrique.

Nul ne trouve indécent que le Qatar, abritant une base américaine, dépense des milliards de dollars pour des activités artistiques et sportifs occidentales loin de répondre au gout et aux besoins des bédouins et nul ne traite son monarque Khalifa bin Hamad Al Thani de despote ni d’illégitime alors qu’en février 1972, alors qu’il était Premier ministre, il avait destitué son cousin, l'émir Ahmad. C’est un roi plus mégalomane que Kadhafi : il décide d’investir plus de 100 milliards de dollars pour le prestige éphémère et ostentatoire à abriter la future coupe du monde. Nul ne voit le narcissisme qatari conduire à "acheter" la place de Blater à la FIFA en 2015 en vendant la Libye et ce qui restait d'arabité et d’islamité au Qatar, pays sympathique mais dont l'ambition démesurée mène à sa ruine.

On aurait du voir les pays du Golfe et l’Algérie se joindre à Kadhafi pour renforcer l’influence positive arabe et musulmane par la contribution au développement de l’Afrique en investissant des milliards de dollars en AFRIQUE DU SUD, GABON, GUINEE-BISSAU, KENYA, NIGER, OUGANDA, RWANDA, TCHAD, ZIMBABWE, GAMBIE, SÉNÉGAL et TANZANIE dans les domaines de la construction, de l’immobilier, du tourisme, de l'essence, des banques, de la mise en valeur des terres, de l’armement, des moyens de communication. Même l’ambition de Kadhafi est personnelle elle s’inscrit dans la compétition logique contre la main mise du sionisme, du Vatican, de l’Europe et des États-Unis en Afrique. Kadhafi et l’Algérie vont subir les foudres de guerre de l’empire anglo saxon car ils ont ouvert leurs portes à l’investissement et au savoir faire des Turcs et des Chinois. Les premiers reconstruisent un déploiement qui redonne au moyen orient sa configuration civilisationnelle et l’émergence possible de l’empire ottoman que l’Occident a rayé de la carte. Les seconds sont en compétition économique, financière et politique provoquant de fait le déclin de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Quand on lit les principes éducatifs et pédagogiques du « Livre vert » on ne peut rester insensible sur la modernité de la vision pédagogique mais aussi ses rapprochements avec les principes de Socrate, de Montaigne, de Kant, de Jean Jacques Rousseau ou de Carl Rogers:

« L'enseignement obligatoire, dont se glorifient tous les pays lorsqu'ils peuvent l'imposer à leur jeunesse, n'est qu'une méthode parmi d'autres pour réprimer la liberté. C'est l'oblitération arbitraire des dons de l'être humain et l'orientation autoritaire de ses choix. Il y a là un acte de tyrannie nuisible à la liberté, car il prive l'homme de sa liberté de choix, de sa créativité et de son talent. Obliger les gens à s'instruire suivant un programme donné, et leur imposer certaines matières est un acte dictatorial. L'éducation obligatoire et standardisée constitue en fait une entreprise d'abrutissement des masses. Tous les États, qui déterminent officiellement les matières et les connaissances à enseigner et qui organisent ainsi l'éducation, exercent une contrainte sur les citoyens. Toutes les méthodes d'éducation en vigueur dans le monde devraient être abolies par une révolution culturelle mondiale visant à émanciper l'esprit humain de l'enseignement du fanatisme et de l'orientation autoritaire des goûts, du jugement et de l'intelligence de l'être humain.

Cela ne veut pas dire qu'il faille fermer les écoles ou, comme pourrait le supposer un lecteur superficiel, tourner le dos à l'éducation. Cela veut dire, au contraire, que la société devrait fournir toutes sortes d'activités éducatrices, permettant aux jeunes de choisir spontanément et librement les matières qu'ils souhaitent étudier. Cela requiert des écoles en nombre suffisant pour toutes les disciplines. La rareté des écoles a pour effet de restreindre la liberté de choix, elle oblige à accepter ce qu'on vous propose et prive l'homme du droit naturel de choisir. Sont des sociétés réactionnaires, favorisant l'ignorance et hostiles à la liberté, celles qui limitent le savoir et le monopolisent. Ainsi, les sociétés qui interdisent la connaissance de la religion telle qu'elle est, les sociétés qui monopolisent l'enseignement religieux ou celles qui dispensent un enseignement mensonger à propose de la religion, de la civilisation ou des coutumes d'autres peuples, les sociétés qui interdisent et monopolisent les connaissances technologiques, sont des sociétés réactionnaires, favorisant l'ignorance et hostiles à la liberté. […] L'ignorance disparaîtra lorsque toute chose sera présentée dans sa réalité et lorsque tout le savoir sera mis à la disposition de chacun, et de la manière qui lui convient le mieux ».

L’excentricité et le despotisme amenés par un long et autocratique exercice du pouvoir par Kadhafi ne nous empêchent pas de voir dans sa réflexion une critique fondée et juste sur l’utopie égalitaire de l’enseignement et l’imposition de la démarche programmatique qui nient le droit à la différence et occultent le devoir de personnaliser la pédagogie, ses rythmes d’apprentissage, ses filières, sa didactique.

Si on examine la question des minorités dans le « Livre vert » on trouve des énoncés intéressants qui sont conformes à l’esprit humaniste universel, à l’enseignement coranique et aux traits marquants de la civilisation islamique à Médine du temps du Prophète ou à Cordoue du temps de la Convivencia musulmane :

« Qu'est-ce qu'une minorité ? Quels sont ses droits et ses devoirs ? Comment le problème des minorités peut-il se résoudre en partant des principes généraux de la Troisième Théorie universelle? Il n'y a que deux types de minorités. Celles qui appartiennent à une nation qui leur fournit un cadre social, et celle qui, n'appartenant pas à une nation, forment elles-mêmes leur propre cadre. Ces dernières accumulent les traditions historiques qui doivent permettre, à terme, par le jeu de l'appartenance et de la communauté de destin, de former des nations.

Il est clair que ces minorités ont des droits sociaux qui leur sont propres. Toute altération de ces droits par une majorité constitue une injustice. Les caractéristiques sociales sont inhérentes et ne peuvent être ni octroyées, ni confisquées. Quant à leurs problèmes politiques et économiques, ils ne peuvent être résolus qu'au sein d'une société populaire dans laquelle les masses détiennent le pouvoir, la richesse et les armes. Considérer les minorités comme étant politiquement et économiquement minoritaires relève de la dictature et de l'injustice. »

Nous allons poser la question aux philosophes et aux politiciens français qui ont enterré l’humanisme au nom d’un laïcisme islamophobe et qui ont confondu le colonialisme avec la civilisation : par le code de l’indigénat et la politique assimilationniste en Algérie avez-vous apporté la liberté et le progrès aux peuples maghrébins ? Par l’intégration dans l’indifférenciation et par la discrimination positive menées de pair avec la stigmatisation des minorités musulmanes et non musulmanes et le refus de reconnaissance de leur religion, de leurs droits culturels, de leur droit à la différence et à la diversité avez-vous émancipé les « Beurs », leur avez-vous accordé le rang de citoyen à travers le logement, l’école, le travail ? Qui est en régression sur le plan de la pensée humaniste le « livre vert » de Kadhafi que vous raillez ou votre loi anti foulards, vos débats sur l’identité française et votre débat sur l’Islam ? Nous allons poser quelques questions aux Libyens : expliquez-nous comment vous avez vécu sans conflit ethnique ni social avec 2 millions d’étrangers travaillant ou résidant sur votre sol équivalent au nombre de votre population active ? Quel serait le devenir de ces malheureux ? Les malheureux mal habillés que les télévisions ont montrés sont-ils les mercenaires de la Légion étrangère ou des travailleurs africains sous votre protection ? Quelle est votre réponse au démantèlement de votre pays et à l’exacerbation ethnique et linguistique qui se fait déjà sans montrer les évangélistes instigateurs de la lutte contre l’Arabe langue du Coran et langue des Musulmans ?

Voici ce qu’écrivent des universitaires à l’université Laval du Canada :

« L'État libyen pratique une politique linguistique axée sur l'arabisation forcée en ignorant les langues des minorités nationales, notamment les langues berbères et nilo-sahariennes. L’affirmation par la Libye qu'il n’existerait pas de minorités ethniques sur son territoire semble faire abstraction des Berbères, des Touaregs, des Africains noirs, des peuples nilotiques, qui, selon certaines informations, seraient victimes d’actes de discrimination en raison de leur origine ethnique. La Libye impose ainsi unilatéralement la langue arabe aux non-arabopones […] les berbérophones semblent l’une des cibles de ce régime qui n’admet pas que l’arabité de la Libye soit remise en cause. Il faudrait que la politique linguistique de la Libye soit plus conciliante à l'égard des non-arabophones indigènes, particulièrement les berbérophones. On pourrait penser que l'État intégrerait l’enseignement de la langue berbère dans les programmes des écoles publiques, là où les Berbères sont plus massivement représentés. On pourrait permettre aux berbérophones d’utiliser leur langue dans les différents services gouvernementaux, que ce soit les tribunaux ou l'Administration. Enfin, l'État pourrait consacrer une partie de la programmation de ses médias, surtout à la radio et à la télévision, à des émissions en la langue berbère. Mais ce n'est pas demain la veille au pays du «Guide de la Révolution». Il est tout de même malheureux que la politique d'arabisation ait entraîné une politique d'assimilation. »

Les Libyens peuvent exiger le départ de leur dictateur mais ils ne peuvent faire table rase d’un certain nombre de ses idées qui sont en avance sur celles du monde occidental. Ils ne peuvent surtout pas envisager l’intervention étrangère sans unité d’orientation idéologique qui assure la pérennité de la stabilité sociale et culturelle que les taupes sionistes et berbéristes islamophobes vont saper au nom de la liberté et de la démocratie.

J’avais présenté, sur ce site, la vision islamique de la démocratie - dans le sens de Choura - à travers ma lecture personnelle, celle de Malek Bennabi, de Mohamed el Ghazali et de Youssef el Qaradhawi. Je suis parvenu à la conclusion que la démocratie occidentale est une illusion de pouvoir du peuple car dans la réalité la force de l’argent instrumentalise les campagnes électorales et commandent les médias qui forment les opinions de personnes privés de leur liberté de choisir car ils sont devenus des consuméristes aliénés par la consommation, le crédit et la désinformation. La vision de Kadhafi n’est ni stupide ni dictatoriale. C’est une vision qui a le mérite de poser le problème en termes réels : montrer l’imperfection du modèle occidental qui nous le vent comme la poule qui pond des œufs d’or ou la pierre philosophale qui réalise le bonheur sur terre. Chercher l’erreur dans les écrits de Kadhafi et vous verrez que le fou excentrique pose un problème idéologique qui demande à être résolu qu’il reste au pouvoir ou qu’il soit chassé par les armes :

« La lutte politique qui aboutit à la victoire d'un candidat, avec, par exemple 51% de l'ensemble des voix des électeurs, conduit à un système dictatorial, mais sous un déguisement démocratique. En effet, 49% des électeurs sont gouvernés par un système qu'ils n'ont pas choisi, et qui, au contraire, leur a été imposé. Et cela c'est la dictature. Cette lutte politique peut aussi aboutir à la victoire d'un appareil ne représentant que la minorité, notamment lorsque les voix des électeurs se répartissent sur un ensemble de candidats dont l'un obtient plus de voix que chacun des autres considéré à part. Mais si l'on additionnait les voix obtenues par les « battus », cela donnerait une large majorité. Malgré cela, c'est celui qui a le moins de voix qui est proclamé vainqueur, et son succès est considéré comme égal et démocratique ! Mais en réalité il s'instaure une dictature sous des apparences démocratiques. Voilà la vérité sur les régimes politiques qui dominent le monde actuel. Leur falsification de la vraie démocratie apparaît clairement: ce sont des régimes dictatoriaux.

« L'assemblée parlementaire est une représentation trompeuse du peuple, et les régimes parlementaires constituent une solution tronquée au problème de la démocratie; l'assemblée parlementaire se présente fondamentalement comme représentante du peuple, mais ce fondement est, en soi, non démocratique, parce que la démocratie signifie le pouvoir du peuple et non le pouvoir d'un substitut... Le fait même de l'existence d'une assemblée parlementaire signifie l'absence du peuple. Or la démocratie véritable ne peut s'établir que par la participation du peuple lui-même et non au travers de l'activité de ses substituts. Les assemblées parlementaires, en excluant les masses de l'exercice du pouvoir et en usurpant la souveraineté populaire à leur profit, sont devenues un écran légal entre le peuple et le pouvoir. Il ne reste au peuple que cette apparence de démocratie qu'illustrent les longues files d'électeurs venant déposer dans l'urne, leur bulletin de vote.

Lorsque l'assemblée parlementaire est formée à la suite du succès d'un parti aux élections, elle est l'assemblée du parti, et non l'assemblée du peuple, elle représente un parti et non le peuple; et le pouvoir exécutif détenu par l'assemblée parlementaire est le pouvoir du parti vainqueur, et non le pouvoir du peuple. […]C'est cela la démocratie classique qui domine le monde entier, qu'il s'agisse de régimes à parti unique, de régimes bipartites ou multipartites, ou même sans parti; ainsi il apparaît clairement que « la représentation est une imposture… Quant aux assemblées qui se forment par la désignation ou la succession, elles n'ont aucun aspect démocratique […] Étant donné que le système des élections des assemblées parlementaires repose sur la propagande pour attirer les voix, c'est donc un système démagogique au vrai sens du mot. Il est possible d'acheter et de manipuler les voix alors que les plus pauvres ne peuvent être au cœur des luttes électorales : ce sont toujours et seulement les riches qui gagnent les élections !

[…] Le parti est en fin de compte une minorité, par rapport au peuple tout entier, tout comme la tribu ou la secte... Une société déchirée par la lutte des partis est en tout point semblable à celle qui est déchirée par la lutte tribale ou sectaire

[ ..] La démocratie directe, quand elle est mise pratique, est indiscutablement et incontestablement la méthode idéale de gouvernement…

Les Français ont fait de l’Ijtihad politique pour parler de démocratie authentique ou de démocratie participative mais étant dans l’incapacité de gouverner par le peuple et pour le peuple ils ont finis par s’insulter et se railler comme des chiffonniers. Comment peuvent-ils construire une nation ou une civilisation à visage humain alors qu’au nom d’une forme abstraite nommé l’état jacobin ils ont abrogé la famille et déshumanisé l’homme. L’humain la famille et l’Islam sont les derniers remparts contre le matérialisme et la financiarisation de la société. Ils ne peuvent que traiter de fou celui qui donne à la famille sa place sacrée : « Pour l'être humain, la famille a plus d'importance que l'État. L'humanité se reconnaît dans l'individu et l'individu se reconnaît dans la famille qui est son berceau, son origine et son environnement social. Par nature, l'humanité est incarnée par l'individu, dans la famille, et non dans l'État qui lui est étranger […] Une société heureuse est une société dans laquelle l'individu se développe naturellement au sein de la famille. Ainsi la famille s'épanouit et l'individu trouve son équilibre dans la grande communauté humaine, comme la feuille à la branche et la branche à l'arbre; détachées, elles perdent vie et valeur. Tel est le cas de l'individu isolé de sa famille. Un individu sans famille n'a pas d'existence sociale et si une société humaine devait arriver à faire exister l'homme sans la famille, elle deviendrait une société de vagabonds, pareils à des plantes artificielles ».

Les Occidentaux ne peuvent avoir la probité morale d’accepter qu’un musulman ou qu’un arabe remette en cause leur conception du monde et leur fasse des propositions ou qu’il se fasse des propositions pour lui et pour son peuple. Ce peuple, animé sans doute par de bonnes intentions, un « vent de liberté » ou un désir légitime de changement, ne peut régresser sur le plan de la pensée et se mettre à adopter comme un rituel païen la démocratie occidentale alors qu’il dispose d’une réflexion qui peut être approfondie, améliorée dans le cadre des valeurs islamiques. Bruler le « Livre vert » à Benghazi n’est pas le comportement honorable de résistants. Résister contre un tyran est une chose, bruler un livre comme le faisaient les tribunaux de l’inquisition est une autre chose. Ce livre indépendamment de sa valeur littéraire, idéologique et politique reste une production intellectuelle qui ne doit être combattue que par les idées c'est-à-dire par une autre production intellectuelle sinon par le silence. Jamais, dans l’histoire de la civilisation musulmane, les Musulmans n’ont profané une œuvre de l’esprit même si celle-ci contredit les fondamentaux de l’Islam.

Je ne suis ni un partisan de Kadhafi ni celui de feu Boumediene mais je dois reconnaître que chacun de ces deux hommes a essayé de concilier à sa manière la foi d’un peuple, l’Islam, et les idées révolutionnaires contre l’impérialisme et le colonialisme, celles du socialisme. L’un a imaginé le livre vert et les congrès populaires, l’autre le barrage vert et les villages socialistes et tous les deux ont nationalisé les hydrocarbures et ont formé le front de la fermeté contre l’impérialisme.

Nous pouvons diverger avec eux mais nous ne pouvons ignorer trois vérités fondamentales sinon nous serions de vulgaires marionnettes sans mémoire, sans intelligence, sans devenir. La première vérité est leur passé. La seconde est que l’homme est le produit de son environnement c'est-à-dire de sa géographie, de son histoire et des circonstances particulière de sa vie ; la seconde est que ces hommes ont été fait comme une partie de nous-mêmes car ils n’ont existé que par nous, nous étions le creuset, l’appel, la réponse et l’écho de ces hommes. Benbella a laissé se mettre en place le système de l’autogestion d’inspiration socialiste comme Kadhafi a mis en place la Jamahiriya (la République des masses populaires) par réaction à l’occident et par incompétence à trouver dans l’Islam ou à faire appel à des savants Musulmans pour tracer une nouvelle voie. La troisième vérité est que nous ne pouvons bruler aujourd’hui ce que nous avons adoré hier et vice versa.

L’histoire et la géographie nous imposent des choix, sans doute pas les meilleurs mais les plus opportuns. En effet au moment où Boumediene et Kadhafi ont choisi le socialisme comme mode d’action, programme de développement et instrument de justice sociale le monde arabe était partagé entre les « Wahhabites » saoudiens « réactionnaires » et les Nassériens « progressistes » en pleine guerre froide. Les Musulmans de l’Islah ont produit plus de rhétorique religieuse contre le maraboutisme que de doctrine de gouvernance, les Musulmans de la Nahda n’ont pas produit eux aussi une ingénierie politique mais un courant moderniste qui croyait que la technologie et la science de l’Occident étaient la solution à nos problèmes oubliant que l’Occident colonisateur et notre mentalité de colonisable étaient les véritables artisans de la configuration du monde dans laquelle notre position était celle d’opprimé ou de vassal. Seul Malek Bennabi avait vu la symbiose géographique et historique entre le socialisme et l’Islam alors que les élites musulmanes traditionnelles ont combattu les nationalisations, la révolution agraire sans en comprendre les mécanismes sociaux ni la portée historique dans la rupture avec le colonialisme ni la concordance avec les principes de l’Islam se confinant dans un repli dogmatique qui a permis aux élites laïques d’occuper l’administration, l’armée et l’économie.

Dans un monde complexe et ouvert aux appétits des autres et à leur lutte idéologique se réclamer de l’Islam sans connaitre la politique, l’histoire, la géographie, l’économie, la sociologie et la psychologie n’est pas une garantie suffisante pour mener à terme un projet de libération nationale ou un programme d’édification nationale tout particulièrement quand les représentants « auréolés » de l’Islam sont des reclus dans de zaouïas de confréries maraboutiques. Hassan al Basri avait dit au sujet d’un séditieux (kharidjite) « Il vit un acte illicite qu’il désapprouva par un acte blâmable ; il voulut le changer et il commit ce qui est pire et plus abominable ».

Allah (swt) a prévu par Son Omniscience et Son infinie sagesse que nous pouvons, pour des raisons complexes historiques, économiques, psycho sociales, arriver à des divergences telles qu’elles ne peuvent être tranchées que par les armes si le « divorce » à l’amiable n’est plus possible :

{O vous qui devîntes croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez discernant pour que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne vous repentiez de ce que vous avez fait. Et sachez que le Messager d’Allah est parmi vous. S’il vous obéissait en beaucoup de choses, vous vous en ressentiriez, mais Allah vous A Fait aimer la foi, et l’A Embellie en vos cœurs, et vous A Fait haïr la mécréance, la perversité et la désobéissance. Ceux-là sont ceux qui suivent le droit chemin, Munificence et Grâce de la part d’Allah. Allah Est Omniscient, Sage. Et si deux groupes de croyants se combattent, réconciliez-les. Si alors l’un des deux groupes tyrannise l’autre, combattez celui qui tyrannise jusqu’à ce qu’il revienne à l’Ordre d’Allah. S’il revient, réconciliez-les avec justice et soyez équitables. Certes, Allah Aime les équitables. Les croyants ne sont que des frères, établissez la concorde entre vos frères. Et craignez Allah, afin qu'Il vous Fasse miséricorde.} Al Hujurate 7

Si on étudie ces versets on voit que l’origine des conflits entre les Musulmans est de deux sortes : la perversité exercée par un groupe de l’intérieur ou de l’extérieur de la communauté et l’ignorance qui ne permet ni de voir les stratagèmes de diversion des pervers ni les conséquences dramatiques d’obéir à ses impulsions aussi nobles soient-elles. Quand on est face à une guerre civile ou à une résistance armée contre un despote musulman ces versets nous mettent en garde contre le refus de ne pas chercher la réconciliation et de ne pas recourir au secours des musulmans comme ils nous mettent en garde de s’allier avec les mécréants et les agents de la Fitna : « Il vous A Fait haïr la mécréance, la perversité et la désobéissance ». Se contenter d’imputer la faute au tyran, à ses enfants ou à son clan ne suffit pas pour être à l’abri de l’erreur ou de la faute. Il faut refuser de s’allier à Satan et à ses liges et refuser de transgresser les prescriptions divines même si nous éprouvons de la haine pour un homme ou un gouvernement ou une nation.

Les révolutionnaires libyens, malgré toute leur haine contre leur dictateur ne peuvent d’un revers de la main effacer le travail certes imparfait ou inefficace de leur guide. Musulmans notre devoir est de poursuivre, de corriger une œuvre si elle comporte quelque bien selon le principe des Salafs « Une science utile est celle qui apporte soutien à l’allié et sape les intérêts de l’ennemi ». Entrer dans une aventure sans vision globale ou se laisser entrainer à tout dénigrer y compris les bonnes intentions ou ce qui peut être réhabilité, restructuré et redéployé est de la stupidité.

L’Égypte assiste en spectatrice impuissante et c’est grave ! L’Égypte de l’après Moubarak aura du mal à reconstruire sa profondeur stratégique sur Gaza, sur le Liban et la Syrie et elle aura plus de mal à la reconstruire sur le Soudan déjà démantelé en deux et en voie d’implosion. Comment elle va se reconstruire avec une Libye à ses frontières instables ou ayant perdu sa souveraineté ou ayant perdu sa propre profondeur stratégique en Afrique subsaharienne ? L’intelligence et la sagesse auraient du exiger des Égyptiens et en particuliers de ceux qui se réclament de la révolution de jouer un rôle plus conséquent en Libye et ne pas laisser à l’Occident le droit d’intervenir comme il le veut. Une révolution sans unité d’orientation idéologique et sans encadrement stratégique ne peut disposer de la vision globale sur le cours de l’histoire car elle reste vulnérable à la diversion tactique et aux manœuvres de division politique, d’arrangements d’appareils, de collaboration avec l’Occident pour confisquer, briser, détourner la révolution et l’empêcher de s’accomplir déjà qu’elle a du mal a naviguer dans un pays complexe et sans feuille de route.

Aucun homme intelligent et conscient des intérêts libyens n'enlèverait à la Libye cette influence, sous prétexte de son opposition à Kadhafi, pour la donner gratuitement et sur un plateau d’argent aux Français ou aux commanditaires de Bernard Henri Levy. Il est du devoir national et religieux de conserver cette influence africaine, de la protéger, de la développer et de la mettre au service non de l’OTAN mais des Africains, des Arabes et des Musulmans sur le double principe musulman :

{Entraidez-vous à la justice et à la piété. Ne vous entraidez point au péché et à l’agression.} Al Maidah 2

{O vous les Hommes : Nous vous Avons Créés d’un mâle et d’une femelle, et Fîmes de vous des peuples et des tribus pour que vous fassiez connaissance. Certes, le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux.} Al Houjourate 13

Mais comme notre capacité de raisonner, de comprendre et de nous organiser est médiocre nous serons une fois de plus les perdants, les souffre douleurs des appétits de nos colonisateurs et les victimes ou les proies des forteresses militaires et économiques de leur prédation, de leur convoitise et de leur arrogance. Cela n’enlève rien à notre responsabilité dans ce monde et dans l’autre : « l’ouïe, la vue, le cœur, tout ceci, l’Homme en sera questionné. »

Un second exemple fort illustratif :

Au début de la révolution libyenne nous avons entendu la naissance d’un groupe de résistants que se sont auto proclamés « les petits fils d’Omar Al Mokhtar » le célèbre martyr et revendiquaient son mot d’ordre : « la victoire ou le martyr ». Plus personne ne parle de ces jeunes, de leur combat, de leur vie, de leur réalité. Tous ne parlent que de l’intervention étrangère qui va les libérer de Kadhafi. Nous allons puiser dans les archives de l’Histoire une anecdote qui a contribué à l’émergence de Omar Al Mokhtar comme guide spirituel et chef militaire et laisser au lecteur le soin d’en tirer toutes les conclusions sur les principes moraux suivis par ceux qui se réclament de sa filiation morale et spirituelle :

« En 1894, Il fut décidé que Sheikh Omar Al Mokhtar partirait avec un groupe de gens au Soudan dans le cadre d’une mission. Omar Al Mokhtar était le chef de la délégation. … Lorsque les voyageurs atteignirent un certain point, la caravane s’arrêta et un marchand les informa que le seul accès de cette région montagneuse était gardé par un lion sauvage. La coutume des caravaniers était de s’associer pour acheter un maigre chameau qu’ils abandonneraient au lion dès que celui-ci ferait son apparition. Omar Al Mokhtar refusa fermement cette proposition et dit : « Les tributs que les puissants parmi nous avaient coutume d’imposer illégalement aux plus faibles ont été abolis. Comment pouvons-nous alors verser un tribut à un animal ? Ce serait un signe d’humiliation et de faiblesse. Par Dieu, nous le chasserons avec nos armes ! » Omar Al Mokhtar attaqua et tua le lion puis accrocha sa peau à l’entrée de l’accès tant redouté par les voyageurs, afin que tous les caravaniers sachent que ce passage était désormais sûr… Dans sa modestie, il refusait d’être montré comme le tombeur de la légende du lion du désert et récitait le verset du Coran : { Et lorsque tu tirais, ce n’était pas toi qui tirait, mais c’était Dieu qui tirait}, signifiant par-là qu’il n’avait aucun mérite ni aucun pouvoir dans l’élimination de ce lion, n’étaient-ce la miséricorde et l’assistance divines.

Questions : le peuple libyen est-il en phase avec son héros légendaire ? Qui va libérer pour lui l’accès de la liberté ? Qui va payer le tribut de l’humiliation du recours aux colonisateurs, à qui, comment et pourquoi ?

Troisième exemple :

regardons la conjugaison de l’histoire et de la géographie et tirons quelques enseignements sur le la France et la Libye pour comprendre le présent et prédire l’avenir même si le Ghayb appartient à Allah : La colonisation et le découpage des frontières, le pétrole, la profondeur stratégique de la Libye avec le Soudan, le Tchad et le Niger et la lutte coloniale entre l’Europe à sa tête la France et les Etats-Unis pour la domination de l’Afrique et le pillage de ses 40 mille milliards de minerais et de pétrole. Avec ses 46,5 milliards de barils de réserves prouvées (10 fois plus que l’Égypte) la Libye qui est la plus grande économie pétrolière du continent africain, suivie par le Nigeria et l’Algérie, est depuis toujours convoitée par l’Occident

Kadhafi s’est trouvé à la tête d’un pays dont les voisins à ses frontières sont des territoires de convoitise dans l’antiquité pour tenter de contrôler le commerce transsaharien et dans les temps contemporains à la fois des gisements de pétrole et d’uranium et des zones d’accès pour contrôler l’Afrique centrale. Le hasard de l’histoire et de la géographie a fait que les trois pays qui sont le Soudan, le Tchad et le Niger dans leurs frontières actuelles sont une création de la colonisation européenne et résultant de négociations entre Français, Anglais et Allemands dans les années 1880 et de renégociations dans les années 1910. Les États-Unis qui ont démantelé la puissance impériale des Anglais et des Français en intervenant deux fois comme sauveur dans les guerres mondiales colonialistes après avoir d’abord laissé les empires français et britanniques s’épuiser dans une hémorragie de sang et d’argent imposent de nouveau sa vision hégémonique du monde à la France et à l’Angleterre qui se comportent comme de vulgaires vassaux. Il s’agit de faire d’une pierre cinq coups :

  • Financer le déficit budgétaire par l’industrie militaire comme cela se fait selon une doctrine économique bien rôdée aux états unis qui relance la consommation et les salaires par la production ou le renouvellement des stocks d’armes
  • Bloquer la révolution à caractère islamique et lui substituer une représentativité de pacotille (CNT) qui ne peut assoir son autorité sur la Libye « libérée » ou sur la portion ouest « concédée » qu’en se soumettant comme vassal de l’impérialisme et des compagnies pétrolières. Ainsi ils sapent le mouvement islamiste insurrectionnelle de toute légitimité internationale et se donnent la légitimé de le désigner, lorsque ce mouvement s’opposera inévitablement au CNT, comme une excroissance d’al Qaeda ou un agent du Hezbollah. A titre préventif l’embargo sur les armes, comme en Bosnie et en ex Yougoslavie a été décrété concernant les troupes loyalistes et les insurgés. Celui qui se prostituera le plus pourra ainsi bénéficier de la protection des maquereaux et des maquerelles de l’Occident mais perdra sa vertu et sa pudeur : {O vous qui devîntes croyants, si vous obéissez à ceux qui devinrent mécréants, ils vous feront retourner sur vos pas, alors vous deviendrez des perdus}. Al 'Imrane 149
  • Disposer du pétrole libyen dont les experts montrent non seulement les gisements colossaux mais leur faible cout d’extraction ce qui permet d’engranger des bénéfices gigantesques.
  • Garantir leur doctrine géostratégique : la paix et la sécurité d’Israël d’une part et l’avortement de toute révolution qui réitère l’expérience iranienne
  • Donner occasion aux al Sa’oud de continuer à régner en faisant une démonstration de leurs forces au Yémen et au Bahreïn et de leur influence au Liban en Libye à travers leurs agents wahhabites et salafistes. Thierry Meyssan a raison de dire que « La Révolution française avait dû faire face à l’invasion des monarchies coalisées. La Révolution russe a dû affronter les armées blanches. La Révolution iranienne a dû résister à l’invasion irakienne. La Révolution arabe doit désormais vaincre l’armée saoudienne. »
  • Profiter de l'avantage stratégique, tactique tant militaire que diplomatique vue l'absence d'unité d'orientation idéologique et la confusion du cadre politique de la révolution libyenne et entretenir le chaos sinon la confusion pour obtenir le maximum d'avantage même sur une guerre civile de 10 ans ou plus.

Le « hasard » de l’Histoire et de la géographie témoigne qu’en 1899 Omar Al Mokhtar participa à la résistance contre le colonialisme français au Tchad, dans une armée levée par le Sheikh de la confrérie sénoussie. A cette date, les régions voisines de la Libye étaient déjà tombées sous le joug de l’occupation étrangère : l’Égypte et le Soudan étaient sous occupation anglaise tandis que la Tunisie et l’Algérie étaient sous occupation française. La Libye était le seul îlot ottoman d’Afrique du Nord à n’être pas encore tombé aux mains des envahisseurs. Omar al Mokhtar a livré bataille au nom de l’islamité qui s’est conjugué à l’africanité et à l’arabité du Nord et du centre du Tchad. Cette même conjugaison se trouve au Soudan et au Niger. La Libye par le rôle actif de son guide et par le poids de l’histoire et de la géographie elle est une charnière géostratégique pour les peuples musulmans et arabes mais aussi pour les peuples africains musulmans ou non musulmans.

La position géostratégique de la Libye avec le caractère « rebelle » de son guide font qu’elle est en rivalité permanente avec les grandes puissances qui ont compris depuis longtemps que ni Kadhafi ni la Libye ne pouvaient seuls gérer la profondeur stratégique et ses équations : ils ont plongé l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et l’Égypte dans des mécanismes de vassalisation envers l’Occident, de répression sécuritaire envers leurs peuples et de lutte de leadership entre les Zou’amas d’Afrique du Nord de telle manière que ni le Maghreb uni ni la République arabe unie ne puisse voir le jour. Seule une stratégie globale fondée sur une unité d’orientation idéologique et politique pouvait jouer efficacement tant la rivalité politique et économique avec les anciens colonisateurs européens que garantir pour le bien être des peuples de la région l’accès politique, économique et culturel, avec l’Afrique dans un rapprochement intelligent et géostratégique entre arabité, islamité et africanité que Kadhafi a su mener et que les gouvernants arabes et musulmans n’ont pas voulu suivre.

La Libye dispose d’une fortune colossale, cette fortune est placée dans plusieurs banques et notamment dans la Banque du Sud en Amérique latine dont la Bolivie, le Venezuela, l’Équateur, l’Argentine, le Brésil et le Paraguay. La Banque du Sud à vocation anti impérialiste a pour objectifs de financer des projets de développements économiques et sociaux en se libérant de la BIRD et du FMI et de se protéger des attaques spéculatives occidentales en créant un fond commun de réserves de change. Si l’Algérie était indépendante et n’avait pas avalé le bulletin de naissance de sa révolution anti coloniale, si les pays du Golfe avaient un atome d’islam dans leur sangs ils auraient investi dans cette banque ou auraient avec la Libye crée une autre banque et favoriser le développement économique et social en Afrique et notamment au Soudan.

Les avoirs gelés dans les banques occidentales ou dans les compagnies de pétrole auraient du avertir les révolutionnaires et leur prétendue CNT du tour de passe-passe financier : ni la Libye ni les révolutionnaires libyens ne disposeront des ressources financières libyennes confisquées par le droit de la force et de l’injustice internationale. le FMI et la Banque mondiale instruments de domination coloniale se vengent de Kadhafi qui contrairement à ce qu’on dit n’a jamais totalement plié à la loi de l’Occident. Le gel des avoirs libyens aurait du mettre en garde le CNT et les révolutionnaires libyens mais l’imposture rend aveugle et sourd : {Celui qu’Allah guide, celui-là est le bien-guidé, et celui qu’Il Condamne au fourvoiement, tu ne lui trouveras point un protecteur comme guide.} Al Kahf 17. Engagés dans la lutte idéologique contre la suprématie du Nord dans le nouvel ordre mondial Hugo Chavez et Kadhafi s’étaient mis d’accord pour créer sur le même modèle anti FMI et anti BIRD une Banque africaine du Sud qui viendrait couronner la continuité de la Banque du Sud avec une super institution financière alternative au mondialisme : la Banque Sud Sud. L’arrivée de pays comme la Malaisie, l’Iran, l’Indonésie allaient changer la face du monde avec les grands projets en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique sans le recours aux capitaux occidentaux et sans le recours aux dollars.

Les frappes aériennes en Lybie et la jubilation du trio Benrard Henri Levy, Sarkozy et Claude Guéant qui y voit sans détour non seulement l’action occidentale mais une nouvelle croisade annoncent le catastrophe du pire : le nouveau partage colonial et la reconfiguration des frontières comme cela est déjà inscrit dans la stratégie à long terme mais que les « révolutions » arabes improvisées permettent de réaliser en urgence tant que les peuples sont occupés à leur propre libération sans élite pour les conduire et sans gouvernance légitime et forte pour les gouverner. Les extensions géopolitiques et territoriales du démantèlement du Soudan, la guerre civile appuyée par l’intervention occidentale annoncent le démantèlement du Sahara et sa reconfiguration en république berbéro touareg. La Libye avec ses Berbères et ses Touaregs se trouvent au « hasard de l’histoire dans le partage d’un autre destin tragique avec ses frontières en Algérie et au Mali. Voici de quoi alimenter l’imagination fertile et les fantasmes de ceux qui ont les yeux ouverts alors que les nôtres sont fermés ou ne percevant pas la réalité du monde au-delà du sens tactile.

Le partage de la rente africaine va continuer à s’effectuer dans la lutte négociée entre le Vatican, Israël, la France et les États-Unis et leurs comparses européens. La Turquie pourrait continuer à gérer ses projets et les pays du Golfe vont continuer à réaliser des hôtels de luxe pour la prostitution de luxe, le blanchiment d’argent et tout ce que le Prophète arabe a interdit de faire. La Libye ne va-t-elle pas suivre le Nigéria et le Soudan pour les trois motifs explosifs : le pétrole, la colonisation et l’évangélisation. Avec des bases américaines financées par le pétrole libyen l’Égypte se trouve encerclée et la libération de Gaza semble devenir plus lointaine et plus difficile du moins dans notre temps humain.

J’espère que les savants musulmans qui se sont tus lors de l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, qui ont détournés les yeux lors des massacres de Bentalha et de Sidi Messous, qui ont feint de ne rien voir lors des bombardements israéliens contre Gaza et le Liban puissent se réveiller et nous expliquer le sens de devenir une Fitna pour les injustes et pour les Mécréants dans le drame libyen :

{Et Moïse dit : « O mon peuple ! Si vous avez vraiment eu foi en Allah, fiez-vous donc à Lui, si vous êtes musulmans. » Alors ils dirent : « Nous nous fions à Allah. Notre Seigneur, ne Fais pas de nous une Fitna pour les gens injustes, et Sauve-nous, par Ta Miséricorde, des gens mécréants. »} Younes 84

{Notre Seigneur, nous nous fions à Toi, c’est vers Toi que nous sommes revenus, et vers Toi le Devenir. Notre Seigneur, ne Fais pas de nous une Fitna pour ceux qui devinrent mécréants et Absous-nous, notre Seigneur, Tu Es Toi l’Invincible, le Sage ».} Al Mumtahah

Que veut dire la Fitna des opprimés face à leur oppresseur ? Un fourvoiement dans la foi par perte de repères, une épreuve difficile par le choc violent devant lequel certains peuvent céder, un sujet de tentation à la trahison et à la compromission, une sédition dans les rangs du fait de l’indiscipline et de la confusion ? La Sunna et le Coran ne nous disent pas que Moïse a appelé au secours les troupes de l’empire de Libye qui régnait sur l’Afrique du Nord ni qu’Abraham a sollicité les Hittites ou les Pharaons pour le protéger de Nemrod à Babylone ni que Mohamed (saws) a demandé l’intervention étrangère des Romains et des Perses contre les Païens Arabes.

En cherchant le compère de BHL qui jouerait le rôle de contrepoint dans l'évolution de la crise libyenne comme l'a joué Alain Finkielkraut dans celle de la Bosnie et de l'ex Yougsolavie je viens de le trouver : il était tellement présent qu'il est devenu invisible : Cohn Bendit. Encadrés par deux Fitnas la Libye va aller loin après avoir reçue du plomb durci et tu titane enrobé d'uranium appauvri comme le Cyclope attendant Ulysse dans l'Odyssée.

Le quatrième exemple flagrant sur la conjugaison de l’histoire et de la géographie dans le façonnage des caractères et des destins est celui que donne Mahmud Al-Jahmî - l’ami de Omar al Mokhtar - dans son jihad que je vous invite à lire dans le résumé suivant :

Le 19 octobre 1911, les Cheikhs du Sénousisme apprirent le début de l’invasion italienne de la Libye. Les navires italiens bombardaient les villes côtières libyennes comme Darnah, Tripoli, Benghasi ou Homs. Ce jour-là, Omar al Mokhtar était à Jâlû, sur le chemin du retour de la ville de Koufra, où il venait d’avoir une réunion avec son Sheikh As-Sayyid Ahmad Ash-Sharîf. Le Sheikh de la confrérie sénousie proclama alors la mobilisation générale du jihâd pour repousser les assaillants et chasser les envahisseurs. Au cours de cette invasion coloniale, les disciples et les centres du Sénousisme, les Zaouias blanches, furent la cible des envahisseurs. Leur tort était d’avoir porté la bannière du jihad et l’étendard de l’Islam pour affronter l’invasion coloniale évangélisatrice de l’Afrique au Tchad puis en Libye. Alors que de grandes victoires furent remportées contre l’ennemi italien une idée diabolique prenait naissance dans l’esprit d’un Sheikh senoussi. Il s’agissait de signer un accord avec l’Italie dans lequel les Libyens accepteraient l’occupation d’une partie de leur terre, sous prétexte que l’ennemi était trop puissant et qu’il pouvait par ailleurs améliorer la situation agricole et industrielle en Libye.

Des divergences apparurent alors au sein même de la confrérie sénoussie, divergences qui devenaient d’autant plus dangereuses que l’Empire ottoman avait déserté et abandonné la Libye à son sort. Tout reposait désormais sur les épaules des seuls Libyens. Le Sheikh de la confrérie choisit de régler ce conflit en démissionnant de son poste et en laissant la direction de la confrérie à As-Sayyid Idrîs As-Sunûsî, celui-là même qui entama les négociations de paix avec l’Italie. As-Sayyid Idrîs prit ses fonctions en 1917.

As-Sayyid Idrîs pensait en effet qu’il n’y avait aucun mal à abandonner une partie de la patrie à l’occupant. Il envisageait même de recevoir, lui et les autres chefs senoussis, des salaires mensuels de la part de l’Italie, en plus de maisons qui leur seraient octroyées, et de terres agricoles sur lesquelles ils ne paieraient pas d’impôts. En bref, il s’agissait de percevoir un pot-de-vin moyennant l’abandon d’une partie de la Libye. Les chefs des tribus et les Cheikhs de la confrérie se réunirent et remirent à As-Sayyid Idrîs un document crucial. Dans ce document, ils lui prêtaient tous serment d’allégeance à condition qu’il soit leur chef dans le combat contre les envahisseurs. Idrîs As-Sunûsî ne trouva d’autre issue que d’accepter, au moins en apparence, le contenu de ce document. Les masses combattantes libyennes se mobilisèrent alors en 1922. Pris en tenaille entre l’accord de paix avec l’Italie et l’allégeance que lui avaient prêté les Libyens, Idrîs As-Sunûsî décida de s’enfuir en Égypte, prétextant la maladie.

Sheikh Omar al Mokhtar et quelques-uns de ses amis allèrent alors le rejoindre pour prendre de ses nouvelles, mais ils constatèrent que leur Sheikh ne souffrait de rien. Ils lui demandèrent au moins de leur fournir de l’argent et des armes pour poursuivre la lutte. Mais il se déroba. Ils déclarèrent alors que le Sheikh ne les intéressait plus, que puisque le jihad était une prescription religieuse, ils combattraient les ennemis sans se soucier de ceux qui les avaient délaissés. Dès lors, Omar al Mokhtar prit la tête de l’armée et mena le mouvement du jihad à partir de 1922. Mais très vite, l’histoire se répéta : un autre enfant du Sénousime, Ridâ Hilâl As-Sunûsî relança parmi les masses combattantes la même zizanie provoquée un an plus tôt par Idrîs As-Sunûsî. Il déclara en effet qu’il s’était accordé avec l’Italie pour que les Sénoussis déposent les armes. Frisant les limites de l’acceptable, il alla jusqu’à poser de sa propre main une croix chrétienne sur le tombeau de son grand-père, le fondateur de la confrérie sénoussie.

Omar al Mokhtar proclama solennellement qu’il ne déposerait pas les armes, ni lui ni ses amis. Ridâ fut finalement arrêté par les Italiens et exilé vers la métropole après qu’il eut échoué à faire cesser le jihad. La même tragédie recommença pourtant une nouvelle fois, avec Al-Hasan Ibn Ridâ As-Sunûsî. C’était durant les pourparlers de Omar al Mokhtar avec les Italiens. Alors qu’Al-Hasan s’était rendu chez les Italiens pour porter à leur connaissance les conditions posées par les combattants musulmans, il revint avec les conditions italiennes qui ne signifiaient rien d’autre que la reddition des résistants moyennant quelques sommes d’argent pour Al-Hasan et pour les chefs de la résistance. Omar al Mokhtar lui fit cette réponse : « Mon fils, ils t’ont séduit par les apparats de ce bas-monde éphémère. » Al-Hasan connut finalement le même sort que celui de son père Ridâ.

Les Italiens firent également des propositions alléchantes à Sheikh `Umar Al-Mukhtâr : des richesses, des maisons confortables, des terres agricoles non-imposables... Déclinant toutes ces propositions, il dit : « Je n’ai jamais été une bouchée facile pour qui voulait m’avaler. Personne ne changera mes convictions, mes opinions ou mes orientations. Dieu décevra ceux qui voudront s’y essayer. »

Sheikh Omar al Mokhtar établit des liaisons avec les différentes tribus, et dénombra les hommes aptes au jihad. Il réunit ainsi ses combattants et les répartit dans des camps où ils pouvaient se retrancher et s’entraîner. Ces camps portaient le nom de adwâr. Il mit également en place un système d’arbitrage des différends, et organisa la gestion financière, les renforts et les ravitaillements qui arrivaient jusqu’aux résistants. Il entra par ailleurs en contact avec des parties extérieures musulmanes, qu’elles soient en Tunisie ou en Égypte, pour le ravitailler en argent et en munitions. Les combattants vécurent avec Omar al Mokhtar une vie faite alternativement d’attaques et de retraites, de victoires et de défaites. Néanmoins, lorsqu’ils étaient vaincus ou assiégés par leurs ennemis, ils refusaient de faiblir ou de se rendre. Même dans les pires circonstances suscitées par la zizanie de certains Sheikhs sénoussis, circonstances qui faillirent aboutir à une guerre civile, Omar al Mokhtar resta ferme et déclara, son Coran à la main, qu’il ne cesserait jamais de combattre les Italiens, même s’il devait les affronter seul. Encouragés par tant d’énergie, ses opposants finirent par se rallier à sa cause et rejoindre les rangs de la résistance.

Le 16 janvier 1930, des avions larguèrent des bombes sur la résistance, annonçant le début d’une campagne génocidaire menée contre le peuple libyen. Le 28 janvier 1931, les envahisseurs italiens, menés par le plus sanguinaire de leurs généraux, le général Graziani, parvinrent à prendre la ville symbolique de Koufra, dont la perte porta un coup dur à la résistance libyenne. Le 11 septembre 1931, des affrontements eurent lieu entre la résistance et les forces d’occupation, qui se conclurent par la capture de Omar al Mokhtar. Sous une garde renforcée, le Lion du Désert fut transféré au port de Sûsah, d’où on lui fit prendre la mer jusqu’à Benghasi.

La première question que lui posa Graziani fut : « Pourquoi combattez-vous le gouvernement italien ? » Et Omar al Mokhtar de répondre : « Pour défendre ma religion et ma patrie. » « Où vouliez-vous en arriver ? », demanda Graziani. « Nulle part, sinon vous chasser, répondit sobrement Sheikh Omar, car vous avez violé notre terre. Le combat nous a été prescrit, et seul Dieu peut accorder la victoire. »

Le procès de ` Omar al Mokhtar se tint au siège du Parti fasciste. Il fut ouvert le mardi 15 septembre 1931 à 17 h 15. Une heure plus tard, les juges prononçaient la sentence : la pendaison jusqu’à ce que mort s’en suive. Le Sheikh septuagénaire ne dit rien d’autre pour commenter le jugement à part cette phrase : « Le jugement n’appartient qu’à Dieu. Ce n’est pas votre jugement hypocrite. Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. »

Source [Nahdha.net]

Le 24 décembre 1951, la Libye est le premier État du Maghreb à obtenir son indépendance. Sidi Muhammad Idris al-Mahdi al-Sanoussi, chef de la confrérie religieuse des Sanussi depuis 1916, déjà reconnu comme émir de Cyrénaïque par le Royaume-Uni depuis 1946, est proclamé roi de Libye le 24 décembre 1951 sous le nom d'Idris Ier. Le 28 mars 1953, la Libye intègre la Ligue arabe. Cette même année, le gouvernement signe des accords militaires avec le Royaume-Uni, accordant à ce pays des bases militaires pour vingt ans et la libre circulation des véhicules militaires britanniques sur le territoire national (eaux territoriales et espace aérien compris) contre le versement de 3 750 000 livres pendant cinq ans et la promesse d'une aide technique et militaire. Le 9 septembre 1954, un protocole militaire est également signé avec les États-Unis, permettant à ce pays de conserver plusieurs bases militaires, dont le complexe de Wheelus Field, en périphérie de Tripol.

le 30 avril 1956, un forage effectué dans le sud-ouest du pays par la Libyan American Oil met au jour un premier gisement de pétrole. En 1959, des gisements bien plus importants sont découverts à Zilten par la compagnie Esso Standard Libya. En 1965, la Libye exporte quelque 58,5 millions de tonnes d'« or noir », via des installations modernes (terminal de Marsa El Brega). Elle est à cette époque le premier producteur d'Afrique;

Au soir du 31 août 1969, le roi Idris, sur le point de céder le pouvoir à son neveu, est déposé lors d’un coup d’État non violent mené par un groupe d'officiers libres, organisé sur le modèle égyptien nassérien. la Libye passe donc en 1969 sous le contrôle du captitaine Kadhafi, agé de 27 ans. En 1970, le régime met fin auxaccords militaires signés sous l'ancien régime, fait fermer les bases militaires britanniques et américaines et nationalise les sociétés détenues par des Italiens. En 1975 Kadhafi publie son Livre vert et tente d'exporter ses idées et sa révolution en vain. Peut-on traiter Kadhafi d'apostat et son livre d' hérétique? Non! Il y a des inconnues qui nous échappent. La répression qu'il a livré contre les manifestant gonflés à bloc à la suite de l'affaire des caricatures est sans doute un tournant décisif mais non l'unique dans son rapport au peuple. Il nous faudrait revenir en détail sur cet événement un jour prochain pour lire comment la lutte idéologique orchestre notre tempérament impulsif et impertinent que nous soyons gouvernant ou gouverné.

En mars 2011 je ne sais toujours pas qui est l'inspirateur de la révolution armée libyenne : le Coran, l'Arabie saoudite, le fils de Senoussi à Londres, le peuple égyptien, le lobbie juif français... Mais je sais que le sol, la géographie, l’idéologie et les mêmes conditions historiques vont produire les mêmes trahisons, le même combat et le même héroïsme :

« Nous combattons car nous avons le devoir de combattre pour défendre notre religion et notre liberté. Nous combattrons jusqu’à ce que nous chassions les envahisseurs ou jusqu’à ce que nous mourions. Nous n’avons pas d’autre choix. Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. » [Omar al Mokhtar]

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