Envoyé ce jour par l'auteur, Omar Mazri
Rappel 1ère partie: O. Mazri : Mawlad Ennabaoui et Sahwa révolutionnaire

Quelques remarques à faire aux salafistes monarchistes apologues du despotisme qui jettent l’anathème sur les révolutionnaires arabes, aux intellectuels laïcs (éradicateurs ou non) arabes et occidentaux qui s’empressent de ne pas voir l’islam derrière ces soulèvements et ces révolutions en cours. Il leur échappe la compétence et la pureté de connaitre l’âme musulmane. Quelques remarques aussi à faire aux illuminés qui croient encore, naïvement ou volontairement, que les Cheikhs qui ont conduit la révolution ne s’appellent pas Nahda, FIS, Talibans ou Musulmans mais Facebook, Tweeter et Jazeera. Ils n’arrivent pas, dans leur égarement et leur volonté de trafiquer la réalité, de voir et d’entendre qu’en Libye tous ces moyens ont été absents ou très peu influents pour des raisons techniques objectives. Ils ne peuvent comprendre le sens du Hadith : « tous les cent ans Allah envoie un réformateur pour renouveler le Dine »
Le Dine c’est l’Islam dans sa foi et sa pratique ontologique, sociale et spirituelle, son exigence de liberté et de dignité. Le réformateur n’est pas obligatoirement un Prophète, un saint ou un savant quand on sait que le Prophète (saws) a dit « nul Prophète après moi ». L'imam Ahmed rapporte que Hudhayfa déclare avoir entendu le prophète ( saws) dire :
« La gouvernance prophétique( Noubouwa) séjournera parmi vous le temps qu'Allah lui aura prescrit de séjourner. Vous vivrez ensuite un Khalifat (gouvernance sensée) ayant une conduite prophétique le temps qu'Allah lui aura accordé de durer A cette dernière succédera un pouvoir héréditaire et Allah le fera disparaitre le jour où il décidera. Vous connaitrez ensuite la dictature qui ne cessera que lorsqu’Allah en aura décidé ainsi. Enfin s'établira une gouvernance bien guidée ayant une conduite prophétique. L'Islam apportera sa guidance sur la terre à la satisfaction des habitants de la terre et des cieux. Le ciel sera abondant en pluie bénéfique et la terre sera féconde et bénie par ces pluies. Toute bénédiction cachée dans la terre s'offrira comme don. »
{C'est Lui qui a envoyé Son messager avec la bonne direction et la religion de la vérité, afin qu'elle triomphe sur toute autre religion, quelque répulsion qu'en aient les associateurs} At Tawbah 33
Le peuple qui prend en charge son changement et lutte pour réformer le mal et l’injustice devient le réformateur en renversant une autocratie ou un monopole qui porte atteinte aux finalités et aux conditions de la vie humaine telles que les définit la Charia islamique. Ce peuple devient un Moujahid qui a rompu avec le Wahn condamnable par l’Islam. Même s’il n’y a pas de mot d’ordre islamique aussi flagrant qu’en Libye les révolutions populaires sont portées par des peuples arabes dont l’âme est musulmane, la mémoire collective et l’inconscient collectif sont remplis d’islamité et de lutte anti coloniale. Ces peuples viennent de réaliser le plus grand Jihad dans la culture islamique de théologie de libération du Taghut :
« Le plus grand Jihad est une parole de vérité face (devant) à un tyran »
C’est la Fitra humaine, la religion primordiale islamique, l’innéité de porter la dignité et la grandeur d’Adam, la conscience de Dieu enfouie dans l’intériorité de l’être ontologique, qui se révèle dans des moments mystique de renaissance (Sahwa) quand la communauté réunie invoque Allah et fait appel à Sa Grandeur et à Sa Majesté et qui transcende 23, 30 ou 40 ans d’humiliation :
« Certes, la foi s’use dans le cœur de l’un de vous comme s’use le vêtement. Demandez à Dieu qu’Il revivifie la foi dans vos cœurs ».
Les partisans du défaitisme et les négateurs des peuples sont surpris, choqués du réveil des peuples et ils ne trouvent pas meilleure explication qu’imputer à l’Amérique et à Israël la manipulation des peuples arabes comme si ces peuples sont stupides ou comme si ces peuples n’ont pas mené à leur façon une résistance passive qui a consisté à préserver leur foi, leur vie et leurs enfants en attendant l’occasion de prendre leur revanche et de relever leur tête. Le slogan de Omar al Mokhtar « la victoire ou le martyr » est une revendication musulmane de tous les peuples qui se sont révoltés ces dernières semaines. Allah dit :
{ceux qui répondent à l’offense quand ils en sont victimes, sans oublier que la riposte doit être égale à l’offense subie, et que celui qui pardonne et se montre conciliant trouvera sa récompense auprès du Seigneur, car Dieu n’aime pas les agresseurs. Mais ceux qui répondent à une injustice dont ils ont été victimes n’encourent aucune peine. En revanche sont punissables ceux qui oppriment leurs semblables, et qui, sans souci d’équité, sèment le mal sur la Terre. À ceux-là un châtiment douloureux est réservé. C’est un signe d’une grande sagesse que de faire preuve de patience et de clémence. } Ash-Shura - 42.
Ce n’est donc pas aux peuples qu’il faut demander les raisons du Wahn mais aux gouvernants, à leurs savants, à leurs élites et à l’Occident qui les mis et soutenus pour briser la résistance de ces peuples et les vider de toute humanité, de toute valeur et de tout espoir. C’est à ceux qui ont semé la terreur, le fatalisme, la débauche et la soumission par la répression et la corruption de rendre compte aux peuples après avoir été emporté par la récolte de ce qu’ils ont semé.
Une fois que le mur du silence est brisé et que les contre mesures révolutionnaires ont échoué et que les États-Unis se sont trouvés dans l’incapacité de prévoir les mouvements des populations arabes alors la voix libérée et unie peut crier et payer le prix de son cri en tout lieu du monde arabe : "Le peuple veut la chute du régime", "mort et honte aux traîtres", "fidélité aux martyrs"… C’est à l’Amérique et à l’Europe de répondre demain aux peuples arabes sur la signification de « la manière très modérée de traiter les manifestants » et « se félicitent de la levée de l’État d’urgence » sans que la liberté, la démocratie et la justice ne soient respectées…
Comme toujours on voit sortir dans les médias des hommes se réclamant de l’Islam « éclairé, pacifique, modéré ou moderne » et nous fournir un discours « documenté » qui a l’art, par sa documentation et ses références, que de participer consciemment ou inconsciemment à la lutte idéologique menée contre les mouvements islamiques en pratiquant la désinformation et la désinvolture méprisante. Si la lecture d’un livre aurait fait du lecteur un Musulman au sens coranique et mohammadien les Arabes de la Jahiliya se seraient convertis à l’Islam, les orientalistes qui ont traduit le Coran auraient embrassé l’Islam, et les savants de palais, Oulémas sou’, auraient pleuré sur leur funeste devenir…
C’est une lecture sous un seul angle que de voir la libération de l’Inde ou la « fin » de la ségrégation raciale aux États-Unis l’œuvre des seul Gandhi et Luther King dans le cadre de la mystification de la non violence que l’impérialisme a tenté de vendre aux opprimés. Derrière Gandhi il y des sacrifices, des insurrections sauvagement réprimés et un combat inlassable de moines qui ont utilisé l’immolation et faire don de leur vie contre l’occupant. Derrière Martin Luther King il y a des sacrifices, des révoltes, des insurrections. L’impérialiste et le système de caste ont fait des concessions démocratiques sans changer les fondements du système. L’inde est intégré à la fois comme agent de partage impérialiste de la richesse mondiale et comme sujet d’exploitation par ce même impérialisme. Les noirs américains au sommet de leur « gloire » bénéficient de la discrimination positive qui produit des Colin Powell, des Condoleezza Rice et des Obama pour la grandeur de l’Amérique impérialiste et la domination sioniste.
Les gouvernants tunisiens et égyptiens ont cédé, partiellement, car ils faisaient face non à un mouvement de non violence mais à un Jihad populaire qui a pour fondement le hadith prophétique :
« Nulle obéissance à ceux qui désobéissent à Dieu »
{Ceux qui furent expulsés de leurs demeures, sans aucune juste cause, rien que pour avoir dit : « Notre Seigneur Est Allah ». Et si Allah ne Faisait réagir les Hommes les uns par les autres, que de cloîtres, d’églises, de synagogues et de mosquées, dans lesquels le nom d’Allah Est beaucoup Invoqué, ne seraient démolis ! Certes, Allah Donnera sûrement victoire à celui qui fait triompher Sa Cause. Certes, Allah Est sûrement Fort, Invincible.} Al Hajj 44
C’est faire preuve d’ignorance sur le travail médiatique que d’affirmer qu’Al Jazeera ou Facebook, malgré leur capacité d'influence positive sur les événements ou leur capacité de nuisance sur les esprits et les cœurs, sont le Cheikh libérateur. Mohamed (saws) n’a-t-il pas définit le croyant comme
« Le croyant est perspicace et éveillé »
Omar Al Mokhtar, Abdelkrim al Khattabi et l’Émir Abdelkader ont-ils attendus les médias pour se soulever ? Le média ne peut créer un oppresseur ni un opprimé et encore moins la dialectique de haine mutuelle et d’opposition qui les unit jusqu'à la destruction de l'oppresseur ou la soumission et l'humiliation de l'opprimé. Le média ne peut ni créer ni organiser ni être un acteur dans la rencontre entre les conditions sociales et politiques d’une révolution et les possibilités idéologiques, morales et historiques de cette révolution. Le média peut raconter le miracle du moment mystique de l’histoire mais il ne peut être le cœur humain ni la volonté divine qui se rejoignent pour donner à l’histoire un sens mystique :
{Nous Déchaînâmes contre vous, de Nos créatures, douées d’une forte rigueur, alors ils pénétrèrent tout le pays. Et ce fut une menace accomplie.} Al Isra 4
Comment oublier que Mohamed (saws) et ceux qui le suivent à ce jour, même d’une manière timide et tiède, sont les ennemis jurés de l’oppression et du Taghut. Ce n’est ni Facebook ni Jazeera qui vont se substituer au Coran et à l’âme musulmane :
{Nous vous Envoyâmes, en fait, un Messager, pour témoigner sur vous, comme Nous Envoyâmes à Pharaon un Messager. Puis Pharaon a désobéi au Messager, alors Nous le Saisîmes un vrai rude Saisissement.} Al Muzzamil 15
Le média peut expliquer, analyser, accompagner, témoigner mais il ne peut se substituer ni à la volonté divine ni aux conditions objectives et aux possibilités objectives et subjectives qui dans leur rencontre créent la dynamique de l’oppression ou celle de la libération. Imputer à Facebook les soulèvements populaires et confiner ces soulèvements aux seuls jeunes c’est ignorer la réalité sociale du jeune qui combat par procuration morale pour la dignité bafouée de ses parents et qu’il voit souffrir depuis qu’il a vu le jour. C’est aussi ignorer le caractère populaire intergénérationnel de ces révolutions populaires.
Donner le nom de révolution de Jasmin ou de Facebook c’est désinformer l’opinion et faire le jeu des fabricants d’opinions qui juxtaposent les mots et les images pour faire référence à l’Occident, à sa technologie et sa stratégie de communication pour tenter de récupérer une révolution arabe et menacer l’Iran. Tomber dans ce jeu c’est montrer son mépris pour les peuples arabes et être aveugle sur les retombées, inchaallah, de ces révolutions, si elles aboutissent, à des conséquences sur la pensée, la géostratégie et le devenir des peuples au-delà de la Révolution française. L'Occident n'est ni le nombril du monde ni le monopole des valeurs pour que nous soyons conduit comme des troupeaux vers ce qu’il veut que nous regardions.
Libérons nous de la fascination que le doigt occidental exerce sur notre regard, et que son image exerce sur notre imaginaire vidé de notre identité et de notre culture par l'œuvre dévastatrice de ses vassaux qui ont tué en nous l'idée de liberté, de dignité, d'amour propre, d'autonomie de pensée et d'action. Malek Bennabi a une vision de génie en disant que l’Occident ne peut imaginer l’idée de la démocratisation du monde musulman car il n’est pas civilisateur mais colonisateur. Malek Bennabi a été davantage plus génial en constatant que la faiblesse du monde musulman est le ferment de sa force future comme l’écrit Abderrahmane Benamara : « Paradoxalement, c’est l’échec des sociétés musulmanes à se hisser au niveau occidental qui permet à l’Islam de rester l’unique alternative à l’occidentalisation, c'est-à-dire au fond à la participation du chaos du monde moderne… La vocation de l’Islam est de contribuer à l’avènement d’un monde réconcilié, de promouvoir une civilisation universelle. Cette tâche est d’autant plus titanesque que des forces hostiles sont prêtes à la parousie plutôt que de l’accepter »
Soyons nous-mêmes comme ces peuples arabes qui se sont libérés de leur peur et du Wahn. Ouvrons les yeux et osons regarder le peuple libyen, arabe et berbère, maintenant que le mur du silence est brisé et que les écran d’occulter ce peuples sont tombés : un peuple qui parle un arabe proche de l’arabe littéraire, une élite qui s’affiche dans ses tenues traditionnelles magrébines, un peuple qui a une maturité politique et une combativité qui a fait tomber ville par ville les bastions tenus par les compagnies militaro sécuritaire de Kadhafi et son clan, un peuple qui cite des versets coraniques et scande Allah Akbar, un peuple où les femmes sont pudiques, un peuple qui lutte pour sa liberté dans un Jihad et non dans un effet de kermesse glorifiant le patriotisme vide de sens.
Que les sirènes de l’Occident ne nous trompent pas en ces moments où un scénario d’intervention militaire, de sanctions économiques, de gel des avoirs libyens est à l’étude pour étouffer cette révolution, l’intimider ou tenter de la récupérer sinon la faire voler en éclats en ouvrant des canaux de dialogue avec des fantomatiques opposants. Ne nous trompons pas d'angle de vue et de regard car on perdrait le cap et la carte de navigation dans un monde qui va trop vite et qui exige de nous de ne pas trop regarder sur le rétroviseur mais de voir le plus loin possible car les virages prochains s'annoncent plus périlleux...
L’une des tâches fondamentales de ces révolutions arabes serait de faire sauter les ministères de l’information pour enlever la tutelle de l’État et des services de sécurité sur la liberté d’expression. La seconde tâche est de faire sauter l’emprise de l’empire de l’argent sur la rédaction, la diffusion et la publicité qui fait vivre les médias pour que les esprits tant du rédacteur que du lecteur ne soient ni désinformés ni aliénés ni manipulés. Le Prophète (saws) dit :
« Vous n’aurez point la foi tant que vous n’aurez point inspiré l’amour de la vérité aux autres »
Ce sont les médias qui jouent le rôle de médiateur et d’amplificateur de la vérité ou de dérivateur, d’écran et de réducteur à la vérité. La lutte idéologique à travers la lutte médiatique est un objectif que le Coran fixe à Mohamed et à ceux qui se réclament de lui :
{Est-ce que je vous annonce sur qui les démons descendent ? ils descendent sur chaque forgeur de mensonges, grand-pécheur. Ils prêtent l’oreille, mais la plupart d’entre eux sont des menteurs. Et les poètes sont suivis par les égarés. N’as-tu pas vu qu’ils sont errants dans chaque vallée, et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ? Sauf ceux qui devinrent croyants et ont fait les œuvres méritoires, et ont beaucoup psalmodié le Nom d’Allah, et se défendent après avoir subi l’injustice. Et ceux qui furent injustes sauront vers quelle inversion (funeste) ils seront conduits !} As Chou’ara 221
J’ai appuyé, depuis le début, ces révolutions arabes et je réponds ici à quelques agitations sophistes et soufistes de « l’Islam de France » qui ne voient que la démocratie, Gandhi et Luther King comme voie à suivre alors que l’Islam qui coule dans le sang du musulman maghrébin reste la référence la plus profonde qui a conduit à la révolution contre le colonialisme et qui conduit à la révolution authentique contre le despotisme. Je reste dans le prolongement de la coïncidence entre la naissance de Mohamed (Mawlad) et la naissance de la Oumma islamique (Sahwa) et à ce titre je vais développer d’autres points de clarification et d’ouverture de vision sur les peurs et les craintes de l’Occident et des intellectuels musulmans vivant dans les microcosmes des livres ou des salons sans proximité sociale ou niant la misère sociale pour cacher leur misère morale et intellectuelle :
L’imam Abdelwahab et Cheikh Ibn Badis partisans de l’Islah ont mené un combat juste, noble et généreux contre le maraboutisme et le paganisme. Ils ont fait la double erreur de ne pas prendre en compte le réveil de l’humanité sur laquelle se construit l’islamité. Sans cette humanité et sa Fitra qui s’inscrit dans l’universel le Musulman récupère le discours de la religion et les rites de la foi qui sont sans effets ontologiques, idéologiques et sociaux pour conduire le changement durable qui conduit l’homme vers ces trois étapes que Mohamed (saws) a expliqué dans le fameux hadith de Omar : Islam, Imane et Ihsane. Sans restauration de l’humanité que la décadence du monde musulman et le colonialisme ont occulté et déformé le musulman ne pouvait recevoir de l’Islam que le culte ou le vernis extérieur vestimentaire importé d’Arabie saoudite et l’apparat comportemental sans comprendre ni prendre en charge la vocation et la mission du Musulman qui sont celles de l’Homme possédant son Honorificat et son vicariat originels et qui s’inscrit dans une aspiration mystico temporelle et dans un élan psycho social pour réaliser le Tamkine Dine Allah sur Terre.
Le mouvement islahiste wahhabite conduit par Cheikh Abdelwahab a été détourné de sa vocation de libérer le musulman de la présence coloniale après l’avoir libéré du Taghut de l’idole et du paganisme. La monarchie saoudienne installée par l’impérialisme britannique et soutenue par l’impérialisme américain a su faire du Wahhabisme un repoussoir tant par la lutte idéologique à travers les médias que par les savants courtisans qui ont déshonoré l’héritage. La critique véritable est d’avoir déboité le combat contre le Taghut en plusieurs combats et plusieurs phases. Cela n’enlève en rien en la valeur des hommes ni en la noblesse de leur combat ni en l’accumulation des expériences et des énergies de résistance et de libération.
Les révolutions en cours n’effacent donc pas la personnalité musulmane mais elle la restaure en donnant au Musulman la dimension de la liberté, de la dignité et de l’initiative historique qu’il a perdu depuis longtemps. Sur ce terrain de la liberté, de la dignité, de la fraternisation dans la lutte pour des revendications démocratiques et de justice sociale l’islamité peut s’exprimer libérée du poids du Fiqh en retard sur le monde inscrire les valeurs universelles de l’Islam dans la société, la politique, l’économie, le droit et la culture.
L’école moderniste de Mohamed Abdou a produit une pensée inspirée davantage de la Renaissance européenne en lui empruntant ses symboles (Nahda) et en pensant naïvement qu’en important les choses modernes de l’Occident le monde Musulman allait se moderniser. L’erreur est double. Imaginer que l’Occident est le modèle d’inspiration, le modèle parfait car il est dominant. Ignorer la modernité que la civilisation islamique a produite en permanence dans tous les domaines de la pensée et des faits et qui a inspiré la Renaissance du monde occidental. En se focalisant sur le résultat et sur les choses de la modernité occidentale la Nahda a occulté la lutte idéologique et a oublié la transformation de l’homme musulman privé de liberté, de dignité et de vocation islamique. Le Musulman connait Dieu et connait les rudiments de sa foi mais a perdu, du fait de l’oppression et de l’ignorance, la vocation de son action et l’orientation de ses actes : que faire de l’Islam et que devenir par l’Islam dans un monde dominé par la force des idées, de la technologie, de la politique et des armes de l’Occident.
Les révolutions en cours viennent de donner l’orientation générale : les peuples arabes savent imaginer et conduire leur révolution en autonomie sans assistance ni intervention occidentale. Les peuples arabes en s’adaptant aux moyens de leur temps et en vivant leur temps sont en train de s’inscrire de nouveau dans la modernité islamique comprise comme la compétence de penser et d’agir d’une manière nouvelle face aux nouveaux problèmes et aux nouveaux défis. Les peuples arabes en prenant l’initiative historique ont pris de vitesse les capitales occidentales et leurs élites qui voient les peuples musulmans comme des peuples sans dignité et sans droit. Le seul droit concédé pour les Musulmans est pour ces élites d’être des indigènes servant les intérêts de leurs comptoirs commerciaux ou des porte voix de la démocratie et des valeurs de l’Occident contre l’Islam.
Les révolutions en cours viennent de donner aux peuples musulmans arabes et berbères le ferment pour un éveil islamique authentique, l’émergence du musulman en tant qu’être actantiel en synergie avec son passé, ses valeurs et ses défis contemporains.
{Celui qui était mort et Nous le Vivifiâmes et lui Donnâmes une lumière, par laquelle il marche dans la voie des Hommes, est-il semblable à celui qui est dans les ténèbres et qui n’en sortira point ? De même on a embelli aux mécréants ce qu’ils faisaient. Et aussi, Nous Mîmes dans chaque Cité les grands de ses malfaiteurs pour y ruser. Mais ils ne rusent que contre eux-mêmes et ils ne se rendent pas compte. Et lorsqu’un Signe leur parvient, ils disent : « Nous n’y croirons point jusqu’à ce que nous recevions comme ce qu’ont reçu les Messagers d’Allah ». Allah Est Plus-Scient où placer Son Message. Ceux qui ont été malfaiteurs seront frappés d’une mesquinerie auprès d’Allah et d’un sévère châtiment en raison de ce qu’ils rusaient. Celui qu’Allah Voudrait Guider, Il Épanouira son cœur à l’Islam. Et celui qu’Il Voudrait condamner au fourvoiement, Il Rendra son cœur angoissé, oppressé…} Al Anfal 122
Ce mouvement populaire qui dépasse l’imagination car il était impensé et impensable est un éveil, une résurrection, un passage de l’inertie à la vitalité, de la soumission à la libération, de la marginalisation à l’existence est ce que Cheikh Zendani du Yemen a qualifié de Bara’a ibda’îya (l’innocence créatrice, la pureté innovatrice, l’imagination féconde). Contre la stratégie du chaos organisateur et de la régression féconde imaginée par les laboratoires américains les peuples arabes ont reposé la question islamique au-delà des discours traditionnels bigots, apologétiques ou polémistes. Il s’agit de se réapproprier son identité par un mot simple « Isqat an Nidham » (renversement du régime) car le sentiment existentiel sait que ce sont ces régimes qui en s’alignant sur l’Occident ont démoli son identité, son avenir et ses richesses. Ce n’est pas une révolution contre l’Islam ni une révolution au nom d’un parti politique islamique mais c’est une révolution qui replace le peuple, son identité et son appartenance civilisationnelle au cœur de la problématique de la gouvernance en l’occurrence la démocratie qui donne au peuple sa souveraineté sur son sol, ses valeurs et ses gouvernants.
Les imbéciles ne voient toujours pas le pacte arabo musulman que ces jeunes sont en train d’écrire avec leur sang et leur sueur et sont en train de réaliser en faisant tomber les postes avancées du colonialisme.
Les droits de l'homme occidental s'évaporent dans les vapeurs de la finance et des hydrocarbures quand il s'agit du sang arabe et musulman est la grande leçon sur la modernité et la post modernité dans l’Occident. Les peuples arabes ne sont pas prêts de l’oublier.
Les Frères Musulmans ont constitué un grand mouvement et une grande école sous l’impulsion d’une part de Hassan al Banna le guide spirituel, l’organisateur et le praticien et d’autre part de Sayed Qotb le théoricien, l’idéologue et l’analyste. Ce mouvement à vocation de libération, de résistance et de projet civilisationnel a hélas perdu - avec l’usure du temps et des chois stratégiques qui se sont révélés impertinents et inopportuns - la compétence de rassembler et s’est confiné dans l’élitisme. Sa vision élitiste et monolithique a produit des mouvements élitistes et monolithique dont les comportements en Irak et en Algérie ont finit par le discréditer alors que la répression s’abattant sur ses membres le pousse à perdre ses cadres d’une manière tragique et à chercher à sauver son organisation en acceptant les arrangements d’appareils. Les arrangements d’appareils, la culture confrérique, la pratique du culte du chef, la clandestinité et la croyance que le changement ne peut venir que de l’intérieur du système l’ont amené à être dans l’incapacité de prévoir, d’impulser ou de coordonner la révolution égyptienne. Les erreurs d’appréciation, du fait de la vieillesse de son encadrement et de sa lenteur de ses appareils, l’ont conduit à faire deux fautes supplémentaires : négocier avec Omar Suleyman et s’empresser de proclamer la naissance de son parti alors que la révolution n’a réalisé aucun de ses objectifs sauf le renversement de Moubarak par l’armée.
L’autre faute des Frères Musulmans est de voir les autres formes d’organisation islamique comme des rivalités qu’il faut dénoncer au nom de la « wassatiya », le juste milieu. Tout ce qui sort de la ligne des Frères Musulmans et prend un cadre local dans son Ijtihad ou dans son action est considéré comme extrémiste sortant de la voie qu’ils se sont tracés. Ainsi ils se sont détachés des Salafistes Jihadiste et d’autres organisations musulmanes au lieu de créer des passerelles dans un monde dominé par les coalitions internationales contre l’Islam dans sa forme révolutionnaire, revendicative, résistante et politique.
Malgré ses fautes le mouvement des Frères Musulmans représentent une force cohérente, organisée et structurée. Son avenir politique dépendra de sa capacité à céder la place à la jeunesse de son mouvement qui a joué un rôle fondamental dans la révolution égyptienne. Cette jeunesse est présente d’une manière autonome et organisé au sein du front national de défense de la révolution.
L’avenir dira si oui ou non ce mouvement va être recyclé par l’Histoire ou être dépassé par l’apparition de nouveaux mouvements islamiques en Égypte. L’Égypte est un terrain fertile à l’émergence de courants islamiques plus efficaces et plus politiques que les Frères musulman pour les raisons suivantes : la jeunesse musulmane est fortement présente dans la révolution, l’expérience du socialisme et de l’arabisme est un passé désastreux, le libéralisme et la démocratie à l’américaine a érodé le courant capitaliste qui va subir de plein fouet le retour d’informations sur la corruption, l’affairisme, les collusion d’intérêts entre l’argent, le politique et les médias… La contre révolution soutenue par l’Occident capitaliste va aiguiser les contradictions politiques et sociales et pousser la révolution à se radicaliser vers la gauche et surtout vers l’islamisation. Il y a suffisamment d’intelligence, d’expérience et de volonté républicaine et démocratique pour construire une transition démocratique dans laquelle et après elle l’islam est prometteur d’une authentique Sahwa. Dans ce peuple égyptien nous avons la présence d'un vaste courant appelé néo salafiste qui s'est impliqué dans les manifestations et la présence sociale. Il envisage lui aussi la création d'un parti politique. La salafiya en entrant dans le champ politique va démentir les pronostics des analystes évangélistes et laïcs sur le déclin de l'Islam politique. La Salafiya va sans doute apporter du sang neuf, des idées nouvelles et surtout elle va faire sortir de l'isolement et de la marginalisation un grand nombre de jeunes qui croient en l'Islam sans voir sa vocation politique et idéologique.
La liberté et l’Islam ne sont pas antinomiques. Les Égyptiens ont beaucoup de vénération pour le Prophète et ils savent mieux que moi la signification de la vocation prophétique :
{O Prophète, Nous t’Avons Envoyé comme témoin, annonciateur, avertisseur, et prédicateur vers Allah, par Son Vouloir, et une lumière éclairante. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants, qu’ils auront d’Allah une grande Munificence. Et n’obéis ni aux mécréants ni aux hypocrites; délaisse leur nuisance et fie-toi à Allah. Allah suffit comme Procurateur.} Al Ahzab 45
Malek Bennabi a parfaitement résumé le drame des mouvements issus de l’Islah, de la Nahda et des Frères Musulmans dans quelques petites phrases : « Quel Islam doit-on insérer dans notre système idéologique ? [ …] une lacune de la renaissance musulmane, qui a posé implicitement un problème de crédo là ou il ne se posait pas. Il ne s’agissait pas d’apprendre ou de réapprendre au Musulman sa foi mais son usage et son efficacité dans la vie […] Le dogmatisme en lui-même crée une attitude hostile à l’Islam. Nous avons besoin d’une politique claire, d’une idéologie solide, nous devons également avoir des idées efficaces […] Une idéologie n’est pas la somme d’idées disparates mais la directrice des énergies, une flèche qui désigne à une communauté sa voie dans l’histoire… »
« Je jure par Allah que même s'ils mettaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche pour me faire renoncer à cette affaire, je n'y renoncerais jamais jusqu’à ce qu’Allah la fasse triompher ou que j'y perde la vie »
Au lieu de tomber dans le travers de présenter la démocratie comme Kofr et de jeter l’anathème sur ses partisans il aurait fallu expliquer qu’au-delà des mots et des noms le terme démocratie rapporté à la Choura est une reconquête de la souveraineté du peuple et de montrer que colorée des valeurs islamique la démocratie est le moyen pacifique pour que le peuple ne soit plus sous l’oppression d’une dictature politique, militaire, économique, médiatique ou colonialiste. L’Islam est connu par le peuple algérien. Il lui manque les pédagogues qui lui explique les prémisses et les conséquences de l’Islamité en l’occurrence la liberté, la dignité, la vérité, le travail.
Tout ce travail est encore à faire. Par la Choura Mohamed (saws) a réalisé ce qu’en termes modernes on appelle la démocratisation comme processus de libération des peuples du Taghut et de récupération des hommes de leur compétence de penser, de s’exprimer, de proposer, d’agir, de se déplacer sans crainte pour leur vie, leur bien, leur dignité, leur honneur, leur liberté… La plateforme de Rome est venue en 1995 comme une correction de la trajectoire assez tardive mais elle est venue quand même. Les Capitales occidentales et les despotes ainsi que leurs vassaux ont fait avorter le débat et les conclusions pacifiques pour une transition démocratiques que cette plateforme portait. Les mêmes stupides qui poussent les jeunes à se révolter ou à profiter de la marche du RCD et du rassemblement pour faire partir un noyau de contestation durable qui ferait tache d’huile ou effet de boule de neige ne voient pas l’urgence de reconstruire un front démocratique sur une plateforme qui s’inscrit dans la continuité des luttes du peuple algérien.
L’expérience algérienne reste à étudier, à méditer et au regard des expériences en cours ou à venir s’interroger en profondeur et en toute honnêteté sur l’exigence non d’inventer une démocratie différente de l’Occident mais de restaurer la Choura à la lumière de notre temps. Il s’agit de récupérer la modernité ou l’esprit moderne des Califes biens guidés et des civilisateurs musulmans, intellectuels et praticiens, qui ont fait évoluer les faits et la pensée en fonction des besoins du peuple, du sol et du temps. Il nous reste un grand chantier à ouvrir et que nos enfants doivent approfondir et élargir : la politique et la démocratie selon la Charia dans ce nouveau monde qui s’ouvre à nous. Le FIS a ouvert la voie rompant avec les arrangements d’appareils et le consensus de collaboration avec le régime en place. Ces cadres, ses militants, ses sympathisants et tout ce qui se rapproche de près ou de loin a payé de sa vie, de sa liberté et de ses biens. Les rescapés du FIS qui n’ont pas été récupérés par le système et par la corruption doivent témoigner et expliquer au peuple un certain nombre d’énigmes, de prises de positions déroutantes ou de silence incompréhensibles.
Étant non partisan et hors de tout organe et parti je ne sais pas si le FIS dispose encore d’une compétence à mobiliser mais je sais qu’il est de son devoir moral, religieux et historique d’apporter les clarifications car en dehors de l’organe l’idée qui a fait mobiliser les masses derrière lui reste invariable : faire changer le régime. Il n’est donc pas trop tard pour les cadres sincères de faire un examen de conscience et une auto critique politique et idéologique devant le peuple algérien pour qu’il ne fasse pas les mêmes erreurs ou qu’il ne soit pas entrainé de nouveau vers de fausses pistes et de faux combats. N’est ce pas que le Prophète a ordonné le bon conseil loyal, dévoué et visant le bien (An Nasiha):
« La religion consiste en un bon conseil (nasiha), « Relatif à qui ? », lui demandâmes-nous.
Relatif à Dieu, à son Livre, à son Envoyé et aux musulmans, gouvernants et gouvernés. »
An Nasiha envers Dieu est de se conformer à Sa parole et tout particulièrement dans ses moments de troubles, d’absence d’orientation idéologique, de contre révolution menée par les éradicateurs et le régime pour empêcher qu’une contestation sérieuse ne s’exprime. Il est du devoir du musulman de discerner et d’apporter aux autres les moyens de discernement et de clarification car il ne s’agit pas d’une lutte pour le pouvoir mais d’un engagement d’obéir à Allah et de servir le peuple pour qu’il soit honoré et digne exerçant en toute liberté et en toute responsabilité sa vocation de Khalife de Dieu :
{O vous qui devîntes croyants, si vous vous lancez pour la cause d’Allah, discernez bien et ne dites pas à qui vous offre la paix : « Tu n’es pas croyant », aspirant aux vanités de la vie terrestre, alors qu’Allah Possède d’innombrables biens. Ainsi étiez-vous auparavant, mais Allah vous A Gratifiés. Discernez bien.} An Nissa 94
{O vous qui devîntes croyants, si un perverti vous apporte une nouvelle, soyez discernant pour que vous ne portiez atteinte à des gens par ignorance, et que vous ne vous repentiez de ce que vous avez fait. Et sachez que le Messager d’Allah est parmi vous. S’il vous obéissait en beaucoup de choses, vous vous en ressentiriez, mais Allah vous A Fait aimer la foi, et l’A Embellie en vos cœurs, et vous A Fait haïr la mécréance, la perversité et la désobéissance. Ceux-là sont ceux qui suivent le droit chemin, Munificence et Grâce de la part d’Allah.} Al Hujurate 6
Que ce soit pour Dieu, pour Son Prophète ou pour Ses créatures notre vocation du bon conseil est de faire triompher la vérité même si cela se fait à ses propres dépens. Comme le souligne l’Imam Ali perdre en étant du côté de la justice est préférable à gagner en étant du côté de l’injustice.
La question sur la révolution algérienne est inévitable. Je n’ai pas de réponse ni de pronostic sur des éléments relevant du Ghayb. La lecture objective témoigne de la présence des conditions objectives et des possibilités objectives qui vont déboucher sur un scénario plus proche de la Libye que de l’Égypte ou de la Tunisie sinon un scénario inédit. Il reste les possibilités subjectives sur lesquelles nul ne peut faire une évaluation car la connaissance des cœurs et le mouvement des cœurs relèvent de la seule connaissance d’Allah. L’analyse humaine peut espérer, redouter ou prévoir des tendances générales. La tendance algérienne sera clairement définie une fois Tripoli définitivement conquise. La conquête de Tripoli ne relève pas seulement de l’analyse politique, sociale et militaire mais de l’analyse psychiatrique.
Nous sommes face à un tyran qui souffre du syndrome d’érotomanie. L’érotomanie ou délire érotomaniaque est un syndrome psychique que les psychiatres qualifient d’illusion délirante d’être aimé. Ce délire passionnel qui fait partie des psychoses paranoïaques conjugué aux autres éléments ouvre la porte vers un enfermement du dictateur dans sa citadelle de Bal al Azizia ou une ouverture de dépit poussant à massacrer ce peuple qui refuse de l’aimer. La bataille décisive est déjà inscrite au compte du peuple libyen, le comportement psychopathe du tyran va rendre le délai plus long et le cout plus élevé. Il peut finir comme Néron ou comme Nemrod le tyran de Babylone qui a affronté Abraham (saws) et qui finit lui et son armée terrassés par une armée de moucheron qui pénétra dans leur têtes leur dévorant les limbes jusqu’à la folie puis la mort.
Dans la dialectique opposant les révolutionnaires arabes à la fois aux contre révolutionnaires vassaux de l’Occident et aux Occidentaux qui essayent de récupérer les « élites » et conserver leur main mise sur les ressources nationales, la politique étrangère et la politique sécuritaire nous allons assister à une véritable Sahwa (éveil islamique) qui va surprendre l’Occident et dérouter tous ses pions dans la région. Contrairement à tous les scénarios le centre de gravité de cette révolution arabe est pour l’instant la Libye. Il peut revenir en Égypte ou se déplacer vers l’Arabie saoudite. Pour le cas libyen nous devons rester extrêmement vigilants à ne pas tomber sous la fascination des voix appelant l’Occident à intervenir. Nous devons garder en vue qu’il s’agit d’un véritable Jihad dans un moment mystique qui ne doit pas être profané et que l’expérience irakienne est présente.
Les révolutionnaires libyens vont fatalement emporter la bataille décisive car nous sommes en présence d’un peuple qui mène un Jihad au sens global et noble du terme. Ceux qui appellent à l’ingérence internationale sont paradoxalement ceux qui veulent servir le plan de Kadhafi, de l’Amérique ou leurs propres intérêts de se présenter comme opposition crédible aux yeux de l’Occident et être intronisés comme libérateurs de Tripoli et continuer à spolier les richesses du peuple quitte à faire entrer le pays dans une longue guerre coloniale ou une guerre tribale dans un pays privé d’institutions étatiques modernes.
En prenant possession de leur liberté d’initiative et de décision les peuples arabes et musulmans sont entrain de donner contenu idéologique, religieux, politique, social, logique et pragmatique à ce hadith que nous lisions sans en comprendre le sens et la portée stratégique et tactique dans le changement :
« Les meilleurs d’entre vous dans la Jahilya (Obscurantisme ante islamique) sont les meilleurs d’entre vous dans l’Islam s’ils font l’effort de comprendre la religion islamique »
Pour l’instant la révolution tunisienne poursuit son cours et résiste à la contre révolution. Elle vient de faire « tomber » deux gouvernements : le gouvernement de Ghannouchi et le gouvernement français et c’est un « bon présage » même si notre foi nous interdit de croire aux présages et de nous reposer sur la confiance totale en Dieu après avoir pris en charge toutes les causes et évaluer toutes les conséquences de nos actions (Tawakkul). Mohamed (saws) nous a appris à conjuguer la foi, la raison, la lecture des signes divins dans le Coran et la lecture des signes divins dans les phénomènes sociaux, politiques, scientifiques, écologiques et historiques et nous libérer des mythes :
« "Quiconque pratique la Tiyara (augure et présage dans la lecture des signes) ou y a recours, et quiconque fait prédire son futur ou fait ensorceler quelqu'un n’est pas des nôtres. »
«Nul ne peut échapper à ces trois: le soupçon, la jalousie et l’ornithomancie» On lui demanda: «Qu’est-ce qui peut nous en délivrer! O Envoyé d’Allah!» Il conseilla: «Ne traduis pas la jalousie en injustice; ne tiens pas pour véridiques les soupçons que tu ressens envers quelqu’un; poursuis ton chemin lorsque tu rencontres un mauvais augure». Hadith
Au moment où j’écris ces lignes on annonce la reconnaissance d’Ennahda comme parti politique. Une victoire de la révolution tunisienne contre les éradicateurs et une confirmation du devoir de ne jamais désespérer de la miséricorde divine. Dissoute et interdite en 1981 Ennahda renait en 2011 après trente ans d’arrogance de tyrans qui ne sont qu’un détritus dans l’histoire des peuples. La vérité est condamnée à triompher par un déterminisme historique, par une nécessité de Justice et de sagesse sinon la vie serait absurde et la lutte pour le droit et la justice inutile :
{Dis : « Qui est Seigneur des Cieux et de la terre ? » Dis : « Allah ». Dis : « Adopterez-vous alors, à l’exclusion de Lui, des protecteurs qui n’ont sur eux-mêmes aucun pouvoir d’utilité ou de nuisance ? » Dis : « L’aveugle est-il égal à celui qui voit, ou bien les Ténèbres sont-elles égales à la Lumière ? Ou bien ont-ils donné à Allah des associés qui créèrent comme Sa Création, alors les créateurs se sont confondus à leurs yeux ? Dis : « Allah Est Créateur de toute chose et Il Est l’Unique, l’Omni-Dominateur. » Il Fit descendre du ciel une eau, alors des vallées coulèrent à sa mesure, et le flux porta de l’écume agitée. Et, de ce qu’ils mettent sur le feu, aspirant à un bijou ou un ustensile, de l’écume pareille ! Ainsi, Allah Différencie le mal et le vrai. Quant à l’écume, elle est réduite à rien, et quant à ce qui est utile aux Hommes, il reste sur la terre. Ainsi Allah Fournit les paraboles. A ceux qui ont favorablement répondu à l’Appel de leur Seigneur, ce qu’il y a de meilleur. Et ceux qui ne Lui ont pas favorablement répondu, s’ils possédaient tout ce qui est sur la terre en totalité, et son équivalent encore, ils se seraient rachetés ! Ceux-là auront le pire des jugements et leur refuge sera la Géhenne, piètres couches ! Celui qui sait que ce qui t’a été Révélé de la part de ton Seigneur, est la Vérité, est-il donc comme celui qui est aveugle ? Mais ne se souviennent que les doués d’entendement, ceux qui remplissent l’engagement d’Allah et ne violent pas le pacte, et ceux qui unissent ce qu’Allah A Commandé d’unir, et craignent leur Seigneur, et redoutent le pire des jugements, et ceux qui persévérèrent aspirant à la Face d’Allah, accomplirent la prière, dépensèrent de ce que Nous leur Octroyâmes, en secret et en public, et qui repoussent le mal par le bien. Ceux-là auront la meilleure des demeures} Ar Ra’âd 16
La vérité commence à se dévoiler et bien avant qu’elle ne se manifeste dans sa splendeur totale elle met de la lumière sur ce que nous savions déjà : la corruption et la collusion d’intérêts entre les élites occidentales et les élites du monde arabe. Les pots de vin du régime tunisien et du régime libyen versés à la classe politique, aux médias, aux centres d’affaires de l’Occident vont être le prochain scandale qui va libérer définitivement les peuples musulmans de l’admiration et de la fascination qu’exercent sur eux l’Occident et sa démocratie de façade. Le temps va nous montrer l’ampleur de la corruption qui a permis aux dictateurs arabes et leur système clientéliste et répressif de demeurer si longtemps au pouvoir malgré les révoltes des peuples et les falsifications des élections. Devant cette corruption qui va faire tomber dans l'Occident, respectueux chez lui des droits de l'homme et de la déonotologie politique, de grosses têtes. Mais en attendant les réseaux de corruption et de solidarité idéologique que Kadhafi a entretenu à gauche et à droite en Europe, en Afrique, dans le monde arabe et en Amérique latine vont constituer un front idéologique sur la conjugaison des intérêts économiques, des intérêts sécuritaires liés ) l'emmeigration et sur la lutte idéologique contre l'islam au nom de la lutte antiterroriste. Les médias, les diplomates, les intellectuels organiques vont tenter de présenter le peuple libyen comme otage d'al Qaeda ou des intégristes islamistes sous entendant le principe meurtrier de "pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie".
Tous les hommes libres et conscients des enjeux qui se trament contre les peuples doivent dépasser leur clivage idéologique et s'opposer au plan diabolique qui mettrait la Libye et les Libyens dans un autre combat. Si les libyens sont amenés à livrer un combat imposé contre leur volonté pacifique ils le livreront mais j'ai l'intuition qu'ils ne le livreront pas seuls mais que nous serons dans un conflit qui va opposer la rive latine à la rive musulmane avec un prolongement néfaste pour les Occidentaux qui seront conduits à cette erreur stratégique. Les peuples arabes sont dans un moment mystique de l'histoire pour se libérer de plusieurs siècles de tyrannie, ils ne se laisseront pas déposséder de leur victoire annoncée.
C’est notre devoir de dire car le Prophète (saws) nous a transmis cette culture de fraternité et d’amour :
« Aucun d’entre vous ne peut se prétendre croyant jusqu’à ce qu’il aime pour son frère (ou son prochain) ce qu’il aime pour lui-même »
Ces peuples en souffrance font partie de moi, et je les aime comme j’aime les miens :
« O Anas! Ne garde dans le cœur en te couchant ou en te réveillant aucune rancœur envers les musulmans. Ces préceptes font partie de ma Sunna. Quiconque les observe m’aura aimé et quiconque m’aura aimé sera avec moi au paradis. O Anas! Si tu exécutes ces actions et que tu observes mes recommandations, il n’y aura pas pour toi une chose plus agréable que la mort. C’est là que tu trouveras le repos».
C’est cet amour et cet fraternité qui font que je refuse moralement que Kadhafi puisse périr sous les bombardements de l’OTAN ou qu’il puisse être jugé devant un tribunal international donnant encore une fois légitimité à une communauté internationale qui vole nos victoires et les transforment en défaites car le prix du pétrole est plus précieux que notre sang et plus important que notre liberté, notre dignité et nos valeurs. Il appartient aux libyens de décider de son sort et de se déterminer par rapport à ceux qui l’ont soutenu ou qui l’ont réhabilité au détriment du peuple libyen et de ses richesses nationales.
Qu’Allah fasse de ces hadiths et des versets suivant le printemps de nos cœurs et le printemps de nos peuples libérés du despotisme et du néo colonialisme dans ces jours bénis où coïncident la commémoration de la naissance du Prophète (saws) et la renaissance des peuples arabes et des peuples africains si les Arabes mettent fin à la politique de tourner le dos à l’Afrique :
{Croyez donc en Allah, en Son Messager et en la Lumière que Nous Révélâmes.} At Taghabun 10
{… ô doués d’entendement - vous qui devîntes croyants - Allah vous A Révélé un Rappel : Un Messager qui vous récite les Versets d’Allah, explicites, pour faire sortir ceux qui devinrent croyants, et ont fait les œuvres méritoires, des Ténèbres à la Lumière. Et quiconque croit en Allah et fait œuvre méritoire, Il le Fait entrer dans des Paradis sous lesquels coulent les fleuves : ils s’y éterniseront à jamais. Allah lui Aura sûrement Accordé la meilleure attribution.} At Talaq 9
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