dimanche 6 mars 2011

Les racines chrétiennes de la France

Publié le 4 mars 2011 sur le site blog.mondediplo.net

par Alain Gresh

Dans son discours au Puy-en-Velay, le 3 mars, Nicolas Sarkozy a déclaré :

« Les peuples sont comme les Hommes : qu’ils occultent leur passé, qu’ils nient tout ou partie de leur identité et ils courent le risque de voir un jour ressurgir ce qu’ils ont refoulé mais sous une forme inquiétante.

La chrétienté nous a laissé un magnifique héritage de civilisation et de culture, je suis le président d’une République laïque (une erreur s’est glissée dans le texte publié par L’Elysée que j’ai corrigée) Je peux dire cela, parce que c’est la vérité. Je ne fais pas de prosélytisme, je regarde simplement l’Histoire de notre pays. Une fois dit cela, je veux dire que la France a puisé à d’autres sources : il y a quelques semaines, j’ai reconnu et salué les racines juives de la France. Grégoire de Tours, le plus ancien de nos historiens, qui dans les mêmes pages de son Histoire des Francs, parle pour la première fois non seulement du sanctuaire du Puy-en-Velay mais de la synagogue de Clermont ! C’était en Auvergne déjà et Grégoire de Tours écrivait il y a près de 15 siècles ! C’est la France. La France que nous aimons, la France dont nous sommes fiers, la France qui a des racines. »

Le quotidien catholique La Croix (4 mars) fait remarquer dans l’article de Laurent de Boissieu, « La chrétienté, “un magnifique héritage de civilisation” » :

« Première idée : il faut, a dit le président, “assumer intellectuellement, moralement et politiquement" cet héritage car "il est toujours dangereux d’amputer sa mémoire", tout en prenant soin de préciser que "personne n’est prisonnier de l’histoire de son pays".

Cette idée constitue une rupture avec son prédécesseur, Jacques Chirac, qui s’était opposé en 2004 à toute référence aux “racines chrétiennes” dans le projet de Constitution européenne. Concrètement, c’est justement, aux yeux de Nicolas Sarkozy, le patrimoine “qui nous inscrit dans le temps long d’une histoire multiséculaire”. »

Cette vision d’une histoire multiséculaire et immuable est absurde. Notre vision de l’histoire a varié à chaque période, à chaque tournant. L’héritage juif de l’histoire de France n’est affirmé que récemment ; la vision de la révolution française a suscité et suscite encore bien des débats et des interprétations. Notre vision de Vercingétorix et celle imposée, pour des raisons politiques, par la IIIe République n’ont rien de commun.

S’interrogeant sur l’histoire américaine, l’intellectuel américano-palestinien Edward W. Said notait : « Aux Etats-Unis, la notion de ce qui est américain a connu un grand nombre de changements et parfois des tournants spectaculaires. À ses origines, le cinéma décrivait les habitants autochtones comme des démons malfaisants, que l’on devait éliminer ou soumettre. On les appelait les Peaux-Rouges et leur seule place dans la culture […] était d’être un obstacle à l’avancée de la civilisation blanche. Aujourd’hui, cela a totalement changé. Ils sont considérés comme des victimes de l’occidentalisation du pays, non comme des méchants. » Et il ajoute que, si la littérature était dominée par des hommes blancs vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, des écrivains comme Toni Morrison symbolisent désormais une nouvelle vision de la “civilisation américaine” : « Quelle conception a-t-on de l’Amérique réelle et qui peut prétendre la représenter et la définir ? La question est complexe et très intéressante, mais on ne peut répondre avec quelques clichés [1]. »

Si on ne peut pas demander au président de la République de comprendre ces subtilités, il faut reconnaître que son discours est porteur d’un message politique clair : la France est laïque et chrétienne ; et, tout le monde l’aura compris, elle n’est pas musulmane et elle ne se laissera pas imposer la charia, le foulard, la burqa, les minarets, le hallal, etc.

Ce discours est tenu alors que l’UMP souhaite lancer une journée d’étude sur l’islam, reconvertie hâtivement en journée sur la laïcité, et que le président souhaite chasser sur les terres du Front national relifté par Marine Le Pen, laquelle abandonne le discours sulfureux sur la seconde guerre mondiale et l’antisémitisme pour se convertir à la laïcité et à l’islamophobie.

Sur le site de Libération, sous le titre « Copé promet “des solutions” sur la laïcité et la place de l’islam » », on peut lire les inquiétudes exprimées dans les rangs mêmes de la droite :

Dominique de Villepin affirme que le débat fera « “le jeu de Marine Le Pen” », relevant que les intentions de vote en faveur de celle-ci se situaient « entre 18 et 20% » actuellement. Pour lui, de tels débats nourrissent “les peurs”.

Quant à François Bayrou, « il a dénoncé le discours du chef de l’Etat, au Puy-en-Velay, sur les racines chrétiennes de la France, en notant que “chaque fois qu’on mélange l’Etat et la religion, on court à la catastrophe”. “Pourquoi l’Etat se mêlerait de choisir une de nos racines ?”, a-t-il interrogé, avant d’estimer qu’il y avait là “une utilisation, une tentative d’utilisation de la conviction religieuse”. “Ce n’est pas la responsabilité, ni même le droit du président de la République de trancher sur ces thèmes qui appartiennent à chacun" dans son intimité”.

Alors que la loi sur la burqa devrait entrer en vigueur le 11 avril, le gouvernement a renoncé à envoyer des ambassadrices expliquer aux femmes qui le portaient le sens de cette décision. On peut penser que cette renonciation tient au fait qu’on voit mal qui pourrait porter cette parole, et l’association Ni putes ni soumises qui avait reçu 80 000 euros à cet effet, est tout à fait incapable de mettre un pied dans les quartiers dits difficiles – espérons toutefois qu’elle remboursera la subvention.

Mais, pour ne pas laisser planer de doute sur sa détermination à éviter que nous soyons submergés par des musulmans barbus et des femmes voilées, le ministre de l’éducation Luc Chatel a pris une décision héroïque : il a interdit aux femmes voilées d’accompagner les sorties scolaires – décision qui sera sans doute contestée devant le Conseil d’Etat (lire Stéphanie Le Bars, « Luc Chatel ne veut pas de mères voilées pour accompagner les sorties scolaires », Lemonde.fr, 3 mars. Elle aura au moins un effet positif : renvoyer dans leurs foyers ces femmes qui cherchent à s’intégrer aux activités scolaires, un pas décisif dans la voie de leur émancipation.

Notes

[1] Edward W. Said, « The clash of definitions », dans Emran QURESHI, Michael A. SELLS (dir.), The NewCrusades. Constructing the Muslim Enemy, Columbia University Press, New York, 2003, p. 76-77

URL du billet: http://blog.mondediplo.net/2011-03-04-Les-racines-chretiennes-de-la-France

Au delà du texte de Mr Gresh, ce qui nous a beaucoup intéressés ce sont les différents commentaires laissés par les lecteurs et en particulier ceux-ci:

  • Ph. Arnaud :
    5 mars @10h20
    La France a-t-elle des racines chrétiennes ? Non ! N° 1

    A tous

    Telle est la réponse que donne Paul Veyne à cette question à laquelle, par paresse d’esprit, conformisme, habitude, crainte, on prend l’habitude de répondre oui. Et l’historien ne se contente pas d’un coup, il en donne plusieurs…

    [Ce qui suit est une série de citations de l’auteur, dans les pages 217 à 233 de son ouvrage].

    Non, parce que la question peut être considérée comme un faux problème : où a-t-on jamais vu qu’en ses divers domaines, dans ses différents milieux sociaux, en ses diverses activités et pensées, une civilisation, une société, cette réalité hétérogène, contradictoire, polymorphe, polychrome, ait quelque part des « assises », des « racines » ? Que ces racines résident dans une de ses nombreuses composantes, la religion ?

    Racines auxquelles elle serait restée attachée à travers un tourbillon d’agitations matérielles et morales, tout au long de vingt siècles ? La religion est seulement un des traits physionomiques d’une société, trait élu autrefois comme caractéristique de celle-ci ; à notre époque désacralisée, on élit plutôt le rapport de cette société à l’Etat de droit.

    Une religion est une des composantes d’une civilisation, elle n’en est pas la matrice, même si elle a pu quelque temps lui servir de désignation conventionnelle, être son nom de famille : « la civilisation chrétienne ». […].

    Et, à propos de l’humanitarisme et de la douceur, qui seraient censées être les « caractéristiques » [le terme est de moi, Ph. A.] du christianisme, Paul Veyne, l’historien de l’Antiquité, cite Marc Bloch, l’historien médiéval : la loi du Christ peu être comprise comme un ensei-gnement de douceur et de miséricorde, mais, durant l’ère féodale, la foi la plus vive dans les mystères du christianisme s’associe sans difficulté apparente avec le goût de la violence ».

  • Ph. Arnaud :
    5 mars @10h47 « »
    La France a-t-elle des racines chrétiennes ? Non ! N° 2

    A tous (n° 2)

    Telle est la réponse que donne Paul Veyne à cette question à laquelle, par paresse d’esprit, conformisme, habitude, crainte, on prend l’habitude de répondre oui. Et l’historien ne se contente pas d’un coup, il en donne plusieurs…

    [Ce qui suit est une série de citations de l’auteur, dans les pages 217 à 233 de son ouvrage, sauf les crochets, qui sont de moi, Ph. A.].

    Non encore, car on ne peut pas non plus, comme le faisait Paul Valéry, attribuer au christianisme le mérite de l’individualisme ou de l’universalisme.

    Ainsi, l’individualisme serait-il censé être catholique parce que chaque âme a une valeur infinie et que le Seigneur veille sur elles une par une ? Oui, pour vérifier si elles sont humbles et soumises à sa Loi. Et que veut dire individualisme ? Une attention attachée par un individu à sa personne, comme exemplifiant la condition humaine ? Une priorité ontologique ou encore une priorité éthique de l’individu sur la collectivité ou sur l’Etat ? Un non-conformisme, un dédain des normes communes ? La volonté de se réaliser plutôt que de rester à son rang ?

    Le catholicisme est étranger à ceci comme à cela. […] Si la liberté est le noyau de l’individualisme, alors celle-ci serait-elle chrétienne parce qu’il n’est méritoire d’obéir à la Loi chrétienne que si on obéit librement ? Peut-être, mais on n’est pas libre de ne pas y obéir, et cette prétendue liberté n’est qu’autonomie dans l’obéissance à l’Eglise et à ses dogmes.

    Le mot d’universalisme est non moins trompeur ; parler d’une religion exclusive et prosélyte serait plus juste : le christianisme est ouvert à l’univers et se dit le seul vrai. [Mais] les penseurs païens étaient [aussi] universalistes car ils s’exprimaient en philosophes : tous, Grecs et Barbares, libres et esclaves, hommes et femmes avaient également accès à la vérité et à la sagesse ; les capacités humaines étaient virtuellement les mêmes chez tous les hommes.

    Saint Paul, en revanche, est un sergent recruteur : il engage tout le monde à entrer dans une Eglise qui est ouverte à tous et se referme sur eux […] Le paganisme aussi était ouvert à tous mais moins exclusif : tout étranger pouvait adorer un dieu grec et n’était pas damné s’il ne l’adorait pas.

  • Ph. Arnaud :
    5 mars @12h42
    La France a-t-elle des racines chrétiennes ? Non ! N° 3

    A tous (n° 3)

    Telle est la réponse que donne Paul Veyne à cette question à laquelle, par paresse d’esprit, conformisme, habitude, crainte, on prend l’habitude de répondre oui. Et l’historien ne se contente pas d’un coup, il en donne plusieurs…

    [Ce qui suit est une série de citations de l’auteur, dans les pages 217 à 233 de son ouvrage, sauf les crochets, qui sont de moi, Ph. A.].

    Non, [même si] depuis saint Paul, le christianisme a ouvert aux non-Juifs le peuple élu, c’est-à-dire l’Eglise : toutes les âmes peuvent être sauvées, que le corps habité par elles soit blanc, jaune ou noir. Saint Paul élargissait ainsi aux Gentils le privilège du peuple élu. Etait-ce chez lui de l’universalisme ? Affirmait-il du même coup l’unité de l’espèce humaine ? Il ne l’affirmait ni ne la niait : il n’y pensait pas, il n’en pensait pas si long. […].

    Ce qui est pour nous une évidence [qu’il puisse naître des prix Nobel parmi les natifs de Nouvelle-Calédonie ou de Bornéo] n’est [une idée] qui n’a guère plus de cent ans. […] Elle n’est pas due au christianisme et pas davantage à la science des sociologues, mais plutôt à la décolonisation et à ce qu’on pourrait appeler un état d’esprit sociologique, un « discours » implicite sur le rôle de la société, qui s’est établi sans bruit au XXe siècle.

    [Dans l’Antiquité], aucun païen, aucun chrétien (sauf, à la rigueur, Grégoire de Nysse), n’avait cherché à abolir [l’esclavage]. [A l’époque], les esclaves [mêmes chrétiens] ne pouvaient pas être ordonnés prêtres.

  • Ph. Arnaud :
    5 mars @13h58
    La France a-t-elle des racines chrétiennes ? Non ! N° 4

    A tous (n° 4)

    Telle est la réponse que donne Paul Veyne à cette question à laquelle, par paresse d’esprit, conformisme, habitude, crainte, on prend l’habitude de répondre oui. Et l’historien ne se contente pas d’un coup, il en donne plusieurs…

    [Ce qui suit est une série de citations de l’auteur, dans les pages 217 à 233 de son ouvrage, sauf les crochets, qui sont de moi, Ph. A.].

    Si, pour Paul Veyne, l’Europe était chrétienne au Moyen Age (ce que la lecture de Jean Delumeau amène toutefois à mettre en doute, comme je le développerai plus tard), notre [société] actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’homme, de la liberté de penser, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme ou de la réduction des inégalités.

    [Or, ce sont là] toutes choses étrangères et parfois opposées au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. […] L’apport du catholicisme à la France actuelle [Paul Veyne parle d’Europe], qui compte toujours une forte proportion de chrétiens, se réduit presque à la présence de ceux-ci parmi nous. S’il fallait absolument nous trouver des pères spirituels, notre modernité pourrait nommer Kant ou Spinoza ; quand celui-ci écrit dans l’Ethique que « porter secours à ceux qui en ont besoin dépasse largement les forces et l’intérêt des particuliers ; le soin des pauvres s’impose donc à la société tout entière et concerne l’intérêt commun », il est plus proche de nous que de l’Evangile. […]

    Ce n’est pas le christianisme qui est à la racine de l’Europe, c’est l’Europe actuelle qui inspire le christianisme ou certaines de ses versions. […] Aussi bien la morale que pratiquent aujourd’hui la plupart des chrétiens ne se distingue-t-elle pas de la morale sociale de notre époque (Anatole France en souriait déjà) et de son recours à la contraception (Baudelaire en ricanait déjà)…

  • Ph. Arnaud :
    5 mars @16h37
    La France a-t-elle des racines chrétiennes ? Non ! N° 5

    A tous (n° 5)

    Telle est la réponse que donne Paul Veyne à cette question à laquelle, par paresse d’esprit, conformisme, habitude, crainte, on prend l’habitude de répondre oui. Et l’historien ne se contente pas d’un coup, il en donne plusieurs…

    [Ce qui suit est une série de citations de l’auteur, dans les pages 217 à 233 de son ouvrage, sauf les crochets, qui sont de moi, Ph. A.].

    [La France n’est pas chrétienne malgré] les grandes cathédrales, l’église du moindre village, Blaise Pascal, notre littérature chrétienne, Jean-Sébastien Bach, le peinture religieuse qui remplit nos musées…

    Mais, précisément, pour la majorité d’entre nous, c’est là un héritage, c’est du patrimoine, c’est-à-dire du passé, un passé que nous vénérons en ce « culte moderne des monuments » dont parlait Aloïs Riegl. Le christianisme est ce que nous fûmes [souligné par moi, Ph. Arnaud] et qui reste un nom ancestral. Nous habitons une vieille maison, nous vivons dans un cadre historique, mais, pour la plupart, nous n’avons plus les convictions, ni les conduites des anciens habitants. […].

    Outre comme patrimoine, le christianisme subsiste aussi comme phraséologie : lors de l’élection présidentielle de 2007, les trois candidat(e)s, à droite, à gauche et au centre, usaient quelquefois d’un langage chrétien, mais pour présenter un programme qui n’avait rien de chrétien.

  • Ph. Arnaud :
    5 mars @19h23
    La France a-t-elle des racines chrétiennes ? Non ! N° 6

    A tous (n° 6)

    Ce que j’écris maintenant n’est pas tiré de Paul Veyne, historien de l’Antiquité, mais de Jean Delumeau, son collègue moderniste [période qui va de la fin du Moyen Age à Napoléon inclus], spécialiste du christianisme, catholique lui-même, et, comme Paul Veyne, professeur au Collège de France.

    Les lignes qui suivent procèdent du chapitre « La légende du Moyen Age chrétien » dans « Le catholicisme entre Luther et Voltaire », de Jean Delumeau (P.U.F., pages 227 à 255).

    Au début du XVe siècle (vers 1400, donc), les prêtres concubinaires n’étaient pas rares, et, deux siècles plus tard, les prêtres concubinaires étaient jusqu’à un quart aux Pays-Bas et un tiers en Rhénanie. [Et je rappelle, au passage, qu’aucun roi de France n’accepta, en son nom, les canons du concile de Trente, pourtant entérinés par l’assemblée du clergé du 7 juillet 1615…].

    Par ailleurs, aux XVIe et XVIIe siècles, un grand nombre de clercs ne résidaient pas dans leur paroisse rurale. [Ou la confiaient à des prêtres bien moins éduqués : ne pas oublier que, jusqu’au concile de Trente, il n’y eut pas de séminaires, c’est-à-dire d’institution spécifique de formation des prêtres.] Ou, lorsqu’ils y résidaient, le faisaient pour vivre plus à leur aise, loin des regards de l’évêque. Ce qui n’était guère édifiant pour les paroissiens…

    Il faut bien considérer qu’antérieurement aux derniers siècles du Moyen Age, l’encadrement religieux des campagnes (l’écrasante majorité de la population) fut assuré par des « clercs » à peine moins ignorants que leurs ouailles, souvent obligés de travailler et vivant en concubinage notoire – voire avec leurs enfants…

  • La France a-t-elle des racines chrétiennes ? Non ! N° 7

    A tous (n° 7)

    Ce que j’écris maintenant n’est pas tiré de Paul Veyne, historien de l’Antiquité, mais de Jean Delumeau, son collègue moderniste [période qui va de la fin du Moyen Age à Napoléon inclus], spécialiste du christianisme, catholique lui-même, et, comme Paul Veyne, professeur au Collège de France.

    Les lignes qui suivent procèdent du chapitre « La légende du Moyen Age chrétien » dans « Le catholicisme entre Luther et Voltaire », de Jean Delumeau (P.U.F., pages 227 à 255).

    Le P. Michel Le Nobletz, qui prêcha en basse Bretagne à partir de 1610, y découvrit des pratiques animistes ou qui s’apparentaient fort au paganisme. Le P. Boschet, qui publia en 1697 Le parfait missionnaire ou la vie du R.P. Julien Maunoir, écrit que la foi pénétra en Bre-tagne au XVIIe siècle « comme au commencement de l’Église ». Et les mêmes constatations se retrouvent dans le Frioul, de l’Alsace aux Balkans et à la Lituanie : l’Européen (et donc le Français) du début du XVIIe siècle restait largement imprégné de mentalité animiste.

    Ainsi le P. Le Nobletz découvrit que des Bretons adressaient des prières à la Lune. Dans le seul département de la Charente on a recensé plus de 200 sources curatives qui, jusqu’à une époque récente, étaient autant de lieux de dévotion. Et certaines d’entre elles étaient vénérées avant l’époque chrétienne…

    De même, les populations de cette époque (pour ne rien dire du Moyen Age) avaient des pratiques magiques à l’égard des suicidés, à l’égard du sang (et, en particulier, du sang menstruel), du sperme, de la salive, de l’urine, des excréments ou des déchets tels que rognures d’ongles ou cheveux tombés. Bref, des pratiques répandues (y compris parmi les classes urbaines ou instruites), qui n’avaient que peu à voir avec le christianisme…

    URL des commentaires: http://blog.mondediplo.net/2011-03-04-Les-racines-chretiennes-de-la-France

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