mercredi 9 mars 2011

La soie dans les ronces

Publié le mardi 8 mars 2011 sur le site politiques-tunisie-mraski.com

par mraski

Tunisie RévoLuTioN

Notre premier ministre datable au carbone 14 vient de nous annoncer que tout ce qu’il a à faire dans le cadre de la poursuite des responsables des dépassements de toutes sortes du régime ancien est de libérer la soie des ronces. Il promet beaucoup de tact sous couvert d’un sens aigu de la justice qu’il a lui-même oublié voire piétiné depuis les années 60.

C’était il y a quelques jours. Je ne comprenais pas très bien ce qu’il voulait dire au plus près de la réalité, au plus juste. C’est que franchement, j’ai du mal à suivre ces professionnels de la politique qui plus ils sont vieux, plus ils sont vicieux.

C’est juste hier soir, tard, que j’ai compris. C’était grâce à l’intervention de l’oncle Farhat, ministre de l’intérieur sur El Jazira.

Il a enfin dissous l’appareil de la police politique. Enfin.

J’ai compris au cours de son intervention qu’il y a un parfait tandem (le premier ministre et le ministre de l’intérieur) pour dissoudre l’appareil de la police politique tout en épargnant les agents et le commandement.

En effet, l’oncle Farhat, juge de profession, fonctionne comme l’aile de l’oiseau dans notre dicton « l’oiseau chante et son aile lui donne la réplique ».

Après avoir soutenu que ceux qui ont trempé dans les sales besognes de la torture et autres traitement inhumains et dégradants, seront punis, il a mis en avant comme principale punition la mise à la retraite. Il refait le même coup que celui de la cinquantaine de responsables dangereux mis à pieds. Il va finir par devenir le ministre de la retraite d’office.

Mais plus tard, il laissait paraître sa véritable pensée en justifiant cela, se réfugiant derrière le code pénal tunisien pour affirmer qu’il n’y a pas de crimes ni délits si les actes du policier sont effectués en exécution d’un ordre émanant de ses supérieurs hiérarchiques. Autrement dit, chaque fois qu’un flic sadique et zélé sera inquiété par une question d’un juge, sa seule défense efficace sera « j’ai obéi aux ordres »…

On suit ce raisonnement et il y aura un seul responsable en Tunisie, c’est le président déchu.

Il est vrai qu’un peuple qui met autant de temps pour se révolter est quelque peu lent à comprendre les choses, de là à le prendre pour un con, là c’est franchir le Rubicon.

Voici un cas pratique. Un opposant est arrêté. Il passe directement par une séance de torture dite de bienvenue, qui, comme nous sommes de nature accueillants, est systématique pour tous ces visiteurs. Après, on présente le nouveau venu devant un chef ou un petit chef pour avoir officiellement les questions sur lesquelles va porter l’interrogatoire.

On le ramène devant une machine à écrire et à la première réponse qui ne plaît pas, on le ramène à la salle de torture non sans avoir pris l’avis du médecin « Mengele » de service. Et ainsi de suite jusqu’à mort s’en suive comme ça a été le cas pour quelques dizaines de victimes.

Dans ce cas pratique qui s’est répété des centaines de fois, aucun intervenant ne sera responsable de quoi que ce soit parce qu’il n’a fait qu’obéir aux ordres. Et là, je m’adresse à l’oncle Farhat le juge : est-ce qu’on est en droit d’exécuter un ordre illégal ? Si le chef demande que l’on tire sur une personne désarmée? C’est un ordre à exécuter ou c’est un ordre illégal ?

Autrement dit, si un chef demande qu’on tue froidement on le fait parce que c’est juste un ordre ? Un flic n’a-t-il pas une faculté de discernement ?

Ayez du respect pour votre carrière, pour le droit, la politique ne fera de vous, à la fin, qu’un homme qui a du sang sur les mains.

Vous avez peut être oublié vos morts. Vous êtes à 6 pour l’instant.

Dans ce cas, c’était qui le chef, Chef Farhat ?

Qu’à cela ne tienne.

Voici un autre cas pratique. Un citoyen arrêté et torturé par les moyens que l’on connaît, la bouteille au cul, le poulet rôti, le perchoir, le pipi dans la bouche, le viol de toutes sortes…

Le lendemain, cette victime rencontre dans la rue l’un de ses tortionnaires. Elle fait quoi ? Elle fera quoi sachant que la personne en face jouit d’une retraite paisible ?

Je pense que si le tandem de ce gouvernement tend à faire échapper la police à tout jugement, il ne fait que ramener ces jugements dans la rue.

Les victimes seront en droit de se faire justice eux mêmes.

Et là, aucune garantie pour un procès équitable.

La rue n’est pas la sérénité d’un tribunal. Tant pis.

Mais ce qui est étonnant est que la dissolution de ce service de police vient bien après celle du RCD.

Est-ce que la police a eu le temps de faire disparaître les dossiers politiques et personnels sur les citoyens…exactement comme le RCD qui a trouvé le temps de se réorganiser ?

Si on dissout la police politique, il faut corrélativement autoriser tout tunisien à demander l’accès à son propre dossier pour vérifier ce qui est porté sur lui comme notes pour pouvoir rectifier la vérité puisque ces dossiers doivent rester dans les archives, pour l’histoire du pays.

J’ai bien peur que tout ce temps ait servi à nettoyer la documentation des services spéciaux de tous les dossiers compromettants pour le régime.

L’autre intérêt de l’accès aux dossiers individuels est que chaque citoyen fiché saura reconnaître ses amis et les autres qui l’espionnaient. Il est en droit aujourd’hui en tant qu’homme libre, donc responsable, de connaître la vérité sur son entourage. Des fois, on doute de quelqu’un à tort.

Enfin, le directeur de la police par intérim vient de me faire sourire en soutenant que les effectifs des forces de sécurité intérieures ne dépassent pas 50.000 (police, garde nationale, services pénitentiaires, protection civile) alors que les forces de Ben Ali, doit-on les appeler, sont deux fois supérieures aux effectifs de notre armée.

Heureusement qu’il ne fait que l’intérim.

Il m’a fait rire, ensuite, en soutenant que la police politique n’atteint pas les 9.000 ou les 10.000, ce qui est vrai mais ce qui est aussi très loin de la réalité. Il oublie de dire que c’était lui le chef de cette police politique avant et après le 14 janvier. Qu’il est là aujourd’hui parce qu’il a bien roulé sa bosse sous le régime ancien. Son ministre est aussi ridicule, il parlait de 200 personnes comme effectifs.

Il appelle la population à soutenir sa police presque en pleurnichant. Il a osé même parler de sacrifices des forces de police pour les week-ends et les fêtes passées à travailler. Il a oublié tous ceux qu’il a envoyés en taule parce qu’ils ne pensaient pas comme son ancien maître.

Il a oublié les martyrs qui eux n’ont plus de fêtes ni de week-ends en familles.

De quelle police il parle, celle qui tire sur les manifestants à balles réelles, celle qui a fait de son quotidien la transfiguration de la vérité, celle qui a servi les riches contre les pauvres, celle qui n’a fait que pratiquer la corruption. Celle où le petit flic déplume le chauffeur de la 404 bâchée et où son chef de secteur déplume les notables… ?

De quelle police ose-t-il parler.

C’est malheureux que notre pays ait à la tête de ses institutions publiques des administrateurs aussi incompétents et lamentables.

Enfin, en regardant à la télévision la ligue des droits de l’homme en pleurs de joie suite à la dissolution de la police politique, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que nous continuons à être épidermiques pour ne pas dire des sentimentaux et c’est peut être pour ça que les vieux loups se moquent de nous.

Il aurait été plus judicieux quant à cette ligue à ce moment précis d’appeler une centaine d’huissiers de justice s’il le faut pour aller sans perdre une seconde mettre les scellés sur les archives de cette machine de la mort, de la terreur et du malheur qui s’est abattue sur les hommes et les femmes libres de notre pays. Ceux qui n’ont pas attendu la révolution pour se sentir libres…dont précisément ceux de la ligue que je viens de critiquer.

Je n’ai plus envie de crier vive la révolution.

URL du billet: http://www.politiques-tunisie-mraski.com/la-soie-dans-les-ronces/

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