
Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et maire de Bordeaux.REUTERS/REGIS DUVIGNAU
Il était tout sourire, ce lundi 28 février, en conférence de presse, Alain Juppé. Le "promu" du gouvernement, nouveau ministre des affaires étrangères, donnait pourtant une conférence de presse en tant que maire de Bordeaux et a vite été pressé de questions sur les difficultés d'un tel cumul. "Je me fais confiance pour m'organiser", a-t-il répondu, avec une certaine malice, à un journaliste qui l'interrogeait sur l'insinuation de François Fillon, selon lequel Alain Juppé serait "moins présent" désormais à Bordeaux.Comment Alain Juppé va-t-il donc s'organiser pour assurer sa tâche à Bordeaux ? "Comme je l'ai fait quand j'étais premier ministre ou depuis quatre mois, en tant que ministre de la défense", a-t-il répondu, citant le fait qu'il avait "une équipe parfaitement rôdée." "J'ai un iPhone", a-t-il ajouté, faisant mine de chercher dans sa poche.
Cette bonne humeur n'empêche pas certains de se rappeler la promesse qu'Alain Juppé avait formulée aux Bordelais, en 2008 : "Je serai un maire à plein temps sans aucun autre mandat électif", avait-il dit à l'occasion des élections municipales. Le futur ministre des affaires étrangères venait d'être élu à la tête de la ville, après avoir perdu les législatives de 2007, et avec elles son grand ministère de l'écologie.
IL SALUE ALLIOT-MARIE ET NICOLAS SARKOZY
Interrogé sur d'autres sujets, Alain Juppé a affiché sa solidarité avec Michèle Alliot-Marie et a été assez amène avec Nicolas Sarkozy : "Je suis bien placé pour savoir que la vie politique est parfois faite de moments de grande dureté et même d'injustice", a-t-il dit à propos de sa prédecesseure, en référence à sa propre traversée du désert suite à sa condamnation, en 2004. Il a tout de même rappelé qu'il avait parlé de "maladresse", tout en précisant : "Michèle Alliot-Marie a assuré sa fonction avec un grand sens de l'intérêt public."
"Je vais vous faire une confidence : je me disais que j'aurais peut-être du mal à travailler avec Nicolas Sarkozy", a raconté Alain Juppé, interrogé sur les raisons de son refus du portefeuille du Quai d'Orsay lors du remaniement de novembre dernier. Une décision liée pour certains à l'influence dans les affaires étrangères françaises de Claude Guéant, l'ancien secrétaire général de l'Elysée, passé à l'intérieur ce dimanche. La "confidence" d'Alain Juppé semblait surtout un moyen de louer la capacité "d'écoute" de Nicolas Sarkozy, qu'il est "bien sûr" prêt à aider pour 2012.
A propos du débat sur l'islam, dont il avait critiqué les risques de dérives, sur son blog, le "gaulliste" s'est cette fois-ci montré plus mesuré : "Il y a un cadrage nécessaire, mais on devrait y arriver."
Place de l'islam: Juppé veut un cadrage du débat pour éviter les
"C'est une question que se posent les Français, mais si ce débat n'est pas maîtrisé et encadré (...) il peut déraper. Parce qu'il y a ici ou là, dans certains secteurs de la société française un sentiment d'islamophobie et de rejet de l'étranger qui est manifestement exploité par le Front national", a-t-il fait valoir sur France Inter.
"Ca, c'est dangereux, parce qu'aujourd'hui il faut essayer de rassembler et pas de diviser", a ajouté le maire UMP de Bordeaux.
Alain Juppé a été l'un des premiers membres de la majorité à s'inquiéter du souhait du président Nicolas Sarkozy de lancer un débat sur la place de l'islam, en soulignant l'échec de celui sur l'identité nationale.
Il s'est dit en outre "pas favorable à ce qu'on rouvre le débat sur la loi de 1905 (...) un des piliers de la République et de la laïcité", contrairement au ministre du Logement Benoît Apparu.
"Je l'ai dit, il y a longtemps, l'islam a toute sa place en France. Il y a quatre à cinq millions de musulmans en France, ils ne sont pas tous pratiquants, mais ils sont musulmans et nous devons respecter leur religion", a ajouté M. Juppé, en soulignant que c'était "un principe républicain fondamental, la liberté de choisir sa religion et de la pratiquer".
"Aucune religion ne peut imposer ses valeurs à la collectivité républicaine (...) Il faut que l'islam l'accepte". "Voilà le cadrage que je voudrais qu'on fasse avant de se lancer dans cette discussion qui risquerait de déraper", a dit encore l'ex Premier ministre.

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire