J'avais évoqué le 8 février dans l'article "Pensée insolite" la contre révolution en Tunisie sous une de ses manifestations dans le gouvernement de transition par la voie du MAE à MAM :«... Vous pouvez nous faire confiance...»
Ce Ministre des Affaires Etrangères s'est fait limogé pour "déni de révolution" et propos prouvant la confiscation de la révolution tunisienne par les partis de collaboration de classe, les technocrates opportunistes, après ses déclarations sur la chaîne privée de télévision Nesma
"La révolution populaire tunisienne n’a pas été suscitée par un groupe pensant et dogmatique au nom d’une doctrine ou d’une idéologie. Si elle a réussi, c’est grâce à un gouvernement d’union nationale qui occupe le centre de la scène politique."
Le technocrate en une phrase a effacé des années de luttes, d'exil, de tortures et a gommé 23 jours et nuits de sacrifice populaire qui ont donné des martyrs, des blessés et des dons populaires en larmes, en sueur et en argent pour supporter, accompagner et porter la révolution dans le coeur de cette humanité indéstructible que le peuple tunisien a incarné durant sa longue histoire contre le colonialisme et le despotisme.
Le technocrate, pour une visée autre qu'intellectuelle, celle de mépriser la révolution populaire, exprime à son insu la faiblesse de tout mouvement populaire qui ne se structure pas politiquement et qui ne fait pas emerger une direction politique révolutionnaire qui conduit la révolution pour libérer l'insurrection de son caractère spontannée, anarchique ou entropique. Tous les changements dans le Coran sont conduits par des Prophètes. Les insurrections populaires ne sont viables que si elles permettent de faire le tri dans les élites et les démarcations entre restaurer l'ancien régime ou le déconstruire et reconstruire un nouveau. Sur ce tri et cette démarcation emergent les nouvelles élites politiques radicales qui conduisent le changement jusqu'à son terme et la réalisation de ses objectifs.
J'ai insisté longuement sur le mythe de FaceBook, de Tweeter et du jeunisme dans la révolution tunisienne et égyptienne pour donner, par la lutte idéologique de l'Occident contre l'Islam, un caractère moderne donc occidental à la révolution et un mépris des élites envers une minorité de jeunes utilisés comme l'arbre qui cache la forêt en mouvement. Hegel a laissé une belle métaphore que nos sophistes modernistes arabes connaissent : " on voit l'arbre qui tombe mais on n'entend pas la fôrêt qui pousse". Toute la stratégie est d'occulter le peuple, d'en faire un comparse secondaire, un décor insignifiant. Ce mépris du peuple et cette occultation de l'intérieur du pays frondeur depuis des siècles ont donné naissance à la bureaucratie qui a porté la dictature et à l'intlligentsia qui veut porter la contre révolution.
Les élites traditionnelles sont usées, obsoletes et n'ont plus l'initiative autre que suivre le peuple dans son improvisation et son insurection qui apportent en quelques jours ce que les partis politiques et les élites ne pouvaient même pas imaginer en rêve faute de croyance dans des perspectives de changement face à un tyran implacable et impitoyable. Musulmans et non musulmans nous avons fauté en ne faisant pas confiance aux peuples et à leurs âmes indéstructibles qui peuvent redonner vie à une cité inerte et à un projet de libération oublié. Nous avons fauté en oubliant la Promesse divine et la menace pour ceux qui l'oublient :
{Quiconque croyait qu’Allah ne lui Donnerait pas victoire, dans le monde et dans la vie Future, qu’il tende alors une corde vers le toit, ensuite qu’il se pende : qu’il regarde si sa ruse a dissipé ce qui l’enrage !} Al Hadjj 15
Comme Il a donné la victoire à Son Prophète Il la donnera à ceux qui suivent les pas de Son Prophète sans jamais être desespérés de l'issue quand semble tarder la victoire et la cute du tyran.
Le technocrate colonisable et contre révolutionnaire n'a pas manqué de dévoiler sa posture indigène de colonisé dès sa première prestation face à son colonisateur :
« Je suis heureux de vous parler à côté de Michèle Alliot-Marie. C’est pour moi un honneur, c’était peut-être un petit rêve que je faisais, et que l’Histoire ou l’accélération de l’Histoire m’a permis de réaliser. J’aime écouter Michèle Alliot-Marie en toutes circonstances et dans toutes les tribunes »
Un nouveau merdier pour un gouvernement de pseudo transition qui navigue toujours à vue car son seul cap était de stopper la révolution, de la contourner et de la confisquer puis revenir à parachever l'édifice de la modernité selon le point de vue de Bourguiba en ravalant la façade et en lui donnant une coloration libérale, libérale bourgeoise, libérale occidentale... Ce sera toujours l'impasse civilisationnelle tant que la gouvernance dans les pays arabes et musulmans sera conduite par des "personnalités" qui confondent "Modernité" et "Occident" et qui se réfèrent dans leur identité, leur évaluation, leur organisation, leur idéal et leur planification aux normes de l'Occident sans se mettre à inventer de nouveaux instruments, de nouveaux mécanismes et de nouvelles normes spécifiques à leur modernité conforme à l'identité de leurs peuples, de leurs valeurs et de leur histoire.
L'asservissement et l'aliénation du "savant" sont pires que ceux de l'ignorant. Le premier avilit un peuple et le détourne de son histoire alors que le second n'avilit que sa personne sans influencer sur le destin des autres à moins qu'il ne soit pris comme modèle de vertu :
"A la Fin des Temps, il y aura des dévots ignorants et des connaisseurs pervers."
La révolution tunisienne n'est qu'à son début. Le vent de la contestation n’est pas près de s’arrêter de souffler en Tunisie.
Celui qui ose parler de technocrate pour gérer la période de transition en Tunisie ou ailleurs dans le monde arabe et musulman confond par naiveté ou par dessein l'esprit partisan et la logique politique. Il n'y a pas de technocrate séparé de le pensée idéologique et de l'action politique. La poursuite et la réussite de la révolution n'est pas dans dans le jeu politique occulte sous couvert des technocrates mais dans le jeu politique à découvert de politiciens preant cause pour la révolution et ses idéaux mais ayant la noblesse d'esprit et la probité intellectuelle de se mettre au service de la révolution et de se libérer de leur position partisane et de leurs intérêts de classe.
Une fois de plus nous rappelons que Mohamed (saws) a changé la face du monde en confiant des hauts postes de responsabilité aux jeunes qui l'ont soutenu et défendu au péril de leur vie. Le destin prépare les hommes à assumer leur responsabilité :
"Chacun est facilité vers ce pourquoi il a été créé" Hadith
J'ai toujours défendu l'idée d'une unité de direction politique et d'orientation idéologique pour mener à terme une révolution. Celà n'empêche pas de reconnaitre que les peuples tunisiens et égyptiens ont réalisé l'impensable : briser l'inertie. Cette inerttie héritée de notre culture de colonisable et de colonisé fataliste a fait généré en nous le mythe du salut messianique. Nous avons perdu toute initiative et tout courage confiant notre destin à l'attente du retour du Messie ou à la venue du Mahdi pour faire régner, un jour, sur ce monde la justice et la miséricorde. Les peuples ont fait tomber ces mythes. Aux élites de se hisser au niveau de leur responsabilité et de se proposer comme porte parole et défenseurs de ce peuple et non ses tuteurs.
Libéré du messianisme politique les élites et le peuple peuvent alors se libérer des idoles et des fétiches du monde arabe qui sont l'armée, la constitution et le patriotisme. En se libérant des fétiches et du sauveur attendu la société peut entrer en débat interne et apaisé sur les libertés individuelles et publiques qu'elle veut garantir, la souverainté du peuple qui doit exercer sa souverainté sans tutelle d'un parti, de l'armée, de la richesse d'un clan ou d'un lobby étranger. Libéré des fétiches et du fatalisme la société peut débattre de la nature et de la vocation des institutions qu'elle désire pour la gouvernance sensée, juste, équitable et compétence. Dans ce débat libéré de la peur : l'armée ne peut être perçue comme une institution mais comme une structure de l'exécutif pour défendre le territoire. Le peuple et non l'armée est le garant de la Constitution dont accoucherait la société sur le plan des idées et que les spécialistes en droit constitutionnel rédigeront et que le peuple approuve par voie référendaire pour sceller le nouveau pacte social.
C'est la fonction d'un gouvernement de transition que de conduire la société vers la voie de la démocratisation et non de lui voler ou de dévoyer sa révolution. C'est la libération non seulement du despotisme mais du fétichisme, du messianisme politique et du Taghut sous toutes ses formes qui va libérer l'initiative privée, publique et collective et impulser le developpemet économique dans le cadre de la justice sociale et de la légitimité de la compétence et de la propriété acquises dans la transparence et la concurrence loyale sans monopole si dérogation ni passe droit.
Ce qui je dis ici est ce que je répète depuis les premiers jours de la révolution tiunisienne puis de la révolution égyptienne et ce que je dirais pour la révolution algérienne. Nous sommes un même peuple et un même destin que le colonialisme a séparé par des frontières artificielles. Il existe certe un particularisme local qui ne peut occulter ni transcender le global qui nous fédère et qui nous impose ses lois politiques et sociales ainsi que sa dynamique historique. Nous ne pouvons donc parler de liberté et de démocratie sans évoquer le contexte de l'identité et des valeurs de nos peuples. Les élites déboitées de leur peuple ne peuvent ni comprendre ni traduire l'âme musulmane des peuples.
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