Aristote a saisi le sens et la manœuvre du procédé cathartique qu’il faut transposer dans d’autres lieux et d’autres temps pour voir comment se récupère une révolution, se dévie une révolte et s’essouffle une insurrection bien avant que les Français, les Anglais, les Américains et les sionistes ne développent les mesures contre insurrectionnelles en créant des laboratoires des affaires indigènes et de psychologie sociale pour prévoir et anticiper sur les comportements des foules: « Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation. C'est à ce même traitement dès lors que doivent être nécessairement soumis à la fois ceux qui sont enclins à la pitié et ceux qui sont enclins à la terreur, et tous les autres qui, d'une façon générale, sont sous l'empire d'une émotion quelconque pour autant qu'il y a en chacun d'eux tendance à de telles émotions, et pour tous il se produit une certaine purgation et un allégement accompagné de plaisir. Or, c'est de la même façon aussi que les mélodies purgatives procurent à l'homme une joie inoffensive. » L’effet cathartique par l’holocauste, le bouc émissaire ou la catharsis est l’effet dramatique poussé à son paroxysme théâtral pour purger les émotions et ramener le calme dans les cœurs et les esprits mis en situation d’euphorie ou de terreur. En Tunisie la rue s’est épuisée puis s’est divisée sur la suite du slogan cathartique « Ben Ali dégage ! » qui a focalisé l’attention sur le dictateur pour éviter tout débat sur l’avenir politique du pays. L’effet cathartique est obtenu aujourd’hui dans le monde arabe par la mise en application du principe américain « le chaos fécondateur ». Il s’agit de féconder un nouveau régime qui apporte de fausses garanties, de faux espoirs et de faux défis pour les peuples mais de réelles garanties et de véritables intérêts pour l’impérialisme et le sionisme. En Tunisie on a chassé le dictateur et on a gardé son système en l’enjolivant avec des figures anciennes et nouvelles qui ne peuvent occulter les contradictions réelles tant au niveau de la lutte idéologique que de la lutte des classes. Nous allons juste survoler quelques contradictions secondaires qui témoignent de la stratégie coloniale depuis Rome l’antique : « Panem Circences » c'est-à-dire offrir au peuple du pain et des jeux pour le nourrir et le divertir y compris en le faisant acteur du sensationnel sur sa propre misère, sa propre aliénation, sa propre soumission miroitées comme acquis, comme droit, comme vent de liberté :
Ceci dit la révolution tunisienne a été prise en charge par les experts de la communication et des arrangements d’appareils pour être contenu, détournée et confisquée. En termes de gouvernance d'une transition démocratique le gouvernement ne devrait pas s'encombrer de ministre du tourisme, du ministre de la jeunesse et des sports, du ministre de la culture, du ministre de l'information ni du ministre du culte. L'urgence est au ministre de l'intérieur pour la sécurité et l'organisation des éléctions, au ministre de l'économie, des finances et du commerce pour protéger la monnaie et la sécurité des prix et des approvisionnements, du minIstre des Affaires étrangères pour les relations diplomatiques et du ministre de la défense pour la sécurité des frontières. Une transition démocratique a surtout besoin d'une dynamique libertaire menée par les partis politiques et les associations civiles. La transition démocratique n'a pas besoin d'exprimer au colonisateur son allégeance et de lui témoigner son mérite à la confiance mais d'accompagner le processus démocratique en attendant l'emergence des nouvelles institutions. L'accompagnement démocratique prend aux moins trois grandes mesures. La première c'est de développer et consolider le sentiment démocratique, cette conscience sociale et politique de ne plus jamais être oppresseur et de ne plus jamais être opprimé. Cette mesure doit être visible dans la fin du système d'exclusion et d'éradication. La seconde mesure est la fin du monopole de l'Etat bureaucratique et de la tutelle de ses appareils et de ses hommes sur la vie sociale et culturelle. Ainsi pourquoi un ministère des sports et de la jeunesse alors qu'il s'agit de donner du pouvoir, un budget et des prérogatives aux fédérations sportives et aux associations. Pour quoi un ministère du culte alors qu'il s'agit de redonner aux élites religieuses la conduite de leurs mosquées et aux associations cultuelles la gestion du Waqf et du Habous. On peut multiplier à l'infini ce genre de processus de démocratisation qui peut commencer tout de suite si la révolution nationale démocratique n'a pas été confisquée... La troisème mesure c'est l'annonce de l'état de droit. L'état de droit va commencer à se roder et à s'institutionnaliser en faisant de la justice et du greffier le dépositaire des demandes de créations des associations civiles et des partis politiques qui peuvent dès le récepissé de dépot commencer à activer et qui ne devienent définitivement officiel qu'après l'officialisation par la parution sur le journal oficiel. Il s'agit de respecter la transparence et la légalité en déclinant à la justice son identité de personnalité physique et d'être légalisée par la justice en sa qualité de personnalité morale répondant aux normes du droit et non aux exigences sécuritaires ou politiciennes du ministère de l'intérieur. Mais le nouveau régime, toujours mauvais élève, se remet à placer ses clients du RCD pour administrer le comptoir commercial avec des préfets et des sous préfets qui vont exercer la tutelle voire la repression contre les populations frondeuses de la Tunisie profonde loin de la vitrine de l'aéroport international. La partie ne fait que commencer. Elle sera terminée ou relancer suivant la partie qui se joue en direct en Egypte. En Égypte on assiste à la même intensité dramatique confinée dans la place Tahrir qui ressemble à une scène en entonnoir donnant au reste du monde assistant à l’événement l’impression d’être un chœur qui répète à l’unisson ce qui se dit et se fait dans les différents actes. Nous sommes une fois de plus mis en présence de l’effet cathartique de la tragédie grecque : crier ensemble pour conjurer le sort funeste mais irréversible de l’issue. Dans la conscientisation du sentiment refoulé qui peut déboucher sur une idée de libération puis sur une action de libération on assiste à quelques phénomènes qui nous interpellent :
Dans ces moments dramatiques sur le plan historique il est regrettable de ne pas voir les Algériens se réunir et réhabiliter la plateforme de Rome de 1995 au lieu de perdre leur temps à créer des rassemblements éphémères. L’urgence et la priorité est de réhabiliter, d’approfondir et de communiquer sur cette plateforme unique dans l’histoire des peuples arabes et musulmans en terme de coexistence pacifique et de multipartisme. Nos frères tunisiens et égyptiens peuvent s’y inspirer. Il est du devoir de tous de ne pas confiner sa lutte pour la liberté dans l’exacerbation d’un nationalisme cathartique ou dans la haine d’un ennemi incarné en la personne du Président de la République. Il s’agit de :
Dans ces moments difficiles pour le monde arabe et musulman, qui peuvent être ou bien salutaires ou bien funestes, selon que la révolution égyptienne dépasse la réactivité pour s’inscrire dans l’initiative historique et que dans cette initiative historique les autres peuples musulmans entrent dans la même bataille pour recouvrir leur liberté, leur dignité, leur indépendance et vivre dans la prospérité et la démocratie (Choura). Dans ces moments cruciaux nous voyons certains musulmans céder à l’euphorie en se contentant de juger les façades sans voir les enjeux stratégiques et d’autres céder à la polémique en faisant des espaces de liberté en Occident des forums de désinformation sur l’Islam ou de haine contre les peuples occidentaux en faussant le rapport de l’Islam à la liberté et à la démocratie. Quelque soit le cours des événements dans les heures ou dans les jours à venir la situation reste hors de contrôle des Administrations sionistes et impérialistes et elle le restera longtemps encore si les Arabes et les Musulmans surmontent le Wahn et l’Euphorie. Le Wahn comme l’euphorie rendent toute chose impossibles à réaliser car la dimension rationnelle est amputée de l’action, la finalité est absente et les moyens adéquats ne sont pas mobilisés avec pertinence (adaptation au lieu), opportunité (adaptation au moment historique) et cohérence (nos valeurs et nos stratégies dans une représentation saine et global de la réalité)… Contre le Wahn et l'euphorie nos assistons à un déploiement efficace des assemblées et des comités des jeunes révolutionnaires. Nous les soutenons moralement pour qu'ils s'imposent sur tous les appareils archaïques et qu'ils restent l'avant garde saine de la révolution populaire. Si jamais la révolution égyptienne avorte jamais l’Occident ni Israël ni le régime égyptien ne pardonneront aux égyptiens de les avoir défié. Les Baltajias, les escadrons de la terreur, n’étaient qu’un aperçu de la vengeance brutale qui attend son heure comme un myriapode à plusieurs têtes et à plusieurs mains dont les principales sont bien cachées en Occident. Il faut imaginer que pour rester en place quelques mois afin de restaurer la suprématie de l’impérialisme et du sionisme les régimes tunisiens et égyptiens ont consenti à faire tuer des centaines et à faire souffrir des milliers. Pour rester plus longtemps et pour défendre des intérêts matériels considérables les Égyptiens, les Tunisiens comme les Algériens sont disposés à sacrifier leurs peuples, leurs valeurs, leur humanité et leurs patries si l’Occident leur donne la couverture diplomatique et médiatique. Dans cette perspective funeste les hommes politiques doivent se mettre au service de la jeunesse qui a versé son sang et qui est dans l’attente d’un avenir de liberté et de prospérité qu’ils peuvent construire si on leur donne l’occasion de le faire comme Mohamed (saws) l’a fait en confiant de grandes responsabilités aux jeunes de son temps qui ont porté loin et haut l’étendard de l’Islam et de la liberté. Nous exprimons par ces lignes notre présence et notre soutien qui doivent se manifester en apportant des éclairages à l'opinion francophone en Europe qui est manipulée par les médias privés et publics qui ont rompu depuis longtemps avec leur propre peuples occidentaux et de ce fait ne peuvent être ni les témoins crédibles ni les soutiens objectifs aux peuples arabes et musulmans. Nous prenons sur notre responsabilité morale et religieuse le courage et l'initiative de dire que les six revendications présentées par les jeunes révolutionnaires sont des coups de butoir qui ébranlent le régime despotique mais insuffisants pour le faire tomber. Il faudrait une plateforme nationale avec sa feuille de route qui décrit le changement attendu, comment le mener, avec qui le mener et les garanties données et/ou exigées en contrepartie. Cette feuille de route doit être transparente, politique et opérationnelle. | |
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dimanche 6 février 2011
Omar Mazri : Les risques de contre révolution en Égypte
Envoyé par l'auteur Omar Mazri le 5 février 2011
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En Tunisie la révolution de palais a permis de contourner la révolution populaire et de substituer à l’image hideuse et despotique du tyran une image présentable qui donne l’impression « un vent de liberté ». Les pratiques en Tunisie ou ailleurs pour détourner une révolution ou calmer la colère d’une population sont des pratiques universellement connues sous la forme de l’holocauste ( Autel juif où il s’agissait d’offrir une victime au sacrifice par le feu purificateur pour préserver le groupe), du bouc émissaire (bouc Azazal focalisant tous les péchés des peuples d’Israël et permettant d’ostraciser une personne ou un groupe de personne pour détourner l’attention de la majorité fautive), et de la catharsis qui consiste à une pratique rituelle purificatrice pour détourner la colère ou se purifier de la passion.
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