Dans les articles précédents nous avons analysé la révolution en Tunisie et en Egypte et nous avons pris défense pour les Frères Musulmans égyptiens comme avant-garde révolutionnaire. Plus le temps passait plus nous doutions de leur rôle et de leur compétence à jouer ce rôle. Il semble que structurellement et idéologiquement parlant les Frères Musulmans sont devenus une aristocratie socio religieuse qui aussi bien en Égypte, en Tunisie qu’en Algérie est plus disposée à composer avec le régime en place qu’à se mettre dans le rôle de l’avant-garde populaire. Il ne s’agit pas d’être dans le dénigrement mais dans l’observations des faits et des positions sans passion ni allégeance à un mouvement.| Leur position en Algérie les avait dévoilés : ils se sont mis à soutenir le coup d’état militaire contre le choix populaire comme l’ont fait les éradicateurs. Pire que le soutien de la dictature ils ont participé sans être élus démocratiquement et sans perspective d’apporter des changements politiques ou sociaux dans des assemblées et des ministères. Ils ont participé à faire durer la crise et à donner un vernis de légitimité à des gouvernants illégaux et illégitimes. Nous voyons le coup se répéter en Tunisie favorisant l’avortement de la révolution tunisienne. Nous voyons en Égypte la conduite des Frères Musulmans dépassant les espoirs et la confiance portés sur eux par une partie de la population musulmane et arabe.
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Ceci dit on voit que les mouvements islamiques traditionnels ne sont pas prêts à imaginer ni à conduire ni à accompagner ni à se dissoudre dans une révolution. Ils portent sept syndromes mortels. Le premier c’est l’embourgeoisement ; le second c’est le compromis ; le troisième c’est l’absence d’initiative historique ; le quatrième c’est l’instinct de survie né de la répression et de la clandestinité ; le cinquième c’est la pensée unique et l’allégeance au chef qui rend la mobilité et l’adaptation lentes voir impossibles, le sixième c’est l’absence de culture révolutionnaire et de vision stratégique qui permet de composer sur les postures et les processus nés des contradictions principales ; et enfin c’est la tradition de rater les grands événements.
Les Frères Musulmans ont perdu la culture de la dynamique sociale et politique de Hassan Al Banna et l’analyse des contradictions de Sayed Qutb. Il est vrai qu’à l’heure de la mondialisation et après bilan des échecs il faut remettre au centre du débat et au cœur des luttes sociales et politiques la liberté et la démocratie. Un corps bien constitué aurait élaboré une vision autonome et fondamentalement islamique sur la liberté, la démocratie et la gouvernance sans être aliéné par le modèle occidental. Le modèle occidental est une aliénation qui s’ignore, un despotisme raffiné, une liberté licencieuse, une démocratie aux mains de l’argent et des médias. L’intelligence et l’efficacité auraient du nous libérer de l’Occident et construire du moins sur la plan idéique et méthodologique notre libération, notre démocratisation, notre constitution et nos institutions d’une manière inédite, révolutionnaire. Ce travail étant raté nous ne pouvons que rater les révolutions qui viennent revendiquer cette libération, cette démocratisation et cette constitutionnalisation de l’État. Tous les livres de la Sunna ont ce chapitre initié par Boukhari « la science avant l’action » mais nous avons fait du savoir une finalité sinon un ornement sans lien avec la logique pragmatique du changement nécessaire.
Les Frères Musulmans ont perdu la culture de l’initiative historique depuis longtemps. Ils portent en eux l’échec politique car ils accumulent des positions stratégiques qu’ils auraient du prendre à des moments historiques particuliers : le retournement de Nasser contre eux, le retournement de Sadate contre eux, le retour de Moubarak contre eux. Pris dans la culture du compromis, de sauver ses cadres et d’attendre l’effondrement du système ou une islamisation de la société ils ont raté les occasions historiques et révolutionnaires. Ce ratage devient une culture structurelle qui se reproduit comme un modèle en tout lieu et en tout temps dès qu’il porte cette étiquette de « Frères Musulmans » même si paradoxalement ils sont les plus perdants eu égard à la répression qu’ils subissent mais aussi à l’énergie déployée par leurs cadres qui part en dissipation faute de débouchés historiques ou en dévoiement du fait de l’action contraire du régime qui détruit ou corrompt sur son passage sécuritaire et corrupteur tout effort louable, noble et généreux. Dans cette attitude reproductible et banalisée les Frères Musulmans ne pouvaient que se retrouver, malgré eux, une partie du problème au lieu d’en être la solution.
C’est sous l’aspect de partie du problème et non partie de la solution que nous voyons aujourd’hui les Frères Musulmans intervenir négativement et s’engager dans le dialogue avec le régime. En dehors des résultats de ce dialogue et de ses motivations que nous ignorons nous pouvons tirer quelques remarques :
- Il était attendu de faire émerger les nouvelles forces vives et jeunes et de leur donner les compétences d’ingénierie pour finaliser la révolution et non de les abandonner à leur sort ou de fissurer l’union sur le terrain. La gestion sensée de la révolution aurait montré à ces jeunes que le volontarime n'est pas suffisant et que surtout croire que le sit in dans la place Tahir ferait tomber le régime est pire qu'une illusion car on ne voit dans une lutte sociale, politique ou militaire un adversaire batir sa victoire sur l'espoir de voir son ennemi se suicider ou abandonner ses positions sans livrer bataille. Pris dans la place Tahir nous avons l'impression qu'il s'agit d'une scène de la révolte des gladiateurs qui se joue dans l'arène d'un cirque public que dans la prise de la Bastille par les révolutionnaires français.
- Il était attendu de prendre une nouvelle initiative historique au nom du principe dynamique islamique de la « Harakiya » et au nom de l’appel de Cheikh Youssef al Qaradhawi qui demande de soutenir activement les jeunes manifestants et de ne pas donner suite aux savants religieux courtisans des palais et agents des services. Au lieu de cela les Frères Musulmans insistent à se démarquer du discours du guide suprême de la Révolution iranienne et s’invitent à un dialogue avec leur ennemi numéro 1, un dialogue dans lequel ils n’étaient à ce jour ni conviés ni souhaités. Ils donnent la légitimité à la pérennité du régime en reconnaissant la continuité de ce régime sous la direction de l’homme présenté comme le vassal des sionistes et de l’impérialisme. Avant de commencer le dialogue on voit les mêmes démissions que celles d’Enahada : l’engagement de ne pas se présenter aux futures élections. Les élites musulmans n’ont ni agenda ni faculté d’adaptation mais cette inconsistance, cet insenséisme et cette insignifiance du Wahn à se plier aux injonctions américaines dans un moment historiques où l’Amérique est déboussolée sans repères ne faisant que gagner du temps car la révolution égyptienne lui a fait perdre toutes ses cartes et l’intelligence primaire est de ne lui en donner aucune.
- La carte américaine que la rue allait faire tomber est Omar Suleyman qui assure la transition et pour cela il faut épuiser la rue et la confiner dans la place Tahrir jusqu’à dissipation de son énergie. Pour accélérer le phénomène de démission de la rue que maitrise la psychologique sociale au service de la diversion et de la contre révolution on joue sur trois registres. Celui de l’holocauste en sacrifiant le président et quelques caciques. Celui de la catharsis en conduisant la foule se défouler et tomber en pression en focalisant la revendication émotionnelle sur le départ du symbole et faire que l’énergie accumulée se dissipe ou se transforme en liesse de ferveur et de faux triomphe. Celui du bouc émissaire qui consiste à désigner à la vindicte populaire un groupe de victimes. Dans ce dernier cas rien n’interdit de jouer la carte des Salafis égyptiens, des savants saoudiens, de l’aide américaine et européenne, des escadrons de la terreur et d’autres facteurs de diversion pour isoler les leaders de la jeunesse révolutionnaire et les offrir en offrandes purificatrices dans un bain de sang immédiat ou dans un bain de sang en différé une fois la foule dispersée ou amenuisée.
Ce scénario catastrophique mais bel et bien envisagé a ses limites que les Frères Musulmans n’ont pas dépassé :
- Faire émerger des forces nouvelles
- Organiser des comités de défense de la révolution comme garde « prétorienne » (Moussabiline) pour défendre les élites émergentes
- Rédiger une feuille de route pour la transition qu’il faut négocier avec l’armée directement comme partie prenante dans la transition et comme garantie de respect du choix populaire. En aucun cas il ne fallait accepter le dialogue avec le premier vice ministre. Contourner le plan américain c’est de choisir le cadre du dialogue, le contenu du dialogue et les participants à ce dialogue.
Il faut savoir que Lénine avec 500 mille militants a fait renverser le régime des tsars appuyé par l’Occident capitaliste. On parle de 1 million à la place Tahrir et près de 4 millions de manifestants en Égypte. Le problème c’est le paradoxe de l’efficacité et de l’inefficacité qui se conjuguent et qu’il fallait gérer en priorité avant tout dialogue car le dialogue sans stratégie et sans consensus devient un facteur de division, un moyen de diversion, une passerelle vers la subversion qui peut faire des jeunes ou des Frères Musulmans les boucs émissaires.
L’inefficacité est dans l’inertie qui s’installe dans la place Tahrir qui risque de conduire à l’impasse et cette impasse pourrait mener le régime, rassuré de ne pas être dépassé, de prendre l’initiative de provoquer des incidents, des troubles, des attentats ou d’éliminer individuellement chaque leader qui pour des raisons objectives doit un moment quitter la place. Se libérer de l’inefficacité c’est se libérer de l’immobilisme en multipliant les points de rassemblements au Caire et prendre le risque d’aller à l’assaut des symboles du régime. Nous ne sommes pas en présence des mêmes scénarios de la révolution bolchévique, chinoise ou iranienne car il manque la dynamique de confrontation. La similitude des rassemblements avec les révolutions colorées et la surenchère sur le caractère nationaliste, pacifique, mature et civilisée ne doit pas nous faire oublier la mise en scène que la CIA et le Vatican ont joué pour faire tomber les ex républiques de l’union soviétique et les intégrer dans le giron chrétien et capitaliste. Contre cette inefficacité le choix est stratégique : retomber dans le giron américain et sioniste ou être l’avant-garde de la libération de tous les peuples, Musulmans et non musulmans, de l’hégémonie impériale.
L’efficacité est multiple mais elle n’est pas perçue pour ne pas dire volontairement occultée par ceux qui veulent un changement progressif sans prendre le risque du changement révolutionnaire car dans le changement révolutionnaire leur fait perdre la rente sociale, culturelle, économique et religieuse.
- La participation populaire s’amplifie et s’étend et s’ouvre à tous les horizons socio professionnels, confessionnels et culturels. L’efficacité ne consiste pas à contenir ce mouvement dans une expression de kermesse sociale mais à le laisser se construire et s’exprimer en mouvement politique révolutionnaire
- Les États-Unis ont dit ce qu’ils voulaient : la stabilité du régime et le refus de la coloration islamique. Nous savons tous ce qu’ils veulent mais nous savons qu’il s’agit de souhait car dès qu’ils ont pris la décision de rapatrier leurs ressortissants ils manifestent leur incapacité à gérer la situation de l’intérieur sauf à donner des conseils aux décideurs égyptiens. Les décideurs des États-Unis non seulement n’ont pas de solution réelle pour la sortie de crise car ils sont l’origine de la crise par leur soutien indéfectible aux dictatures mais ils sont divisés. Ils gèrent en direct l’Égypte avec des propos contradictoires et pour chaque décideur nous assistons à de l’hésitation, de l’improvisation, une envie de gagner du temps et se consoler par une issue qui viendrait de la révolution qui se consume d’elle-même ou qui se fissure.
- L’armée égyptienne se comporte de la même façon que l’armée tunisienne avec des différences qui peuvent être décisives sur la suite des événements. Le commandement est impliqué dans les commissions mais aussi dans l’inquiétude de ne pas être équipé. L’armée américaine menace en utilisant la carte de l’aide américaine. La solution ne viendrait pas du commandement militaire mais des soldats et de leur hiérarchie directe. L’armée égyptienne a une culture que la corruption de ses chefs ne peut effacer : elle a conduit des révolutions, elle a conduit des guerres contre Israël, elle a soutenu les guerres de libération et les résistances anti coloniales. Aujourd’hui elle se retrouve sans véritable doctrine militaire : elle n’a ni vocation à combattre ni celle de faire la police de répression ni l’humanitaire militaire. Elle est donc hésitante entre sa culture traditionnelle et sa marginalisation par la « paix ».
C’est une armée de service national, une armée populaire. Le soldat confiné dans son casernement digère le travail psychologique qui lui présente le civil comme un irresponsable, un non nationaliste et un instrument au main de l’étranger qu’il faut mater pour sauver la patrie et sauver la vie du soldat qui défend cette patrie. Ce discours amène fatalement le soldat à faire feu sur la population civile dans ce que les militaires appellent une « offensive dans la foulée » sur la population. Dans cette offensive menée comme un combat de rue le soldat voit le civil comme un ennemi désincarné. L’erreur que le peuple égyptien peut exploiter est d’avoir mis en contact le militaire avec son armement et son blindé au contact de la population civile. Ce contact a « humanisé » le soldat qui voit le civil comme un être incarné et il lui sera difficile de lui donner la mort ou de le blesser dans un rapport de force disproportionné. Le civil en côtoyant le militaire dans les rues a perdu la fascination qu’exercent sur lui l’armée et la peur qui va avec. Voir chaque jour un blindé ou une baïonnette les rends moins impressionnants et moins redoutables. Sans enter dans les détails on peut dire que le déploiement des forces militaires a paralysé toute action répressive de l’armée. Pour que l’armée intervienne comme force de répression il lui faut redéployer ses troupes et les remplacer par d’autres qui sont restés confinés dans leur casernement ignorant les enjeux véritables.
Depuis deux jours on assiste à des tentatives de redéploiement de l’armée. Les assurances sur la neutralité de l’armée que donne le chef d’état major à quelques manifestants n’est que de la communication pour engager ce redéploiement. Il est possible que les Frères Musulmans aient compris la stratégie qui se mettaient en place pour mater dans le sang les manifestants ou du moins les pousser à faire les concessions pour que le mouvement reste confiné à la contestation qui amène à un nouveau fardage du régime et à une démocratie de façade et non une révolution populaire qui fait changer le régime de fond en comble. Les Frères Musulmans n’avaient que deux choix logiques si bien entendu leur option était l’option révolutionnaire : s’engager en qualité de mouvement qui crée un dénominateur commun révolutionnaire avec toutes les forces de changement sinon intervenir en qualité de ressources au service des jeunes non pour les encadrer mais pour leur apporter l’ingénierie politique et sociale ainsi que le soutien international dont ils disposent à travers le monde. Dans un cas comme dans l’autre l’intelligence aurait été d’amener l’armée à prendre position d’une manière plus formelle pour fissurer davantage le bloc monolithique de la dictature soit entamer des pourparlers avec l’armée comme véritable force détentrice du pouvoir avec l’espoir que la culture militaire égyptienne reprenne le dessus sur la culture de la rente.
Dans cette situation de blocage l’armée va être mise à contribution soit par des provocations venant de la part d’éléments infiltrés au sein des manifestants ou de provocation au sein d’éléments infiltrés dans les forces armées provoquant ainsi la panique dans la population et le déclenchement de la peur chez les jeunes soldats qui se trouvent en situation exceptionnelle et qui vont réagir de manière exceptionnelle : tirer sur une foule anonyme et « hostile ». Le peuple égyptien doit se libérer de ce scénario en prenant l’initiative d’une dynamique inédite qui ne fait place à aucune improvisation ni compromis.
On ne peut imaginer sur le plan de la logique historique, à moins que les arrangements d’appareils triomphent sur la volonté des peuples, que les sacrifices consentis par la jeunesse égyptienne et le niveau de ses revendications puissent lamentablement trouver issue dans la reconduction de Omar Suleyman pour 6 mois et réformer ce lui et son chef de mafia Hosni Moubarak ont systématiquement détruit et corrompu pendant trente ans. On ne peut imaginer les Frères Musulmans conduire la révolution ni la servir. La révolution va produire une nouvelle histoire et de nouvelles élites sinon ce n’est pas une révolution mais juste un changement de décor. La révolution n’est pas une action confiné dans le temps et dans l’espace mais un processus dynamique de changement profond et durable qui va avancer et reculer puis avancer jusqu’à la consommation de toute son énergie et celle de ses adversaires. L’équilibre sera retrouvé soit dans l’émergence du nouveau avec la persistance des germes du passé condamnés à disparaître soit dans le maintien de l’ancien avec la persistance des germes du nouveau condamnés à se développer à et renaitre :
{Tels sont les jours Nous les alternons entre les hommes}
Les pays occidentaux qui ont réalisé leur révolution nationale démocratique, d’une manière souvent violente, peuvent se permettre des alternances pacifiques et des arrangements d’appareils. Les pays musulmans sont en situation pré révolutionnaire seule la révolution peut leur redonner leur identité niée, leur liberté confisquée et leur dignité bafouée. Ce serait un leurre que de croire que le despotisme et le colonialisme donnent aux Arabes et aux Musulmans la liberté, la démocratie et l’identité. Ce serait une illusion que de croire que la révolution peut se faire d’une manière pacifique car on a du mal idéologiquement, politiquement, économiquement, psychologiquement et historiquement, à imaginer un despote et sa cour se réveiller et prendre conscience qu’ils sont despotes et qu’ils vont s’interdire le despotisme et la corruption. Interrogeons l’histoire, lisons le Coran… Les systèmes qui se sont libérés de la dictature sans violence ont engagé des réformes structurelles progressives anticipant sur les changements du monde car ils sont à l’écoute des idées du monde et de l’air du temps. Ce n’est pas le cas dans le monde arabe et musulman pour des raisons endogènes et exogènes.
Ce n’est ni la révision de tel ou tel autre article de la constitution ni l’invitation de tel mouvement ou l’exclusion de tel autre qui va changer la nature de la contradiction principale. Les Frères Musulmans ont acceptant d’aller au dialogue sans conditions et sans avoir fait émerger au sein de la jeunesse une alternative qui donne à leurs six revendications une forme principielle, politique et opérative mieux élaborée n’ont rien compris à la politique. Je comprends mieux l’opposition de Malek Bennabi à leur mouvement qui a dévié de sa ligne originelle dès l’assassinat de son fondateur. Si les Tunisiens pouvaient diverger sur la probité de Ghannouchi pour conduire le gouvernement de transition sous prétexte qu’il n’était qu’un technocrate et se faire finalement avoir ; les Égyptiens ne peuvent et ne doivent trouver équivoque sur Omar Suleyman qui n’est pas le technocrate mais l’homme fort du régime, l’homme d’Israël et des États-Unis. Dialoguer avec lui dans ces jours cruciaux pour la révolution est un non sens, un suicide politique ou un calcul politicien de basse boulitique. On avait espéré un moment que les Frères Musulmans allaient tirer leçon de l’expérience afghane, algérienne, irakienne et ne pas tomber dans la division et la collaboration. Leur vocation était d’expliquer, d’expliciter et de donner des armes idéologiques et organiques aux jeunes révolutionnaires à partir des positions des Prophètes contre les tyrans. Quand on est incapable d’expliquer, de conduire le mouvement ou de lui donner des cadres l’attitude la plus digne est de rester chez soi et d’attendre la fin des événements au lieu de provoquer les événements dans le sens contraire à la dialectique des contradictions et à la logique des forces en présence au niveau national, régional et mondial particulièrement en ce moment où la mobilisation populaire en Égypte a dépassé les records historiques en nombre et en volonté.
Dans un article précédent nous avons souligné que la révolution égyptienne est à son paroxysme : ou bien elle va avorter sous un bain de sang effroyable dans l’immédiat ou plus tard dans une chasse aux sorcières si le régime reprend l’initiative ou bien elle va faire renverser le régime si elle passe à un stade supérieur. Ce stade supérieur signifie imposer son rythme, sa vitesse et son temps pour ne pas laisser aux arrières gardes de prendre n’importe quelle initiative car leur nature intellectuelle et leur vécu historique sont un condensé d’inertie et d’improvisation. Les Frères Musulmans étaient le dispositif le mieux organisé pour apporter le changement de rythme qui mène à la désobéissance civile et à un nouveau virage décisive contre l’impérialisme et le sionisme. Le dialogue est stratégiquement et tactiquement un ralentissement, une hésitation, une temporisation qui disqualifie les Frères Musulmans comme elle a disqualifié le fameux comité des sages conduit par Amr Moussa le Secrétaire général de la Ligue arabe.
Plus le rythme s’accélère et plus la radicalité s’impose plus les intérêts des partenaires économiques et politiques du régime sont en jeux et plus ils vont lâcher ce régime ou du moins s’en éloigner. Si les savants salafistes saoudiens entrent dans la danse pour discréditer la révolution et les savants religieux qui la soutiennent cela signifie l’isolement de plus en plus grand du régime égyptien et la panique de ses alliés les monarchies arabes vassales de l’empire américain. Les prédicateurs saoudiens prennent le risque d’aller à contre courant de la volonté des peuples car il y a le feu en la demeure. Moïse a demandé de tourner le dos au régime de Pharaon, de sa technocratie, de ses courtisans et de ses armées annonçant la fin de la tyrannie et la libération des opprimés : Le système despotique n’est ni une référence ni une ombre ni une norme ni un interlocuteur il faut prendre une nouvelle Qibla (orientation) en l’occurrence sa propre identité, son désir de libération, sa foi :
{Et Nous révélâmes à Moïse et à son frère: "Prenez pour votre peuple des maisons en Égypte, faites de vos maisons une Qibla et soyez assidus dans la prière. Et fais la bonne annonce aux croyants". Et Moïse dit: "O notre Seigneur, Tu as accordé à Pharaon et ses notables des parures et des biens dans la vie présente, et voilà, O notre Seigneur, qu'avec cela ils égarent (les gens loin) de Ton sentier. O notre Seigneur, anéantis leurs biens et endurcis leurs cœurs, afin qu'ils ne croient pas, jusqu'à ce qu'ils aient vu le châtiment douloureux". Il dit: "Votre prière est exaucée. Restez tous deux sur le chemin droit, et ne suivez point le sentier de ceux qui ne savent pas".} Younes 87
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