jeudi 17 février 2011

Omar Mazri : Les États-Unis, l’armée égyptienne et le nouveau sursaut de la révolution égyptienne

Envoyé le 16 février 2011 par l'auteur, Omar Mazri

Le monde arabe et musulman était partagé entre une majorité qui croyait que la victoire ne pouvait venir que de l’Occident et une minorité qui croyait que la victoire ne viendrait que d’Allah. La majorité ne voyait que l'Amérique car la culture du Wahn et du messianisme politique lui fermait toutes les perpectives de vue et d'action.

Le caractère divin de la révolution tunisienne et égyptienne a fait basculer le sentiment général vers la voie divine en voyant comment un peuple désarmé et marginalisé peut faire effondrer en quelques jours les appareils de répression et mettre en péril l’existence du tyran, remettre en cause la survie du système despotique et nuire aux intérêts capitalistes :

{Quiconque croyait qu’Allah ne lui Donnerait pas victoire, dans le monde et dans la vie Future, qu’il tende alors une corde vers le toit, ensuite qu’il se pende : qu’il regarde si sa ruse a dissipé ce qui l’enrage !} Al Hadj 15

La lutte idéologique menée par l’impérialisme et ses valets fait tout pour mépriser ces révolutions, les faire oublier ou redonner de l’importance aux États-Unis ce grand prédateur de la dignité humaine le présentant comme défenseur de la démocratie, de la liberté et des peuples. Il est du devoir de chaque musulman et de chaque homme épris de justice et de liberté de continuer à soutenir les révolutions populaires et de se tenir informé du cours de l’histoire et des enjeux car nous assistons à un séisme géostratégique en Égypte dont les effets vont être supérieurs à celui de la Révolution française, de la Révolution bolchévique ou de la Révolution iranienne. L’histoire a sa propre mystique qui échappe à la logique des oppresseurs et de leurs alliés :

{Et Nous Voulons faire don à ceux qui furent opprimés de par la terre, en Faire des modèles, Faire d’eux les héritiers, leur Donner pouvoir de par la Terre, et Montrer à Pharaon, à Hàmàne, et à leurs soldats ce qu’ils appréhendaient de leur part. Et Nous Inspirâmes la mère de Moïse : « Allaite-le, et si tu es prise de peur pour lui, jette-le dans le fleuve et ne crains rien, et ne t’afflige point. Nous te le Ramènerons sûrement, et Nous le Ferons du nombre des Messagers ». Alors il fut recueilli par la famille de Pharaon ; pour qu’il soit leur ennemi et leur affliction.} Al Qassas 5

Reprenons quelques éléments marqueurs qui indiquent le chemin probable de l’Égypte et du monde arabe et musulman à la suite de l’Égypte:

1 - Malgré qu’ils fussent pris de court par l’insurrection populaire les États-Unis ont surmonté aussi bien leur panique que l’euphorie de la rue égyptienne pour s’installer sur le plan médiatique en observateur fin « tacticien « et en manœuvrier fin « stratège » et ainsi commencer rapidement à s’adapter à la situation en Égypte et à faire adapter la situation égyptienne à leurs intérêts à long terme.

Ils ont agit diplomatiquement et politiquement pour contenir l’insurrection populaire et ne pas la laisser se transformer en révolution et ne pas perdre leur capacité de supervision géo stratégique dans la région. Ils ont en vain tenté de maintenir Moubarak au pouvoir contre la volonté populaire. Leur échec confirme une fois de plus la fin de leur suprématie sur le monde et en particulier sur le monde musulman. Chaque soulèvement populaire et chaque renversement de régime, même partiel ne touchant que la tête du régime, fragilise la domination américaine et la rend vulnérable à la prise en main des peuples de leur droit légitime à déterminer leur destin. Les dominants rusent et planifient mais Allah est invincible car Il est Omniscient et Omnipotent :

{Et lorsque ceux qui devinrent mécréants planifiaient contre toi pour t’emprisonner, ou te tuer, ou te chasser. Ils rusent et Allah Planifie, mais Allah Est le Meilleur des Planificateurs.} Al Anfal 30

2 - Tout laisse à penser, avec le recul du temps et l’étude des communiqués du conseil supérieur des forces armées, que l’armée égyptienne a réalisé un coup d’état blanc en faisant démissionner Hosni Moubarak qui la représentait et défendait ses intérêts de caste. Submergé par le ras de marée humaine l'armée fut mise dans l’incapacité de réprimer l’insurrection du fait du contact prolongé des troupes avec la population et non du caractère républicain de l’armée comme le patriotisme exacerbé pouvait le laisser croire. Le commandement de l’armée égyptienne a pensé réussir un coup de génie en faisant démettre le président pour sauver le système et éviter la répétition du scénario des jeunes colonels et de Nasser tout en donnant l’impression que la révolution menée par le peuple a réussi. D’ailleurs Clinton ne cache ni son soulagement ni sa satisfaction: « Je pense que les militaires égyptiens ont fait montre, par leur retenue et leur appui à la liberté de rassemblement, d'un engagement très fort auprès du peuple égyptien ». Pour l'instant l'armée va trop lentement avec un but evident d'enliser la révolution populaire dans la diversion, la dispersion et de donner au parti unique de Moubarak le temps de reprendre son souffle, son courage et récupérer sa main mise sur le pays à travers ses appareils communicationnels, économiques et sécuritaires.

Il est vrai que les tyrans qui nous gouvernent et l’impérialisme qui les commandent connaissent la psychologie du Wahn des peuples arabes et musulmans qu’ils ont façonnés, humiliés, asservis et aliénés. A peine la « démission » de Moubarak annoncé voila que la rue égyptienne perde toute retenue et toute compétence de raisonnement, de vigilance et de continuité dans les exigences de renverser le régime. Comme en Algérie en 1962 le peuple s’est mis à chanter, à danser et à transformer une révolution larvée en kermesse. Le lendemain les millions de personnes retournent chez eux pout vaquer à leur occupations comme si de rien n’était. Dimanche, le conseil suprême des forces armées a indiqué que « il prenait en charge la direction des affaires du pays provisoirement pendant six mois, ou jusqu'à la fin des élections législatives et pour la présidence de la République ». Le carré des meneurs de la révolution fut manu militari expulsé de la place Tahrir. Clinton semble féliciter l’armée égyptienne et rassurer le congrès américain en déclarant : « Ils ont jusqu'à présent fait la preuve de leur sérieux et de leur engagement en faveur d'une transition qui conduira, nous l'espérons, à des élections libres et équitables ».

Nous avons vu, dans un article précédent, comment Obama a promis d’apporter son soutien à la démocratie égyptienne sous forme d’aide financière et d’expertise politique et juridique à ses valets présents dans les partis politiques et les élites économiques et culturelles. En donnant importance au respect aux traités internationaux et en laissant les revendications populaires dans le flou, l’inconnu et des termes de temps sans limites et sans calendrier le Conseil militaire aiguise les contradictions contre sa propre existence et sa propre légitimité. Les révolutionnaires exigent des garanties dont notamment un directoire présidentiel de transition dans lequel l’armée aurait un membre à côté d’un membre de l’institution judiciaire et le reste composé des représentants élus par la révolution (le premier carré de jeunes et de moins jeunes qui ont porté la révolution). Clinton de son côté exige plus : « Les mesures qu'ils ont prises jusqu'à présent sont rassurantes mais il y reste beaucoup à faire ». La loi de la dialectique montre l’équilibre précaire qu’il faut surmonter en revenant en arrière sur les acquis de la révolution ou en accélérant le rythme et en élevant le niveau de la révolution produisant donc de nouvelles contradictions auxquelles l’armée n’est pas préparée.

3 – Parfois la faiblesse devient une force. La faiblesse de la révolution égyptienne comme celle de la révolution tunisienne est d’être restée sans unité de direction politique et d’orientation idéologique. La force c’est que le commandement de l’armée s’est trouvé sans interlocuteur pour lui arracher, dans l’euphorie générale, sous la menace, l’intimidation ou la corruption, la légitimité de continuer à être le tuteur du peuple, de la patrie. Devant le vide apparent le Conseil militaire s’est trouvé à gérer un pays de 88 millions d’habitants à coup de communiqué militaire sans cap, sans orientation et sans crédibilité pour le respect des revendications de la révolution.

A travers l’inefficacité de l’Armée égyptienne, non préparée à ce scénario dramatique, c’est encore une fois l’Amérique qui monte au créneau pour fixer le cap en se prétendant être à la fois la feuille de route, la boussole, le gouvernail et la vigie d’un bateau égyptien qui a pris le large défiant le destin et à l’insu du chef de comptoir colonial. C’est toujours Clinton qui tente de se rassurer : « Le moment est très difficile pour les militaires égyptiens ». Comment ne le serait-il pas quand les élites et le peuple égyptien reprennent leur esprit et commencent à s’organiser organiquement avec des questions lancinantes : pourquoi continuer à vivre sous l’ancien régime, pourquoi laisser l’armée continuer à exercer sa tutelle, comment le peuple doit exercer sa souveraineté, pourquoi se référer à une légitimité autre que la révolution populaire elle-même sans autre tutelle que le peuple, comment représenter ce peuple et garantir la pérennité de la révolution dans sa dynamique de transformation politique et sociale ?

4 – Le commandement supérieur de l’armée tenue dans une vie de rente, sans doctrine militaire et sans contact avec la population égyptienne dont il ignore la vie, les malheurs et les revendications en se mettant en première ligne a été surpris par l’ampleur et la radicalité des revendications sociales. Ces revendications sociales légitimes et contenues depuis trente ans pouvaient faire dévier la révolution ou la noyer sous les exigences corporatistes mais le conseil militaire en « confisquant la révolution » se trouve confronté à la colère de la rue, une colère qui est d’ordre social, économique et qui demande à être réglé d’urgence. En Tunisie la force des syndicats a joué dans la première phase en faveur de la révolution pour finir par la confisquer et composer avec les partis de collaboration de classe. En Égypte la faiblesse ou l’inexistence des syndicats ne peut peser sur le cours historique et politique. Il appartient à la révolution égyptienne de structurer le prolétariat et la paysannerie de l’Égypte en forces sociales organisées et représentatives. La tâche est difficile mais non impossible car la « misère sociale » de l’Égypte - la plus grande et la plus flagrante dans le monde arabe – peut devenir une force de progrès et de prospérité si les classes populaires prennent conscience de leurs intérêts et de leurs devoirs dans l’accomplissement de la révolution.

Ce n’est pas la vocation de l’armée de superviser la restructuration syndicale et de canaliser les exigences populaires vers plus de liberté syndicales, plus de démocratie participative et plus de justice sociale. Elle n’a ni l’expérience ni la logistique ni le champ libre face aux forces économiques et idéologiques contre révolutionnaires de s’engager dans l’humanitaire et l’aide sociale à moins de s’appuyer sur le réseau caritatif des Frères Musulmans. Dans ce dernier cas ce serait une révolution dans la révolution ! Le Conseil supérieur s’est mis donc dans la situation du serpent qui se mord la queue. Clinton et l’Administration américaine assiste de plus en plus impuissant à un scénario qui leur échappe : « On leur demande à présent d'assumer une responsabilité qui ne figure pas dans le manuel des jeunes officiers: comment mener un pays à la démocratie par une transition pacifique et en bon ordre ». L’inquiétude américaine cache une menace : Les USA combattront la démocratie qui mettrait en péril leurs intérêts et l’existence de leur gendarme. Allah a tout dévoilé.

{O vous qui devîntes croyants, ne prenez pas des confidents en dehors de vous : ils ne cessent de vous nuire. Ils souhaitent ce qui vous accable. La haine s’est réellement manifestée de leurs bouches, mais ce que leurs cœurs cachent est plus grand. Nous vous Avons Démontré les Signes, si jamais vous raisonnez. Voilà que ceux-là, vous les aimez et ils ne vous aiment pas} Al ‘Imrane 118

{… s’ils l’emportent sur vous, ils n’observeront, à votre égard, ni parenté ni pacte. Ils vous complaisent par leurs paroles, mais leurs cœurs se refusent, et la plupart d’entre eux sont des pervertis.} At Tawbah 8

5 – Dans ce climat de doute, de luttes souterraines pour confisquer la révolution ou la faire avorter nous assistons à la naissance d’un Comité national regroupant les secrétaires des différents comités de défense de la Révolution composé de tous les partisans de la révolution, musulmans et coptes, islamistes et non islamistes, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, cairotes et non cairotes. Nous voyons la Main invisible et juste de Dieu à l’œuvre :

{Nous Allons les Appâter par où ils ne se rendront pas compte. Et Je leur Laisserai un délai. Certes, Ma Manœuvre est solide.} Al Qalam 44

Ce comité dont nous implorons Allah de le bénir, de le fortifier et de lui donner la lucidité et l’intelligence vient à point nommé pour donner un sursaut à la révolution en demandant au peuple égyptien de se monter loyal envers sa révolution et fidèle à ses martyrs. Il affiche haut et fort son intention de défendre la révolution. Ce qui est important et mérite d’être souligné, c’est qu’au moment où on assiste à une course vers la création de partis politiques comme si la révolution est achevée, ce comité vient proclamer avec humilité et courage que la révolution n’est qu’à son début et qu’elle ne sera achevée qu’après le démantèlement total de l’ancien régime despotique et corrompu suivi de l’édification d’un nouveau régime fondé sur le respect des libertés, de la dignité humaine, de la justice sociale et de la pratique démocratique avec la mise en place des garanties institutionnelles et politique pour que les objectifs de la révolution populaire soient atteints et préservées.

A juste titre il demande l’appui du peuple qui va apporter sa masse de millions de soutien, chaque vendredi prochain, pour accélérer et consolider le processus révolutionnaire et en particulier:

  • exiger la reconnaissance de la souverainté du peuple et la fin de toute tutelle sur ce peuple,
  • reposer l’équation constitutionnelle dans son véritable cadre de promotion des libertés et de la fin des tribunaux d’exception. Il appartient à la direction civile de la révolution de décider, au nom de la légitimité révolutionnaire, s'il faut aller vers une révision consititutionnelle ou une assemblée constituante. Dans le cas d'une Assemblée constituante il faut d'orès et déja annoncer quelques grands principes fondateurs de la nouvelle constitution qui peuvent fixer la nature du régime présidentiel ou parlementaire, la séparation et l'indépendance de l'insititution judiciaire de l'exécutif et du législatif; la fin de la tutelle de l'Etat sur la culture, l'information et le culte; la définition de la démocratie, de ses principes et de son fonctionnement, la vocation et la mission de l'armée...
  • faire émerger un directoire civil de direction de la période de transition démocratique pour gérer rapidement et efficacement la dynamique de changement libéré des appareils sécuritaires, militaires, économiques et des partisans de l’ancien parti unique,
  • installer un gouvernement d’administration pour garantir la sécurité, le fonctionnement de l’appareil économique et la conduite neutre et impartiale des prochaines échéances électorales. Il est inconcevable de continuer à gouverner un peuple qui vient d’accomplir les premiers pas d’une des plus grandes révolutions dans le monde avec le même corps diplomatique, le même encadrement sécuritaire et les mêmes administrateurs des territoires,
  • engager des mesures conservatoires contre les corrompus et les prédateurs
  • lever l’état d’urgence et libérer tous les prisonniers politiques
  • mettre en place les comités de défense de la mémoire des martyrs, d’enquête contre les atteintes à la dignité humaine et les violences contre les manifestants, de faire la lumière sur les dépassements sécuritaires et lever le voile sur les disparus et les assassinés.

Dans leur rapport à l'armée les révolutionnaires égyptiens doivent concilier duex exigences en opposition : celle de la vitesse et de la profondeur du changement, et celle de ne pas humilier l'armée et lui offir, en la poussant fermement, vers une sortie honorable. Il s'agit de démanteler un régime et non de détruire un pays en préservant la révolution et en lui évitant les fautes, les compromis stratégiques et les combats inutiles. Enfin le plus important de toutes les revendications est l’esprit révolutionnaire que les Égyptiens veulent maintenir vivant dans les cœurs et qui a prévalu dans toutes les places et dans toutes les marches. Cet esprit se manifeste par quelques éléments marquants qui doivent s’enraciner dans la nouvelle culture arabe :

  • L’égalité et la fraternisation par le partage et par le sens du commun,
  • Le désir de faire triompher la justice, l’équité et la justice sociale,
  • La fin du monopole, de la pensée unique et de la culture de l’exclusion et de l’éradication de l’autre,
  • La refondation de la République sur la notion de chose publique et d’appartenance communautaire en rupture avec l’esprit de classe sectaire ou despotique,
  • L’émergence d’un État de droit au service du citoyen et garant de la diversité dans l’unité, la cohésion et la concorde :

{Et certes, celle-ci est votre communauté, une communauté unie, et Je Suis votre Seigneur, Prenez garde à Moi donc. Alors ils se dispersèrent, quant à leur affaire, en partis : chaque faction était contente de ce qu’ils avaient. Laisse-les alors dans leur enivrement un certain temps. Pensent-ils que ce dont Nous les Pourvoyons en biens et en garçons, que Nous leur Hâtons les bienfaits ? Bien plus, ils ne se rendent pas compte !} Al Mouminoun 52

6 – Nous devons nous libérer de l’émotionnel et de l’affectif et mobiliser notre intelligence pour suivre les phénomènes et tirer enseignement sur la suite des événements, sur d’autres lieux et en d’autres moments. Le peuple égyptien va ouvrir une nouvelle page de son histoire en confrontant sa volonté à celle de l’hégémonie impérialo-sioniste, de ses alliés et de ses vassaux. L’histoire écrira en lettre d’or la position honorable et responsable de l’armée égyptienne si elle se range du côté de la volonté de son peuple sinon ce peuple écrira son histoire avec son sang, sa sueur et ses larmes. Si les peuples égyptiens, tunisiens, algériens, yéménites et autres inscrivent leurs pas sur ceux des Prophètes alors la victoire sera leur allié et elle leur apportera ce que les milliards et les canons de l’arrogance mondiale ne peuvent apporter :

{…une cité qui était sécurisée, sereine, qui recevait sa subsistance avec abondance …} An Nahl 112

L’Égypte et le monde arabe ont suffisamment de gisements d’intelligence, de volonté, de richesses humaines, naturelles et géostratégiques pour se passer de l’aide militaire, économique et alimentaire de l’Occident. Il ne s’agit ni d’espoir béat ni de fatalisme mais de luttes idéologiques, sociales et politiques pour se libérer de l’oppression et de l’aliénation. Quand Allah choisit un peuple pour la faire sortir de l’isolement et des marges de l’histoire il n’a pas d’autre choix que d’affronter les épreuves que le destin met sur son chemin comme les Compagnons du Prophète à Badr :

{De même que ton Seigneur t’A Fait sortir de ta maison en toute Vérité, alors qu’un groupe de croyants en étaient répulsifs, ils te controversent sur la Vérité, après qu’elle ait été mise en évidence, comme si on les conduisait à la mort sous leurs propres yeux. Et lorsqu’Allah vous A promis l’un des deux partis, qu’il sera à vous, et vous souhaitiez que celui qui était sans armes vous revienne, tandis qu’Allah Veut que la Vérité s’établisse par Ses Paroles, et qu’ll extermine les mécréants, afin qu’Il Établisse le Vrai et qu’Il Annihile le faux, même contre le gré des malfaiteurs. Et lorsque vous imploriez le secours de votre Seigneur et qu’Il vous A Exaucés : « Je vous Renforcerai de mille d’entre les Anges se succédant. » Allah n’A Fait cela que comme Bonne Nouvelle et afin que vos cœurs en soient tranquillisés, car la Victoire ne vient que de la part d’Allah. Certes Allah Est Invincible, Sage.} Al Anfal 5

Il faut donc livrer la bataille contre le despotisme, le colonialisme et le sous-développement dans un même front et en mettant en participation toutes les forces nobles et généreuses. Comme l'a souligne Malek Bennabi le malheur du colonialisme est dans l'indéstructibilité de l'âme humaine qui continue à le défier jusqu'à triompher de lui. Même si les élites sont décimées et les peuples enchaînés l'âme humaine est là, dans l'attente du décret divin qui lui ordonne de casser les idoles et renverser les taghuts et leurs systèmes. Il suffit que l'âme aspire aux attributs divins qui lui donne sa beauté et sa générosité ou qu'elle se rappelle qu'elle est créée pour être honorée par la liberté et la dignité liées à sa propre condition humaine sans tuteur. Cette âme peut inspirer et faciliter l'emergence d'une nouvelle élite en rupture avec les élites archaïques en faillite ou en désespoir. Dans la récupération de son humanité et de son âme le peuple égyptien s'il reste solidaire et uni va imposer à son armée la plus importance concession historique : le retour à ses casernements et le transfert de la souverainté du peuple qui l'exerce par l'action politique et sociale.

Sinon l'armée égyptienne prend le risque d'aiguiser les contradictions politiques et sociales et d'entrer en conflit ouvert avec le peuple et perdre non seulement le prestige hérité de la guerre et de Nasser mais perdre la bataille contre un peuple qui ne veut pas être dépossédé de sa révolution. En tous les cas la crise qui est s'est installé entre d'une part l'assemblée général des différents comités, secrétariaits et conseil de la révolution et d'autre part le conseil suprême des forces armées va sans doute libérer le peuple égyptien et arabe du patriotisme infantile qui glorifie la patrie et l'armée au détriment de la glorification des idéaux de foi, de liberté, de dignité.

L'armée égyptienne a pris les premières mesures contre révolutionnaires identiques à celles prises en Tunisie : conserver un gouvernement nommé par l'ancien président et surtout mettre le peuple égyptien devant le fait accompli sur le plan de la Constitution. Il s'agissait de fermer la porte à un eventuel choix populaire pour un régime parlementaire. La notoriété sociale, la probité morale et la compétence intellectuelle du président de la commission de révision de la commission ne sont pas des garanties suffisantes lorsque les principes généraux de la révolution ne sont pas pris comme préambule et comme cadre de redaction des nouvelles dispositions constitutionnelles. L'aspect technique et juridique est dans la logique révolutionnaire subordonnée à la volonté politique et à l'orientation idéologique de la révolution et non le contraire comme l'a réalisé le conseil des forces armées. Dans des pays arabes dominés par l'affectif les révolutionnaires se trouvent dans l'embarras de refuter la procédure et sembler ainsi refuser une autorité intellectuelle. Les militaires algériens ont su impliquer des personnalités intellectuelles des figures historiques pour se donner légitimité politique car ils se sont appuyés sur la lutte idéologique qui connait la logique emotionnel fondé sur le patriotisme et le nationalisme qu'il faudrait mettre à la surface pour occulter les contradictions logiques et politiques.

S'il est bien mené le sursaut de la révolution égyptienne va remettre les choses sur rails et faire enterrer définitivement le mythe de "la fin de l'histoire" et de la suprématie américaine de l'idéologue américain Fukuyama comme il va imprimer dans la conscience arabe et musulmane le sens de la mystique de l'histoire : la victoire a ses agents, ses agents ne relèvent pas du seul rapport des forces en présence :

{...que ceux qui reçurent le Livre et les croyants ne doutent point, que ceux qui ont une malveillance dans leurs cœurs et les mécréants disent : « Qu’A-t-il Voulu, Allah, par cette parabole ? » De même, Allah Fourvoie qui Il Veut et Guide qui Il Veut. Et ne Sait les combattants de ton Seigneur que Lui-même, et ce n’est qu’un Rappel pour les êtres humains.} Al Mudhattir 31

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1 commentaires:

Antar Ibn Chaddad a dit…

Amine ya Allah ! الله مع المؤمنين