dimanche 13 février 2011

Omar Mazri : La Révolution - DZ ou la programmation d’une contre révolution.

Envoyé par l'auteur Omar Mazri
le samedi 12 Février 2011

En toute logique, celle de l’intelligence insensée du pouvoir en place comme celle de la gesticulation sans pudeur de l’opposition marionnette, nous assistons à l’échec « patriotique » de la « Révolution » en Algérie.

{Ceux qui furent avant eux ont déjà rusé, en fait, mais Allah Vint à bout de leur machination, de leurs fondements, alors le plafond s’écroula sur eux, d’au-dessus eux, et le châtiment leur arriva d’où ils ne s’attendent pas.} An Nahl 26

J’ai exprimé mon avis longuement sur les mobiles politiques de la dernière marche du RCD pour contenir la colère populaire durant l’insurrection en Tunisie et en Egypte. J’ai aussi exprimé mon opinion sur quelques travers en Algérie en analysant la révolution et la contre révolution dans ces deux pays. Il s’agit d’envisager froidement l’avenir. Les machinations en Algérie pour bloquer le vent de la liberté seront sans effet si les Algériens ne tombent pas dans douze pièges.

Le premier piège c’est de continuer en vain à demander l’ouverture d’un dialogue avec le pouvoir en place ou de chercher à partager avec lui le pouvoir croyant toujours qu’il y a possibilité de changer le système de l’intérieur. Le système est irréformable. Les Algériens ne peuvent demander moins que leurs frères Tunisiens et Égyptiens : le renversement du système et la naissance d’une nouvelle République algérienne. Comment une opposition qui vit dans la rente du système peut demander la fin de la rente en renversant le régime ?

Est-ce que Mouloud Hamrouche est prêt à reconnaitre qu'il est impossible voire catastrophique d'engager des réformes polityiques et économiques avec un parlement dominé par le parti unique hostile aux réformes. Est-ce qu'il peuit expliquer aux algériens sa part de responsabilité dans la mise de l'Algérie sur une impasse en conduisant une réforme sans être porté par un parti légitime et des éléctions démocratiques. Est-ce qu'il n'aurait pas du construire une plateforme de réforme avec les principaux partis d'opposition en l'occurence le FIS et le FFS pour asseoir d'abord une transition démocratique, une économie de subsistance et une préservation du patrimoine industriel public? Est-ce qu'il est possible de faire des réformes de l'intérieur du système corrompu qui est de surcroit militaro policier?

Quelle etait la portée réelle du FFS dans l'alibi donné au "Janviéristes" algériens pour arrêter le processus electoral et faire entrer l'Algérie dans un tunnel sans fin? Lui aussi croyait en 1990 que le système pouvait être réformé de l'intérieur en le poussant à faire des concessions sur le dos des islamistes. Le parti communiste algérien peut-il nous faire l'inventaire des acquis qu'il a ramené au peuple algérien par sa politique de "soutien critique" qui s'est avéré une vassalisation à la baïonnette. Quel est la crédibilité des Troskistes algériens dans l'analyse anarcho marxiste de la critique de la critique... Quel est la probité morale des Frères Musulmans algériens qui ont donné légitimité à un coup d'état qui a son tour leur a fait avaler la rente jusqu'à perdre toute intégrité et toute crédibilité.

Le second piège c’est faire table rase du passé et à chaque fois imaginer la création d’un nouvel appareil ou d’un nouveau rassemblement. Les Algériens sont face à deux situations différentes des cas tunisiens et égyptiens. La première situation est la libération inachevée car l’indépendance a été confisquée par ceux là même qui continuent de diriger l’Algérie comme vassaux du colonialisme et du néo colonialisme français. La seconde situation est l’arrêt du processus électoral lui-même né des promesses non tenues de la révolte populaire d’octobre 88 précédée par d’autres révoltes dans l’Est du pays en 85, 86 et 87.

Les Algériens ne sont pas dans une situation inédite et nouvelle mais dans l’obligation d’achever ce qui a été entamé et qui a été confisqué ou réprimé. Il est dramatique dans la logique historique que les Algériens continuent de faire preuve d’amnésie et de ne pas recourir à la plateforme de Rome de 1995 comme socle fédérateur car cette plateforme reste la première et l’unique plateforme de transition démocratique dans le monde arabe et musulman en avance sur les dénominateurs communs que peuvent construire aujourd’hui ou demain les Égyptiens ou les Tunisiens pour vivre ensemble dans un État de droit sous la bannière de la diversité, du multipartisme, de la démocratie, de la justice et de la solidarité sociale autres. La plateforme de Rome s’inscrit dans la déclaration du premier novembre 1954 comme continuum historique de libération et de revendications démocratiques.

Il ne s’agit plus d’exalter un patriotisme béat mais de partir sur les dernières fondations qu’il faut sans doute réactualisées, restaurées et réhabilitées non plus comme passerelle de dialogue avec le pouvoir illégitime mais comme alternative crédible au régime algérien. Les forces politiques et les courants idéologiques en Algérie sont les mêmes : celles à la veille de la révolution anti coloniale, celles de la période post indépendance jusqu’à la mort du président Boumediene, celles du processus électoral de 1990 et celles d’aujourd’hui. Les Algériens leur manque toujours le pacte social et l’état de droit pour surmonter leurs clivages culturels et idéologiques et vivre enfin dans un pays apaisé et partagé pour le bien être de tous sans exclusive ni exclusion ni éradication.

Comment envisager une révolution conduite par les nouveaux caciques du système, les convertis du marxisme au libéralisme et de l'islamisme à l'affairisme? Comment conduire une révolution sans guidance, sans projet politique et sociale par des élites qui ont donné légitimité à ce qu'on appelle la paix et la réconciliation nationale sans que le processus de légitimation ne soit mis en place : rendre justice dans l'équité et écrire l'histoire pour que la mémoire collective se libère du mensonge, du patriotisme des canailles et de la mythologie. Les mêmes farceurs sont présents dans l'opposition et le pouvoir alors qu'il n'y a aucun débat d'idée ni dans les partis politiques, ni dans les universités ni dans les associations en dehors des jugements de valeur sur Bouteflika et le ressasser sur la dictature des généraux et la chereté de la vie qui n'empêche pas les populations encore à l'abri du précariat de gaspiller, de vivre dans l'ostentatoire, d'exprimer leur amour pour l'Algérie sans donner à cette Algérie ni le prix du sang ni celui des larmes ni celui de la sueur...

Mille et une questions sur les intentions louables ou blamables qui ont conduit au nom de la patrie, du patriotisme à nier l'existence et l'avenir d'un peuple ou à lui refuser le simple droit d'être citoyen et d'être consulté pour les choix qui concerne son présent et son devenir.

Le troisième piège est celui de la division. Le pouvoir joue intelligemment sur la diversion en organisant lui-même le terrorisme et l’antiterrorisme, la vassalisation au pouvoir et l’opposition au pouvoir, la réconciliation nationale et la fragmentation politique, sociale et ethnique, les manifestations contre le pouvoir et le soutien au pouvoir. Contre la division et la diversion la plateforme de Rome reste un instrument de fédération et de mobilisation si elle est dépoussiérée, expliquée au peuple comme la chance d’aller vers une transition démocratique la plus rapide et la plus efficace. Elle apporte une réponse aux contradictions secondaires et idéologiques en définissant les exigences du changement.

Ce changement ne peut plus se faire en 2011 ni avec ni à l’intérieur du système corrompu et inerte qui a raté, saboté et faussé toutes les perspectives de réformes.

Ce changement ne peut se faire avec les partis satellites du pouvoir ni avec les éradicateurs qui ne jouent pas franc jeu sur une perspective de changement démocratique et un pluralisme politique, mais qui continuent d’alimenter leur existence comme projet d’éradication alors que leurs modèles turc, tunisien et égyptien sont caducs. Il ne s’agit pas de demander à ces partis et à ces mouvements, au demeurant non représentatifs de la société algérienne, de faire repentance honorable mais de s’engager dans un processus démocratique et à revenir au cours historique et social normal de l’Algérie. Le chemin est simple : adhérer à la plateforme de Rome ou à y participer en demandant de négocier certaines de ses clauses ou d’y ajouter des clauses. Le libanais Walid Joumblatt a eu le courage politique et la probité intellectuelle de changer de camp politique en se repositionnant dans le camp de la résistance après une analyse objective de la situation internationale et nationale.

Le quatrième piège c’est la nature de l’armée. L’armée algérienne post indépendance n’a pas de tradition républicaine. Elle est née sur les décombres de l’ALN pour arbitrer les luttes de clan au sein du pouvoir informel et occulte algérien. Elle a pour tradition de faire des coups d’états sans se référer ni rendre compte à la légitimité populaire. Elle a été constituée par l’élimination des cadres de l’armée de libération nationale ou des jeunes cadres intègres formées après l’indépendance nationale au profit d’abord des Déserteurs de l’armée française ensuite au profit des « seconds couteaux » qui ont participé, sans état d’âme dans les opérations de répression de leur peuple, dans le partage de la rente et dans la protection mafieuse d’un système économique de prédation.

Ali Belhadj a été conduit vers une forme d'anarchie en portant l'uniforme militaire pour défier l'armée ou organiser des campagnes de recrutement pour fournir des volontaires à l'Irak contre la première invasion américaine. Ce n'est pas lui qui est mis en cause ici mais ceux qui l'ont conseillé à aller vers cette impasse et ce comportement anarchiste. L'impérialisme a la compétence de nous montrer midi à quatorze heures, de nous faire engager dans de fausses batailles ou de nous faire choisir des solutions inconséquentes. Ali Belhadj doit se libérer de ses mauvais conseillers et de dépasser le signe de "democratie" pour aller à sa signification au sens de Choura et se libérer de cette notion de Kofr qui ferme la porte aux alliances stratégiques.

Le FIS a été conduit à ne pas organiser de résistance populaire car des officiers auraient donné garantie à certains cadres du FIS que le processus electoral allait être conduit jusqu'à son terme (le second tour). Qui sont ces cadres militaires et civiles qui ont piégé l'Algérie l'amenant à une guerre civile?

Pour l’Algérie, si on veut éviter la tragédie de la colère improvisée et incontrôlé ou des révolutions de palais ou d’appareils, il est du devoir des acteurs directs ou indirects, même s’ils se considèrent des victimes, de témoigner sur leurs fautes et leurs erreurs stratégiques et tactiques ainsi que sur leur incapacité à construire des alliances et des dénominateurs communs pour une transition démocratique pacifique qui débarrasse l’algérien de sa misère et de son oppression :

{O vous qui devîntes croyants, forcez votre constance par l’équité comme témoins d’Allah, même à votre détriment ou au détriment des pères et mère ou des proches parents. Fût-il riche ou pauvre, Allah A priorité sur eux deux. Ne suivez donc pas la passion, pour que vous soyez équitable. Et si vous déviez ou vous vous en détournez, Allah A toujours Été Omni-Connaissant ce que vous faites.} An Nissa 135

Le cinquième piège est dans la personnalité du président qui sert l’armée et arbitre entre les différents clans dans le partage de la rente. Dans un pays amnésique - car l’histoire est confisquée, dans un pays d’ignorants aliénés par la patriotisme des brutes et des magouilleurs- Bouteflika a créé plusieurs illusions.

La première illusion est d’apporter une fausse paix à un peuple frappé par un terrorisme « aveugle » et impitoyable qui a généré la terreur comme inconscient collectif qui vient s’ajouter à la terreur de 132 ans de colonisation d’éradication d’un peuple, de 7 ans de lutte anti insurrectionnelles sans limites morales, de 50 ans de despotisme. La seconde illusion est de donner l’illusion du développement. La troisième illusion est de représenter un nationalisme qui cultive l’image de Boumediene à un peuple en quête de héros faute d’identité, de vocation et de mission confisquées par la pensée unique, le pouvoir absolu et le mensonge.

Le peuple algérien est-il conscient que Bouteflika n'est pas le président d'un pays mais juste le magicien de Pharaon, de Hamana et de leurs armées qui vend des illusions de patriotisme, de grandeur à une nation qui est frappé du syndrome de l'apologie du passé sans distinction des phénomènes positifs et négatifs de son histoire et de ses figures emblématiques.

Si en Tunisie l'insurrection a ciblé la tête du régime Ben Ali est ce qu'en Algérie cibler Bouteflika va mobiliser le peuple dont la majorité voit en lui soit un sauveur soit un pauvre type mal entouré? Si en Egypte on est passé de la demande de faire tomber la tête du régime à faire tomber tout le régime en pactisant avec l'armée pour réaliser une révolution sans effusion de sang contre qui diriger la révolution algérienne face à un pouvoir occulte. Est-il pensable de demander le départ d'un, de deux ou de 70 généraux alors que rien n'indique qui est le détenteur réel du pouvoir algérien. Sur un plan méthodologique le pouvoir algérien est occulte, complexe, protéiforme il serait peut être plus urgent de tirer les leçons de l' expérience égyptienne surtout dans la phase de contre révolution qui s'est déja mise en place pour imaginer un scénario plus complet et mieux élaboré pour un pays tel que l'Algérie plus complexe et surtout avec deux contraintes majeures : l'invisibilité des centres de décision et les traditions de repression sanglante.

Le sixième piège est l’illusion de compter sur des forces syndicales ou politiques inscrites aux abonnés absents. Les plus grands absents sont les « islamistes » que l’Algérie, la CIA et l’Arabie Saoudite a transformé en « repentis », en confréries maraboutiques, en « modérés » et en bigots « salafistes » : un ensemble d’inertie qui vient s’ajouter à la défiance d’un peuple qui ne croit plus en ses élites et à sa méfiance envers tout changement car non seulement le syndrome du terrorisme est toujours vivace mais la vision de l’affairisme et de l’impunité est écœurante.

Le septième piège, le plus dangereux de tous, est de croire que l’histoire est une mécanique que nous pouvons transposer dans le temps et l’espace et agir sur ses leviers et ses engrenages déboités de la conjugaison de l’homme, du temps et du sol qui ont fait l’histoire dont on s’inspire.

La révolution Tunisienne a démarré de la Tunisie profonde puis s’est dirigée vers la capitale comme un effet de boule de neige en s’amplifiant dans le temps, dans l’espace et dans ses revendications. Les forces de compromis et les américains ont stoppé son élan et ont fait avorter la dynamique qui allait donner naissance à la révolution sociale et politique. L’Algérie n’est pas dans le cas tunisien. La transposer ne sert à rien. Les immolations du type Bou’azizi n’ont d’ailleurs pas donné pas suite à des révoltes ou à des émeutes. Il y a longtemps qu’Ibn Khaldoun a montré les particularités des peuples à travers leur géographie et leur histoire locale.

La révolution égyptienne est parti d’un noyau dur constitué de jeunes à la place Tahrir et par un effet, qui n’est connu que de l’histoire en mouvement, en l’occurrence la situation pré insurrectionnelle ou pré révolutionnaire, la Révolution a pris consistance en devenant une dynamique qui s’auto alimente, se radicalise et s’étend horizontalement et verticalement jusqu’à porter la crise au sein de l’institution militaire l’obligeant à intervenir. Les algériens peuvent –ils transposer mécaniquement ce qui vient de se passer en Égypte sans tenir compte des réalités sociales et culturelles égyptiennes. Si c’est oui il fallait engager le processus en même temps que le processus égyptien. Si c’est non pourquoi l’engager au lendemain de la chute du régime de Moubarak sans bénéficier de l’effet de surprise contre un régime aux abois et surtout pourquoi l’engager sans la même préparation que les égyptiens.

L’exécution en maestro de la révolution égyptienne témoigne d’une longue et minutieuse préparation et d’une coordination rodée pour une désobéissance civile. Ce projet de désobéissance civile était à l’étude dans les états major des mouvements égyptiens qui ont rompu avec l’opposition traditionnelle et qui ont tenté depuis 2004 des opérations de mobilisation populaire sans succès.

Quand le Chahid Larbi Ben M’hidi disait « mettez la Révolution dans la rue, le peuple la portera » il n’improvisait pas, il ne transposait pas mécaniquement l’histoire mais il appliquait le plan détaillé de la révolution algérienne qui répondait à un moment insurrectionnel pré révolutionnaire. Il y avait à la veille du déclenchement de la guerre de libération une contradiction qu’il fallait aiguiser et mettre en mouvement après une analyse du colonialisme et des déboires du mouvement nationaliste algérien perdu entre les partisans de l’indigène assimilé, de l’indigène réformé, de l’indigène révolté où il y avait peu de place à l’Algérien libre et indépendant.

La révolution algérienne est née dans des conditions locales insurrectionnelles et dans un environnement international de décolonisation dominé par la révolution égyptienne, la révolution vietnamienne et autres expériences dignes d’intérêts pour être étudiées, suivies ou évitées. Nous continuons d’improviser et de transposer la culture du parti unique et la gouvernance insensée du pouvoir faute de cap politique et faute d’unité.

Nous sommes à la croisée des chemins. L’alignement mécanique n’est pas la solution même s’il faut s’inscrire dans la dynamique égyptienne, puiser inspiration et retrouver énergie et confiance en soi. Il y a un travail préalable qui n’est pas encore fait pour éviter au peuple algérien de nouvelles désillusions et pour interdire au régime toute possibilité de récupération, de travestissement ou de dévoiement. Ce travail est l’examen de conscience (l’auto critique) pour épurer les rangs, clarifier la vision et rassurer le peuple qui va accompagner le mouvement de transition démocratique par une révolution.

Le président du F.I.S a évoqué la question de la désobéissance civile mais sur le terrain il n’y a qu’Ali Belhadj qui parle et qui agit en qualité de citoyen révolté. Ali Belhadj est présenté comme le « fou » ou le chef de la secte des « Khawaridj » les hors la loi et les séditieux qui mettent en péril la paix sociale et la sécurité publique. Le FIS s’il existe encore, en dehors de ses ex membres dirigeants convertis aux affaires, devrait donner l’exemple à faire son auto critique et à épurer ses rangs par une voie démocratique.

On ne l’entend toujours pas répondre aux questions essentielles sur sa restructuration démocratique, son explication sur les événements tragiques de l’Algérie et le silence le plus décevant pour un parti qui a remporté les premières élections et dernières libres en Algérie est son mutisme sur son analyse objective ou subjective au moment où tous les signes indiquaient un coup d’état militaire et que rien n’a été entrepris pour l’arrêter en appelant par exemple le peuple qui l’ a élu à sortir dans la rue pour protéger son choix et défendre ses élus ?

Le FFS semble lui aussi implosé de l’intérieur et n’a plus de projet politique rassembleur dans son propre fief. Le RCD et ses pyromanes berbéristes et indépendantistes continuent de jouer la mouche du coche l’empêchant, en plus de ses problèmes internes, de structurer une opposition qui pourrait partir de Kabylie et s’étendre au reste du pays

Le huitième piège est la stratégie de noyauter les manifestations pour les briser ou d’appeler à une manifestation ensuite faire appel pour mettre fin à la manifestation et d’autres mesures qui donnent l’impression qu’il y a une contestation « minable » que le régime réprime brutalement mais aussi avec beaucoup de mise en scène pour décourager toute tentative sérieuse de contester ce régime

Le neuvième piège est le patriotisme aveugle des algériens né de la culture patriotique et nationaliste mené par le pouvoir depuis l’indépendance, selon des méthodes staliniennes, qui consiste à exalter le sentiment national, à glorifier l’histoire et à sublimer les réalisations nationales. On désigne chaque manifestant, chaque contestataire et chaque opposant comme un pyromane, un agent de l’étranger, un saboteur piloté par le sionisme, un porte-voix de la France coloniale. La culture de la méfiance rassure en présentant l’autre comme un ennemi, un bouc émissaire.

Ce patriotisme béat doit se construire sur la liberté. Chaque algérien est libre d’exprimer pacifiquement son soutien ou son refus. Il appartient aux services spécialisés dans le cadre du droit et de la justice de protéger l’Algérie de l’ingérence étrangère et de punir tout acte de trahison ou de collaboration avec l’ennemi contre la sureté de l’état. L’opposant ou le contestataire n’est ni de droit ni de fait un agent étranger ni un ennemi de l’Algérie. Tout algérien doit prendre conscience que ceux qui colportent ce nationalisme sectaire et arrogant ne sont pas en réalité les partisans d’une Algérie démocratique et souveraine mais les partisans de la préférence étrangère. En effet ils ont vendu non seulement le pays mais leurs âmes au sionisme, au néocolonialisme français et à l’impérialisme américain. S’il y un doute observez le niveau lamentable des universités, le chômage des universitaires, le nombre de Harragas, le profil des exilés, l’appareil productif et éducatif détruit ou délabré.

Dixième piège : comparer l’incomparable. L’armée égyptienne est une armée certes impliquée dans les affaires et inféodée à l’Amérique par les accords du camp David mais elle reste une institution au sein d’un état qui a failli et qui a orienté sa ligne sans consulter son peuple dont il tire la légitimité et la représentativité. Elle réagit au sursaut révolutionnaire du peuple avec la notion de servir un état dont les commis ont failli ou ont trahi et qu’il lui faut revenir à la souveraineté du peuple par conviction ou par tactique. Quelque soit sa position à la fin des événements elle ne peut passer outre la souveraineté du peuple et mettre son commandement en désaccord avec ses troupes issues du peuple.

L’armée turque malgré qu’elle fut entraîné après la chute du Khalifat ottoman dans un laïcisme éradicateur est restée républicaine, fidèle aux institutions de l’état. Elle a suivi les changements démocratiques de la société et de l’état en se réformant et en mettant fin à ses pratiques de coup d’état.

Onzième piège : s’imaginer avoir affaire à un état organisé qui pratique le despotisme. C’est difficile à expliquer mais nous sommes face à un gang qui se partage des territoires et des butins. En Algérie depuis le fameux Sidi Ferruch de 1830 la notion d’état algérien et l’identité de la personnalité algérienne ont été rayées du répertoire idéique et identitaire de l’Algérien. C’est cet état qu’il faut reconstruire en revenant à l’appel du 1er Novembre 1954 et en respectant le serment et le combat de nos glorieux martyrs. Ceux qui détiennent le pouvoir civil ou militaire, exécutif ou législatif, économique ou juridique, politique ou social sont les servants des coupeurs de têtes et des tortionnaires, les nouveaux décideurs de l’Algérie, les ex seconds couteaux. Ils n’ont ni l’envergure ni la morale ni la conscience politique de servir l’Algérie comme Commis de l’État mais comme indigènes préposés au comptoir commercial algérien tenu par l’Occident.

Comment ne pas admirer le courage d’un homme de 90 ans, maitre Ali Yahyà Abdenour, qui se trouve en tête de cortège d’une manifestation qui se voulait un réveil de la conscience nationale. Comment ne pas être indigné par la manière du pouvoir de traiter un vieil homme pacifique qui fait peur à l’arsenal policier et militaire le plus impitoyable et le plus arrogant dans le monde. Comment ne pas être interrogatif quand on voit les Algériens se cacher derrière un homme qui a déja trop donné sans que son oeuvre ne puisse inspirer un courant de pensée, un mouvement qui a ancrage populaire après toutes les années de souffrance?

Comment ne pas être interrogatif quand on voit la rue algérienne livrée à la répression dans l’espoir irrationnel que la Révolution puisse se déclencher comme en Égypte comme si une révolution pouvait s’importer ou prendre feu durablement d’une manière spontanée. Entre la Tunisie et l’Égypte l’Algérie doit chercher à puiser dans son propre réservoir d’énergie : son peuple et son histoire complexe et tragique.

Le douzième piège est l’absence d’inventivité. La tragédie de notre histoire moderne est d’être dans l’incapacité d’enfanter des élites capables de transcender leurs querelles de clocher et de trouver un dénominateur commun idéologique qui réponde à la contradiction principale du moment : la liberté. Le clivage idéologique et culturel peut s’exprimer plus tard dans le cadre d’un état de droit démocratique et pluraliste qui permet l’alternance sereine et garantie à ceux que le peuple à choisi pour leur appartenance idéologique, culturelle ou politique. Le peuple algérien continuera de souffrir de l’immaturité de l’opposition algérienne et de ses prétendues élites. Cette souffrance ne fera que rendre impopulaire le pouvoir en place et les élites archaïques. Cette souffrance ne pourra détruire l’âme de ce peuple musulman comme le colonialisme n’a pas pu le faire. Il restera suffisamment de vitalité et de générosité à ce peuple pour qu’il réalise son miracle par lui-même et pour lui-même sans s’encombrer des parasites et des manœuvriers.

Pour être inventif et créatif il faut disposer de l'esprit critique et de l'examen de conscience qui permettent d'évaluer son parcours et de faire des retours sur ses pratiques antérieurs. Ce sont ces retours qui permettent de conceptualiser ou du moins de libérer l'imagination de l'emprise du présent et la livrer dans l'exploration de l'avenir sans mémoire travaillée, cultivée et remuée.

Sans examen de conscience, sans auto critique et sans témoignage historique pour maintenir la mémoire collective vigilante et compréhensive nous ne ferons que reproduire les mêmes catastrophes. En Algérie les traditions des acteurs sont plus complexes et c’est pourquoi sans mémoire, sans projet de devenir et sans direction collective crédible et légitime rien de bon ne sortira des initiatives prises ici et là sans que la plus probante n’ait à ce jour donné une réponse convaincante sur l’échec de ces initiatives.

Ceux qui ont pris le maquis et ont fait le jeu du régime en lui donnant l'occasion de se repositionner sur le terrain militaire qu'il maitrise et pour lequel il s'est préparé alors qu'il fallait rester sur le terrain politique qui a consacré sa défaire politique et morale? Même si la violence et la repression peuvent être invoquées comme légitime défense il y a un peuple qui a payé le prix de cette confrontation armée et qui veut comprendre et qui doit trouver réponse si on veut lui demander un autre sacrifice ou un autre engagement. Le silence et l'amnésie ne travaillent pas la cause algérienne ni la libération du peuple algérien de ses démons, de ses peurs et de ses dictateurs.

Les acteurs Algériens doivent s'exprimer et éclairer leur peuple sur les enjeux, sur leurs problématiques et leurs croyances qui les ont conduit a l'impasse. Il ne s'agit pas de demander pardon mais de faire comprendre les erreurs et de montrer ceux qui ont tiré les ficelles et les ont manipulés. Il y a des morts, des disparus, des privés de droit qui demandent justice. Voila 20 ans que nous assistons à la critique recurrente des généraux et du système sans qu'il y ait emergence d'une ingénieirie qui explique comment protéger le peuple, le désaliéner et le préparer à la nouvelle étape. Cette nouvelle étape à ce jour n'est pas vue en processus sociale, culturel, idéologique et politique mais en organes, appareils et critiques acerbes sans suite, sans cristallisation sociale et politique de résistance populaire. Aucun cabiner d'expertise, de veille stratégique, de gouvernance et de processus révolutionnaire n'est sur pied pour être efficace dans la conscientisation politque et sociale ni pour être disponible à agir pour encadrer une insurrection inévitable et incontournable et la conduire vers la maturité d'une révolution sinon à préparer un gouvernement de l'ombre qui met en place la gouvernance future en cas d'effondrement du pouvoir et ne pas laisser le pays livré au chaos et à la prédation de la mafia.

Ma vision n’est pas celle d’un rabat joie ni d’une personne qui dénigre mais celle d’un citoyen « potentiel » qui s’interroge et interroge ceux qui veulent prendre position pour la défense de leur patrie en les invitant à choisir avec lucidité leur camp et leur cause mais aussi à relire l’histoire avant qu’il ne soit trop tard pour l’avenir de leurs petits enfants car notre avenir et celui de nos enfants sont déjà derrière nous. Nous qui croyons au Jour du Jugement dernier nous avons l'intime conviction que nous serons interrogés sur nos paroles, nos prises de positions et nos responsabilités face à des événements graves et à des moments historiques. Responsables en français ou Mas'ouline en arabe, nous sommes tous, croyant ou non croyant, conscients ou insouciants, gouvernants ou gouvernés, savants ou gens du commun, tenus à donner réponse, à titre individuel ou collectif et rendre ainsi compte à Dieu de nos intentions et de nos agissements :

{L'ouïe, la vue et le cœur: sur tout cela, en vérité, l'Homme sera interrogé.} Al Isra 36

"Les justes seront auprès de Dieu sur des trônes de lumière. Ce sont les personnes équitables dans les jugements qu'ils rendent, qui sont impartiaux dans leurs familles et envers ceux qui dépendent d'eux." Hadith

Nous devons témoigner avec connaissance et équité comme nous devons soutenir une cause juste avec noblesse et générosité :

{Quand Jésus sentit la mécréance de leur part, il dit : « Qui sont mes Défenseurs pour Allah ? » Les Apôtres dirent : « Nous sommes les Défenseurs de la cause d’Allah, nous croyons en Allah, et témoigne que nous sommes musulmans. Notre Seigneur, nous devînmes croyants en ce que Tu As Révélé et nous suivons le Messager, Veuille nous Inscrire parmi les témoins ». Alors ils rusèrent et Allah Planifia. Allah Est le Meilleur des planificateurs.} Al ‘Imrane 52

La cause d’Allah est l’Islam en tant que foi mais aussi en tant que projet de libération contre l’oppression, témoignage de vérité contre le mensonge, défense de la justice contre l’injustice, promotion de la liberté contre l’aliénation, restauration de l’ordre juste contre la corruption et le désordre… Comment un homme mortel, imparfait et relatif peut-il s’opposer ou nier la vérité absolue et parfaite :

{Apportez vos preuves (arguments) si vous êtes véridiques}

Les specialistes de la diversion au sein du pouvoir et au sein du pouvoir doivent méditer les événements en Tunisie et en Egypte et leur apporter des réponses urgentes sensées et honnêtes car le destin se manifeste d'une manière imprévisible, et il se manifeste d'une manière implacable et violente quand les avertissements sont donnés comme des signes annonciateurs tels les 12 fléaux d'Egypte qui ont précédé la noyade de Pharaon et l'apocalypse vengeur sur ses technocrates, ses opulents et ses armées :

{Ceux qui furent avant eux ont déjà rusé, en fait, mais Allah Vint à bout de leur machination, de leurs fondements, alors le plafond s’écroula sur eux, d’au-dessus eux, et le châtiment leur arriva d’où ils ne s’attendent pas.} An Nahl 26

URL du billet: http://liberation-opprimes.net/index.php?option=com_content&view=article&id=851:omar-mazri-la-revolution-dz-ou-la-programmation-dune-contre-revolution-

1 commentaires:

Neutre a dit…

article extremement interessant, informatif et complet.