dimanche 27 février 2011

O. Mazri : Mawlad Ennabaoui et Sahwa révolutionnaire

Envoyé par l'auteur, Omar Mazri, le dimanche 27 février 2011


{Certes, un Messager pris parmi vous, est venu à vous, auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez, qui est plein de sollicitude pour vous, qui est compatissant et miséricordieux envers les croyants.}

La coïncidence, ce vendredi 25 février, de la commémoration de la naissance du Prophète Mohamed (Mawlad Ennabaoui) dans les Mosquées avec les revendications, les contestations, les insurrections, les révolutions et le Jihad dans le monde arabe et musulman est sans doute un moment mystique historique, une bénédiction pour l’éveil (Sahwa) du monde musulman non plus dans le cadre folklorique et démagogique du discours religieux traditionnellement bigot et moralisateur mais dans le cadre du mouvement populaire qui veut sa libération du Wahn et du Taghut de l’idolâtrie, de l’oppression, de l’injustice, de la corruption et de l’aliénation.

Allah (swt) a instruit et éduqué le Prophète comme un modèle de Miséricorde, de guidance et de liberté donc un modèle de rupture avec les gouvernants arabes et musulmans autocrates arrogants voire démiurges :

{Et Nous ne t’Envoyâmes que Miséricorde pour les Univers.} Al Anbiya 107

Comment accomplir notre vocation de miséricorde envers les autres si nous sommes asservis, humiliés et opprimés ?

{Rappelle donc, tu n’es qu’un rappeleur : tu n’es pas un dominateur, pour eux.} Al Ghàchiya 22

Comment apprendre à ne pas être dominés et à ne pas dominer les autres. Comment construire des rapports d’intelligence, d’harmonie et d’efficacité sociale en se libérant des rapports d’oppression et de vassalisation si nous ne savons pas édifier l’homme et faire des hommes édifiés une élite qui nous gouverne ou qui éclaire nos gouvernants ou nous conduit vers l’art et la manière de changer nos mauvais gouvernants par de bons gouvernants, de bons gestionnaires et de bons administrateurs ? Comment réaliser de grands desseins si les élites dans le pouvoir ou dans l’opposition ne sont ni savantes ni compétentes ni légitimes ?

{Nous vous Envoyâmes un Messager de parmi vous, vous réciter Nos Versets, vous épurer, vous apprendre le Livre et la Sagesse, et vous apprendre ce que vous ne saviez pas} Al Baqarah 155

Si en matière de foi Mohamed n’avait aucun pouvoir de contrainte sauf celui de la persuasion et de l’argumentation que lui donnent le Coran, son intelligence et son noble caractère comment alors tolérer d’être dominés par des gens sans foi ni scrupules qui nous gouvernent sans légitimité, sans compétence et sans humanité ?

{Nous t’Avons Envoyé avec la Vérité, annonciateur et avertisseur} Al Baqarah 109

L’amour du chef pour ses subordonnées, du gouvernant pour ses gouvernés, du pédagogue pour ses élèves est de la même essence que l’amour du Prophète pour ses compagnons s’il s’inscrit dans l’amour divin et non dans l’amour mondain. Mohamed (saws) creusait avec ses compagnons le tranché lors de la bataille d’al Khandaq pour protéger le premier état islamique à Médine et résister à l’assaut des mécréants tout en chantonnant : « O Dieu, il n’y a de bonheur qu’en l’au-delà. Puisses-Tu bénir les Muhajirines et les Ançars ». Il répondait ainsi aux poèmes composés par les Muhajirines et les Ançars dont voici un vers : « Nous sommes ceux qui avons juré à Mohamed de rester musulmans, toute notre vie durant ».

Comment se taire et ne pas faire de la Vérité (le Coran) notre théologie de libération, notre canevas existentiel et notre orientation idéologique et politique pour réaliser notre vocation d’homme honoré par Dieu et missionné pour faire le bien. Dieu a rappelé à Mohamed (saws) de respecter la démocratie islamique mais à travers lui Il nous oblige à exercer la démocratie à la fois comme processus de concertation dans la gestion des affaires et comme objectif populaire dans la gouvernance économique et sociale. Si Mohamed avec sa bonté, sa douceur et sa bienveillance s’incline à l’humilité pour solliciter l’avis des plus humbles de quel droit, au nom de quelle morale et sur quels principes déontologiques nous devons tolérer des arrogants, des médiocres et des cupides à la tête de nos affaires qui refusent de nous consulter sur notre devenir et celui des ressources de nos enfants. Si Mohamed, ultime prophète et détenteur de miracles, est doux envers sa communauté comment peut-on au nom de la religion, de la patrie ou de l’histoire ne pas se détacher des gouvernants et des élites au cœur dur, insensible et cruel :

{C’est grâce à la Miséricorde d’Allah que tu es doux envers eux. Si tu étais brutal, rude de cœur, ils se seraient détachés de toi. Pardonne-leur donc, implore pour eux l’absolution, et consulte-les dans l’affaire. Et si tu prends ta décision, alors fie-toi à Allah. Certes, Allah Aime ceux qui se fient à Lui.} Al ‘Imrane 159

Si un Prophète apporte la liberté, la dignité et la grandeur à des bédouins en marge de l’histoire sans rien demander en contrepartie sauf lui obéir en ce qu’il représente comme vertu et générosité comment peut-on vivre des années, des décades sous la dictature de ceux qui nous ont confisqué la liberté et la dignité et nous ont ramené la misère sociale, la misère morale, le néocolonialisme et la culture de la cupidité, de la prédation, de la rente, de l’affairisme, de l’infantilisme social et de la prévarication politique :

{Nous ne t’Avons Envoyé qu’annonciateur et avertisseur. Dis : « Je ne vous en demande aucun profit, sauf que : celui qui voudrait, qu’il se fraye un chemin vers son Seigneur».} Al Forqane 56

Si le pèlerinage est l’occasion de consolider sa foi de remplir sa réserve spirituelle pour se préparer au Jihad contre ses passions et contre ses ennemis, la commémoration de la naissance du Prophète Mohamed (saws) doit être une lumière de guidance pour les soulèvements et les révolutions du monde musulman contre les dictatures, les élites prévaricatrices et le colonialisme prédateur. Le Coran décrit le Prophète en des termes qui ne laissent aucun doute sur la manière de livrer bataille de libération contre l’aliénation idolâtrique et l’autocratie idéologique, politique et économique. Nous allons citer et commenter quelques autres versets coraniques relatifs au Prophète et les rapporter à la lumière de la réalité sociale et politique qui conduit le monde arabe et musulman vers la révolte et la révolution ou vers un autre chaos s’ils continuent de s’agiter dans le non pensé ou de penser dans le seul cadre des arrangements d’appareils et de la vision à court terme :

{C’est Lui qui A Envoyé Son Messager avec la Direction infaillible et la Religion du Vrai, pour la faire manifester avec évidence, sur toutes les religions. Il suffit d’Allah comme Témoin. Mohammad est le Messager d’Allah, et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, aspirant à une Munificence de la part d’Allah et un agrément. Leurs signes sont sur leurs visages, comme trace de la prosternation. Cela est leur exemple dans la Torah. Et leur exemple dans l’Évangile : comme une semence qui fit sortir ses rameaux, puis les renforce, puis les grossit, puis elle s’égalise sur ses tiges, donnant plaisir aux cultivateurs, afin qu’Il Fasse exaspérer ceux qui devinrent mécréants. Allah A Promis à ceux qui devinrent croyants et ceux d’entre eux qui ont fait les œuvres méritoires, une absolution et une immense rémunération.} Al Fatah

Il ne peut y avoir de révolution au sens islamique sans guidance par une élite noble et généreuse proche du modèle prophétique par sa vertu, son unité de direction politique et son unité d’orientation idéologique. Il ne peut y avoir un fait ou une idée de révolution s’il n’y a pas concordance des cœurs, fraternisation par la solidarité sociale et l’amour humain qui nait de la proximité sociale, de l’unité de souffrance et de l’unité de destin. Il ne peut y avoir révolution s’il n’y a pas sacrifice à consentir. Il ne peut y avoir révolution s’il n’y a pas démarcation nette et irréversible entre les partisans du changement et les partisans du statut quo, entre les partisans du don de soi et les partisans de la rente, entre les militants d’une cause juste et légitime et les partisans d’une cause injuste et illégitime. Dans la préparation et l’exécution d’une révolution le contraste entre le blanc et le noir doivent être tel qu’il ne peut y avoir de confusion dans les desseins, les moyens et les forces mobilisées. Le peuple arabe a pris l'initiative en se soulevant passant outre l'état qui ni de fait ni de droit n'existe et débordant l'opposition qui dans ses pratiques et ses convictions ne représentent pas le peuple et sil elle en parle elle en parle comme chose méprisable, abstraite, un ghachi de troupeaux.

Le fait marquant de ce vendredi est la radicalisation et l’élargissement de la révolution libyenne qui paye le prix de sa réussite au prix de son sang après avoir vaincu la peur et cru à la possibilité de se débarrasser de son tyran. Nous assistons en Libye à une révolution qui va marquer la mémoire du monde arabe et musulman : la volonté d’un peuple devient la volonté de Dieu. Ce qui tient lieu et forme de régime en Libye va s’effondrer d’une manière dramatique et inattendue en quelques jours ou quelques heures. La contre révolution libyenne a commencé en jouant sur la précipitation de trancher vite et sur l’horreur de la vision des vies sacrifiées pour la liberté. Aucune révolution ne s’est faite comme une kermesse sauf les révolutions colorées menées par le Vatican et la CIA. L’alarmiste et l’appel irresponsable et grave du représentant libyen à l’ONU est un acte de trahison contre le peuple et un acte de profanation du moment mystique de l’histoire. Mohamed (saws), entouré de tribus riches païennes, juives et chrétiennes mais aussi de l’empire perse et byzantin n’a jamais souillé la lutte sacrée pour sa cause sainte en la souillant avec l’ingérence « étrangère » :

Le Messager d'Allah (saws) sortit en expédition pour la bataille d'Ohod et en arrivant au col Al-Wadâ` il regarda derrière lui et il vit un bel escadron. Il demanda (saws) : "Qui sont ceux-ci ?" On répondit : "C'est `Abdallah ibn 'Obbay ibn Saloul et ses compagnons parmi les Juifs ils sont les alliés de `Abdallah ibn Sallâm. Le Prophète (saws) demanda : "Ont-ils embrassé l'Islam ?" On répondit : "Non, ils n'ont pas changé leur religion. Le Prophète répondit : "Dites-leur de revenir en arrière. En vérité, nous ne cherchons pas l'aide des polythéistes contre d'autres polythéistes.

La révolution authentique est un Jihad qui ne peut être souillé par la contamination occidentale ou la dépossession du peuple de sa victoire prochaine et certaine ou la mise sous tutelle du futur état par les sanctions contre la Libye ou la fermeture de son espace aérien. Si l’intervention étrangère est nécessaire elle doit se limiter à condamner, à fermer les aéroports et à bloquer les avions des pays qui participent ou facilitent l’envoi de mercenaires en Libye. Les hypocrites, les « rats » qui désertent le navire prenant l’eau de partout le font pour sauver leur vie, leurs privilèges et leur honneur tribal mais sans conviction morale et politique. Idéologiquement ils sont liés à Kadhafi par la fraternité de parcours et le partage des intérêts depuis trop longtemps pour que leur démission tardive ne soit pas de l’opportunisme qui ne peut cacher leur conviction partagée avec Kadhafi de lutter contre l’Islam, contre la dignité et la liberté du peuple libyen et il est logique que la conscience politique ou le subconscient ontologique qui les animent puissent ne pas voir et ne pas croire à la démocratisation de la Libye et qu’ils préfèrent en derniers recours la livrer aux États-Unis véritable orchestre de l’appel de certains libyens à solliciter l’ONU qui va mandater et donner couverture à une coalition impérialiste de prendre des sanctions contre la Libye ou de mener des opérations militaires pour reprendre le contrôle du pétrole au nom de la lutte antiterroriste, du refus d’une république islamique ou de la violence ou du découpage d’un pays en guerre tribale ou en chaos généralisé.

J’ai longuement développé ce point sur les analyses précédentes en montrant les conséquences stratégiques qu’une telle faute conduirait. Il faudrait juste rappeler qu’en dehors du lien idéologique ou de la panique « injustifiée » qui lie l’ensemble des appels à l’ingérence internationale il y a l’intérêt de Kadhafi et de sa clique de voir une intervention étrangère pour s’appuyer sur le patriotisme exacerbée chez les arabes et pousser les tribus hostiles à l’étranger de se rallier de nouveau à son dictateur qui sauve son régime au prix de nouvelles concessions à l’impérialisme. Il y a intérêt pour Kadhafi et l’Occident que la venue des « Croisés » en Libye provoque la venue des « Jihadiste » arabes et faire que le conflit s’enlise et embrase le monde musulman qui n’a toujours pas de stratégie cohérente de libération. L’Occident intervient comme en Bosnie, au Kosovo, au Rwanda et en ex Yougoslavie pour récupérer sa mise sur un travail satanique de subversion idéologique. Les agents de la Franc Maçonnerie et de l’impérialisme ont leur manière d’agir pour partitionner les pays musulmans et s’accaparer de leurs richesses nationales.

Attendre l’aide ou l’ingérence étrangère sous prétexte de limiter la souffrance du peuple libyen c’est un coup de poignard dans le dos du peuple libyen qui est héritier de Omar al Mokhtar, volontaire dans les causes de libération de l’Irak et de l’Afghanistan et meneur, aujourd’hui de sa propre libération qui va être menée jusqu’au bout de son triomphe logique qui sera le couronnement de la Promesse divine annoncée. Les libyens musulmans savent qu’Ibn Hazm a fait une fatwa pour prévenir la chute de l’Andalousie en disant que sacrifier le tiers de sa population pour que vivent dans la liberté et la dignité les 2/3 restants est le prix à payer. Les stratèges occidentaux considèrent que la perte de 4% de la population active est « normale » d’ailleurs au Rwanda l’Occident a intervenu après des centaines de milliers de morts. Il ne faut pas être choqué de ce décompte macabre.

Attendre la venue de l’Occident pour régler les problèmes des peuples musulmans et faire de ces peuples des comparses contre leur dignité, leur fierté et leurs intérêts est une vision messianique que la religion islamique, l’histoire de l’humanité, la réalité du terrain et les enjeux stratégiques en Libye démentent et que les intellectuels, journalistes et gens ordinaires doivent dénoncer et combattre.

Mohamed (saws) a déjà proclamé depuis 15 siècles déjà que « la religion des mécréants (des injustes) est la même religion pour tous les polythéistes ». C’est la religion matérialiste et cynique des intérêts sans honneur ni gloire qui n’apportent que l’humiliation et des souffrances supplémentaires dont le remède sera plus long, plus douloureux et plus complexe :

{Ceux qui prennent les mécréants comme protecteurs au lieu des croyants, recherchent-ils auprès d’eux l’invincibilité ? Certes, l’invincibilité en totalité appartient à Allah.} Al Nissa 139

{Quiconque recherche la puissance, c’est à Allah qu’appartient l’invincibilité en totalité. Vers Lui monte la bonne parole, et l’œuvre vertueuse, Il l’Élève. Et ceux qui édifient des stratagèmes de nuisance auront un sévère châtiment. Et la ruse de ceux-là se perdra d’elle-même.} Fatir 10

La tragédie, en terres arabes et en terres d'islam, trouve par l'ironie du sort son sens le plus absurde dans cette phrase de Kafka : «Quand une fois on a accueilli le Mal chez soi, il ne demande plus qu'on lui fasse confiance.» La réalité du monde dans son Wahn humiliant est dans cette inconséquence, son irresponsabilité et son insenséisme à solliciter l’ingérence étrangère d’une manière récurrente en expertise, en étude, en analyse, en intervention arabe surpasse la fiction tragique faisant de la préférence étrangère une idéologie nationale et du recours aux compétences nationales une chose illicite et impensable.

La nouvelle idéologie, déjà visible en fin de siècle, est en train de s'affirmer et de s'afficher sans détour : le droit d'ingérence des puissants de ce monde dans les affaires nationales et leur droit d'intervention militaire au nom de la prévention de leurs intérêts vitaux ou au nom de leur soutien à leurs alliés. Pour l’écrivain et journaliste égyptien Haykal l'artisan de la refondation de l'impérialisme est Tony Blair ancien premier ministre anglais et représentant du Quartette (États-Unis, Russie, ONU et Union européenne) pour le Moyen-Orient. Tony Blair partage la vision américano sioniste du monde mais préfère à la démarche solitaire et brutale des américains une réflexion et une action concertée entre les alliées dans le cadre du pacte de l'OTAN. Fort de l’expérience de l’empire britannique Tony Blair va associer les gouvernants arabes dans la destruction de ce qui reste de l’empire ottoman et l’atomisation des pays. Profitant de son mandat à Jérusalem et de la préparation à l'investiture d'Obama il a proposé les services de l'Angleterre et sa connaissance du moyen Orient qu'elle a acquise en sa qualité de première puissance coloniale. Sa présence depuis 2007 à Jérusalem a consisté, dans l'aspect visible de son mandat, à soutenir l'Autorité palestinienne par ses nombreuses visites à Ramallah, à créer un nouveau dispositif très actif permettant la normalisation des relations arabo israéliennes : la fondation pour le dialogue des religions qui a réussi à réunir juifs d'Israël et dignitaires d'Arabie Saoudite et à suggérer à l'Arabie Saoudite d'organiser une rencontre inter religion pour accélérer et consolider le processus de normalisation de la "paix".

Tony Blair, le nouveau Lawrence d'Arabie, est connu depuis longtemps par sa doctrine impérialiste et son islamophobie qui doivent s'exercer dans le cadre de l'Otan, les nouveaux croisés des temps modernes. Lors de la guerre d'Afghanistan, il eut une politique diplomatique active qui lui valut des décorations aux États-Unis pour son soutien aux États-Unis. Il apporta un soutien sans faille au président américain W. Bush lors de la guerre en Irak en 2003 comme il apporta un soutien inconditionnel à la guerre d'Israël contre le Liban en 2006. C'est ce soutien inconditionnel qui lui a valu son titre d'émissaire européen au Moyen-Orient et son qualificatif de "ministre des affaires étrangère des États-Unis par Nelson Mandela. Tony Blair est le symbole du courant néo impérialiste anglo-saxon. Il exposa sa doctrine idéologique le 22 avril 1999 dans un discours à Chicago sous le titre « la doctrine de la communauté internationale » dans laquelle il dit "des vérités qui cachent l'intention de nuisance" :

"L'intervention humanitaire est une question délicate et très complexe sur le plan politique et ne se prête pas à des réponses faciles. Toutefois, ce qui est certain, c'est qu'aucun principe juridique - même pas celui de la souveraineté - ne saurait excuser des crimes contre l'humanité. Lorsque de tels crimes sont commis et que les moyens pacifiques pour y mettre fin ont été épuisés, le Conseil de sécurité a le devoir moral d'agir au nom de la communauté internationale. Ce n'est pas parce que nous ne pouvons pas protéger les populations partout dans le monde que nous ne devons pas agir chaque fois que nous le pouvons. L'intervention armée doit toujours demeurer le dernier recours mais, face à des massacres, c'est une possibilité qu'il ne faut pas écarter."

C'est toujours la même doctrine idéologique qu'il expose dans son discours du 5 mars 2004 sur la menace du terrorisme : "La doctrine de la communauté internationale veut que dans des circonstances bien définies, nous intervenions sans être directement menacés. Il s'agit alors non seulement de redresser une injustice, mais aussi de préserver nos intérêts, dépendants qu'ils sont de ceux des autres puisqu'il est rare qu'un conflit en un point du globe ne touche personne ailleurs. [...] Menacés, nous avons le droit d'agir [...] Je ne dis certainement pas que toute situation mène à l'action militaire, mais je dis que nous avons le devoir et le droit d'empêcher la menace de se matérialiser"

Dans le monde latino européen il y a chef de file du courant néo impérialiste et pro sioniste : Bernard Kouchner. Bernard Kouchner partisan acharné du droit d'ingérence internationale et de guerre préventive dit à l’Assemblée nationale en juin 2001 à peu près la même chose que Tony Blair :

"La codification du droit d'ingérence peut éviter les interventions discriminatoires, même si le principe du "double standard", qui permet d'intervenir dans certains endroits et pas dans d'autres, existe toujours. [...] La souveraineté nationale et l'intervention de l'ONU : c'est là un sujet sur lequel travaillent les juristes, les diplomates, un certain nombre d'hommes politiques à travers le monde, mais encore une fois, la notion de souveraineté nationale évolue. [...] Il ne s'agit pas d'une espèce de bris de clôture ou d'activités de pillards. Le droit international est fondé sur la souveraineté nationale et il le demeurera, mais cette notion de souveraineté conçue comme une barrière, comme une sorte de mur à l'abri duquel tout peut se passer n'a plus cours en raison de l'évolution de la société civile vers l'humanitaire, de l'évolution des armées et de l'évolution politique elle-même."

Le même Kouchner avait déjà dit à l'Assemblée nationale la même chose lors du conflit du Kosovo qui a permis à Tony Blair de remettre en fonction l'OTAN dans la gestion politico-militaire du monde : " Il offre à cet égard un thème de réflexion aux implications politiques déterminantes. [...] Le pragmatisme adopté par les pays membres de la coalition alliée pouvait se concevoir. Il ne saurait dispenser à l'avenir l'ONU de son rôle et l'OTAN de ses obligations. [...] Une interprétation large des résolutions antérieures et du principe dit « d'intervention d'humanité"

Les États-Unis devant leur image de marque ternie dans le monde ont voulu se redorer le blason en injectant de l’argent dans des opérations de communications internationales et en mettant en œuvre une politique plus concertée avec l’Europe en la personne de Richard Haass. Richard Haass, directeur du Policy Planning Staff (personnel chargé de l'élaboration de la politique étrangère) du département d'État américain disait ce que devaient dire et faire les européens à la fois dans le cadre gréco-romain de l'ONU et à la fois hors du cadre judéo-chrétien ONU-OTAN:

"L’apparition d'un consensus mondial sur le fait que la souveraineté n'est pas un chèque en blanc, mais qu'elle dépend du respect par les États d'un nombre d'obligations fondamentales [...] Lorsqu'un régime ne s'acquitte pas de ses responsabilités ou abuse de ses prérogatives, il risque de perdre ses privilèges souverains, y compris, dans les cas extrêmes, son immunité vis-à-vis des interventions armées. [...] Enfin, les pays peuvent se voir dépouillés de leur souveraineté lorsqu'ils prennent des mesures qui constituent à l'évidence une menace contre la sécurité mondiale. Lorsque des pays ayant une tradition d'agression et de soutien au terrorisme cherchent à se doter d'armes de destruction de masse, mettant ainsi en danger la communauté internationale, ils mettent en danger leur immunité en matière d'intervention, y compris d'intervention anticipée destinée à détruire leur capacité de mise au point de ces armes.[...] Lorsqu'un État viole les normes fondamentales en commettant - ou en menaçant de commettre - ou en permettant des actes intolérables contre ses ressortissants ou ceux d'autres nations, il perd certains privilèges de la souveraineté."

Dans le nouveau partage du monde nous avons donc la conjugaison, sous la supervision des USA, de l'axe anglo-saxon et de l'axe latino européens pour la mise en œuvre d'une idéologie impérialiste qui ressemble davantage à celle des Croisades qu'à celle du capitalisme. En effet la Russie et la Chine ne sont plus tenus à l'écart de ce partage du monde et elles mêmes semblent impliqués dans le nouveau partage du monde et ne refusent pas ouvertement ce racisme colonialiste et anti islamique. Il ne faut pas s'illusionner sur les élites européennes, elles ont perdu la lucidité de voir le monde et le talent d'exprimer leur admiration ou leur respect pour les valeurs de liberté, de fraternité et d'égalité. Elles sont mortes ou corrompues depuis longtemps. Nietzsche a déjà vu le déclin de l'Europe bien avant l'émergence de l'hyperpuissante américaine lorsqu'il a décrit l'européen comme étant " Un animal grégaire, un être docile, maladif, médiocre"

La diplomatie et la sécurité nationale des pays arabes et des pays musulmans trop occupés à défendre les privilèges des gouvernants et de leurs servants ne sont ni capable des discerner l'ami de l'ennemi ni capable de voir venir les dangers qui menacent leur souveraineté nationale et l'oppression qui va s'abattre une fois de plus sur leurs peuples ou sur des peuples frères ou voisins :

{Ils ont oublié Dieu, Il les a fait oublier en eux mêmes}

{Nous avons destiné à l’Enfer un grand nombre de djinns et d’hommes qui ont des cœurs pour ne pas comprendre, des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Comparés à des bestiaux, ils sont plus égarés encore. Tels sont ceux qui vivent dans l’insouciance !} Al-A'raf - 179.

Nous sommes globalement devant un monde occidental en faillite sur le plan moral qui veut dominer le monde et face à lui un monde musulman démissionnaire qui accepte de se voir dominer sans résister. Dans ces deux mondes existent des potentialités humanistes favorables au changement dans l'intérêt des peuples et de la paix dans le monde. Les hommes libres et les croyants doivent constituer un front de négation de l'oppression qui est une négation de l'homme, de son humanité plurielle et de ses droits fondamentaux. Cette exigence n'est pas nouvelle mais elle est plus urgente que jamais. La révolution libyenne est un défi tant pour les libyens et les Musulmans que pour les hommes qui se veulent libres en Occident pour dénoncer et refuser tout idée d’ingérence étrangère et toute tentative d’internationaliser la question libyenne. Elle doit, elle peut et elle va être réglée en interne si le peuple libyen livre la bataille décisive sans précipitation, attendant le confinement du tyran, la désarticulation et la dislocation de son noyau qui va finir par se fissurer, imploser et devenir prenable à moindre coût. Vouloir la victoire vite quitte à solliciter l’intervention étrangère est une courte vue. L’hystérie alarmiste et défaitiste n’est pas l’éthique du musulman connu par son endurance et sa patience. Ce serait dramatique de supporter 40 ans d’humiliation et de ne pas supporter quelques jours ou quelques semaines pour se purifier de cette humiliation et entrer dans l’Histoire dans la gloire et dans la grandeur des hommes libres et libérateurs, civilisés et civilisateurs :

{A Allah appartient toute chose, avant cela et après cela. Et ce jour-là les croyants se réjouiront de la victoire d’Allah. Il Fait triompher qui Il Veut et Il Est l’Invincible, le Miséricordieux.} Ar Rum 4

La naissance de Mohamed est l’annonce de l’espoir pour tous les opprimés et nous sommes les témoins fidèles de la fin du désespoir. Les libyens vont sans doute promouvoir une élite de jeunes pour mener à terme leur révolution et ne pas se laisser déposséder de leur victoire. Ils ne doivent pas laisser aux militaires et aux forces de sécurité qui viennent de rejoindre tardivement la révolution le soin de conduire l’assaut contre la place forte Al ‘Azizia mais donner le temps de faire son œuvre destructrice : faire imploser de l’intérieur le clan Kadhafi et leurs milices retranchées à l’intérieur ou à l’extérieur de la citadelle du tyran. Ils ont suffisamment d’intelligence et d’expérience pour ne pas tomber dans l’expérience dramatique algérienne et s’attaquer aux petits policiers et laisser les paniers à crabes agir en toute liberté pour terroriser la population et gagner par la force ce qu’ils ont perdu par les urnes :

{Annonce à Mes créatures, qui firent des excès contre eux-mêmes : « Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah ». Certes, Allah Absout les péchés en totalité. Il Est Lui l’Absoluteur, le Miséricordieux.} As Zumar 52

Surmontant l’émotion, l’hésitation et l’improvisation le peuple libyen a vaincu le désespoir et il mène de front un Jihad armé et pacifique, institutionnel et économique pour faire tomber le dictateur et le dévoiler au monde. L’Occident complice et soutien aux dictateurs a semblé se réveiller de sa léthargie quand les populations ont pris le contrôle des installations d’hydrocarbure, ont fermé les puits les mettant à l’abri d’un acte désespéré du pyromane de des fils, et ont utilisé l’arme économique et politique du pétrole. En prenant l’initiative historique de mener leur lutte de décolonisation au sens complet du terme les Libyens ont laissé le soin aux Saoudien de manifester leur vassalité en pompant davantage dans leurs réserves produisant ainsi une érosion de leur stock, une usure de leur appareil de production et un gaspillage du dernier et petit crédit moral et religieux dont ils jouissaient auprès de populations musulmanes ignorantes et « fétichistes ». Le peuple libyen a montré qu’en prenant démocratiquement (le pouvoir du peuple) le contrôle des ports, des puis et des stations de pétrole il exerce sa souveraineté sur son territoire et affronte le pillage occidental qui n’existe que par l’absence de démocratie et la présence de la dictature.

Les dernières informations évoquent la préparation de manifestation dans le royaume saoudien avec des exigences démocratiques « républicaines » dans le contenu. Nous allons assister sans doute à un nouveau scénario de crise qui peut conduire à un soulèvement populaire voire à une révolution dans les semaines à venir. Pour l’Arabie comme pour les autres contrées musulmane la Sahwa islamique n’est plus un discours ni une manipulation de jeunes envoyés combattre les ennemis des États-Unis par les Fatwas des savants courtisans les Oulémas sou’. La Sahwa est ce vent de liberté, de contestation, de revendications démocratiques qui ne peut plus se contenter de discours anesthésiant, d’apologue du passé ni de polémique stérile entre les doctrines de l’Islam. La Sahwa est ce retour monothéiste qui connait sa vocation, sa mission et sa dignité sans démagogie ni hystérie ni improvisation :

{Lorsque ceux qui devinrent mécréants mirent en leurs cœurs le fanatisme, le fanatisme de l’ignorance préislamique, Allah Fit descendre une quiétude sur Son Messager et sur les croyants, et leur Fit une obligeance : la parole de piété. Ils y avaient plus de droit et en étaient les plus dignes.} Al Fatah 26

La quiétude ou le triomphe sur la peur semble régner de nouveau sur le monde musulman et nous ne pouvons souhaiter que de voir la piété des cœurs, la vigilance des esprits et la vertu des comportements régner sur les êtres et sur le corps social pour que les revendications des peuples ne soient pas récupérées par des pouvoirs malsains et rusés ou dévoyées par des oppositions cyniques, immorales et opportunistes. Une chose est certaine la quiétude emplira le cœur des Musulmans et de tous les opprimés du monde quand ils prendront conscience de leurs droits. Cette conscience est en train de s’élaborer par le constat par les peuples, loin des controverses théoriques et des concepts habiles de la casuistique moderniste, de l’échec flagrant du projet occidental s’appuyant sur le FMI, la démocratie de façade conduite par des dictateurs vassaux, la politique de coopération sécuritaire contre le terrorisme, les promesses de la prospérité économique et sociale, le mimétisme du mode de vie occidental par le crédit et la consommation.

Le monde musulman est dans l’éveil d’une nouvelle conscience sociale et politique qui doit se focaliser sur l’essentiel : la libération nationale, l’édification nationale, la démocratisation, la construction de l’état de droit, la fédération sur des dénominateurs communs des forces politiques locales et la fédération des peuples sur des destins communs et des partages de ressources et de compétences. Il n’y aura de portée véritable et de dimension réelle que si et seulement si les mouvements populaires s’inscrivent dans un projet qui transcende le politique et les revendications sociales : l’aspiration communautaire, l’aspiration civilisationnelle, l’aspiration à l’universel.

Une révolution n’est pas un soulèvement populaire ou une insurrection armée. Une révolution n’est pas un changement de régime mais une transformation radicale et profonde sur le plan ontologique, social, politique, culturel, économique et idéologique qui touche tous les compartiments de la société et tous les lieux du territoire. Derrière l’agitation sociale, la revendication politique et la lutte armée il y a un nouveau projet de société, une civilisation nouvelle en émergence.

La Révolution française malgré sa récupération par la bourgeoisie détentrice des moyens de production qui a agit par rancune contre l’aristocratie est une insurrection dans lequel le peuple sans conscience de classe a été mené à combattre pour la bourgeoisie qui avait la conscience de classe. Cette bourgeoisie a produit son élite militaire et son idéal colonialiste pour conquérir les marchés. Cette bourgeoisie est rentrée dans l’histoire comme Révolution car elle a bénéficié d’une révolution idéologique sur le plan de la philosophie (Hegel et Marx) et d’une révolution économique et technologique par la pensée et les faits économiques qui ont accompagné la Renaissance et ont porté la Révolution française en Europe pour mettre fin aux divisions et promouvoir l’état nation et la démocratie comme moyen de gouvernance au lieu de l’autocratie. La révolution bolchévique a été conduite par un théoricien, des stratèges et des activistes politiques pour un but : renverser le capitalisme au profit du communisme. Derrière une révolution il y a un mythe fédérateur et une utopie fondatrice de la nouvelle ère. Le soulèvement donne force au mythe et orientation dynamique à l’utopie pour changer le monde dans un temps historique raccourci et un champ spatial et social étendu.

Quelle est la nature des révolutions arabes sans unité d’orientation idéologique et sans unité de direction politique ? Quelles sont les perspectives de ces révolutions une fois la ferveur sociale disparue ou déçue ? C’est maintenant, avant demain, que doivent se poser toutes les questions sur les perspectives et les orientations des soulèvements populaires : Révolution transformant radicalement la société ou soulèvement changeant la devanture institutionnelle et politique ? Révolution bourgeoise démocratique ou réappropriation de l’élan islamique civilisateur ? Moment mystique de l’Histoire par laquelle le Musulman se libère du messianisme politique, du mimétisme envers l’Occident, des élites corrompues ou fragiles inconsistantes et inconséquentes, des despotes coupés de la réalité pour réaliser une nouvelle synthèse entre son identité, sa vocation et les défis contemporains. Pour qu’il y ait moment mystique qui apporte le changement radical il faut que les musulmans soient dans une ferveur spirituelle dans leur Jihad et un amour réel envers leur Prophète (saws) :

{Certes, Allah est Ses Anges prient (demandent miséricorde) sur le Prophète ; ô vous qui croyez priez sur lui et adressez lui vos salutations. Ceux qui offensent Allah et Son messager, Allah les maudit ici-bas, comme dans l'au-delà et leur prépare un châtiment avilissant. Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu'ils l'aient mérité, se chargent d'une calomnie et d'un péché évident.} Al ahzab 56

Nous ne portons pas de jugement de valeur sur le peuple et les jeunesses impliqués dans le processus révolutionnaire. Nous faisons confiance à leur sens de responsabilité, à leur maturité politique et à lur désir sincère de changement pour une vie meilleure. Notre critique concerne les élites qui se sont évérées impuissantes à comprendre le peuple et à le conduire ou du moins à l'éclairer. Pour l'instant pris au dépourvu les élites qui ont un peu de fierté et de probité adoptent profil bas et promettent se servir la révolution sans donner de leçon ni chercher à encadrer. L'excuse est pire que la faute dans certaines situations. L'élite doit se libérer de sa peur et faire amende honorable et reconquérir sa place : éclairer la route, conceptualiser le retour d'expérience, élaborer les feuiles de routes, organiser les étapes suivantes et s'impliquer dans les niveaux qui relèvent de la stratégie, de l'expertise, du long terme et de l'ingénierie. Il ne s'agit pas de confisquer la révolution ni de la trahir ni de la mépriser mais d'y participer comme élite capable de gouverner, de gérer et d'administrer ou d'informer eet de communiquer pour éviter la contre révolution et le fourvoiement de la révolution dans des impasses ou des fautes politiques décisives. Ceci dit j'ai exprimé ma conviction que le peuple va prodire, dans le feu de l'action et dans la confrontation des défis de nouvelles élites inédites qui feront la jonction avec des compétences issues des élites traditionnelles et ces dernières ne seront efficaces et crédibles que si elles participent comme individus, intelligences, expériences sans rapport avec leurs appareils organiques ou leur systèmes de pensée partisan et élitiste.

Le Prophète de la Miséricorde garde son coeur ouvert à tout personne qui le rejoint et parvient à le tranquiliser, à l'insérer dans un dispositif et à lui accorder son rang comme il facilité l'accession à des postes de responsabilités de gens du commun que les circonstances historiques, la sincérité, l'intelligence et le courage a propulsé au devant de la scène. Mohamed (saws) prépare les causes et évalue les conséquences de tout rapport de force puis s’appuie sur le moment mystique de l’histoire pour transformer le rapport de force tout en agissant sur lui :

« Seigneur Dieu ! Ce que Tu m’as alloué de ce que j’aime, fais-en pour moi une force dans ce que Tu aimes ! Seigneur Dieu ! Ce que Tu m’as caché de ce que j’aime, fais-en pour moi une vacation dans ce que Tu aimes ! »

« Ouvre mes yeux. Fais-moi voir la Vérité en tant que vérité et l’erreur en tant qu’erreur. Bénis-moi de Ta Lumière afin que je puisse connaître Ton chemin. Assiste-moi dans mon effort, raffermis ma volonté, accorde-moi l’humilité devant Tes Paroles. Dirige-moi durant mes anxiétés, dans toutes mes décisions, dans toutes mes affaires. Accorde-moi la résistance contre toute tentation. Accorde-moi la force d’accomplir toutes les tâches. Tire-moi de ma paresse et de ma léthargie. Laisse Tes paroles nourrir mes pensées et mes actions, satisfais mes besoins, laisse-les m’apporter la quiétude lorsque je suis agité, le réconfort lorsque j’ai des soucis. Aide-moi à étudier et à comprendre, à connaître et à m’informer de Toi et de Ta Direction. Accorde-moi la persévérance, aide-moi à ne pas cesser jusqu’à ce que je réussisse. Débarrasse-moi de mes préjugés, accorde-moi l’humilité, accorde-moi la force pour accepter et obéir, et vivre ce que j’apprends. Rends-moi capable d’accomplir la mission dont le Coran me charge »

Les slogans « civilisée et pacifique » n’ont pas de signification idéologique et politique quand le contenu, les objectifs et le projet de civilisation est confus ou absent. Les rassemblements et les manifestations ne sont pas une fin en soi mais un élément dans le rapport des forces pour prendre la bastille de l’arrogance, faire céder les privilèges et le pouvoir, reconquérir son autonomie de décision et d’action, repousser les digues conçues par l’ennemi et réalisé par ses vassaux et leurs esclaves jusqu’au triomphe majestueux. Mohamed (saws) a fait preuve d’une patience exemplaire mais aussi d’un Jihad multiforme et d’une ingéniosité dans ses préparatifs, dans sa conduite et dans sa conclusion. Le Jihad est percée et retraite sans gaspillage d’énergie ni d’occasions et encore moins hésitation ou improvisation sur l’enchainement des faits et des décisions. La vitesse et la dynamique ne signifient pas la précipitation ni l’inadéquation spatiale (impertinence) ni l’inadéquation temporelle (inopportunité), ni l’incohérence ni l’inefficacité ni l’absence de pertes et de sacrifices :

{Ou bien pensiez-vous entrer au Paradis sans avoir été éprouvés comme ceux qui disparurent avant vous ? Ils ont été atteints par le malheur et l’adversité, et furent ébranlés jusqu’à ce que le Messager dit, et ceux qui devinrent croyants avec lui : « A quand la victoire d’Allah ? » Or, la victoire d’Allah est sûrement proche.} Al Baqara 214

Mohamed a livré bataille sans précipitation certes mais avec détermination, ferveur religieuse et confiance totale en la victoire venant de Dieu :

{Laisse-les donc, jusqu'à ce qu'ils rencontrent leur jour où ils seront foudroyés, le jour où leur ruse ne leur servira à rien, où ils ne seront pas secourus. Les injustes auront un châtiment préalable. Mais la plupart d'entre eux ne savent pas. Et supporte patiemment la décision de ton Seigneur. Car en vérité, tu es sous Nos yeux. Et célèbre la gloire de ton Seigneur quand tu te lèves; Glorifie-Le une partie de la nuit et au déclin des étoiles.}

Il faut mettre devant soi une carte de géographie et imaginer les gisements de métiers et de croissance et surtout les perspectives civilisationnelles que la Révolution pourrait fournir aux peuples dans cet ensemble: Soudan, Égypte, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc et Mauritanie. Il faut imaginer cet ensemble remis dans son cadre civilisationnel et le voir tourner son regard vers l’Afrique et le Moyen-Orient et s’y impliquer comme force de proposition, de solidarité, d’assistance technique et de soutien contre le néo colonialisme et contre l’évangélisation menée par le Vatican. Quand on a imaginé cette carte dans sa démographie, ses ressources, sa situation géostratégique, son devenir, ses opposants, alors on peut imaginer les épreuves et les contre révolutions qui attendent chacun de ces pays et chacune de ces révolutions. On ne peut imaginer la détermination spirituelle et l’évaluation du rapport des forces sans voir cette carte recadrée dans le projet civilisationnel que l’Occident craint et redoute : le Khalifat islamique.

Dans cette coïncidence donc entre l’anniversaire de la naissance du Prophète et la renaissance de l’éveil islamique qui se reproduit tous les siècles selon un hadith nous avons devant nous cette vision prophétique de justice sociale, de grandeur civilisationnelle, d’émancipation de l’homme des contingences et de la prédation colonialiste ou de la prévarication despotique : la terre avec ses ressources est mise à la disposition de l’homme pour vivre honoré dans la liberté et la dignité et s’élever vers sa vocation de Khalife de Dieu sur terre : faire le bien et réformer ce qui a été corrompu sans crainte ni peur :

{Place ta confiance en Le Vivant qui ne meurt jamais. Et par Sa louange, glorifie-Le. Il suffit comme Parfait Connaisseur des péchés de Ses serviteurs.}

« Félicitée aux exilés (Ghoraba)… Ceux qui réforment ce que les gens ont corrompu »

Les perspectives civilisationnelles à vocation universelle et humaniste de Mohamed (saws) au-delà du renversement des idoles étaient présent dans le système idéique et idéologique de l’Islam en émergence.

« Les hommes sont partenaires associés à quatre chose : l’eau, le feu (les sources d’énergie), le sel (les ressources alimentaires vitales et rares) et les terres de parcours (du bétail) »

Les libyens se montrés partenaires solidaires partageant le peu qu’ils ont en toute humilité et en toute fraternité. Dans leur simplicité et leur dévouement ils ont cassé trois mythes. Le premier mythe est celui de la « révolution » Facebook et Tweeter dont j’étais le premier à dire depuis les élections iraniennes que ce ne sont que des instruments de communication et il serait prétentieux et dangereux de leur attribuer plus que ce qu’ils sont. Internet les chaines satellitaires véhiculent l’information et la parole mais ils ne créent pas l’histoire. Ils peuvent exercer un pouvoir de fascination ou de manipulation sur des groupes sociaux disposés à subir le déluge informationnel qui leur tombe dessus sans compétence de discernement. Le pouvoir n’est pas dans la technologie occidentale mais dans la faiblesse ou la force du codeur et du décodeur du transmetteur et du récepteur de l’information. Cela revient à la culture nationale et à la couche sociale qui a accès à la technologie. Le second mythe est la richesse. La richesse de la Libye n’a pas empêché le mécontentement social et surtout le dépassement extrêmement rapide d’aller directement aux revendications politiques les plus radicales : renverser le régime et non demander des réformes. Le troisième mythe est le système de précaution et de prévention mis en place pour prévenir et se prémunir de l’éveil révolutionnaire ou islamique. L’échec de Kadhafi a acheté ou à négocier ou a étouffer le soulèvement populaire par des mesures informationnelles propagandistes, des comités de soutien, des facilitations financières, des promesses de changement, des annonces de programmes sociaux et économiques de développement, des menaces, des intimidations… Ce n’est ni la levée de l’état d’urgence ni les mêmes mesures Kadhafiennes ni l’assistance contre insurrectionnelle apportée à la Tunisie et la Libye par les experts algériens, ni l’occupation de la place des martyrs et du champ médiatique par le RCD et par des organisations bricolées qui vont arrêter la menace sérieuse et violente de la révolution latente en Algérie.

Nous assistons en Égypte à une tentative de récupération de la révolution qui a commencé par un dialogue avec les partis d’opposition, un mépris pour la jeunesse, une symbolisation autour du jeunisme et de la technologie pour exclure le peuple et le caractère populaire du mouvement révolutionnaire. La spontanéité, l’absence de direction et la faiblesse de l’opposition a permis au régime égyptien de se débarrasser de quelques unes de ses figures emblématiques sans faire de concession essentielle. Dans mes analyses sur la contre révolution j’ai montré les procédés archaïques et toujours en usage de l’holocauste, du bouc-émissaire et de la catharsis pour faire offrande sacrificielle et libérer le refoulement passionnel. La révolution égyptienne reprend son souffle et s’organise en exigeant le démantèlement du régime s’appuyant pour cela sur des manifestations grandioses et mettant en sourdine le patriotisme exacerbé. Malgré des différences sur les formes et les moyens la révolution tunisienne connait le même sursaut et semble se focaliser sur la reprise des manifestations et des sit-in pour exiger la chute du gouvernement, la constitution d’une assemblée constituante…

Nous assistons à l’émergence de la voix arabe et musulmane qui réclame sa liberté, sa dignité, son droit de participer à la vie politique, son devoir de demander des comptes à ses élites, son pouvoir de juger ses gouvernants et ses partis d’opposition et de les renvoyer. C’est la même voix qu’on entend au Bahreïn où une famille royale revendique l’autocratie sans constitution et sans participation de la majorité à la gouvernance et au progrès social. C’est la même voix, avec beaucoup de confusion et de violences marginales propre au fait tribal et à l’histoire de ce pays, qui se fait entendre au Yémen qui arrive fatalement à un point de non retour sur le renversement du président Salah. C’est la même voix en Jordanie. C’est la même voix au Liban. C’est la même voix en Palestine. C’est la même voix au Maroc qui reste coincé par la domination du Makhzen corrupteur, par l’esprit du colonisé qui se reconnait comme sujet à une monarchie dont on veut lui attribuer une légitimité millénaire en négation à la vérité historique, par la légitimité religieuse d’une soit disant appartenance à la famille du royaume comme si cette dynastie est héritière des Fatimides et comme si les Mourabitines et les Mouwahidines étaient des monarchies au sens aristocratique du terme.

La voix la plus remarquable est celle provenant d’Irak. Ce pays envahi par les États-Unis et sa coalition internationale a installé un régime vassal chargé de lutter contre l’Islam au nom de l’Islam et de garantir la présence américaine pour installer ses bases militaires, ses compagnies de pétrole et ses entreprises de reconstruction. La démocratie et de la liberté importé d’Amérique a couté aux Irakiens 2 millions de morts, 3 millions de blessés, 5 millions de réfugiés et toute l’infrastructure économique, éducative, sociale et technique détruite. Le soulèvement populaire contre les conditions sociales, la corruption et l’occupation américaine a détruit le mythe du pays pacifié, du terrorisme, du pouvoir des autorités religieuses inféodées au pouvoir politique et à la rente économique et religieuse. Le plan américain battu en brèche par la résistance armée vient de sombrer sous les soulèvements populaires qui montrent un peuple uni malgré le clivage confessionnel, doctrinal et ethnique entretenu par les États-Unis. La voix révoltée du peuple irakien dénonce la corruption, l’injustice et l’arbitraire. Saddam Hussein n’était qu’un dictateur incompétent et arrogant qui a mené son pays vers des guerres inutiles mais ceux qui ont pris sa place sont perçus comme traitres et voleurs. Le peuple exige leur départ, le peuple exige des comptes, le peuple refuse d’écouter les dignitaires religieux, les partis d’opposition. Le décor hollywoodien prend feu :

{Dis: ‹Si vos pères, vos enfants, vos frères, vos épouses, vos clans, les biens que vous gagnez, le négoce dont vous craignez le déclin et les demeures qui vous sont agréables, vous sont plus chers qu'Allah, Son messager et la lutte dans le sentier d'Allah, alors attendez qu'Allah fasse venir Son ordre. Et Allah ne guide pas les gens pervers›.}

Louanges à Dieu qui dévoilent chaque jour davantage les gouvernants vassalisés à Washington, les élites inféodées aux régimes fantoches et les bigots qui disent ce qu’ils ne font pas. Ces élites ne peuvent in inciter les peuples à leur manifester du respect et encore moins à manifester de la haine contre l’Occident juste par calcul politicien. Ces élites au lieu de se mettre dans l’avant-garde qui défend le peuple et ses valeurs se trouvent exposés à la vindicte populaire et à la demande de plus en plus pressante des partisans du changement radical et qui refusent tous ceux qui sont en contradiction flagrante avec l’esprit du Coran même s’ils ne connaissent pas le texte ou le nient :

{Ô vous qui avez cru! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas? C'est une grande abomination auprès d'Allah que de dire ce que vous ne faites pas. Allah aime ceux qui combattent dans Son chemin en rang serré pareils à un édifice renforcé. […]Et qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Allah, alors qu'il est appelé à l'Islam? Et Allah ne guide pas les gens injustes. Ils veulent étendre de leurs bouches la lumière d'Allah, alors qu'Allah parachèvera Sa lumière en dépit de l'aversion des mécréants. C'est Lui qui a envoyé Son messager avec la guidée et la Religion de Vérité, pour la placer au-dessus de toute autre religion, en dépit de l'aversion des Polythéistes. Ô vous qui avez cru! Vous indiquerai-je un commerce qui vous sauvera d'un châtiment douloureux? Vous croyez en Allah et en Son messager et vous combattez avec vos biens et vos personnes dans le chemin d'Allah, et cela vous est bien meilleur, si vous saviez! }

L’Algérie ayant intégré dans sa culture politique celle de tous les pays que nous venons de citer avec l’excès de patriotisme, de non droit, de république monarchique, de confusion ethnique et linguistique, de despotisme… est un cas particulier. C’est un cas particulier dans le sens où son armée n’est pas l’armée égyptienne. Sa police et son système de sécurité ne sont pas ceux de la Tunisie. Son Za’im n’est pas celui de la Tunisie. Sa monarchie n’est ni celle du Bahreïn ni de l’Arabie saoudite ni du Maroc. L’Algérie est un entassement de façades et de lois avec un pouvoir occulte dont nul ne sait exactement où se trouve la tête. Confronté à une insurrection comme celle d’Octobre 88 ou à des élections démocratiques le régime algérien se maintien en changeant de tête d’affiche par le soutien inconditionnel de l’Étranger et de l’opposition politique algérienne.

Ce pays, malgré son flou politique et institutionnel, n’est pas à l’abri d’un soulèvement populaire car il est de la tradition algérienne depuis des siècles de produire des insurrections, des soulèvements et des révoltes et de payer lourdement son tribut de sang, de déportation et de privation de droits humains. Il n’est pas à l’abri d’un soulèvement à caractère social qui devient une révolution politique pour achever la libération nationale, commencer enfin l’œuvre d’édification nationale et assoir la démocratie sur un processus de démocratisation. Il ne s’agit pas seulement de voter et de faire élire ses représentants mais de revenir à ce qui fait la personnalité algérienne de base : le regard social, la conscience sociale et les interactions sociales dans tous les registres qui imposent le refus d’opprimer, d’être opprimés, de corrompre, d’agir dans la confusion, le passe droit et l’opacité, de confondre le bien privé avec le bien public, de laisser l’argent et les classes parasitaires et économiquement infantiles de prendre le contrôle de la vie politique, économique, culturelle, religieuse et sociale. La révolution va mettre fin au système d’allégeance à un pouvoir qui se confond avec l’état, à une opposition qui se confond avec le pouvoir, à une élite qui se confond dans l’ignorance et la bassesse. Malgré une culture insurrectionnelle qui guette l’Algérie tous les lieux et tous les moments l’encadrement algérien amnésique et inapte à la réflexion n’arrive ni à produire des Commis de l’État, ni des garants des institutions, ni des gardes fous contre les décennies noires et rouges, ni de véritables allégeances à la dignité du peuple et ses valeurs.

L’allégeance n’est pas l’allégeance du soldat au caporal ou à l’adjudant, ni celle du corruptible au corrompu, ni celle du minus habens à sa région ou à son douar, ni celle du misérable au rentier qui distribue les rentes, ni celle de l’humilié au bureaucrate distribuant des dérogations, ni celle du partisan à un parti politique sans programme ni élite autre que la prévarication, le népotisme et la cooptation. Le processus de démocratisation qui crée le citoyen qui exerce ses devoirs et revendique ses droits assoit l’allégeance à des principes moraux, religieux, humanistes et à des institutions qui traduisent la souveraineté du peuple, la justice, l’équité et le mérite. Lisons avec des yeux de vivant le Coran traitant de l’allégeance des Croyants au Prophète :

{Certes, ceux qui te font acte d’allégeance ne font acte d’allégeance qu’à Allah.} Al Fatah 10

{Allah A Été Satisfait des croyants lorsqu’ils te firent acte d’allégeance sous l’arbre. Il Savait ce qu’il y avait en leurs cœurs, alors Il Fit descendre la quiétude sur eux, et les Rétribua d’une proche Ouverture divine} Al Fatah 18

Ces versets qui montrent le lien entre Mohamed et ses Compagnons mettent en évidence l’allégeance sacrée à Allah et à Ses Saints Attributs et Beaux Noms : Justice, Sagesse, Équité, Miséricorde, Bonté, Science, Générosité, Clémence, Pardon, Bienfait… Ces versets montrent le refus

Mohamed (saws) est l’intermédiaire, le médiateur, le véhicule des Attributs divins et de la Parole divine pour faire régner la miséricorde, la justice, la quiétude, la paix, la concorde sociale et la fraternité humaine. Il a fondé son œuvre civilisationnelle et fédéré les peuples sur un Coran qui fixe les fondamentaux de la foi, de la piété, de la vertu, de l’idéologie et des comportements, et sur le Mithaq, la plateforme qui constitutionnalise le pacte social.

{O Prophète, Nous t’Avons Envoyé comme témoin, annonciateur, avertisseur, et prédicateur vers Allah, par Son Vouloir, et une lumière éclairante. Et annonce la bonne nouvelle aux croyants, qu’ils auront d’Allah une grande Munificence. Et n’obéis ni aux mécréants ni aux hypocrites; délaisse leur nuisance et fie-toi à Allah. Allah suffit comme Procurateur.} Al Ahzab 45

{Certes, ceux qui te font acte d’allégeance ne font acte d’allégeance qu’à Allah. Allah les Appuie.} Al Fatah 10

Le peuple algérien musulman ne fera jamais allégeance à des experts en subversion car l’expérience lui a montré les visages et les slogans sous leur véritable forme :

« Ma communauté ne se réunira jamais sur un égarement » Hadith

Le peuple n’accordera jamais sa confiance à ceux qui ont construit leur image, leur pouvoir, leur richesse et leur notoriété médiatique ou historique sur des arrangements avec l’intérieur ou avec l’extérieur. Nous avons vu dans l’article sur la contre révolution algérienne comment entrent en jeu les acteurs de l’immobilisme pour réclamer le changement sans remettre en cause leurs liens organiques, idéologiques, politiques et économiques avec les décideurs algériens, marocains, américains et français. Dans ce même article j’ai dénoncé la perversion morale et l’erreur stratégique de s’allier avec les éradicateurs ceux qui sont les incitateurs à l’épuration ethnique, idéologique, religieuse et politique au profit de l’Occident colonialiste. J’ai aussi dénoncé l’opportuniste et l’incompétence d’attendre des jeunes de se soulever pour monter le haut de la vague et s’introniser révolutionnaires ou croire qu’il s’agit sans connaissances des rapports de forces et des moments dialectiques historiques et sociaux d’importer mécaniquement une révolution ou d’attendre qu’elle vient toute seule portée par un vent de liberté comme un sirocco venant de l’Ouest au lieu de venir du Sud. Il est inutile donc de ressasser les mêmes constats sur les léthargies et les hystéries qui se conjuguent pour contrer une révolution ou un soulèvement populaire de grande ampleur.

En Algérie, donc pour le moment, nous sommes dans le non événement. Le véritable événement qui aurait pu prendre un caractère politique, un motif à débat d’idée et de devenir est la lettre d’Abdelhamid Mehri au Président Bouteflika. J’avais montré de l’intérêt pour cette lettre en la publiant et en l’étudiant car sa coïncidence avec la naissance du Prophète est dans le rappel de Dar al Arqam et le Mithaq d’Al Madinah qui témoignent du caractère pédagogique et fédérateur de Mohamed (saws). J’avais fait la proposition, de mettre en place une plate forme nationale avant d’envisager une « révolution » ou de créer des appareils sans vie et sans compétence d’ingénierie politique et sociale ou de déclarer des organes sans prérogatives de prospective, de veille et d’observation pluri disciplinaire qui élaborent les cartes de tendances, les modes d’emploi d’organisation de la résistance populaire qui produit son élite, ses idées et son argent en autonomie du pouvoir et de ses élites. J’ai donc adhéré à la lettre de Mehri car c’est un homme intellectuellement et moralement honnête et il est compétent. Il est le seul à faire le lien subtil et intelligent de la continuité historique en rupture avec les pratiques malsaines de l’indépendance à ce jour. Construire un pacte social, une plateforme politique, un cahier de charges constitutionnelles, une feuille de route de changement pour fédérer les forces saines et vives dans un changement irréversible et irrécupérable. L’idée subtile de Mehri est de s’inscrire dans l’actualisation de l’appel du premier novembre 1954 et de la plateforme de Rome de 1995 qui actualise le premier novembre à un moment crucial et douloureux de l’Algérie. J’ai même invité les révolutionnaires tunisiens et égyptiens à prendre acte de la plateforme de Rome et de l’adapter à leur contexte pour se donner un canevas de travail fédérateur.

Mohamed (saws) a été invité à appeler les Chrétiens de Najran fortement opposé à leur islamisation à un compromis pour fédérer la nation et créer les dénominateurs communs du vivre ensemble apaisé et fructueux :

{Dis : « O gens du Livre, Élevez-vous à une parole normative entre nous et vous : de n’adorer qu’Allah, de ne rien Lui associer, et que nous ne nous prenions point les uns les autres pour Seigneurs à l’exclusion d’Allah ». Et s’ils s’en détournent, alors dites : « Témoignez que nous sommes musulmans ».} Al ‘Imrane 65

Le minimum démocratique que nous enseigne Mohamed, dans la construction d’un état de droit est : le refus de l’oppression, de l’exclusion, de l’exclusive et de l’éradication de l’autre. Chacun peut, dans un état de droit, de justice et d’équité garantissant les libertés individuelles et publiques, exercer son activité culturelle, sociale, politique, économique non dans l’anarchie ou le monopole ou le rapport des forces mais dans un pacte social qui sera le socle idéologique et constitutionnel que chacun doit respecter même s’il ne partage pas la doctrine ou le programme politique de l’autre. Le peuple souverain exerce son choix librement. Le peuple étant souverain l’armée n’est ni tuteur de ce peuple ni oppresseur de ce peuple ni au service du pouvoir mais une institution républicaine qui défend les frontières contre l’ennemi. Elle ne peut même pas être le défenseur de la constitution ou la garante de la République car c’est le peuple libre et libéré, civilisé et civilisateur, responsable et acteur qui va défendre par sa voix, sa participation démocratique, son regard social et sa conscience politique sa constitution et ses choix.

Nous sommes donc dans ce choix simple où bien nous enrichissons et nous adhérons au projet construit et perfectible de Mehri ce qui parait peu probable eu égard aux réactions virulentes à son égard et au mépris affiché pour sa proposition par des organisations qui se prétendent partisanes du changement mais qui ne produisent ni discours cohérent et structuré, ni rupture avec l’ancien régime mais juste du bavardage véhément qui ressemble davantage à l’activisme infantile anarchiste et gauchisant qu’à une pensée politique structurante. Leur discours est tellement nihiliste et tellement orienté dénigrement de l'armée et du DRS sans apporter de Badil ou révéler ce que le peuple ne sait pas par sa douleur et sa frustration qu'ils deviennent suspects. On ne peut jeter l'anathème sur quelqu'un sans preuve sans fait tangibles sans lire ce qu'il écrit depuis des décades.

La révolution algérienne viendra comme une surprise, en des lieux inattendus, des moments imprévus, des hommes inconnus et imposer ce que la rue arabe est en train d’imposer en l’occurrence la liberté, la démocratie, la dignité, la justice sociale, le multipartisme, la fin des monopoles et de la pensée unique, la fin de l’ingérence étrangère, la fin de la corruption, le droit de dire, de faire, de s’organiser, de se déplacer, de disposer de sa vie sans tutelle. L’État impersonnel et personnalité moral sera construit sur ces exigences pour garantir le pacte social dans la fraternité, la justice sociale et l’égalité des chances. L’État algérien libéré du patriotisme malsain sera au service du peuple pour arbitrer, réguler, réglementer et animer les interactions sociales, politiques, économiques, culturelles au sein de la société dans le respect des valeurs fondamentales de cette société. La naissance de la nouvelle république ne peut que s’inscrire dans la volonté des peuples : un grand Maghreb uni au service des peuples du Maghreb.

Le Coran et le prophète (saws) nous ont demandé d’être des êtres actants qui prennent l’initiative historique. Notre responsabilité est le sens de cette initiative, une initiative prise ensemble dans une pensée collective qui annonce l’espoir et la promesse dans une transformation positive et sereine ou une initiative improvisée et à contre sens de l’histoire qui n’apportera que désolation, violence et répression :

{Et ceux qui s’écartèrent de l’adoration des Taghut, et revinrent à Allah, à eux la bonne nouvelle. Annonce alors la bonne nouvelle à Mes dévoués, ceux qui écoutent la parole et qui suivent le meilleur. Ceux-là sont ceux qu’Allah A Guidés, et ceux-là sont les doués d’entendement.} As Zomr 17

« Rendez les choses faciles et ne les rendez pas difficiles. Annoncez la bonne nouvelle et ne rebutez point les gens »

« Jamais ma communauté ne parviendra à un consensus sur le batil (l’erreur, le faux, la faute, l’injustice, l’égarement »

Pour achever ce qui ne peut être raconté en quelques pages on ne peut à l’occasion de la commémoration de la naissance du Prophète Mohamed (saws) et de la commémoration des soulèvements et des révolutions dans le monde Arabe qu’annoncer la bonne nouvelle léguée par celui qui ne se prononce pas en vain :

« Il y a des gens de ma Communauté qui ne cesseront de triompher des hommes (par la vérité et le Jihad), jusqu'à ce que vienne à eux le commandement d'Allah et alors ils seront également vainqueurs ».

L'Islam dans cette période particulière défiante envers les élites et le pouvoir décevant saura, par sa simplicité, sa justesse, sa véracité, sa crédivilité et sa générosité s'imposer une fois l'euphorie passée et continuer la lutte de libération, d'édification et de démocratisation sur des bases doctrinales plus marquées et plus structurantes. L'Islam va témoigner qu'il est l'avant garde du changement car la liberté, la démocratie et l'état citoyen sont ses valeurs que la décadence, le colonialisme et les savants courtisants ou les bigots nés de ces périodes de regression et de décadence ont oublié, occulmté et mal compris. La révolution va mettre la ligne de démarcation ou de clivage sur le plan de la liberté, de la dignité et des droits. J'ai expliqué dans un article précédent que le clivage va se faire entre islamistes, laïcs, libéraux et nationalistes d'un côté et les islamistes, laïcs, libéraux et nationalistes de l'autre côté. Autrement dit la nouvelle démarcation idéologique est une meta démarcation au niveau des valeurs humaines et universelles c'est à dire au niveau de l'éthique et non de la morale, du positionnent militant et non de la position de partisan, du désir du changement en acceptant ses risques et son aventure ou du désur de statut quo, de l'inertie et des privilèges accordées par l'ancien système. Mohamed (saws) a défitnit cette ligne de clivage alors que le système était à son stade embryonnaire : musulmans sincères et dévoués, musulmans retardataires, hypocrites connus et hyppocrites plus habiles, mécréants, Juifs et Chrétiens en lutte contre l'Islam et d'autres pacifiques qui ne cherchaient ni la guerre ni la division mais rester sur leur croyances sans entrer en conflit ou en sédition. Pour les Musulmans rejoigant le camp de l'Islam Mohamed (saws) n'est pas un homme que gagne l'euphorie ou que surprend la nature et le caractère des gens et ce qu'ils affichent en public. Il a laissé cette sentence :

"Le meilleur d'entre vous dans la Jahiliya est le meilleur d'entre vous dans l'Islam s'ils fait effort de comprendre la religion"

Pour l'Algérie j'ai l'intime conviction que le soulèvement populaire ou la révolution futurs va apporter d'autres démarcations qu'en 1992 et que la caractère partisan et sectaire sera complètement absent pour ne conserver que renversement du régime, liberté, démocratie, progrès social. C'est maintenant que les élites doivent préparer la transition démocratique, la reconstruction de l'etat de droit, les grands principes d'une nouvelles constitution, les plateformes pour une gouvernance sur le plan intérieur que sur le plan extérieur et se préparer à faire un état des lieux car la maison Algérie est pourrie. Il ne s'agit pas seulement de faire tomber un régime mais de compmrendre les mécanismes et les leviers d'actions pour le démanteler et construire un nouveau sans chaos ni improvisation ni discorde comme en 1962 ni erreur d'aiguillage et de priorités. L'Algérie dépasse nos vues limitées et nos luttes étroites et confinées. L'Algérie mérite un projet civilisationnel et un échéancier de déconstruction de l'ordre ancien et de construction de l'ordre nouveau sans faute ni dérive.

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