vendredi 11 février 2011

"Moubarak suit à la lettre le manuel du parfait dictateur"

Publié le 11 février 2011 sur le site lemonde.fr

Le président égyptien a déçu. Au point que la plupart des éditorialistes réclament aujourd'hui son départ.

Le président égyptien a déçu. Au point que la plupart des éditorialistes réclament aujourd'hui son départ.REUTERS/REUTERS TV

Les "platitudes" de Moubarak n'ont pas convaincu la presse anglo-saxonne. "Irresponsable", "inconscient", "à côté de la plaque"... Le président égyptien a déçu. Au point que la plupart des éditorialistes réclament aujourd'hui son départ.

"Vous êtes loin du compte, M. le président. A des années-lumières du compte", dénonce Jim Hoagland, du Washington Post. Dans une opinion déguisée en lettre adressée à Hosni Moubarak, le chroniqueur accuse : "Vous avez poussé la crise égyptienne jusqu'à son point critique. L'explosion menace, elle pourrait s'avérer dévastatrice (...) à moins que vous ne vous retiriez immédiatement."

"LA DICTATURE A ENCORE GAGNÉ"

Une inquiétude partagée par Robert Fisk, du quotidien progressiste britannique The Independent. A en croire le journaliste, fin connaisseur du Proche-Orient, la journée menace de virer au "bain de sang". Malgré l'incroyable mouvement de révolte qui agite aujourd'hui le monde arabe, force est de constater que "la nuit dernière, la dictature a encore gagné. La démocratie a perdu", regrette le reporter.

De fait, "le président Moubarak a utilisé toutes les ficelles du manuel du parfait dictateur, note le Times anglais. Il s'est montré absolument irresponsable. Faire naître l'espoir chez les manifestants pour l'écraser une fois de plus, la manœuvre était d'une imprudence extrême. Les protestataires ne voulaient pas entendre parler d'un comité chargé d'étudier les implications constitutionnelles de la transition, ils voulaient entendre un mot et un seul : 'Au revoir'."

Hosni Moubarak ne semble pas l'avoir compris. Il n'a pas non plus saisi que ce mouvement de contestation était "sincère, intarissable et authentiquement égyptien", souligne Thomas L. Friedman dans le New York Times. Quelque chose a bel et bien changé au pays des pyramides, comme en témoignent les "petites histoires" grappillées ici et là sur la place Tahrir.

"L'ARMÉE DOIT ISOLER MOUBARAK"

"J'ai parlé avec une salariée de 24 ans, Perihane Allam, raconte Roger Cohen, toujours dans le New York Times. Elle était frappée par les changements d'attitude. Le harcèlement sexuel a longtemps été un gros problème au Caire. 'Les hommes me draguaient toujours dans la rue, me disaient des trucs', m'a-t-elle dit. Rien de tout ça place Tahrir, ou ailleurs en ville ces derniers jours. La dignité transforme."

Mais c'est l'armée qui détient aujourd'hui, plus que jamais, les clés du problème. Selon The Guardian, les militaires sont face à un dilemme. Les pays est divisé. "L'armée doit isoler Moubarak et aider à la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale avec des représentants de chaque groupe et de chaque classe, incluant des officiers, mais pas dominé par eux. Avant cela, elle a le choix entre faciliter le changement ou l'entraver (...). Comme le reste de l'Egypte, l'armée doit changer."

Le Monde.fr

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