mercredi 2 février 2011

Moubarak doit partir

Publié le 1er février 2011 sur le site silviacattori.net
par

Khalid Amayreh

Aucun analyste politique sérieux extérieur à l’Égypte ne peut prétendre connaître Hosni Moubarak mieux que les Égyptiens eux-mêmes, qui sont nombreux dans les rues à réclamer sa démission, au risque d’être tués par les voyous des forces de la sécurité, qui ont reçu l’ordre d’assassiner, de vandaliser, de voler et de propager le chaos et l’anarchie dans tout le pays, dans le but d’étouffer la révolution contre la tyrannie et la dictature.

Par conséquent, c’est avec mépris qu’il faut traiter les affirmations selon lesquelles Moubarak serait un dictateur bienveillant qui peut maintenir la stabilité dans une région volatile. Fait intéressant, certains des appels en direction de l’Occident pour donner à Moubarak le bénéfice du doute, probablement jusqu’à ce qu’il tue et mutile davantage d’Égyptiens au fur et à mesure qu’il s’épuise à s’agripper au pouvoir, viennent d’Israël. Nous n’en attendions pas moins de l’État sioniste, qui s’est empressé d’adopter une politique de type fasciste et d’embrasser les despotes arabes tant qu’ils étaient doux avec Israël, mais durs avec leurs propres populations. Inutile de dire que le régime de Moubarak fut l’un de ces régimes pourris, qui a privilégié les relations avec les criminels de guerre qui dirigent Israël, tout en adoptant une attitude indifférente et même hostile envers d’autres États arabes et musulmans.

Dès qu’il a pris la barre il y a près de 30 ans, Moubarak a ravagé son pays de toutes les manières concevables. Sous son régime corrompu et despotique, le statut et la stature de l’Egypte sur la scène internationale ont décliné à un plancher sans précédent.

Avant son règne, l’Égypte avait le potentiel de devenir une puissance industrielle capable de rivaliser avec des pays comme la Corée du Sud et la Malaisie ; voyez où ils en sont maintenant. Sous Moubarak, l’Égypte est incapable de nourrir sa propre population de 80 millions d’âmes. Avec l’Égypte sous Moubarak, l’arrogance d’Israël a augmenté au point qu’il a pratiquement l’hégémonie au Moyen-Orient. Les stratèges israéliens en sont arrivés à considérer l’Égypte comme un État satellite maintenu à flot par les États-Unis et les aides étrangères.

Il est vrai que l’Égypte n’était pas une oasis de démocratie et de prospérité avant Moubarak, mais, sous les présidents Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate, le pays jouissait d’une stature internationale et d’une dignité nationale. Depuis la révolution de 1952 qui a amené Nasser au pouvoir, l’Égypte a maintenu un semblant de souveraineté, malgré les conspirations continuelles d’Israël et de l’Occident. Mais lorsque Moubarak a succédé à Sadate après son assassinat du 6 octobre 1981, la première chose qu’il a faite fut de transmettre la souveraineté de l’Égypte aux États-Unis et à Israël ; certains disent qu’il a donné l’Égypte à la CIA et au Mossad sur un plateau d’argent. Il a montré depuis, maintes fois, qu’il était davantage comptable vis-à-vis de la Maison Blanche que vis-à-vis de son propre peuple, et qu’il appréciait la légitimité qui lui venait de Washington plus que celle qui venait des Égyptiens ordinaires qui attendaient depuis trente longues années dans l’espoir que Moubarak change son style de gouvernement autocratique. Il a montré toutefois qu’il n’est pas le genre d’homme à changer de son propre gré.

Au grand dam des Arabes et des Musulmans, l’Égypte sous Moubarak est devenue un obstacle plutôt qu’un atout, en particulier sur la question centrale de la Palestine. Cette scandaleuse réalité est devenue évidente pendant l’attaque brutale d’Israël et l’invasion de la Bande de Gaza en 2008-2009, lorsque le régime a collaboré au massacre de milliers d’innocents Gazaouis, et à la destruction de milliers de maisons, mosquées et autres bâtiments privés et publics dans toute l’enclave côtière.

Gaza a appelé son grand frère à l’aide à travers la frontière de Rafah. Au lieu de lui tendre la main, Moubarak lui a offert plus de trahison et plus de perfidie. Le régime de Moubarak a été jusqu’à construire un mur souterrain d’acier et de béton le long de la frontière avec Gaza pour empêcher les Palestiniens d’utiliser les tunnels pour faire entrer des marchandises de première nécessité et briser le siège israélien du territoire.

On impute l’essentiel de la dépravation du régime égyptien à sa haine pathologique et à sa crainte des Frères Musulmans. C’est la raison donnée à la perfidie du régime contre la conscience de la nation égyptienne, de l’abandon de la souveraineté aux États-Unis jusqu’à l’acceptation de servir de chien de garde à Washington contre les forces nationalistes et islamiques dans la région. Maintenant, Moubarak accuse les Frères d’organiser la révolution en Égypte, un mensonge qui ne mérite même pas qu’on le commente.

Il ne fait aucun doute que le régime égyptien est en sursis, indépendamment du fait que Moubarak lui-même reste quelques jours, semaines ou mois. L’illusion a disparu. C’est à lui de choisir, parmi les divers scénarios qui ont mis fin aux régimes tyranniques en Iran, en Roumanie ou en Tunisie. Et plus il s’accrochera, plus le choix se réduira.

Il devrait aussi savoir que, lorsque le moment de vérité arrivera, personne ne l’aidera, pas même ses maîtres de la Maison Blanche, pour qui il est devenu un boulet. Quant aux autres despotes arabes, ils ne peuvent même pas s’aider eux-mêmes. Bientôt ils subiront, inévitablement, le même sort. Israël devrait suivre la situation attentivement, et en tirer des leçons ; l’oppression et la brutalité ont une durée de vie limitée. La liberté attend ceux qui luttent avec patience et constance. Hier c’était la Tunisie, aujourd’hui c’est l’Égypte. Demain la Palestine ?

Khalid Amayreh
Middle East Monitor
31 janvier 2011.


Khalid Amayreh (né en 1957 à Hébron) est un journaliste palestinien basé à Dura, le district d’Hébron. Il a fait ses diplômes universitaires aux États-Unis : BA en journalisme à l’Université de l’Oklahoma, 1982 ; maîtrise en journalisme de l’Université de Southern Illinois, 1983. Pendant longtemps, sa vie n’a pas été rendue facile par le fait qu’il a été en grande partie confiné par les pouvoirs à son village de Dura, près d’Hébron.

Sur son expérience de vie comme Palestinien, voir : “Reflections on the 1967-war anniversary”, palestine-info, 5 juin 2008.

Traduit de l’anglais par MR pour ISM (01.02.2011) :

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