
Près de 4 000 immigrants clandestins, essentiellement des Tunisiens, ont débarqué au cours des quatre derniers jours à Lampedusa, selon la capitainerie du port de cette petite île italienne.AFP/Mauro Seminara
Alors que la Tunisie s'apprête à fêter lundi un mois de la chute du régime de Ben Ali, près de 5 000 immigrants clandestins, essentiellement des Tunisiens, ont débarqué au cours des cinq derniers jours à Lampedusa, une petite île italienne située au sud de la Sicile.
Dimanche, le ministre de l'intérieur italien Roberto Maroni a indiqué qu'il demandera le déploiement de policiers italiens en Tunisie pour tenter de réguler les départs depuis la Tunisie. "Je demanderai l'autorisation pour nos forces d'intervenir en Tunisie pour bloquer les flux. Le système tunisien est en train de s'écrouler", a dit le ministre au journal télévisé de la chaîne TG5.
L'ITALIE DEMANDE L'AIDE DE L'UE
L'afflux de réfugiés a déjà conduit le gouvernement italien à proclamer, samedi, l'état d'urgence humanitaire. L'état d'urgence permet en effet d'éviter certaines formalités légales et autorise des responsables locaux, comme les préfets par exemple, à prendre des mesures opérationnelles immédiates. il autorise en outre l'utilisation rapide de ressources financières spéciales.

L'Italie a demandé l'aide de l'Union européenne pour faire face à l'afflux d'immigrants tunisiens, mettant en garde contre un risque de crise humanitaire.AFP/Mauro Seminara
Dans la nuit de samedi à dimanche, les garde-côtes italiens ont recensé 1 000 arrivées. "La situation est difficile", a reconnu le commandant du port, "les débarquements se poursuivent à un rythme incessant". La mer calme et le beau temps favorisent ces départs même si la traversée n'est pas sans risque, en raison notamment du mauvais état des embarcations. Samedi, douze personnes ont fait naufrage au large de Zarzis, faisant un mort et un disparu, selon l'agence tunisienne TAP.
L'Italie avait déjà demandé vendredi l'aide de l'Union européenne et "le déploiement immédiat d'une mission Frontex d'interceptation et de patrouille au large des côtes de Tunisie pour le contrôle des flux", mettant en garde contre le risque d'une "crise humanitaire".
Dimanche, Roberto Maroni, membre du parti anti-immigrés et populiste de la Ligue du Nord, a critiqué l'absence d'une action européenne concertée, déclarant que l'UE "a laissé l'Italie seule, comme d'habitude". "L'Europe ne fait rien. Je suis très préoccupé et j'ai demandé l'intervention urgente de l'UE car le Maghreb est en train d'exploser. (...) Nous gérons l'urgence humanitaire avec la seule protection civile. Une intervention de l'Europe est indispensable", a ajouté le ministre.
PRESSION POLITIQUE ET SOCIALE À TUNIS
L'exode intervient alors que le gouvernement tunisien de transition semble dépassé dans un pays en totale reconstruction après la chute du régime du président Zine El-Abidine Ben Ali. Le gouvernement de transition reste toujours sous forte pression politique et sociale. Les couches sociales les plus défavorisées se montrent de plus en plus impatientes, en particulier dans les provinces de l'intérieur. A Tunis, samedi, plusieurs centaines de magistrats et avocats ont manifesté devant le palais de justice, pour revendiquer leurs droits à l'indépendance. D'autres ont manifesté devant le gouvernorat de Tunis pour réclamer des aides de toutes sortes.

Manifestation de magistrats, samedi 12 février à Tunis, pour que soit garantie l'indépendance de la justice.AP/Hassene Dridi
Et sur le plan politique, le débat fait rage entre les tenants d'une normalisation rapide avec des élections présidentielle et législatives dans six mois et ceux qui mettent en garde contre une "confiscation" de la révolution, plaidant pour un report d'au moins un an.
LA FRANCE LÈVE SES RESTRICTIONS DE VOYAGE
Conscientes que la bonne marche de la transition dépend de la relance de l'activité économique, les autorités tunisiennes ont multiplié les appels à la communauté internationale pour un soutien à l'économie du pays. Le secteur touristique (6,5 % du PIB et 350 000 emplois) en particulier a été plombé par ces semaines de chaos et de flou. Samedi, la France a levé ses restrictions de voyages vers les villes côtières tunisiennes et l'île de Djerba. L'Allemagne va aussi donner son feu-vert pour les zones balnéaires de la côte est, selon son ministre des affaires étrangères, Guido Westerwelle.
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