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| Photo: AFP/Miguel Medina |
Le nouveau gouvernement égyptien remanié par le président Hosni Moubarak a annoncé lundi une série de mesures d'apaisement.
Les membres du nouveau gouvernement, dirigé par l'ex-ministre de l'Aviation, Ahmad Chafik, se réunissaient tous pour la première fois lundi. D'entrée de jeu, le gouvernement a annoncé une augmentation de 15 % du salaire des fonctionnaires et de leurs prestations de retraite.
À cela s'ajoute un fonds d'indemnisation de 800 millions de dollars pour les Égyptiens qui ont été victimes de vol et de vandalisme lors des émeutes qui ont secoué les grandes villes du pays.
L'agence officielle MENA a également rapporté que le président Moubarak avait demandé la formation d'une commission d'enquête sur les violences ayant opposé partisans et détracteurs de son régime, mercredi dernier. Selon un bilan officiel, ces affrontements ont fait 11 morts et près de 1000 blessés.
La Bourse du Caire, où les transactions sont interrompues depuis le 27 janvier dernier, devrait quant à elle rouvrir ses portes le 13 février.
14e jour du soulèvement
Sur la place Tahrir, où des milliers de manifestants réclamaient pour une quatorzième journée consécutive le départ du président Hosni Moubarak, ces mesures n'ont eu aucun effet.
Pour les manifestants, ces annonces ne visent qu'à gagner du temps et à consolider l'allégeance des fonctionnaires et des militaires envers le régime qui tente de rétablir les activités normales dans le pays en contournant la révolte.
Lundi, des manifestants étaient toujours installés devant les roues des blindés sur la place Tahrir pour empêcher les militaires de les manoeuvrer. L'armée a bien tenté de dégager lundi matin une partie de l'espace occupé par les contestataires, mais ces derniers sont sortis de leur tente pour encercler les soldats.
« L'armée commence à s'impatienter et les manifestants aussi. L'armée veut nous entasser dans un petit cercle au milieu de la place pour pouvoir rétablir la circulation », a affirmé Mohamed Chalabi, un manifestant de 27 ans, à l'agence Reuters.
Des manifestants ont également bloqué l'entrée d'un bâtiment gouvernemental situé sur la place Tahrir.
Appel à une manifestation devant la télévision d'État
Le Mouvement des jeunes du 6 avril, fer de lance de la contestation populaire en Égypte, a lancé un appel à une manifestation, mardi, devant les locaux de la radio et de la télévision d'État.
Une journaliste égyptienne se confie
La journaliste dit qu'elle n'en pouvait plus de mentir en ondes. « J'ai fini mon shift, je suis rentrée, j'ai décidé de ne pas revenir une deuxième fois et participer à ce mensonge », a-t-elle raconté à Sophie Langlois.
« Est-ce que vous êtes sûrs que vous voulez que je dise : « Le Caire regagne le calme » pendant que Le Caire brûlait », a-t-elle osé demander à ses patrons, au deuxième jour des manifestations. « J'avais mal, j'avais mal au coeur, je ne me reconnaissais pas », a raconté Soha El-Nakach.
Malgré les mensonges, le ministre égyptien de l'Information a affirmé que la télévision égyptienne avait offert « la meilleure couverture des événements du 25 janvier ». La journaliste estime qu'une « grande agressivité » s'est développée en raison de l'ampleur du « tremblement de terre ».
Elle a eu mal en voyant les agressions contre une centaine de journalistes, caméramans et photographes. Un journaliste est mort de ses blessures, d'autres sont encore hospitalisés. « Ce qui explique cette campagne contre les médias étrangers, dit Soha El-Nakach, c'est que l'État a voulu cacher la réalité. »
Le régime a réussi à convaincre plusieurs Égyptiens que les médias étaient responsables de la crise. L'ex-animatrice de Nile News ajoute que les médias égyptiens propagent aussi l'idée que des pays étrangers financent les manifestations, d'où l'animosité toujours présente dans les rues du Caire envers les étrangers.
À la radio
La correspondante de Radio-Canada Ginette Lamarche a rencontré l'écrivain Alaa El Aswany, qui manifeste sur la place Tahrir depuis le premier jour de la contestation en Égypte.
Écoutez son reportage sur le site de l'émission Désautels »
Un dialogue politique national
L'occupation se poursuit alors qu'un dialogue politique a été engagé dimanche avec l'opposition. Pour la première fois en un demi-siècle, le pouvoir et les Frères musulmans ont discuté publiquement.
Des responsables du parti Wafd (libéral) et du Tagammou (gauche), des membres d'un comité choisi par les groupes prodémocratie ayant lancé le mouvement de contestation, ainsi que des figures politiques indépendantes et des hommes d'affaires ont également pris part à la rencontre.
Les participants se sont mis d'accord sur une « transition pacifique du pouvoir basée sur la constitution ».
Les Frères musulmans ont cependant réclamé des changements plus fermes. « Ce communiqué est insuffisant », a déclaré Mohamed Mursi, un haut responsable de la principale force d'opposition du pays.
Selon un dernier bilan non confirmé par l'ONU, au moins 300 personnes ont été tuées et des milliers ont été blessées depuis le début du mouvement de contestation.
Autres informations
Wael Ghonim, responsable du marketing chez Google détenu pendant 12 jours, a déclaré lundi être à l'origine d'une page Facebook en mémoire d'un homme d'affaires tué par la police secrète en juin dernier, Khaled Saïd. Cette page a été présentée par des manifestants comme l'un des leviers du présent mouvement de protestation. M. Ghonim a affirmé qu'il n'avait pas été maltraité pendant sa détention, même s'il a admis ne pas avoir dormi pendant les 48 dernières heures.
Les États-Unis ont défendu lundi le choix du diplomate Frank Wisner comme émissaire en Égypte, même si celui-ci, dans le cadre de son travail pour le cabinet d'avocats Patton Boggs, a déjà représenté les intérêts de l'Égypte. M. Wisner a déclaré samedi dernier que le président Moubarak devait rester en fonction jusqu'à ce que son pays s'engage dans une transition démocratique. L'administration du président Barack Obama a rapidement pris ses distances avec ces propos.
Le quotidien britannique Telegraph, citant un câble diplomatique révélé par le site WikiLeaks, a rapporté lundi qu'Omar Souleimane était le candidat préféré d'Israël pour remplacer Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte. La note diplomatique, datant de 2008, indiquait qu'un conseiller du ministre israélien de la Défense parlait de M, Souleimane en des termes « élogieux ».

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