vendredi 11 février 2011

Le discours de Moubarak ne satisfait pas la Maison-Blanche

Publié le 10 février 2011 sur le site radio-canada.com

Le discours du président égyptien, Hosni Moubarak, jeudi, n'a pas convaincu son homologue américain, Barack Obama, qui continue de réclamer des changements concrets.

Dans son allocution télévisée, Moubarak avait indiqué qu'il ne se plierait pas aux « diktats étrangers », ce qui n'a pas empêché Washington, de commenter son maintien au pouvoir.

Barack Obama

Photo: La Presse Canadienne /AP/Carolyn Kaster

Barack Obama lors d'un discours à Marquette, MI, le 10 février 2011

Le raïs égyptien, à la tête de son pays depuis 30 ans, a en effet indiqué qu'il restait en poste, mais qu'il cédait ses pouvoirs au vice-président Omar Souleimane, une annonce qui a confondu les observateurs.

« Le peuple égyptien s'est fait dire qu'il y avait un transfert des pouvoirs, mais il n'est pas encore clair si ce transfert est immédiat, significatif et suffisant », a indiqué le président Obama dans un communiqué.

« Trop de citoyens égyptiens ne sont pas encore convaincus que le gouvernement est sérieux au sujet d'une véritable transition démocratique », a-t-il déploré. Le gouvernement Moubarak « a la responsabilité de s'exprimer clairement au peuple égyptien et au monde », a-t-il déclaré.

Des propos peu explicatifs

Se voulant rassurant sur la transition en cours, l'ambassadeur égyptien aux États-Unis, Sameh Choukri, a déclaré un peu plus tôt en soirée au réseau CNN que « le président [Moubarak] est un président de droit, mais que le vice-président est un président de facto ». Il a affirmé parler à la demande d'Omar Souleimane.

Le gouvernement égyptien doit mettre de l'avant une voie crédible, concrète et sans équivoque vers une démocratie véritable, et ils n'en ont pas encore saisi l'occasion.

— Barack Obama

Condamnant les actes de violence, Barack Obama a appelé toutes les parties à la retenue. « Il est impératif que le gouvernement ne réponde pas aux aspirations de son peuple par la répression ou la brutalité. Les voix du peuple égyptien doivent être entendues ».

Un responsable du département américain d'État a de son côté indiqué que les États-Unis souhaitaient empêcher les « extrémistes » de se positionner en Égypte durant la période de transition.

ElBaradei demande l'intervention de l'armée

Réagissant au discours du président Moubarak à partir d'Égypte, l'opposant Mohamed ElBaradei, Prix Nobel de la paix 2005, a iinterpellé l'armée sur son compte Twitter. « L'Égypte va exploser. L'armée doit sauver le pays maintenant », a-t-il écrit.

Déceptions et inquiétudes

À l'étranger, certains dirigeants ont fait part de leur déception ou encore leurs craintes, tandis que d'autres se sont montrés prudents.

Hosni Moubarak

Photo: Télévision d'État égyptienne

Le président Moubarak, prenant la parole à la télévision d'État.

« Le président Moubarak n'a pas encore ouvert la voie pour des réformes plus rapides et plus profondes », a déploré la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton. Les 27 leaders européens se sont toujours retenus de réclamer ouvertement le départ de Moubarak.

Le ministère allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, s'est pour sa part montré déçu par le discours d'Hosni Moubarak, qui « n'était pas le pas espéré vers l'avant ».

Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, qui assure que son pays ne veut pas s'ingérer dans les affaires égyptiennes, est de son côté resté prudent. « Nous étudions la situation de près. Pour le moment, on ne sait pas clairement quels pouvoirs ont été transférés et quelles en sont les implications », a-t-il dit.

Réagissant à chaud à la fin d'une entrevue télévisée diffusée en direct, le président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré que le retrait du président Hosni Moubarak au profit de son vice-président était devenu « inéluctable ». Il a ajouté que les démocraties occidentales avaient un « devoir moral » d'aider l'Égypte et la Tunisie « à ne pas tomber d'un système à un autre qui serait pire ». Il s'est d'ailleurs référé à la révolution islamique iranienne de 1979.

Je souhaite de tout coeur que la démocratie [égyptienne] naissante prenne le temps de se doter de formations politiques, de structures, de principes, pour trouver le chemin de la démocratie et pas de la dictature religieuse, comme en Iran.

— Nicolas Sarkozy

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a de son côté mis en garde contre un « vide » du pouvoir. « Bien que la nécessité d'une réforme démocratique soit urgente, la réforme ne devrait pas entraîner un vide qui pourrait engendrer extrémisme, violence ou intolérance », a dit par communiqué le chef de la diplomatie canadienne.

M. Cannon a appelé « le gouvernement de l'Égypte à écouter la voix du peuple égyptien et à commencer une transition ordonnée et démocratique qui mènera à des élections libres et équitables », prévues en septembre.

Il a de nouveau exhorté toutes les parties à faire preuve de retenue et a recommandé aux Canadiens d'éviter tout voyage en Égypte.

Radio-Canada.ca avecAgence France Presse et Reuters

URL de l'article: http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/02/10/018-moubarak-discours-reactions.shtml

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