jeudi 10 février 2011

Égypte Les grèves s'ajoutent aux manifestations

Publié le jeudi 10 février 2011 sur le site radio-canada.ca

Les manifestants ont tenu une vigile à la place Tahrir.

Photo: AFP/Mohammed Abed

Les manifestants ont tenu une vigile à la place Tahrir.

Au 16e jour des manifestations organisées pour réclamer le départ du président égyptien Hosni Moubarak, mercredi, des milliers de travailleurs partout au pays ont ajouté une nouvelle dimension au soulèvement populaire en déclenchant des grèves. Le mouvement se poursuit jeudi.

De nombreux secteurs ont été touchés par ces arrêts de travail. Ainsi, des centaines d'employés des chemins de fer, des transports publics, de l'entreprise nationale d'électricité, des techniciens du canal de Suez ainsi que le personnel d'au moins un hôpital et de certains musées ont décrété la grève.

Le débrayage s'est également étendu à plusieurs usines, notamment de textile, d'acier et de boissons. Selon le réseau Al-Jazira, environ 20 000 travailleurs d'usine ne sont pas entrés au travail.

À l'instar des manifestants, des grévistes réclamaient eux aussi le départ du raïs égyptien, mais ils n'avaient pas tous des demandes politiques, rapporte le site web de la chaîne qatarie. Une constante cependant, ils revendiquaient de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

La richesse du clan Moubarak alimente la grogne

Des manifestants s'en prennent à une affiche d'Hosni Moubarak devant le Parlement au Caire.

Photo: La Presse Canadienne /Tara Todras-Whitehill

Des manifestants s'en prennent à une affiche d'Hosni Moubarak devant le Parlement au Caire.

Les travailleurs ont décidé de faire la grève « quand ils ont su combien de milliards vaut la famille Moubarak », a affirmé Kamal Abbas, un dirigeant syndical.

La colère des Égyptiens s'est en effet accrue après la diffusion de reportages affirmant que la famille Moubarak avait amassé des milliards de dollars alors qu'environ 40 % des 80 millions d'habitants du pays vivent avec moins de 2 $ par jour, selon la Banque mondiale. La valeur exacte de la fortune de la famille Moubarak est inconnue.

En lançant un appel aux grèves, les travailleurs ont défié le vice-président Omar Souleimane, qui a affirmé que les appels à la désobéissance civile étaient « très dangereux pour la société » et qu'ils ne pouvaient être tolérés.

Ses avertissements sur l'éventualité d'un « coup d'État », lancés mardi, ont donné aux manifestants l'impression qu'il menaçait d'imposer la loi martiale. Loin de battre en retraite, ils ont plutôt promis d'être encore plus nombreux vendredi dans divers quartiers du Caire

Déjà, mercredi, le mouvement de protestation, qui, dans la capitale, se concentre depuis deux semaines à la place Tahrir, s'est étendu aux édifices du parlement, du cabinet et du ministère de la Santé.

Washington monte le ton

Les États-Unis ont nettement durci le ton mercredi à l'égard des autorités égyptiennes. Jugeant l'administration dépassée par les événements, le porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, l'a exhortée à poser des gestes concrets.

« Ce qu'on voit se dérouler dans les rues du Caire n'est absolument pas surprenant quand on voit le manque de mesures prises par le gouvernement pour satisfaire leurs demandes », a déclaré M. Gibbs.

La veille, le vice-président Joe Biden avait de son côté recommandé la levée de l'état d'urgence, en vigueur depuis l'assassinat du président Anouar el Sadate, en 1981.

Mercredi, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Abou Gheit, a rabroué le vice-président américain, jugeant ses recommandations « tout à fait inutiles » et se disant stupéfait par sa demande de lever l'état d'urgence

« Nous avons 17 000 prisonniers dans les rues, échappés des prisons qui ont été détruites. Comment pouvez-vous me demander de lever l'état d'urgence alors que je suis en difficulté? », a-t-il dit en entrevue au réseau américain PBS.

« Laissez-moi le temps de reprendre les choses en main, de stabiliser la nation, de stabiliser l'État et nous nous pencherons ensuite sur ce sujet », a-t-il ajouté.

L'administration Obama, qui prône avec insistance « une transition ordonnée », mise sur l'aide annuelle de 1,3 milliard de dollars allouée à l'Égypte, son principal allié arabe dans la région, pour faire entendre son message. L'idée de fixer des conditions au versement de cette aide a d'ailleurs donné lieu, mercredi, à un intense débat à la Chambre des représentants.

Gardien du canal de Suez, l'Égypte est également un acteur de premier plan du processus de paix au Proche-Orient.

Discussions entre les États-Unis et Israël

Parallèlement, Washington se montre également attentif aux inquiétudes de son allié israélien. Pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation égyptien, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, s'est entretenu mercredi avec son homologue israélien, Ehoud Barak. La rencontre, tenue à Washington, a également réuni la secrétaire d'État Hillary Clinton et le conseiller de Barack Obama à la sécurité nationale, Thomas Donillon.

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