L’armée égyptienne a promis vendredi d’organiser des élections présidentielles libres et justes à la fin de l’année.
Dans son communiqué, l’armée égyptienne reconnaît le transfert de pouvoir du président Hosni Moubarak à son vice-président, annoncé jeudi soir, soutenant ainsi la transition pacifique prônée par le raïs.
Les manifestants égyptiens ont réagi avec colère aux déclarations de l’armée. Les manifestants rassemblés devant le palais lourdement gardé, dont la plupart espéraient obtenir le ralliement de l’armée, ont laissé éclater leur colère en apprenant la position des militaires, et l’un d’entre eux a arraché le micro des mains de l’officier pour protester.
"Vous nous avez déçus, on avait mis tous nos espoirs en vous", a-t-il crié, tandis que la foule entonnait des slogans réclamant que le président Moubarak soit jugé.
"Non, non, ce n’est pas un coup d’Etat", s’est défendu le colonel en assurant que l’armée ne prendrait pas le pouvoir, mais veillerait à ce que la volonté populaire soit reflétée dans le programme de réformes du régime.
Nomination d'un vice-premier ministre chargé du «dialogue national»
Le vice-président égyptien Omar Souleimane a demandé vendredi au Premier ministre Ahmed Chafik de désigner un vice-Premier ministre issu du «comité des sages» chargé de réfléchir à la transition politique en Egypte. Sur la place Tahrir, des officiers ont eux rejoints les manifestants.
Le vice-Premier ministre désigné serait chargé de superviser le «dialogue national» lancé entre le pouvoir, l’opposition et des personnalités indépendantes.
Le «comité des sages» comprend des avocats, des universitaires ainsi que des hommes d’affaires, comme le magnat des télécoms Naguib Sawiris. M. Souleimane a présidé à une première séance de consultations dimanche dernier, marquée par la présence des Frères musulmans. Aucune autre date n’a été fixée.
Le parti de gauche Tagammou a annoncé jeudi qu’il se retirait de ce dialogue, estimant que le gouvernement ne répondait pas aux demandes du peuple, qui réclame depuis 18 jours le départ d’Hosni Moubarak.
Officiers sympathisants
Un commandant de l’armée égyptienne ayant rejoint les rangs des dizaines de milliers de manifestants rassemblés place Tahrir, au Caire, a de son côté assuré qu’une quinzaine d’officiers de rang intermédiaire avaient fait de même.
«Le mouvement de solidarité des forces armées avec le peuple a débuté», a déclaré par téléphone le commandant Ahmed Ali Shouman, juste après les prières de l’aube.
Jeudi soir, Shouman avait annoncé à la foule réunie sur la place centrale de la capitale qu’il avait remis son arme et se joignait aux manifestants réclamant la démission du président Hosni Moubarak. La foule l’avait porté en triomphe. Un autre commandant s’était ensuite approché en déclarant: «J’ai rejoint la cause moi aussi.»
«Une quinzaine d’officiers ont rejoint la révolution du peuple», a déclaré Shouman vendredi, précisant que leurs grades allaient de capitaine à lieutenant-colonel. «Nos objectifs et ceux du peuple sont les mêmes.» «Ce qui nous pousse à rejoindre la révolution du peuple est le serment d’allégeance que nous avons tous prêté en rejoignant l’armée: protéger la nation», a-t-il encore expliqué.
Shouman, qui a dû montrer ses papiers militaires à quelques manifestants soupçonneux, est militaire de carrière depuis 15 ans. Il était chargé de la surveillance de l’entrée ouest de la place Tahrir.
Pas de départ mais une passation de pouvoir
Alors que pendant des heures jeudi soir, un départ imminent du président avait fait l’objet d’intenses spéculations alimentées par l’annonce de l’armée qu’elle soutenait les "demandes légitimes du peuple", le chef de l’Etat a annoncé qu’il déléguait ses prérogatives au vice-président mais qu’il restait de droit président jusqu’à la fin de son mandat en septembre.
Le président américain Barack Obama a estimé que ce transfert de pouvoirs n’était pas suffisant et jugé que M. Moubarak ne s’était pas adressé clairement à l’Egypte et au monde, alors que d’autres capitales appelaient à une transition immédiate du pouvoir.
"J’ai décidé de déléguer au vice-président les prérogatives du président de la République conformément à ce que prévoit la Constitution", a déclaré M. Moubarak, sans annoncer sa démission.
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