lundi 7 février 2011

Egypte : la Révolution menacée par des Judas?

Publié le 7 février 2011 sur le site nicematin.com


Alors que, mètre après mètre, les tanks semblent vouloir réduire doucement mais à néant le périmètre de la Révolution, des milliers de manifestants se couchaient devant leurs chenilles. Franck Fernandes

Place Tahrir, le combat pacifique continue. Hier, des centaines de milliers de Cairotes sont venus soutenir les jeunes manifestants

Hier, Le Caire commençait à retrouver les couleurs d’une normalité oubliée : magasins et petites échoppes rouvraient. Les banques levaient enfin le rideau. Nul ne pouvait plus arguer que la révolution égyptienne sème le chaos.
Le message est clair : ils ne céderont rien… sauf si leur « rêve de liberté » devenait le prétexte à de petits arrangements politiques entre anciens ennemis.

Or, hier, pour la première fois depuis le 25 janvier, on se demandait ici qui pourrait être le juda de la Révolution.

L’armée vénérée malgré sa coupable neutralité, parce que symbole en 1952 de la libération coloniale ?

L’énigme suscita de bouleversantes scènes de résistance pacifique. Alors que, mètre après mètre, les tanks semblent vouloir reduire doucement mais à néant le périmètre de la Révolution, des milliers de manifestants se couchaient devant leurs chenilles. Décidés à n’en plus bouger : « Il faudra qu’ils nous passent sur le corps, cette fois. » Ou les partis politiques qui avaient accepté de s’assoir autour de la table de négociations ?

L’annonce que la très puissante confrérie des Frères musulmans, interdite pourtant depuis cinquante ans, acceptait de négocier fut ici un choc.
Amer, le peuple de Tahrir semblait certes soulagé en fin d’après midi.

Si un accord avait été trouvé entre Omar Souleyman et l’opposition sur « l’élaboration d’un projet de nouvelle constitution avant mars », la négociation a tourné court. Le refus obstiné d’Omar Souleyman d’accepter que les responsables des violences du « Mercredi noir » – 10 morts, 964 blessés – soient traduits en justice en aurait été la cause.

Un demi-échec donc, mais qui a des airs de demi-victoire pour Moubarak.

Négocier c’est accepter le principe de son maintien au pouvoir, au moins jusqu’en septembre… alors que le seul slogan de rue reste : « Moubarak, dégage ! »

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