Face à l’ampleur de la contestation, cheikh Hamad ben Issa Al Khalifa a été contraint de sortir de son silence. Dans un discours «très conciliant», il a déploré la mort des manifestants et annoncé la formation «d’une commission d’enquête» pour faire la lumière sur les circonstances de ces pertes humaines. Une tentative d’absorber une colère grandissante qui met en cause directement la famille régnante. Mais les manifestants ne l’entendent pas de cette oreille. «Le peuple veut la chute du régime», scandaient les Bahreïnis qui assistaient aux obsèques des deux manifestants tués.
Réagissant au discours du roi, les jeunes de «la révolution du 14 février» ont dénoncé «une attitude méprisante d’un des derniers monarques à l’égard du sang de nos martyrs. Un discours qui fait l’impasse sur les revendications du peuple. Ce régime ne mérite pas de gouverner. Notre dignité nous incite à ne pas accepter un tel régime. Il doit tomber et il tombera», ont écrit les acteurs dans un communiqué. Par ailleurs, des parlementaires de l’opposition et d’autres personnalités se sont joints aux contestataires pour exiger «la fin de la tyrannie et la mise en place d’une nouvelle Constitution». Inspirés par «la révolution du 25 janvier égyptienne, les insurgés de Bahreïn ont commencé à ériger des tentes sur la place de la Perle, au centre de la capitale, et affirment leur détermination d’occuper cette place baptisée «place des martyrs» jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Des jeunes ont installé une estrade et branché des micros pour permettre aux orateurs de se relayer à la tribune au cours des jours et des nuits d’une lutte historique. Et pour couper court à toute manœuvre de division entre chiites et sunnites, les manifestants ont arboré leur étendard : «Chiites et sunnites, nous sommes tous des frères d’un même pays. Chiites et sunnites, femmes et hommes, tous réclament la liberté. Le régime doit tomber.»
La révolte qui secoue cette monarchie du Golfe persique a provoqué également les premières dissensions politiques.
Ainsi, le bloc chiite du mouvement Al Wefaq qui compte 18 élus sur 40 sièges au Parlement, a réagi en annonçant la suspension de sa participation à l’assemblée en raison de la répression «sauvage» des manifestants. D’autres forces politiques ont décidé de rallier le mouvement de dissidence. C’est le cas de l’Association de l’action nationale démocratique dont le secrétaire général, Ibrahim Sherif, a avancé l’idée de l’élection d’une assemblée constituante. «Nous réclamons une assemblée constituante qui promulguera une nouvelle Constitution en vue d’élire un chef de gouvernement», a-t-il déclaré, selon l’AFP. En somme, la dynastie sunnite Al Khalifa qui règne sur Bahreïn depuis 1783 est sérieusement menacée par une révolte populaire, bien partie pour s’installer dans la durée. La jeunesse égyptienne semble donner du courage et «des idées» aux Bahreïnis pour renverser la famille régnante. Arrivé au pouvoir à la mort de son père, en mars 1999, le roi, cheikh Hamad ben Issa Al Khalifa, a «réussi», au bout 12 ans de règne, à dresser de larges franges de la société contre lui. Le royaume de Bahreïn est une monarchie constitutionnelle dirigée par la famille Al Khalifa au titre de la Constitution du 14 février 2002. Le Premier ministre, issu également de la famille royale, est nommé par le roi. Son gouvernement n’est pas responsable devant le Parlement. Celui-ci est composé de deux chambres : la Chambre des députés et le Conseil consultatif, qui comptent 40 sièges chacun, mais disposent de pouvoirs jugés extrêmement limités.


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