lundi 17 janvier 2011

Tunisie: le gouvernement français se défend, la gauche demande des comptes

Publié le 17 janvier 2011 sur le mite liberation.fr
Par liberation.fr

Embarrassé, l'exécutif avance notamment sa volonté de non-ingérence pour expliquer son lâchage tardif de l'ex-président tunisien Ben-Ali. La gauche dénonce une «diplomatie du cynisme».

Nicolas Sarkozy et le président tunisien Ben Ali à Tunis le 28 avril 2008

Nicolas Sarkozy et le président tunisien Ben Ali à Tunis le 28 avril 2008 (© AFP Jacky Naegelen)

Qui pouvait prévoir et comment se mêler de la situation d’un ex-protextorat? C’est la timide ligne de défense adoptée par Henri Guaino, ce matin, alors que la gauche continue de réclamer des comptes au gouvernement français pour son «insensibilité», sa «diplomatie du cynisme», ses «erreurs d’appréciation profonde» ou «sa piteuse marche arrière» après le soulèvement tunisien qui a conduit à la chute du régime Ben Ali.

«Pas à la France d’être le gendarme de la Méditerranée»

Concédant des «maladresses ous des incompréhensions», le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, sur RTL, justifie l’exttrême prudence de Paris: «imaginez que la France intervienne dans les affaires d’un pays qui est un ancien protectorat français, qu’aurait-on dit?» Il juge «très difficile pour des gouvernements de ne pas tenir compte des situations de fait, de ne pas dialoguer, coopérer avec des gouvernements qui sont en place». «Ca n’est pas à la France d’être le gendarme de la Méditerranée», d’autant moins, ajoute Guaino, «dans des pays vis-à-vis desquels nous entretenons des relations qui sont à peine de la politique étrangère». «Une chose est d’avoir des relations d’Etat à Etat, une autre est de passer la main dans le dos des dictateurs», rétorquait dimanche Laurent Fabius sur Radio J.

Christine Lagarde, elle, préfère, ce matin, pointer la «vigilance particulière» de Tracfin, l’organisme de lutte contre les mouvements suspects de capitaux, sur les avoirs tunisiens dans les banques françaises. Sans pour autant aller jusqu’à un «gel» de ces avoirs, précise la ministre de l’Economie, sur Europe 1, estimant que cette procédure «ne se décide que sur une décision judiciaire ou internationale».


«Il faut geler tout de suite», exige le porte-parole du PS, Benoît Hamon, lors de son point-presse hebdomadaire, refusant la «complicité avec les voleurs qui veulent voler l’argent des Tunisiens».

C’est une autre ministre, Michèle Alliot-Marie, qui a été visée par les critiques, au long du week-end, pour avoir proposé, mercredi dernier, le concours de la France à l’ancien gouvernement tunisien afin de «régler les situations sécuritaires». Une «faute grave» pour Laurent Fabius. Le secrétaire national du PS à la coopération et aux Droits de l’Homme, Pouria Amirshahi, demandant aussi la démission de la ministre des Affaires étrangères. Olivier Besancenot (NPA) réclame, à son tour, que MAM «s’excuse ou démissionne». Pour la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, Alliot-Marie «devrait s’excuser auprès des Tunisiens». «Elle l’a fait sans mauvaise intention du tout, à partir d’une analyse qui était la sienne», tente Guaino.

«Il y avait des tirs à balles réelles, des morts. Pour que de telles situations ne se reproduisent pas dans l’avenir, j’ai donc dit que nous étions prêts à aider à former les forces de l’ordre tunisiennes, comme nous le faisons pour d’autres pays, au maintien de l’ordre en veillant à la préservation des vies», s’était défendue la ministre dans le JDD.

«L’Afrique se réveille, la France recule»

Outre l’offre «scandaleuse» de MAM - une «erreur impardonnable» -, Ségolène Royal rappelait aussi, sur Canal+, la «faute politique majeure» de Nicolas Sarkozy de consacrer son premier déplacement, hors UE, en 2007, à la Tunisie.

La politique conduite par Sarkozy, «ce sont des louanges à l’égard du régime» de Ben Ali, «un choix politique» de le défendre, des «erreurs d’appréciation profondes», résume à son tour Arnaud Montebourg, invité de l’émission «Internationale» sur RFI-TV5/Le Monde, notant qu’«au fur et à mesure que l’Afrique se réveille, on s’aperçoit que la France recule». Pierre Moscovici dit aussi, sur France Inter/Le Monde/I-Télé, avoir eu «honte de notre diplomatie et de notre présidence»: «Il y a eu le silence du gouvernement puis la complaisance.»

Un autre ministre évoquait enfin à l’AFP, sous couvert d'anonymat, la crainte d’une montée de l’islamisme pour expliquer les hésitations de la France: «nous sommes hantés par le traumatisme des élections en Algérie (en 1992, qui avaient donné le pouvoir aux islamistes avant d’être annulées, ndlr)», a-t-il raconté.

Pour Dominique de Villepin, «la leçon à tirer, c’est d’abord que nous ne devons pas être aveuglés par nos propres peurs, notamment la peur de la contagion islamiste», ni «limités par une conception trop restrictive en matière d’ingérence».

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