lundi 24 janvier 2011

Tunisie : La "caravane de la liberté" sous les fenêtres du Premier ministre Ghannouchi

Publié le 23 janvier 2011 sur le site aloufok.net
par la rédaction

"Un mois, deux mois, trois mois ! Jusqu’à la chute du régime !" Criant leur détermination, des milliers de Tunisiens, dont des jeunes venus du centre frondeur et déshérité du pays, ont entamé dimanche à Tunis le siège du palais de la Kasbah, qui abrite le Premier ministre. "Le peuple vient faire tomber le gouvernement", proclame une banderole accrochée aux grilles du bâtiment, témoignant de la défiance de la rue à l’égard des autorités de transition, dominées par des caciques de l’ancien régime.
Menzel Bouzaiane, Sidi Bouzib, Regueb : un millier de manifestants de ces bourgades considérées comme les foyers les plus actifs d’un mois de soulèvement populaire qui a provoqué, le 14 janvier, la chute du régime honni du président Zine el-Abidine Ben Ali, sont arrivés dimanche dans la capitale. "Nous sommes venus pour faire tomber les derniers restes de la dictature", explique Mohammed Layani, un vieil homme drapé dans un drapeau tunisien, membre de cette "caravane de la libération", comme l’ont baptisée ses participants.
Partis samedi du centre du pays, les protestataires ont atteint dimanche matin Tunis, en dépit du couvre-feu, en alternant marche et trajets en un convoi hétéroclite de voitures, de motos et de camionnettes. "Ils ont volé nos richesses, ils ne voleront pas notre révolution", scandent sous les fenêtres du Premier ministre Mohamed Ghannouchi les "marcheurs", rejoints par un flot continu de manifestants de Tunis qui ont porté leur nombre à plusieurs milliers - 3.000 selon un policier sur place.
Quelques membres des forces de l’ordre se tenaient devant les portes de bois massif du "Premier ministère", qu’un graffiti a renommé "ministère du peuple", à quelques mètres des manifestants, qui appelaient à la démission du gouvernement et chantaient l’hymne national. Syndicalistes, opposants de gauche, islamistes, citoyens ordinaires, femmes et enfants, la foule offrait une image en miniature de la Tunisie, où les revendications politiques se mêlaient aux considérations sociales.
"Nous sommes marginalisés à l’intérieur du pays, toutes les richesses sont concentrées sur la côte. Mais notre demande principale, c’est la liberté avant le pain. On veut faire tomber ce régime fasciste et corrompu", explique Samir, un jeune venu d’un village rocailleux du centre du pays, bien loin de la Tunisie des stations balnéaires de carte postale. Rokia est venue avec ses trois soeurs pour "dénoncer l’injustice" : "On est toutes les quatre diplômées de l’enseignement supérieur et on n’a pas réussi à trouver un travail car on n’était pas membres du RCD", le Rassemblement constitutionnel démocratique, parti hégémonique de Ben Ali.
Absents de la révolte populaire, les islamistes, dont plusieurs centaines de militants sont actuellement emprisonnés, apparaissent désormais au grand jour. "La révolution a été faite par le peuple mais c’est nous, les islamistes, qui en avons payé le prix, à travers toutes les injustices que nous avons subies pendant des années", a témoigné Mohammed Hedi Ayari, militant du parti islamiste Ennahdha, interdit et persécuté par le régime Ben Ali.
Alors que, samedi, les policiers avaient rejoint en masse les manifestations, bras dessus bras dessous avec des militants qu’ils matraquaient quelques jours plus tôt, le climat est plus tendu dimanche avec les marcheurs de la "Caravane", qui brandissaient les portraits des victimes de la répression de la révolte populaire au cours de laquelle au moins 100 personnes ont été tuées selon l’ONU. "Ce n’est pas la révolution du Jasmin, c’est la révolution du sang, et elle n’est pas terminée. Nous sommes venus pour venger le sang de nos martyrs tombés pendant l’Intifada", lance un jeune homme au regard noir.

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Une commission enquêtera sur les forces de sécurité

Une commission indépendante mise en place par le gouvernement transitoire tunisien a promis samedi d’enquêter sur le rôle des forces de sécurité dans les violences qui ont fait des dizaines de morts pendant la "Révolution de jasmin".
Le chiffre officiel du gouvernement, donné par le ministre de l’Intérieur Ahmed Friaa, est de 78 morts. La commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a déclaré que 117 personnes avaient péri dont 70 tuées par balles.
"Nous demanderons : qui a donné la permission d’ouvrir le feu ?", a déclaré le président de la commission d’enquête, Taoufik Bouderbala.
"Nous avons constaté dans certains cas que des tirs étaient dirigés vers la tête ou la poitrine (...). Nous chercherons pour quelle raison ceux qui tenaient des fusils ou des couteaux ont frappé ceux qui réclamaient à mains nues du pain et la liberté", a-t-il ajouté.
Pendant le soulèvement qui a conduit le 14 janvier à la fuite du président Zine Ben Ali après 23 ans de pouvoir sans partage, les forces de sécurité ont tiré sur la foule ou frappé des manifestants à coups de bâton, selon des témoins.
Les manifestations se poursuivent dans le pays, mais sans violences majeures, pour réclamer le départ du nouveau gouvernement transitoire, dirigé par Mohammed Ghannouchi, jugé trop proche de l’ancien pouvoir.
Plusieurs milliers de policiers se sont joints samedi aux manifestants aux cris de "nous sommes innocents du sang des martyrs" lors d’un rassemblement de soutien à la révolte. Yadh Ben Achour, qui dirige une commission chargée de mener des réformes politiques, a déclaré qu’une révision des lois, y compris les lois électorales, serait indispensable afin de démocratiser le pays.
"Ce régime ne régnait pas à travers des individus mais à travers des lois qu’il utilisait pour assassiner les droits", a-t-il déclaré. "La loi était mise au service de la tyrannie." Le président de la commission d’enquête contre la corruption, "qui infiltrait l’Etat tunisien et des pans importants de la société", a quant à lui exhorté les Tunisiens à ne pas détruire les documents de l’ancien régime afin de faciliter les investigations.
De nombreux Tunisiens doutent que ces trois commissions pourront travailler en toute indépendance ou qu’elles parviendront à récupérer les avoirs de Ben Ali et sa famille.

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Un millier de manifestants venus du centre du pays marchent sur Tunis

Un millier de manifestants venus du centre du pays et réclamant la démission du gouvernement tunisien de transition sont arrivés dimanche matin dans le centre de Tunis, ont constaté des journalistes sur place. "Le peuple vient faire tomber le gouvernement", scandaient des manifestants, parmi lesquels de nombreux jeunes, partis samedi du centre du pays et qui ont rejoint la capitale en alternant marche et trajets en véhicules, au sein d’un convoi hétéroclite baptisé "caravane de la Libération".
"Nous sommes venus de Menzel Bouzaiane, de Sidi Bouzid, de Regueb pour faire tomber les derniers restes de la dictature", a expliqué un vieil homme drapé dans un drapeau tunisien, Mohammed Layani. Il énumérait ainsi les principaux foyers de contestation du centre-ouest frondeur et déshérité, en première ligne lors de la "révolution du Jasmin" qui a provoqué le 14 janvier la chute du président déchu Zine el-Abidine Ben Ali.
Arrivés dans le centre de Tunis vers 7 h 30, les manifestants ont remonté l’avenue Habib Bourguiba, artère centrale et symbolique de la ville où se déroulent des manifestations quotidiennes, avant de s’installer pour un sit-in devant le ministère de l’Intérieur, où ils ont déployé un vaste portrait de Mohammed Bouazizi. Ce jeune vendeur de fruits s’était immolé par le feu le 17 décembre à Sidi Bouzid (centre-ouest), déclenchant les premiers mouvements de révolte qui allaient aboutir près d’un mois plus tard à la chute du régime. La rue tunisienne proteste quotidiennement contre la mainmise de caciques de l’ancien régime sur le gouvernement de transition formé lundi.
La "Caravane" devait à l’origine rejoindre Tunis à pied, en quatre ou cinq jours, mais les marcheurs ont expliqué dimanche qu’il n’y avait "pas de temps à perdre pour faire tomber le gouvernement". Ils étaient environ 300 au départ samedi matin de Menzel Bouzaiane, à 280 km au sud de la capitale, et, en chemin, ils ont été rejoints par d’autres manifestants. Avant d’arriver en centre-ville, les manifestants étaient suivis d’un convoi hétéroclite de camions, voitures, motos, camionnettes. Cette manifestation, selon des témoignages, a été organisée de manière spontanée par des jeunes de la région. Des syndicalistes et des militants des droits de l’homme ont décidé de se joindre à leur mouvement.

(Dimanche, 23 janvier 2011 - Avec les agences de presse)

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