mardi 18 janvier 2011

Tunisie : Alliot-Marie sous le feu des critiques

Publié le 18 janvier 2011 sur le site lemonde.fr

"Je voudrais d'abord dire toute ma confiance à Michèle Alliot-Marie et regretter l'exploitation peu honnête de ses propos", a assuré François Fillon, mardi 18 janvier."Je voudrais d'abord dire toute ma confiance à Michèle Alliot-Marie et regretter l'exploitation peu honnête de ses propos", a assuré François Fillon, mardi 18 janvier.AFP/LOIC VENANCE

Martine Aubry a également rejoint le camp des critiques, sans toutefois demander formellement la démission de la ministre. Elle a jugé que Mme Alliot-Marie "devrait elle-même tirer les conséquences d'une faute aussi grave, qui nous fait perdre de la crédibilité, pas seulement en Tunisie". "Je ne polémique pas, elle n'a sans doute pas voulu dire qu'elle enverrait des troupes, mais enfin, quand un peuple est en train de se battre avec une dignité extraordinaire pour ramener la démocratie et que la France, terre des libertés, la République française, est là sur le retrait, c'est incompréhensible pour le monde, c'est incompréhensible pour le peuple tunisien, c'est une faute vis-à-vis de lui majeure", a lancé la maire de Lille sur France 2, mardi.

La présidente du groupe communistes et Parti de gauche au Sénat, Nicole Borvo Cohen-Seat, a également demandé, mardi en séance, la démission de la ministre. "Nous vous demandons pour honorer votre pays que Mme Alliot Marie en tire les conséquences et présente sa démission", a déclaré la sénatrice de Paris, dans un rappel au règlement, à l'ouverture de la séance consacrée à un débat sur des questions de politique étrangère.

Les explications de la ministre des affaires étrangères, lundi sur France 2, et mardi, à l'Assemblée nationale, n'ont pas satisfait les critiques. "Mon propos a peut-être été mal interprété et parfois déformé", a-t-elle expliqué devant les députés de la commission des affaires étrangères, soutenant qu'elle n'avait "voulu dire qu'une chose : ma sensibilité aux souffrances des Tunisiens dans ces manifestations". "J'ai dit en substance que je déplorais l'usage disproportionné de la force", s'est-elle défendue.

LE GOUVERNEMENT SOUTIENT "MAM"

Plusieurs députés se sont émus de cette réponse. "Nous savions que nous étions mal gouvernés à l'intérieur, mais à l'extérieur nous voyons aujourd'hui que nous n'avons plus de diplomatie !", a lancé le socialiste Gaëtan Gorce. "Il faudra beaucoup de temps pour que l'image de la France se redresse après une erreur politique pareille, quels que soient les rétropédalages qui n'arrivent à convaincre personne", a tancé le porte-parole des députés PS, Alain Vidalies.

"Sur l'appréciation de la situation en Tunisie, le gouvernement n'est pas seul en cause : il y a une oligarchie française qui avait des liens très étroits avec Ben Ali et qui n'a rien dit (...). S'est ajoutée à cela la position incompréhensible et scandaleuse de Mme Alliot-Marie", a martelé le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan.

A droite, plusieurs membres du gouvernement sont montés au créneau pour défendre la ministre des affaires étrangères. "Je voudrais d'abord dire toute ma confiance à Michèle Alliot-Marie et regretter l'exploitation peu honnête que vous faites de ses propos", a répondu le premier ministre à Jean-Marc Ayrault, patron du groupe PS, qui demandait à Mme Alliot-Marie les conséquences qu'elle comptait tirer de ses déclarations.

"J'entends les critiques que vous formulez et je pourrais, pour y répondre, citer de larges extraits du très beau discours de Lionel Jospin en octobre 1997 lorsqu'il recevait à Matignon le président Ben Ali", s'est-il défendu. "Je pourrais aussi évoquer le satisfecit donné au gouvernement Ben Ali par Dominique Strauss-Kahn en octobre 2008 quelques minutes après avoir reçu du président tunisien une haute décoration mais je ne le ferai pas parce que ce n'est pas à la hauteur du défi que le peuple tunisien doit relever !", a aussi lancé François Fillon.

"Il faut qu'on arrête de faire un faux-procès à Michèle Alliot-Marie", a également lancé le ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez. Il a également reproché aux socialistes d'avoir tardé à exclure le parti de M. Ben Ali, le RCD, de l'Internationale socialiste, où ses représentants "avaient toujours été très bien accueillis, notamment par les socialistes français", a-t-il relevé.

URL de l'article: http://www.lemonde.fr/tunisie/article/2011/01/18/tunisie-alliot-marie-sous-le-feu-des-critiques_1467353_1466522.html

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